‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 18 sur 89 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

de dire quelque chose , en sa présence , qui ne pouvait être connu que de Dieu , de son roi et de lui-même seulement depuis ce matin , etc. . . Le yalet de chambre chercha à rassurer l'axnbassadeur sur ses soupçons ; cependant il craignit des suites fôcheuses ; il découvrit cet accident à l'écrivain Roihe , complice de la trahison , et celui-ci , le niéme soir encore , en fit part au premier ministre. Aussi ce ministre vit , avec le plus grand déplaisir, par un rapport chiffre , par la première poste , que l'ambassadeur fit partir pour Berlin , que celui-ci référait la chose à sa Cour et montrait du soupçon ; mais ce mécontentement fut encore bien plus grand , lorsqu'il vit que la réponse du roi de Prusse exprimait le soupçon que montrait son ministre en des termes plus forts encore , et que , pour plus grande sûreté , ce dernier devait recevoir sous peu , par les mains d'un messager extraordinaire , un nouveau chiffre. En effet, ce chiffre arriva ; l'ambassadeur le remit sous la garde du secrétaire de légation , Hecht , précaution qui ne laissait plus aucun espoir de jamais s'en emparer de nouveau. Le valet de chambre s'aperçut alors clairement du soupçon de son maître , qui , du reste , fit épier toutes ses démarches. Il cessa donc de communiquer avec le secrétaire Roihe ^ et

s'âoigna furtivement de la manière ci - dessus menUonnëe.

L'expédition secrète continua encore pendant cpielque temps à ouvrir et à transcrire les dépêches prussiennes, mais le plus souvent sans aucune utilité j n'ayant plus le chiffre, et ne pouvant le découvrir par Fart cryptographique ; enfin , la violation du secret des lettres finit ; au même temps disparut aussi de la manière mystérieuse , d^à indiquée , le baron Scheel , alors employé dans l'expédition comme artiste écrivain.

Cette manœuvre, jouée à Frédéric , .ne pouvait échapper au regard pénétrant du grand roi , quoi* qu'il n'en pût élever le factum à une certitude juridi<}ue. Il est très possible que le grand roi , par le tour qu'on lui joua, eût la pensée d'user de représailles envers la cour royale de Pologne et électorale de Saxe , car bientôt après (en 1762 ) eut lieu la fameuse séduction, riche en résultats, d'un nonuné Menzel, secrétaire privé du cabinet électoral de Saxe. Cet homme livra, depuis ifjSa jusqu'au commencement de la guerre de sept ans , presque chaque semaine , à l'ambassadeur prussien à Dresde , les copies des plus importans documens et papiers des archives secrètes du cabinet de Dresde , ainsi que les copies des dépêches que la cour de Dresde

receyait de Vienne et de Saint-Pëtersbourg. De cette manière , Frédéric II fut instruit , avec une entière certitude , des plus secrètes intentions de ces cabinets^ et particulièrement du plan d'attaqae que les cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg ayaient secrètement combiné contre lui. »

Page 1