TOME II
ment, et de compromettre en même temps les intérêts qui lui sont confies. Cet acte que Pon expédie sous la forme de rescrit , de mémoire ou de lettre , n'est destiné que pour Te ministre seul y et ce n'est que rarement qu'il est autorisé à le communiquer confidentiellement au gouvernement près duquel il réside. Dans ce dernier cas y on délivre ordinairement deux instructions, l'une ostensible , et l'autre secrète.
On doit apporter dans la rédaction de ces écrits le plus grand soin et la plus mûre réflexion. 11 faut non-seulement avoir égard aux faits et aux négociations qui ont précédé , mais encore observer les rapports momentanés des Etats, et prévoir les conséquences possibles des événemens. Il importe de ne rien omettre de toutes les circonstances qui pourraient éclairer le négociateur; mais si l'on ne doit pas craindre de multiplier les détails , on devra cependant s'exprimer avec concision, afin de ne point nuire à la clarté du
texte.
LvTTREs 0E RXCOMMANDATioii. — Soûvcut uu ministre accrédité près d'un gouvernement , est muni de lettres de recommandation adressées par son souverain à des princes ou princesses de la famille régnante, comme l'épouse du monarque, le princerégent, l'héritier présomptif de la couronne ; soit
au minislre des affaires étrangères > ou tout autre dignitaire ; c'est ainsi qu'à Coilstantinople tous les agens diplomatiques remettent des lettres particulières au grand-yisir.
XïII. — DES LETTRES DE RAPPEL- —ET DES LETTRES DE RÉCRÉANCE.
Lorsque des circonstances quelconques exigent que le ministre quitte sa mission , le souverain qui Payait accrédité , notifie son rappel à la cour près de laquelle il résidait. La lettre , au mojen de laquelle se fait cette notification et dont la forme est la même que celle des lettres de créance^ doit annoncer les raisons qui ont détenxiiné le prince à rappeler son Enyoyé, et contenir Fassurance de l'iny iolabilité de ses sentimens , ainsi que du désir de voir continuer la bonne intelligence existante entre les deux cours, et que d'ailleurs le ministre est chargé de reitérer yerbalement à son congé. On conçoit que les expressions doiyent encore yarier ici suiyant les circonstances et les rapports mutuels des gouyernemens ; mais que
dans tous les cas , on doit faire choix des tournures les plus obligeantes. On ne doit pas. même faire exception à cette règle , lorsque le rappel du ministre a lieu pour raison de mécontentement et d'union rompue entre les États ; il convient toujours , d'indiquer les griefs avec dignitë et d'user de ménagement dans ses expressions , afin de ne point semer des germes de difficultés à la réconciliation future, en s'abandonnant à l'aigreur qu'inspire la passion. Enfin , si les motifs de rappel sont personnels au ministre , on use de quelque prétexte , tel qu'une maladie , afin démasquer la véritable cause de la disgrâice.
On répond à la lettre de rappel que le ministre a remise , par une lettre de récréance dont on le charge pour^on gouvernement. Dans ces lettres, on accuse la réception des lettres de rappel et la notification faite par le ministre de son rappel ; sur quoi on rend témoignage de la conduite qu'il a tenue, de la manière dont il a su se concilier l'estime générale , et de la satisfaction qu'on a eue en tout temps de ses procédés. On donne ensuite l'assurance du vif désir que l'on a de maintenir la bonne intelligence et les dispositions amicales qui subsistent entre les deux Etats , et l'on s'ea rapporte à ce que le ministre en saura dire à son retour. C'est la foi que l'on prie de vouloir ajou-
ter à ces tëmoignages , qui a fait donner à ces réponses le nom de lettres de rëcrëanoe.
Dans le cas de rappel de ministres pour cause de rupture , oix se dispense souvent des formalitës du départ ; de manière qu'il n'y a point lieu aux lettres de récrëance. Mais , lorsque^ nonobstant la rupture y on obserye ces formes de civilité , la lettre contient des expressions qui témoignent lia peine que Ton ressent de voir interrompre les rap< ports d'amitié , et le désir qu'on a de retrouver l'occasion de les renouer bientôt.