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voud fait^ Monsieur , si on en avait use de la sorte à votre ëgard? — Sire, répondit Venier^ si des sujets rebelles à Votre Majesté osaient se réfugier dans ma maison , je les prendrais moi-même pour les livrer aux juges , et si j'en usais autrement , j'en serais rigoureusement puni par la république. Cette sage réponse acheva de calmer le mo* narque.
— Le cardinal d'Est, protecteur et directeur des affaires de France à Rome , se trouvait chargé d'y appuyer les prétentions des ducs de Parme et de Modèue sur certaines terres et domaines réunis à la chambre apostolique. Le cardinal d'Est y dans cette circonstance , s'acquitta de sa charge avec toute la fierté d'un ministre qui parle au nom d'un monarque puissant, et avec tout le zèle d'un homme qui travaille pour les intéi*éts de sa maison. Mais le pape qui n'aimait nullement ce cardinal , n'était point disposé à céder à ses soUîcitations.
Un incident qui survint en 1660 , augmenta la froideur ou plutôt la mésintelligence entre la France et la cour de Rome. Le 21 de juin, deux ou trois sbires étant allés pour saisir , pour dettes , un marchand qui logeait aux environs du palais du cardinal d'Est, plusieurs des gens de cette Eminence, voulurent les empêcher d'exécuter
leur coiiûnission , sous prétexte qu'on ne pouvait pas, suivant eux, enlever cet honàme sans violer les franchises du palais de l'ambassadeur. Les abires persistant à vouloir passer outre lès domestiques du cardinal mirent Tëpëe à la main et forcèrent les sbires à se retirer sans leur proie. Dom Mario Chîgi, frère du pape, et général des troupes de l'Église, prétendant que la franchisc du palais du cardinal ne s'étendait pas aussi loin qu'on le disait, ordonna au barigel , ou chef des abires , de se transporter bien accompagné dans la maison du marchand , et de l'enlever de force. Cette expédition ne put se faire à Pinsu des gens du cardinal , qui accoururent en grand nombre , chargèrent le barigel , lui tuèrent trois hommes , en blessèrent plusieurs , et enlevèrent le prisonnier. Le cardinal d'Est voulant prévenir les suites de cette affaire , envoya sur-le-champ son maître de chambre à don Ghigi , pour lui feîre des excuses , protestant qu'il n'avait aucune part à ce qui venait de se passer. Don Chigi reçut cette satisfaction assez froidement. Néanmoins cette affaire se pacifia par la médiation des cardinaux Barberin et Pio , le pape a jant consenti à donner une entière absolution du passé.
Le cardinal d'Est jugeant que, malgré ce racommodément, sa présence ne serait jamais
la.
agréable au pape, et qu'il ne pourrait obtenir satisfaction pour .les ducs de Parme et de Bfodène , écrivit à la cour de France sur la nécessite d'envoyer à Rome un ambassadeur. Le roi fit choix, pour cette fonction, du duc de Grëqui. C'était un seigneur d'une très noble représentation , mais plus propre à la carrière des armes , qu'il avait suivie jusqu'alors , qu'à celle de la politique , qui exige du calme ^ des complaisances et des procédés réservés. Ce seigneur , en arrivant à Rome , refusa de visiter, le premier , les parens du pape. Plusieurs Romains , attachés aux intérêts de la cour de France , lui représentèrent en vain qu'il était convenable de donner au pape cette satisfaction d'usage. L'ambassadeur fut inflexible , regardant cette condescendance comme préjudiciable à la dignité de duc et pair. Néanmoins , le roi , instruit de cette difficulté j ordonna au duc de Gréqui de satisfaire le pape , et il fit la première visite à ses neveux. Mais comme cette civilité était forcée , et que le duc ne la rendait qu'avec dépit, loin de rétablir la bonne intelligence , elle ne servit qu'à augmenter la froideur de part et d'autre. Enfin , le âo d'août 1 66a ^ arriva la scène qui brouilla ouvertement les deux Cours, et faillit occasioner une guerre, maigre Finégalité de forces des deux États. Ce jour-là ,
quelques Français de la suite de l'ambassadeur , prirent querelle avec des soldats du régiment corse de la garde du pape , et les maltraitèrent. Ceux-ci donnèrent l'alarme à leurs casernes qui n'étaient pas éloignées , et quatre cents soldats Corses y commandés par leurs officiers , se jetterent sur tous les Français qu'ils rencontrèrent, les poussant vivement jusqu'au palais de Tambassadeur de France, qui se trouvait alors chez lui.* Entendant un grand tumulte et des coups de mousquet j le duc de Créqui parut sur son balcon pour connaître la cause de ce fracas ; mais l'irritation était telle , qu'au moment où il parut , des soldats Corses tirèrent des coups de fusil siu* le balcon. Peu après une troupe d'eutre eux ayant rencontré l'ambassadrice qui revenait chez die , quelques soldats tirèrent sur son carrosse , tuèrent un de ses pages qui était à la portière , et blessèsèrent deux ou trois autres de ses gens. Don Mario GHigi ne fut pas plutôt instruit de cet événement , qu'il dépécha au duc de Créqui un gentilhomme , pour le désavouer et lui témoigner ses regrets* Hais l'ambassadeur regardant l'accident arrivé conmie une suite du mécontentement de la famille du pape , en chargea le gouvernement, et l'envoyé fut à peine écouté.
Les coupables s'étant évadés dans la nuit, on
— Il» —
attribua leur fuite à la coonivence du cardinal impérial , gouyerneur de Rome.
Le lendemain y le pape assembla un consistoire dont s'absentèrent les cardinaux français et espagnols. Il y déplora les malheurs de la veille y et dépécha aussitôt un courrier avec des lettres au roi, dans lesquelles il s'efforçait de calmer sa colère.
Le duc de Gréqui expédia, de son coté, un courrier portant la relation de ce qui s'était passé, et l'on conçoit que ces renseignemens étaient très différens de ceux que fournissait la cour de Rome. £n attendant, le duc de Gréqui fit armer tous ses gens , ainsi qu'un grand nombre d'autres personnes ^ et il ne se promenait dans Rome qu'entouré d'une garde considérable. Le pape, Aché d'une précaution qu'il regardait comme injurieuse , fit en Tain prier le duc de désarmer aes gens; celui-ci protesta , déclarant qu'il était forcé d'agir ainsi pour sa propre sûreté.
A Tarrivéedu courrier du ducdeGréquiàParis^ le roi tint un conseil , à l'issue duquel le comte de Brienne alla trouver le nonce , auquel il enjoignit , de la part de Sa Majesté , de partir le iendetnain matin pour Meaux, et de ne point bouger jusqu'à nouvel ordre ; lui observant qu'on agissait ainsi , afin de garantir sa personne d'un accident
pareil à celui qui était arriTé à Fambassadeur de France à Rome. Le nonce répondit qu'il désirait avant de partir d'être entendu ; il se rendit pour ce sujet à la Cour , la nuit du même jour, n ne put voir que L jonne , à qui il témoigna le$ amers regrets du pape sur ce qui venait de se passer j lui faisant part, en même temps, de l'ordre donné par Sa Sainteté pour la punition des coupables. Le nonce , pour ne pas paraître subir l'exil , 9u lieu d'aller à Meaux , se rendit à Saint-Denis , ou le roi envoya quarante mousquetaires qui ne le perdaient pas de vue.
Les choses paraissaient se calmer , lorsqu'un gentilhomme de l'ambassadeur apporta la nouvelle que le duc avait été obligé de quitter Rome le a de septembre. Le roi ^ plus irrité que jamais , fit donner ordre au nonce de partir immédiatement de ses Etats ; et il partit , en eflfet , le i^sep-^ tembre , escorté par cinquante mousquetaires qui le conduisirent jusqu'aux frontières de Savoie , sans lui pameUxe de parler à personne.
Le duc de Gréqui avait mandé à sa Cour : que , sous prétexte que cinquante ou soixante Français pomrsuivis et outragés par toute la ville , s'étaient réfugiés «n son palais , comme dans le véritable asile des sujets de sa nation , les parens de Sa S^teté ^v«ient jait entrer dans la viUe de Rome ,
quatre à cinq mille hommes de troupes ^ tant cavalerie qu'infanterie; qu'il ft'ëtait yu investi chaque jour, d'un nouveau corps de garde; qu'on en avait mis huit ou dix autour de son palais , qui s'étaient retranches dans toutes les rues adjacentes; qu'outre cela, on avait, depuis cinq à six jours , enjoint aux marchanda de n'avoir au* cun commerce avec les Français, et ordonne même au boulanger et au boucher qui le servaient , de ne lui fournir qu'une certaine quan-^ titë dç viande et de pain , laquelle ëtait insuffisante pour la subsistance de sa maison , et qu'ainsi , s'ëtant vu doublement bloque et assiëgë , sans pouvoir même juger quels seraient le terme et la mesure de tant d'attentats contre le droit des gens , et le respect du au roi , il s'était cru oblige , pour ne point compromettre davantage Thonneur de Sa Majesté, de sortir à l'instant de Rome.
Le pape , dans la relation qu'il avait envoyée , accusait , de son côté , Fambassadcur d'avoir fait , depuis la querelle avec les Corses , des levées de troupes , et rassemblé tant de soldats , que les Romains commençaient à craindre pour leur cureté , o\i au moins le saccagement et le pillage de la ville.
Cependant , le pape ayant établi une congre-
galion de cardinaux et de prélats agréables à la France , fit part au roi , que voulant se dépouiller de son propre sentiment au sujet de la réparation qui lui était due , il s^en remettait à tout ce que cette congrégation déterminerait.
Le roi ne fit aucune réponse aux diverses let* très du pape , et se contenta de lui faire dire , que s'il avait des propositions à ofifrir pour un acconunodement y il pouvait s'adresser au duc de Grequi y qui avait pouvoir de les écouter. C'est d'apnés ce renvoi à Pambassadeur de France , qu'on lui fit savoir les noms de ceux qui devaient composer la congrégation nonmiée par le pape , et il en exclut don Mario Ghigi et le cardinal impérial.
Peu après , la congrégation ordonna que la garde corse serait licenciée ; mais l'ambassadeur , peu satisfait ^ témoigna que les Corses , ayant été licencia tambour battant et enseignes déployées^ tandis qu'il aurait fallu les chasser de Rome , la corde au cou , ou avec quelqu'autre traitement infamant , il ne pouvait pas accepter leur licenciement comme une réparation. A quelques jours de là , on lui fit savoir encore qu'on avait ôté le gouvernement au cardinal impérial , contre lequel le roi avait paru iirité , et que , pour obliger cette Émiaence de sortir de Rome y le pape
renvoyait dans la marche d^Ancône remplir une l^ation qu'il avait établie exprès pour lui. La réponse de Tambassadeur fut , que bien loin que le roi pût regarder la déposition du cardinal impérial du gouvernement de Rome comme une peine qu'on lui imposait , il avait plutôt lieu de se plaindre du pape , qui , en créant une légation particulière en faveur de cette Eminence^ semblait plutât vouloir la récompenser de ses services , que la mortifier en vue de donner satisfaction au roi. Enfin , la congrégation fit pendre un Corse et un sbire qui s'étaient laissé prendre ; mais cette exécution ne satisfaisant pas encore la Cour, 1^ pape envoya l'abbé Rospigliosi au duc de Gréqui , pour le prier de lui faire savoir quelles étaient les intentions du roi. Les propositioDS qu'il en rapporta y parurent si dures à la cour de Rome, qu'elle ne crut pas devoir les accepter : sur quoi l'ambassadeur et le cardinal d'Est partirent pour se rendre en France , où ils arrivèrent au commencement de i663.
Par suite de ces événemens , le pape fut assigné à la requête du procureur général du parlement de Provence , et sommé d'abandonner la ville d'Avignon , comme une possession qui , quelqu'ancienne qu'elle lût , n'était j disait-on , par la nullité du titre primitif, ou de la vente
faite par la reine Jeanne à Client YI , qu'une injuste détention.
Trois arrêts , par défaut ^ furent rendus contre le pape \ et , par le dernier, en date du 26 juillet i663 9 le comtat Yenaissin et Avignon furent déclares non confisques sur le Saint-Siège , mais réunis au comté de Provence , comme ajant été démembrés par des actes vicieux et contraires à toutes les lois, en sorte que le roi paraissait rentrer dans son bien. Mais cette saisie ne suffisait pas au monarque. Yers la fin de Tannée , un corps de quatre mille fantassins et de deux mille chevaux , sous les ordres du maréchal du Plessis Praslin ^ alla hiverner dans les duchés de Parme et de Modène , pour entrer dans les Etats de l'Eglise au commencement du printemps. Le roi était résolu à commencer la guerre contre le pape , dès lemoisdemars 1664^ s'il n'obtenait point satisfaction. Il en avait prévenu le cardinal de Médîcis , dojen du sacré collège , ainsi que le roi d'Espagne et le grand-duc de Toscane , afin qu'ils déterminassent Alexandre Yll à lui donner satisfaction. Enfin , ce pontife , touché des maux dont ^e& États étaient menacés , consentit à accorder ce que la France exigeait.
— Après la paix^de Nimègue , Louis XTY avait envoyé en Espagne ^ en qualité d'ambassadeur , le
marquis de ViUars ^ qui, ayant la guerre , y arait le même caractère. Il arriva à Madrid au mois de juin 167g, et trouva la monarchie espagnole çouyernëe par Don Juan d'Autriche , frère naturel et premier ministre de Charles II , prince aussi faible de corps que d'esprit. Le marquis de ViUars eiit y en 1680, avec le ministère espagnol, une difficulté assez vive pour le fait suivant :
Les ministres étrangers avaient à Madrid deux privilèges : le premier était d'avoir un arrondissement autour de leur palais, dans lequel aucun ollicier de la justice ne pouvait exercer ses fonctions sans la permission de l'ambassadeur, ni même passer avec le signe de sa charge , qui est une baguette blanche ; l'autre privilège était une exemption des droits d'entrée pour les objets de consommation de l'ambassadeur.
Cette .dernière exemption ayant amené des abus , fut convertie en une somme annuelle de seize mille francs , donnée à chaque ambassadeur par le roi d'Espagne : mais quant à l'exemption de justice des ministres étrangers , elle avait été observée avec tant de rigueur , que quelques uns avaient fait pendre à l'instant des officiers de jps* tice pour avoir violé ce privilège , et les plus modérés les avaient fait maltraiter. II arriva que , sur la fin de janvier 1680, le corrégidor de Madrid,
accompagné de ses alguazils ] pasda en plein jour dans le quartier de Tambassadeur de France, qui n'en fut averti qu'après son passage ; mais il ne laissa pas de lui envoyer dire qu'il devait savoir qu'il avait viole ses privilèges , et qu'il prît garde à ne pas les enfreindre de nouveau. Le corr^idor s'excusa sur ce qu'il n'avait pas su que ce fut le quartier de l'ambassadeur ; et cependant dix jours après , dans le temps que l'ambassadeur ëtait hors de chez lui , il traversa de nouveau son quartier. L'ambassadeur s'en plaignit aux ministres. La réponse , signëe d'un secrétaire d'État , fut que le roi , en conséquence d'une déclaration de 1671, ayant résolu de traiter à Madrid les ambassadeurs de chaque prince comme ceux d'Espagne l'étaient à leur Cour , S. M. G. avait considéré qu'en France , l'ambassadeur d'Espagne n'avait aucun privilège ni juridiction hors de son palais^ à la portée duquel la justice passait ; et qu'ainsi elle entendait qu'à l'avenir, l'ambassadeur de France n'eût pas plus de privilège à Madrid, que celui d'Espagne n'en avait à Paris.
Le marquis de Yillars répondit : Que son souverain entrerait volontiers dans une réciprocité de traitement pour les ambassadeurs respectif ; mais que pour prendre des décisions plus justes à cet égard , il représenterait à S. M. C. les fa-
yëurs particulières dont jouissait en France Fambassadeur d'Espagne, lequel entrait chez le roi et la reine quand il voulait y sans demander audience, accompagDait le roi àla chasse et en d'autres rencontres , sans permission ; assistait assis aux fêtes et aux cérémonies publiques , et allait à six chevaux dans Paris , quand il voulait. Il ajoutait : qu'il ferait part , au roi son maître , de la déclaration qu^on lui avait faite , et demandait que provisoirement on laissât les choses dans le même ëtat , jusqu'à ce qu'il pût recevoir les ordres de S. M.
Le secrétaire d'Etat adressa à l'ambassadeur une seconde note, portant que le roi ayant vu sa réponse , persistait dans sa première résolution , et lui ôtait à l'avenir les immunités et franchises du quartier.
La cour de France fut fort blessée , et chargea son ambassadeur de demander à celle d'Espagne une satisfaction publique, comme d'une injure personnelle qui lui était faite.
Le duc de Medina-Céli, premier ministre, répondit au marquis deVillars, qu'en 1671, le ci d^Espagne avait déclaré que les ambassadeurs
ministres des princes étrangers qui étaient à Madrid n'avaient point de quartier privilégié ; que s'ils en avaient joui depuis , ce n'avait été que par
tolérance j mais qu'afin que celui de France n^eut pas sujet de se plaindre , on ferait à tous les autres ambassadeurs la même déclaration qu'on lui avait faite.
L'ambassadeur répondit : « qu'une pareille satisfaction lui paraîtrait plutôt une injure; que l'ambassadeur de Franôe^ d'après les liens qui unissaient les deux Cours , pouvait bien attirer des grâces aux autres ambassadeurs , mais non pas leur faire perdre les avantages qu'ils avaient déjà ; qu'il ignorait la déclaration de 167 1 ; que depuis^ il avait été plus de deux ans ambassadeur à Madrid avec tous ses privilèges ; qu'on ne les ôtait présentement qu'à lui seul, et qu'il en demandait le rétablissement d'une manière qui pût satisfaire le roi son maître. »
Le lendemain, le marquis de Yillars eut audience du roi , auquel il pr^nta une lettre de créance spéciale pour cette affaire, et lui fit considérer que le sang , les alliances et la paix nouvellemen t signée, semblaient être un garant des égards dus à S. M. T. C. , laquelle espérait recevoir de lui , dans cette occasion , tout ce qu'elle avait lieu d'attendre de sa justice et de son amitié.
Cette affaire fut portée au conseil d'Etat, et la satisfaction exigée par la cour de France fut accordée ; en sorte que le i4 avril , le marquis de