LETTRE AU ROT
A Rotterdam , le a8 mai 1709. '
Lorsque j'eus liionnenr I Sire» de vous rendre compte, le i3 de CQ mois, de l'état de la négpciatîoii .qoe Votre Majesté a bien r.çmW Pue confier , je comptais lui dép6d»er iooesaamment un autre cpurrter pour Pinforinet d'nne ré* solution précise i soit ppur la paix 9 soit poqr la eontinu»* tjpn de la guerre ; mais les ^flaires se trai^Mt lentement lorsqu'il fau^ les agiter, en dea .^onfî^ei^es eompoaées de plusieurs ministres qui croiwtsçryiplenrsmattreaonaTan** çapt cloaque jour q^elq^e nottvellepréteotien*
Celle df la démolition des pkicead'AIasce>. celle du duc de&Toie, 01^ E^iilles, P^neatrelle» Ghaumontetla yaUée dePragelas, fprmailentla prine^iale difficulté » quand j?eus l'honneur d'écrire à Votr« Majesté; et j'avais dédaréque je. ne situerais point ces articles 9 vos ordrosy étanit absolument contraires» h^ conférence da ai an matin ne produisît anlle fccilité nouVeUe , quoique nous eussions lieu de remarquer , de la part de cens à qui nous arons a&ire, plus d'envie de conclure que ijusqu'alors ils n'en «reient téipoigné» M» Je Prince .£ttfftne..semUaitleyor de spn tA\é feu ks petits embarrasifiii.pettiiaient éloifper la pai^B ^ étantdi!ailkiàrs knès
ferme sur les parttcle» essentiels. Cependant tout se passait en dbpates ; le moy^n ^e les (aire f^esser , et de fixer Pelai de la questîcMd , ëtait de mettre par ëcrit les articles contpris sons le titre de prëliminaires, et de laisser à chacuii la Ji-* l)ertë de les examiner, et d'y fiiire ses reoaarqoes*
M. Àouill^ dressa ce mëmoire ; et Payant remis au Peusiomiiatre, toBS canvinrent cp'ils l'examineraieiiteiisembie* Le soir , nous nova rassemblâmes cbez le Pensionnatre : les -di^p«tes y furent plus vÎTes , etPon coneliit moins que jamais. La difEcahé qu'on avait &ite sar l'exécution du traité se renourela. On nous objecta que Particle le plus essen-* tiel était celui de l'abandon de PEspagne et des Iodes ; que citait pour en obtenir k. possession en fiiTcnr de Farchidoo que la république de Holbnde et ses alliés frisaient la guerre $ que .cependant on leur priaposaît de faire la paix lorsqu'ils avaient tout à espérer de la campagne pinicbainé , «ans les assurer ^'îk parviendraient, an but qu'ils s'étaient proposé ; que k Fnnce jouirait seule de k paix , et qn^ik «liraient encore k guerre à soutenir en Espagne.
Noos répondîmes qu'elle ne seraitnilongueni difficile , Votre Majesté retirant ses troupes , et les seules forces d'Es«* fMtgne nesuffisamt pas pour maintenir le roi Catholique quand mâme k natioalui demewreraitoonstamnientattacbée. Ce fut, Sire, «ur eesdeusc prinoipësopposés quenous disputâmes très Joiug-temps I «ans nous persuader de part ni d'autre. Dans ^tU couftesiàtÎMi y M. le jirince Eiaigène demanda si Votre Jdfije$té kisserait la passage libre h leurs troupes pour en»trer en Espagne y en traversant k France : d'autres prélen-* 4aient que Votre Majesté devait joindre ses force3 à celles 4es alliés pour fipir la guerre d'Espagne, Enfin, Sire, il l»'y eut ^^im «p»^ d^^andes et prop^itions extraordinaires dont il jïOBS était impossible démettre aucune*
Nous n^eàmes pas plus de satisfaction i traiter k méoi^ maiidré m^o k. ^muimmive , et avec Buys et Vfânifr^
dttssen , fiprès que le prince Eugène et les Anglais furent sortis , nous trouvâmes en eux nne crainte pins yiye devoir la guerre continuée en Espagne^ après que la France serait en paix. On ne manqua pas de nous citer l'exemple des seconrs donnés au Portugal après le traité des Pyrénées j et de rejeter tout ce que nous pûmes dire de la sûreté ^ de la parole de Votre Mnjesté lorsqu'elle aurait promis de ne plus assister l'Espagne directement ni indirectement: on yonlait des sûretés réelles , et pour cet effet j le Pensionnaire demandait que Votre Majesté remît aux Etats-généraux six places , comme pour servir d'otage de l'exécution de la paix en Espagne* Il en proposa trois dans ce royaume , et trois dans les Pays-Bas : cea dernières étaient Cambray , Vâlenciennes et Saint-Omer , disant qu'elles seraient rendues fidèlement à Votre Majeftié attèt que le traité aurait eu son en* tière exécution*
Nous sortîmes , persuadés que nous ne devions plus compter de conclure. Alors , Sire , il me parut que h seule utilité que je devais me proposer de mon voyage était de savoir au moins distinctement , et à quelles conditions précises , les ennemis de Votre Majesté consentiraient à la paix* Je crus que le seul moyen de Fen informer étût de demander au Pensionnaire de nous donner un projet de traité , puisqu'aussi bien nous lui avions remis de notre part un plan général d'articles préliminaires. Je lui fis cette proposition : il Paccepta , comme désirant sincèrement de trouver le moyen de conclure. Le vendredi après dîner , le samedi et le dimanche se passèrent , sans qu'il nous rendît de réponse. Il travaillait au plan que nous lui avions demandé , et le dressait de concert avec messieurs de Marlborongh y le prince Eugène , et M.de SinzendorfFy nouvellement arrivé à La Haye pour intervenir de la part de l'empereur aux conférences de la paix.
Ce long silence m'empêcha d'envoyer à Vdtre Majesté un
courrier ainsi qae je me Fêtais proposé, ne ponyant lui rien écrire de considérable ni de certain jusqu'à la première conférence* Enfin y Sire y nous l'eûmes hier matin chez le Pensionnaire. Il était seul arec les sieurs Bujs et Wanderdus* sen ; aucun des ministres de cette République n'y assistait. Il nous communiqua son mémoire* Nous ne découvrîmes que trop' aisément /à la première lecture qu'il en fit, tout ce que ce projet contenait de dur y et de coiftraire aux ordres que nous avions de Votre Majesté, aussi-bien que d'embarrassant dans l'exécution , qui n'était point sûre quand même Votre . Majesté consentirait aux conditions qu'on veut exiger d^elle. Cependant je demandai an Pensionnaire le temps de Êiire nos observatiotis commefi avait £iit les siennes ; et pour ne pas perdre un moment dans une conjoncture pressante par. Fouverlurc imminente de la campagne y nous convînmes que nous retournerions chez lui le soir à six heures* Nous n'eûmes donc , Sire , qu'un intervalle fort court pour faire des remarques qui auraient demandé plusieurs jours , et Votre Majesté ne s'en apercevra que trop lorsqu'elle entendra la lecture de celles que j'ai l'honneur de lui envoyer: mais quand elles auraient été meilleures, l'utilité n'en eût pas été plus grande, ayant affaire h des gens persuadés qu'ils peuvent donner la loi , et que toutes les nouvelles qu'on leur écrit de France sont véritables. Votre Majesté en verra l'eflfet par le projet qu'ils nous ont remis, et par les réponses qu'ils ont faites à nos observations. Ils comptent cependant que ces articles sont ceux de la paix ; que Votre Majesté acceptera toutes les conditions qu'ils contiennent. Et sur ce fbndement les inë* sures sont déjà prises pour avoir incessamment les ratifications de l'Angleterre et de la Hollande , afin que rien ne retarde l'exécution de ces mêmes articles.
Si j'avais eu le pouvoir de les signer, j'aurais rompu la négociation , plutôt que d'engager Votre Majesté à de telles
ooDdiftî<MH> qittiielut donnent^ à auNi sem$ y ancBne sftretë soffisanfe de la paix , qnotqa'oii exige eelle de PëTacvatîoa de ses pkcea : mais Toyant y Sire , qa'oa ne demandait aoeim en^gement de sa part jasipi'à ee tpie je soia de rèloiir auprès d'elle y )'ai cm <pi'il était de son service de loi faire pleinement connattre les prétention» de ses easienH»^ et de la laisser en état de décider sur la manière dont elle TOddra lenr répondre. J'ai donc pris le parti de laisser M* RoiaiUé h La Haye y citi il demeurera )a8<]a'à ce qaie Yotre Majesté lat donne ses ordres. Pai promis qn'il les recevrait le 4 y ^^ tont an pins tard le 5 du mois prochain y é'est le seul engagement que )'ai pris. M. le prince Engène m'a promis qne josqn'an 4 il n® ferait aucune entreprise ; mais il ne m'a point demandé d'engagement réciproque de la part de M. le maréchal de Yillar», et je n'aurais pas pu le lui donner.
Yotre Majesté est donc entièrement libre de rejeter ab^^ solument ces conditions, comme j'espère que Fétat de ses affaires le lui permettra ; ou de les accepter , si malhenreu^sement elle croit devoir finir la guerre à quelque prix que ce soit y comme ses ennemis s'en flattent et le publient.
Dans le premier cas , l'inconvénient de laisser M. Rouillé à La Haye quelques jours après moi, ne sera^ ce me semble, d'aucun préjudice è Yotre Majesté; et, dans le second cas, il serait très nécessaire d'avoir sur les lieux un homme autorisé à signer des articles qui sont proprement le traité de paix. Yoilà , Sire, les raisons qui nous ont déterminés M* Rouillé et moi. J'espère avoir Vhonneur (feu xvtidre un compte plus particulier , à la fin de cette semaine , à Votre Majesté , étant parti ce soir de La Haye pour retourner ai»près d'elle. J'ose lui dire par avanœ que si elle rejette, comme je l'espère , les articles que j'ai l'hoonetir de loi en*voyer, il est de son service qu'elle rompe sur les demandes qu'onlni a fiiites à l'égard de l'Alsace et en faTCur de M. le duc de Savoie , plutôt que sur aucun article qui regarde-
rait indirectemçiiit l'Espagne; car Qn.a mi8.i«i4aii§ l'espritde la nation qne Votre Majesté n'a jamais eu dessein d'abandonner cette couronne et le» Indes , et qu'elle voulait seulement procurer la paix à son royaume , laissant à ses ennemis la dépense et l'embarras d'une guerre en Espagne , q«e Votre Majesté souiiendrait aisément par des assistances secrètes.
J'aurais érilé Mons à mon retour, s'il m'eût été possible ie le faire sans donner à M* l'Électeur un juste sujet de croire et de se plaindre^ qu'il était abandonné. Gomme il n'y a rien désigné, je crois qu'il est bon de l'instruire de la forte opposition qu'il trouvera de la part des ennemis de Votre Majesté , et du peu de secours qti'il doit attendre de la part des Hollandais , dont il croyait les dispositions &ToraUes pour lui.
Les bonnes raisons ne peuvent présentement les persuader; et si marlheureosement les succès delà campagne répondaient à ce qu'ils attendent eux et leurs alliés , il n'y aurait plus de bornes aux demandes injustes, des uns et des autres.
Je suis avec un très profond respect , Sire , de Votre Majesté , le trè^< humble , très obéissant et très fidèle sujet et semteiir»
«^ ^ •^»^^»V»^^%^<»» % l>»«K>^»/tt^l»»^*<»1