‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 17 sur 89 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

lendemain ^ le marquis de Y illars alla parler au comte de Kinski de l'insulte quHl avait reçue, le priant d'en informer l'empereur , de la justice duquel il attendait des satisfactions convenables. Cependant^ il avait dëpéchë un courrier en France, pour informer le roi de ce qui s'était passe* L'empereur désapprouva la conduite du prince de Liechtenstein , et ordonna des satisfactions ; mais comme on ne les trouvait pas suffisantes, elles fur^it rejetëes. Le rôi enjoignit au marquis de y illars de ne faire aucune plainte à l'empereur , mais d'en parler une seconde fois au comte de Kinski , et de lui dire qu'il avait ordi^e de ne pas solliciter de réparation , le roi ne doutant pas que l'insulte ayant été faite en présence de l'empereur, la réparation ne suivît de près.

L'empereur , qui voulait bien accorder quelque satisfaction , arrêta que le prince de Liechtenstein se rendrait dans l'appartement de la princesse sa ' sœur, où le marquis de Y illars se trouverait comme par hasard , et qu'à l'occasion de cette visite , il lui ferait des excuses de ce qui s'était passé. Cette voie de conciliation fut rejetée, l'ambassadeur persistant à exiger des excuses chez lui , et déclarant qu'il ne pouvait donner que quinze jours pour s'y résoudre , passé lequel temps , il avait ordre de se retirer et de retourner en France. La crainte

de ce départ était capable, plus que tout au monde, de décider rempereur , qui se serait vu ainsi à la merci de l'Angleterre et de la HoUande, sans qu'U lui restât aucune voie pour traiter avec la France supposé que ces deux puissances n'eussent pas agi de bonne foi avec lui, ce qu'il craignait fortement, malgré la protestation du roi Guillaume. Cependant il ne pouvait pas s'y résoudre , et il recula jusqu'au dernier instant. Le quinzième jour était près d'expirer , une partie des domestiques du marquis de Villars était déjà hors de Vienne , il allait lui-même monter en voiture pour se retirer, lorsqu'on vint lui dire que le prince de Liechtenstein arrivait ; il vînt en effet , et s'adressant à l'ambassadeur , en présence de celui de Savoie et de plusieurs autres seigneurs , il lui dit ces paroles : « Je serais au désespoir. Monsieur, si j'avais manqué au respect dû à S. M. T. G. et aux égards que mérite votre caractère, en ce qui s'est passé «itre nous, chez S. A, L monseigneur l'archiduc , puisque j'ai toujours et j'aurai toute ma vie une profonde vénération pour S. M. T. G. , et j'espère que vous voudrez me rendre auprès d'elle la justice que méritent ces véritables sentimens. » L'ambassadeur lui répondit : « Je ne manquerai pas , Monsieur, de rendre un compte fidèle à S. M. ' des sentimens pleins de respect et de vénération

que vous me marquez avoir pour elle. Je ne doute pas qu'elle ne reçoive avec plaisir les témoignages que vous m'en donnez. » Cette affaire étant ainsi terminée j les négociations au sujet de la succession d'Espagne se renouèrent.

— Les convenances et les règles du droit prescrivent au ministre d'observer scrupuleusement tout ce qui peut servir à maintenir la bonne intelligence entre les gouvememens respectifs. H ne doit donc négliger aucun des égards que l'usage a consacrés , lors même qu'une circonstance aurait occasionné un refroidissement dans leurs relations. C'est par ce motif que les ministres étrangers ne manquent jamais de témoigner , par des démarches ostensibles , la part qu'ils prennent aux événemens heureux ou funestes qui concernent la famille du souverain près duquel ils sont accrédités. Us paraissent aux jours de Cour ; ils s'informent avec empresseoient , en cas de maladie y de l'état de la santé du souverain ou des princes et princesses de sa famille ; et , de même, ils manifestent j par des fêtes , Tintérét qu'ils prennent à tout ce qui leur arrive d'agréable.

Cependant , on ne peut prétendre à ces actes de courtoisie comme un droit.

Ainsi , le duc de Mortemart , ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg , invité en 1 8^9 à

assister à. un Te Deum, cdlébr^ en lliODneur de Farm^ russe , -victorieuse des troupes ottotnaDes , ayant appris que cette solennité' devait avoir lieu dans le temple où les drapeaux français, suspendus à Ib TOÛte , figurent comme troph^ , pouvait s'abstenir de paraître à cette cërânonie ; et cette conduite , toute nationale , devait être éga- 'lement louée par sa cour et par l'Empereur.

Aussi que iâut-il penser de la conduite de la cour de Lisbonne en 1760, envers le cardinal Acciajuoli , l^t du pape ? Lors des fêtes qui eurent lieu dans cette ville , pour la cél^ration du mariage de la reine Harie avec don Pèdre , sou oncle, ce prëlat n'ayant pas illuminé son hôtel j ainsi que l'avaient fait tous les ministres étrangers, d'après l'invitation qu'ils avaieutreçué^ il lui fut enjoint de quitter la capitale en trois heures et le royaume en quatre jours.

^CKST DB (A P08TB. — Nous avous dit quc daus fous les États de l'Europe on respectait le secret de la poste; c'est surtout à l'ég^ml de la correspondance d'un Envoyé avec son gouvernement , que cette règle doit être scrupuleusement observée. On regarde donc l'ouverture des lettres , en temps de paix , de quelque manière qu'elle s'exécute, comme une violation du droit des gens -j mais la plus odieuse et la plus honteuse

contravention à la foi publique ^ c'est qu'un gouyernement souffre lui-même un tel abus de confiance dans ses bureau^ de poste y qui ont reçu les lettres avec la taxe , sous le sceau du secréf. Et pour juger jusqu'à quel point une telle aberration a ëtë portée , il faut lire , à la fin de cet article , le récit de Texpëdition secrète du comte de Briihl , qui date d'une époque où ne régnait pas cette politique morale , pour laquelle aujourd'hui toutes les cours rivalisent de noblesse et de loyauté.

La raison d'Etat est un faible prétexte pour motiver y de la part d'un ministère, l'infraction de ce qui doit être sacré parmi les nations civilisées. Parce quç l'on use de ce moyen , il lï'en résulte pas un droit ; c'est , au reste , une vérité que l'on ne conteste pas , puisque Ton désavoue toujours cette action , et que l'on a inventé l'art de rétablir imperceptiblement les cachets brisés.

C'est par le moyen de ces ingénieux procédés , qu'un ambassadeur, recevant par la poste des dépêches de sa cour, cachetées du sceau du cabinet et renfermées sous un second couvert , qui , à son tour , portait l'empreinte du cachet de l'office des postes de la frontière , trouvait le couvert extérieur muni du sceau du cabinet ,

et le couvert intérieur, au contraire, avec le cachet de Poffice des postes . . • Les habiles du cabinet noir avaient pris l'un avant Fautre 1

— Du temps de la présidence du ministère du fameux comte de Brûhl , Pambassadeur de la cour électorale de Saxe à la cour de • . . fit observer , un jour j à un ministre de cette cour ^ que les dépêches qu'il venait de recevoir étaient recachetées d'un sceau imité, auquel manquait un certain signe que portait le sceau véritable de son gouvernement.

« n est vrai , répliqua le ministre , vous avez à Dresde de meilleurs graveurs, que nous n'en avons ici. n

— L^ambassadeur français à Londres se plaignit , auprès du duc de Newcastle , d'avoir reçu , par la poste , des dépêches de sa cour , cachetées avec le sceau de la Grande-Bretagne.

a Par une méprise dans la chancellerie , répondit le duc , en souriant. »

Cependant pourrait-on citer beaucoup d'exemples où cette révoltante iniquité a été réellement utile? Quel est l'homme assez imprudent pour confier à la poste, des lettres renfermant des projets dangereux ? Ne cherche-t-on pas plutôt à en imposer par ce moyen ? De telles manœuvres , ainsi que l'espionuage des agens de police se-

crête y sont au-dessous de la dignitë d^un gouyernement , et n'attestent que le peu de ressources d'une misérable politique. C'est seulement dans le cas où le soupçon d'un crime serait fonde sur de grandes probabilités , qu'un juge pourrait se permettre de solliciter l'usage de ce moyen , pour parvenir à une entière conviction. Un gouvernement serait pareillement autorisé à l'employer , s'il pouvait soupçonner un ministre étranger de méditer des hostilités contre le pays y et surtout s'il avait déjà recueilli , pour se justifier dans la suite , des preuves que cet Envoyé ourdissait des trames coupables.

Expédition secrète du premier ministre , comfe

deBriM.

( Traduit de la Cryptographie de V. le ConaeUlerd*£UI Klâber. )

« Jusqu'au commencement de la révolution française , on ne trouvera pas facilement une disposition aussi bien organisée pour le soi-disant secret de l'office des postes, que celle dont le premier ministre, comte de Bruhl , qui était investi d'un pouvoir presque illimité , se servait à Varsovie et à Dresde. Sous le gouvernement d'Auguste m , roi de Pologne et électeur de Saxe , M. Siepmann, conseiller à la cour électorale de

Saxe, (mort en 1 7 80 , à Page de soixante-quinze ans) j fut emplojë par le premier ministre , conmie chef de ces opérations secrètes. Dans la suite y obligé et persécuté par ce même ministre , M. Siepmann j qui était également accrédité pendant quelque temps , comme résident de là Saxe électohile à la cour de Prusse, écrivit, daos sa vieillesse , un mémoire historique de sa coopération politique à la cour du roi de Pologne et électeur de Saxe , pièce mémorable de Iliistoire du despotisme dVutrefois.

Cette expédition secrète , cette singulière besogne ( comme Tauteur du mémoire se plaît à la nommer), commença, d'après le propre récit de M. Siepmann , dans l'année 1756, et fut alternativement continuée , par lui seul , pendant une longue suite d'années ( jusqu'en 1760 ) , durant lesquelles , plusieurs milliers de lettres et de dépêches ministérielles ont été manipulées , c'estàdire , décachetées *, lues , copiées , déchiffrées , et ensuite adroitement recachetées et expédiées pour lem* diestination. Une quantité considérable de papiers , amassés dé cette manière , doivent se trouver encore dans les archives secrètes à Dresde.

Un nombre suffisant de personnes étaient employées à cette mystérieuse opération, et chacune en particulier fut admise ( quelquefois à plusieurs

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reprises ) , à prêter le serment de fidélité et de discrëtion.

Le roi Auguste III , en personne , slntëressait à U chose. Lui-même avait concerte avec le directeur- gênerai des postes que toutes les lettres arrivant ou partant, parvenues à Foffice des postes , seraient envoyées à Uexpëdition secrète ; et il se faisait» faire , de temps à autre , un rapport des . plus important résultats de ces mystérieuses recherches. Le premier ministre j le tout puissant comte de Bruhl , capable de tout , était encore ici le ministre dirigeant. C'était à lui que Ton était obligé de faire un rapport journalier et détaillé du contenu de toutes les lettres et dépêches décachetées I si ce contenu pouvait, en quelque manière , lui être intéressant.

Les sous-chefs de Fexpédition étaient : d'abord , le conseiller aulique de Siêpmann , mentionné ci-dessus ; dans la suite , le conseiUer privé de guerre , Simonis ; et en dernier lieu , le conseiller de guerre Goltze.

Les employés subalternes étaient les suivans : .Tonisch, auditeur en chef, employé comme traducteur en chef des lettres écrites en langue polonaise ; le baron de Scheel , officier au corps des cadets , habile dessinateur , possédant le don admirable de reproduire avec de la craie ou au crayon ,

non^seulement les portraits de ceux quMl connaissait, mais même des absens, avec une ressemblance frappante, et aussi celui d^imiter dWe manière étonnante toutes les écritures. Cette adresse lui valut le grade de capitaine avec une augmentation d'appointemens. Toutes les manœuvres de cette expédition étaient de véritables che&-d'œuvre.

Lorsque dans Tannée 1747 7 ^ s'éloigna du poste ou quHl en fut éloigné , il y eut bien des lettres que l'on ne put plus décacheter. D avait dispai*u comme une ombre ; « circonstance, dit Siepmann, dont il y aurait encore bien des choses à dire. » Le supplice du baiser donné à la Vierge souterraine ^ , n^avait , dans ces temps-là , rien d'înoui !

Parmi les subalternes, il y avait aussi un juif, virtuose dans Fart de graver les cachets , comme Scheel dans celui d'écrire. Ce juif avait le burin si adroit, qu'il re{Mroduisait sur du cuivre des imitations dans le plus haut degré de perfection. Après avoir été pris à serment, il fut constam-

> Genre de supplice. On conduisait la victime à restrémité d^uii watentdn où se trouyait la statue d^une jeune fille qa^on lui or- «loiiBaii d^embrasser , en signe d^absolution. k la base de cette statue «bit une trappe ; et dès que le malheureux j posait le pied , elle cédait, et il était précipité dans un abîme où des lames trandiantes le mettaient en pièces.

ment occupe à la fabrication de faux cachets. Il en confectionnait, en grande quantité , tant en Pologne qu'à Dresde , et ils pourraient bien se trouver encore au cabinet secret à Dresde , priocipalement le sceau du cabinet royal de Prusse et les timbres de Poffice des postes de Berlin et de Postdam. Enfin, fut encore admis dans le complot le serrurier de la Cour : celui-ci Ait chargé de faire des fausses clefs pour la cassette dans laquelle M.de Klinggraf, ambassadeur prussien, tenait renfermé le chiffre de sa légation. Il était tout naturel de sWurer de même des officiers de l'administration des postes, et le terrible serment de discrétion leur fut imposé. Le roi lui-même avait concerté avec M. de Holzbrink , directeur-général des postes en Pologne , Fenvoi à l'expédition secrète de toutes les lettres arrivant ou partant par la poste. Le secrétaire delà chambre aulique des postes fut, à cet effet, lié par le serment, de même le maître de poste à Lublm , où Siepmann , avec l'expédition secrète , demeura pendant quelque temps , dans l'hôtel même des postes.

Relativementaux dépêches envoyées, parla poste de Berlin, àl'ambassadeur prussien à Dresde ou par celui-ci à sa cour , on se servit du sieur Hermann, grand-maître des postes à Dresde , et du maître de poste à Grossenhayn, station sur laroute de Berlin,

à quatre lieues de Dresde. Le maître de poste à Grossenhajn ëtait charge d'ouvrir, chaque fois et toujours, les paquets arriva par la poste de Berlin , et d'expëdier immëdiatement, par estafette, les lettres j renfermëes pour le ministre prussien à Dresde, au sieur Hermann^ grand-maître des postes en cette ville ; celui-ci les envoyait aussitôt à Fexpédition secrète où elles étaient dëcachetëes , lues , transcrites ou extraites inunëdiatement, puis après cette opération, renvojéesau grand officeàDresde, afin d'être remises à leur adresse , le même jour et en même temps que les autres lettres arrivées de Berlin. Il arrivait souvent que les paquets pour Fexpëdition desquels le temps était trop court ^ demeuraient là jusqu'au plus prochain jour de poste. En pareil, cas, on changeait la date des lettres ainsi que celle des réponses du ministre de Prusse, afin que tout s'accordât , parce qu'on était à ce sujet très attentif de part et d'autre. La hesogne , déjà très pénible en elle-même , devenait par cela encore bien plus difficile.

Outre cela , on eut encore recours à la corruption et à la séduction des domestiques , et d'autres personnes attachées à la l^ation. C'est ainsi que furent gagnés le secrétaire Yager, l'écrivain Rothe, et le cuisinier , tous au service du ministre prus^ sien , HoflTmann , à Dresde , auxquels on donnait

— aides pfensions annuelles et d'autres récompenses , poiu'lesdétenniner àli vrer lesrapports, les lettres, et d'autres papiers de leur maître* Dans la suite , et par l'entremise de Rothe^ mentionne ci-dessus , on gagna aussi le yalet de chambre de l'ambaasa* deur prussien , Klinggraf ; ce valet de chambre dëroba dans la cassette de son maître , pour laquelle il se fit faire une fausse def , le chiffre de Berlin. D reçut pour ceseryice 3oo ducats, avec la promesse d'une bonne place. Ce même serviteur , pendant que son maître était allë à Leipsick, procura à l'expédition secrète le moyea d'examiner et d'extraire les pièces les plus importantes des archives de la l^ation prussienne, par lequel moyen l'expédition secrète pouvait faire les plus intéressantes découvertes. Bientôt après il partit furtivement pour la Pologne où , sous un autre nom qu'il conserva constaounent dans la suite , il entra en fonction de la place promise. L'ambassadeur devint soupçonneux, mais tous ses efforts pour découvrir le valet de chambre suspect furent infructueux , quoiqu'il eût offert une récompense de looo ducats.

De cette manière , des milliers de lettres et de dépêches ont été décachetées , lues , extraifass , et le chiffre de l'ambassade prussienne dérobé^ et les archives de la légation de Berlin fouillées.

Des confidences , communiquëes sous le sceau d'une correspondance d'amitië , particulièrement entre des Polonais de distinction , dans la position alors critique de leur patrie , ont été trahies et abusées.

Ce fut cependant de cette maniâre que Ton découvrit une conspiration contre le roi , dans laquelle on était convenu d^un certain jour où le roi devait être assassiné d^un coup de pistolet, dans sa chaise à prière j à Péglise même , pendant le service public.

Siepmann dit que ce travail était entouré de grandes peines et de soucis ; quHl y était souvent occupé sans interruption toute la nuit et une grande partie de la journée ; que quelque grand que fût le nombre des lettres , aucune n'en était exempte , pas même lés lettres des plus grands seigneurs de la cour , ni celles de ses plus dignes^ ministres ; que celles dont on nVvait pu terminer Texamen avant le départ de la poste, étaient expédiées par estafette^ et que souvent Ton avait changé la date de celles qui demeuraient jusqu'au prochain jour de poste.

Au commencement Siepmann se servit d'une métliode d'ouvrir les lettres, en très peu de temps, par le moyen d'une masse , sans la moindre lésion , et sans en enlever la cire à cacheter. Ge-

pendant , le nombre des lettres grossissant , il devint nécessaire d'ayoir en réserve une partie de cette masse , qui sVtait endurcie , et dont on s'était servi pour prendre l'empreinte d'une trentaine de sceaux ou cachets des plus illustres personnages de l'empire , afin de l'employer ultérieurement f et chaque jour de poste en fournissait l'occasion. Malgré cela le procédé de recacheter chaque fois par le moyen de cette masse , et la longueur du temps qu'il fallait employer pour prendre l'empreinte des cachets des autres lettres, n'eussent jamais permis la réexpédition de celles-ci à heure fixe. Mais ici se pr&enta tout à coup le graveur judaïque , mentionné ci-deasus, avec le secours de sa grande industrie^ lors^ qu'enfin , pour compléter l'atelier , l'habileté du baron de Scheel , dans l'imitation des mains étrangères, fut également mise en réquisition, tout s'exécuta plus facilement et plus promptement dans cette mystérieuse manufacture. C'était alors que l'on pouvait sans crainte déchirer les enveloppes ou couverts des lettres , et les remplacer par d'autres ; cependant , en refermant les dépé^ ches prussiennes bien des difficultés se présentaient toujours encore, parce qu'il était difficile de donner à ces lettres leur forme primitive ; de là put bien provenir que tout à coup , et contre

toute attente, il se trouva que les lettres du roi de Prusse et celles de son ministre étaient écrites en chiJBfrés. On les transcrivit', mais l'on ne sut pas les déchiffirer jusqu'à ce que, par le moyen d'une fausse clef, et les bons offices du valet de chambre mentionné, on eût dérobé le chififre renfermé dans la cassette de l'ambassadeur.

Mais une imprudence du premier ministre rendit bientôt inutile l'usage que l'on faisait de ce chiffre ^ et détruisit l'heureuse continuité des intéressantes découvertes diplomatiques qui pouvaient en découler. Un écrit chiffré du roi de Prusse, contenant une instruction de la plus haute importance au sujet de certaines affaires d'Etat, et dont le contenu était déjà, à huit heures du matin , entre les mains du pre« mier ministre, celui-ci se trouvant le même jour vers midi à la Cour , où il eut l'imprudence de faire contre l'ambassadeur français ^ et en présence de celui de Prusse , une allusion qui présupposait une entière connaissance du contenu de cet écrit chiffré , l'ambassadeur prussien en conçut des soupçons , et à son retour de la Cour , il déclara à son vakt de chambre ( le même qui avait donné secrètement le chiffre au premier ministre), qu'il était porté à croire qu'il était entouré de traîtres ^ car le comte de Brîihl venait

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