‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 21 sur 89 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

qiie ce ministre y réponde seul. Gela se pratique aussi lorsque l'Envoyé, sans présenter de mér moire , a prié , par écrit, le ministre de foire une communication à sa Cour ; ces réponses, conçues en fomiie de lettres, sont affranchies des formalités en usage dans la correspondance ordinaire, et ne contiennent qu'un simple récit.

§ ly. De la CORBESPOIVDANCE MimStÉltlELLE. —

La marche des affaires qui sont confiées au ministre , exige , non-seulement qu'il soit muni de nouvelles instructions spéciales à mesure que ses négociations avancent , mais encore qu'il soit tenu au courant des nouvelles qui peuvent importer au succès de sa mission , et que son gouvernement l'informe régulièrement de ses vues, ou des changemens qu'il aurait adoptés dans ses intentions. C'est à cet effet que le ministre des affaires étrangères , doit entretenir , avec les agens diplomatiques , une correspondance officielle et suivie. Cette correspondance doit être regardée comme faisant suite à l'instruction dont le ministre aura été muni , et sera menée selon l'usage du Gouvernement, ou par le raonarque ou chef de TEtat lui-même , ou parle ministre des affaires étrangères, ou tel autre que l'on aurait chargé de rédiger les dépêches. On se servait autrefois assez ordinairement de

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la forme de rescrits, pour expédier les ordres et les communications à faire aux agens diplo« matiqiies , tandis que de nos jours , on prëfère employer la forme des lettres.

Les principes généraux qui ont été exposés à Farlicle des Instructions , seront encore applicables ici , où il ne s'agit que d'instructions continuées et complètes. On exposera, en tant qu'il sera nécessaire, la marche de la politique générale; on recommandera aux soins et à la vigilance du ministre les objets de négociation qui se seront nouvellement présentés ; on le munira d'ordres détaillés , et on répondra aux demandes d'instructions particulières qu'il aura faites; enfin , on résoudra tous les doutes qui pourraient lui être survenus sur Texécution des ordres qu'il a reçus , et on ne négligera point de lui procurer toutes les lumières utiles à l'avancement des affaires, et qu'il ne pourrait se procurer d'autre part. Si Texactitude et la clarté sont indispensables dana ces écrits, on est d^autant plus à même d'y donner toute l'attention nécessaire , qu'ils sont exempts de toute gène pour les formes, et que l'on est entièrement libre de choisir Tordre et la tournure pour le développement des idées.

Il arrive assez fréquemment qpe l'intérêt d'une

puissance exige que ses ministres, résidans auprès des difierens gouvernemens , reçoivent des instructions uniformes sur tel objet ou tel événement , afin de pouvoir faire, au besoin , des déclarations concordantes entre elles. En ce^cas, le ministre leur expédie des dépêches circulaires en foime de lettres ou de mémoires. Quelquefois il arrive que plusieurs puissances conviennent entre elles d'instruire leurs ministres uniformément sur de certains points ou de certaines affaires , dont l'intérêt leur est commun. Ils s'accordent alors sur la rédaction d'une circulaire , que chaque ministère expédie en conséquence à ses divers agens diplomatiques.

§ y. Des dépêches et rel.^ltions. — Les relations ou rapports que le ministre fait successivement à sa Cour , non-seulement sur la marche des négociations dont il est chargé, mais aussi sur toutes les affaires publiques qui lui paraissent dignes d'intérêt, sont un des objets les plus itnportans de ses travaux.

QuelquesGours ont adopté une double correspoudance diplomatique, en séparant la correspondance générale et ordinaire de celle qui concerne les négociations ou affaires particulières. Le ministre sépare alors en deux dépêches ce qu'il aurait été obligé de réunir dans une seule, sans cet arran-

gement , auquel l'ordre des affaires ne peut que gagner.

LfOrsque plusieurs ministres sont employés conjointement à une même mission , ils font les dépêches ordinaires en commun , et n'en rédigent séparément que pour les affaires dont ils sont chargés en commission particulière.

La forme épistolaire des dépêches et leur but de rapporter les événemens et des détails de n^ociations, indiquent suiBsamment quel doit être le caractère principal de leur style , c'est-àdire y qu'il sera nécessairement historique et narratif. Le mipistre racontera simplement et naturellement tout ce qui s'offrira à lui pendant le cours de sa négociation j et soit qu'il fasse un rapport essentiellement historique , soit qu'il entre même en discussion ^ il évitera toute tournure recherchée et tout effort de rhétorique , se souvenant bien qu'il ne doit point persuader, mais exposer nettement les affaires. Plus il se pénétrera de cette idée , en suivant l'ordre naturel des choses dont il doit parler, plus son style aura la grâce et l'a propos désirables. Il fera choix des expressions les plus claires et les plus propres à rendre ses idées et à retracer les faits tels qu'ils se sont passés , et il aimera mieux avoir moins bien que moins clairement dit. Il pouiTa même> afin

de ne point laisser entraîner sa plume à interver* tir l'ordre des choses qu'il doit traiter, dresser une courte note ou un aperçu des points auxquels se rattachent les détails de son rapport.

Le contenu des ddpéches diplomatiques est ou descriptif, ou narratif, ou délibëratif : c'est à ces trois formes principales que se réduit tout ce que le ministre peut avoir à dire dans ses relations.

i^ De même qu'avant d'entamer sa négociation , il importe à T^igent diplomatique d'étudier et de connaître les personnes avec lesquelles il aura k traiter ou à entrer en rapport quelconque, de même , au commencement de sa mission , il doit aussi, dans ses relations à son gouvernement, faire l'esquisse ou le tableau des personnages de la Cour auprès de laquelle il est accrédité , du ministre existant , et de toutes les personnes en général qui concourent aux affaires. Il ne suffirait pas qu'il eût jugé de tout , scrupuleusement et sans prévention , s'il ne parvenait h communiquer clairement ses observations à son gouvernement, qu'il doit mettre en état de connaître le terrain , afin d'y régler les démarches qu'il ordonnera. A cet effet, le ministre doit se servir dans son tableau des termes les plus exacts , les plus caractéristiques , mais aussi les plus circonspects , tels que le requiert le style descriptif;

il sera moins verbeux que précis , et emploiera des phrases coupées, analogues à son sujet , plutôt que de sacrifier la clarté eu allongeant les périodes, n aura soin d^ailleurs que ses paroles expri* ment bien la même réserve , dont il ne déyiera jamais dans les jugemens qu'il serait appelé à porter sur le caractère des personnes; et il sera bref et positif dans ses observation^.

Telles sont les règles du style que 1 agent diplomatique doit suivre dans ses dépêches, toutes les fois qu'il s'agit d'offrir la description ou des personnes ou des lieux; et de représenter les choses telles qu'elles sont , et non telles que l'imagination se plairait à les former.

a** D'outre part, le style narratif prendra place partout où la correspondance s'étendra sur des faits. Le ministre raconte-t-il la réception et les honneurs qu'on lui a faits , ou les entretiens qu'il a eus, ou tel autre incident de sa mission , son style sera de nature historique. Il joindra à l'exactitude des détails et à la précision qui a été recommaudée dans le paragraphe précédent , le plus grand soin pour donner de la suite à sa narration ; il s'étendra sur les faîls sans être long ; et , tout en s'appliquant à ne rien omettre , il évitera de fatiguer par des minuties, ou par dfib redites. Il doit adopter un style libre , aisé ,

et lier ses phrases en les joigaani naturellemeDl et sans recherche sensible.

n importe surtout que les entretiens sur affaires y les discussions verbales soient bien expliques. C'est ici qu^il faut employer toutes les couleurs de la diction pour reproduire toutes les nuances de la parole. L'expression , toutefois fidèle, doit être tour à tour yiye et fraîche, rëflëchie et profonde; en un mot, telles qu'ëtaient les paroles qu'elle doit rendre. S'il est essentiel que le rapporteur n'omette et n'ajoute rien , il n'importe pas moins qu'il ne dénature point les discours par la narration , et qu'il n'empêche pas de juger du sens des paroles , en ren ver-» sant les expressions. Il doit donc avoir fait une ëtude toute particulière de cette partie du style de ses dépêches , et ne pas croire avoir satisfait à son devoir , si , en reproduisant les paroles , d'un entretien , il n'est parvenu à en rendre le vrai sens.

3^ Nous avons nommé en troisième lieu le texte délibéra tif des dépêches. On entend sous cette dénomination la partie du rapport d'un agent diplomatique, par laquelle il rend compte de sa négociation , expose l'état des affaires , demande des ordres particuliers à son gouvernement^ lui fait des représentations sur des doutes ou des observatioos survenues, et , en un

mot, dans laquelle il traite de consultations ou délibérations. Il serait tout aussi difficile de fixer des règles pour les variations du style admises dans cette partie essentielle du corps des dépêches , que de faire Ténuméràtion des objets mêmes auxquels on aurait à les appliquer. Nous nous bornerons à observer, que dans le style délîbëratif , il convient d'abord de tout dire, afin de tout soumettre à la réflexion. Ici la recherche de concision serait non-seulement déplacée, mais eUe pourrait même nuire à l'exposition. On doit s'attacher à reprendre sou sujet sur tous les points , pour qu'aucune obscurité ne subsiste : on doit , pour cela même , éviter avec le plus grand soin toute expression louche .et ambiguë, et rejeter toute phrase qui nécessiterait une interprétation ultérieure. Les argumens perdent leur force , lorsque les termes dans lesquels on les ofifre , ne sont pas concluans , et jamais on ne sera parvenu à épuiser son sujet , si on ne l'a exposé avec des expressions claires et analogues.

Le ministre aura soin cependant de ne point fatiguer l'attention par des longueurs , et d'éviter toutes les observations et réflexions superflues y ou qui ne seraient point en rapport nécessaire avec son but. Lorsqu'il se verra dans le cas de donner son opinion sur les affaires et sur les

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mesures à prendre , il fera un choix prudent d'expressions , afin de ne point paraître vouloir faire des représentations qui pourraient déplaire , ou prétendre éclairer le gouvernement, dont il attend les ordres. Enfin , il redoublera de prudence et de soin pour la tournure de ses phrases , lorsqu'il sera obligé de faire à sa Cour quelque commnnication désagréable ; il modérera les choses par les paroles j toutefois sans les dénaturer , et témoignera la peine quil ressent de se yoir Torgane d'aussi fâcheuses nouvelles.

Quant à la forme des dépêches , elle est exactement la même que celle de toute autre lettre. On se sert de l'allocution et de la courtoisie finale ordinaires , en les modifiant suivant que l'exige la qualité des personnes auxquelles elles sont adressées 9 ou que le demande le style de chancellerie de la mission , s'il y en avait un qui fût particulièrement introduit. Lorsqu'on a quelque nouvelle ou quelque réflexion à ajouter après la conclusion de la dépêche , on en fait un post-scriptum , qu'on èe contente souvent de signer sans répétition de courtoisie.

' La relation générale , faite par un ministre , k la fin de sa mission , et dans laquelle sont récapitulés tous les points principaux de la négociation , s'appelle un rapport Les formes et les règles du

jityle j sont les mêmes que dans toute autre deipéche; le contenu seul établit la diiSerence. jLe rapport que rédigea M. de Yergennes , au [retour de sa mission de Gonstantinople , est un Modèle en ce firenre.

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