‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 36 sur 89 · SI · texte numérisé non relu

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lo6 Balbasés vint trouver Pambaasadeur ^ et lui remit un ëcrît signe de lui , portant que le roi dlEspagneayantchargë son ambassadeur en France de la satisfaction et de la réponse à la lettre du roi T. G.^ lui avait commandé en même temps de venir assurer Tambassadeur ^ qu'en considération des liens de sang et d'amitié qui unissaient LL. MM. , et pour faire connaître au roi T. C. le désir qu U avait de le satisfaire , il conservait à l'ambassadeur de France l'immunité et le privilège de son quartier y et qu'à l'^;ard des françhiscB des entrées , ce n'avait point été son intention de les lui ôter ^ et qu'elles lui auraient été payées, s'il en avait fait demander l'indemnité.

La réclamation de l'ambassadeur de France était fondée , parce qu'il paraît que , malgré la suppression des privilèges des ambassadeurs en 1671 , la plupart d'entre eu^ avaient été maintenus dans leur jouissance , et il était peu séant d'en commencer à son égard ia suppression , après l'alliance de famille existant entre les deux couronnes.

— Il s'éleva , au mois de juin 1702 , un démêlé très vif entre le comte de Cl^amilli , ambassadeur de France à Copenhague y et Schested , ministre du cabinet du roi de Danemarck. Ce démêlé provint de ce qu'un comte de Schlieben , s'étant engagé à lever un régiment pour le service du Da-

nemarck , après avoir touché Targent pour cette levée, l'avait dissipé sans faire aucun enrôlement , et la cour de Danemàrck l'avait fait arrêter. S'étant évadé au moment de sa détention , il fut poursuivi par ses gardes qui le rejoignirent près de rhôtel du comle de Chamilli ; les domestiques de celui-ci le dégagèrent, non sans grande rumeur , des mains des gardes. Le comte de Chamilli s'étant mis à la fenêtre , déclara que Sehlieben j se réfugiant dans son hôtel , était sous sa protection , et les gardes , malgré leurs réclamations , furent obligés de se retirer. Le comte de Chamilli fit dresser dans soii hôtel un procès verbal de ce qui s^était passé , et fit interroger et déposer j après serment , un des gardes et des sentinelles danois qui étaient devant sa porte. Ensuite il écrivit au secrétaii*e d'Etat Schested , pour demander satisfaction âur ce que les gardes de Schlieben avaient violé le respect dû à son hôtel. Schested lui écrivit la lettre suivante , à laquelle nbusjoindronslaréponse de Chamilli, qu'onn'offire point ici comme un modèle de bienséance. « Monsieur , j'ai fait rapport au roi de la lettre que votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire , du 20 courant, et S. M. trouve que vous avez eu tort d'exercer une espèce de juridiction sur un de ses gardes , et sur les sentinelles qu'on met ordinaire- TOMB 11. i3

ment devant votre porte pour vous faire honueur, en les faisant examiner juridiquement et sous serment dans votre maison , chose dont il n'y a peut-être pas d^exemple j et qui n^est permise qu'au souverain , ou à ceux qui sont autorises par lui ; ce qui, joint à la protection que votre Excellence a trouvé bon de donner au comte de Sclilîeben, sur lequel le roi même avait fait mettre les mains , et qui s'est échappé de sa détention, ne peut qu'augmenter auprès de S. H. l'opinion que tant de disputes passées de temps en temps, lui ont fait naître , et dans laquelle elle se trouve confirmée par ces dernières démarches , que votre Excellence ne chçrclie que l'occasion de brouiller les deux Cours ; trouvant la protection qu'elle donne à un grand criminel d'Ëtat peu conforme à la dignité d'un représentant et aux justes sentimens dont on l'assure du côté du roi T, G. Pour conclusion , je dois dire à votre Excellence que le roi n'est plus en humeur de souffrir que chez lui ou se mêle d'interrompre le cours de la justice , et d'exercer des actes de souveraineté, ayant eu jusqu'ici assez de complaisance pour faire voir au monde que c'est la seule considération qu'il a pour la personne de S. M. T. G. , qui l'a empêché d^jr mettre ordre. Je suis au reste avec le respect imaginable, etc. »

ChamîlU répondit le i*' de juillet de la manière suivante :

« J'ai reçu , monsieur , la lettre que vous ayez pris la peine de m'-écrire , du ^4 au passe , dont le style m'a paru si vandale , cpe je me persua*derais aisément que vous Pavez prise dans quelque archive du temps du roi Dan , si le peu d'expérience que voiis avez encore dans votre charge y vous avait permis Je prendre connaissance des siècles si recules , dont il vous plaît de ramener la dureté sous un prince d'un caractère si différent, dont rhonnéteté et les manières- gracieuses sont les premiers traita de son portrait C'est pourquoi y je vot|s prie, monsieur, s'il vous arrive d'avoir à m'écrire , que vous le consultiez , non-seulement sur les choses que vous devez me mander, mais encore sur la manière de le faire ^ dont il s'est certainement 'rapporté à vons dans cette occasiom Maia, de quelque manière que vous vous en soyez acquitté , le respect et l'atta* chement que j'ai pobrS. M. et l'indifférence où je suis pour toute autre approbation que la sienne , m'obligent à détruire , par cette réponse , les mauvaises impressions qu'on travaille depuis si longtemps à lui donner de moi.

« J'ai deux choses à dire pour cela : l'une générale, qui est que depuis que j'ai eu l'honneur

d'être auprès de sa personne , je n'ai eu que deux reproches à recevoir du roi, mon maître ; Tund'ayoir témoigné trop de partialité pour les intérêts du Danemarck , dans le temps que jMtais chargé <le la médiation de ses différends ayec d autres puissances, auxquelles le roi mon maître , trouvait que je me rendais Intimement suspect , en soutenant avec trop de chaleur la justice qui me paraissait se trouver dans le parti danois j contre l'oppression qu'on lui voulait faire*

« L'autre reproche a roulé sur ce que je n'avais pas quelquefois repoussé ^ avec assez de hauteur , les mauvaises chicanes qu'on m'a tant de fois suscitées dans cette cour-ci , et qui auraient épuisé la patience de tout prince qui aurait été moins maître de lui-même que né Test le roi mon

maîfre.

« Pour ce qui regarde le fait particulier d'aujourd'hui , je ne comprends pas qu'on puisse se prendre à moi de Texercice du droit d'asile établi chez tous les ambassadeurs du monde chrétien j plusieurs siècles avant que je fusse au monde, et qui ne soufQre aucune extension par Tusage qu'en a fait le comte deSchlieben, au delà de ce qu'elle a eu par la retraite décent scélérats ou meurtriers, que la mauvaise observation des lois attire chez moi, tous les jours depuis quatre ans, sans que

personne ait trouve à y redire , hors moi qui souj&e beaucoup d'une si mauvaise compagnie.

« A regard de l'espèce de juridiction que vous dites donner atteinte à la souveraineté du roi votre maître ^ cet article renferme une ignorance inexcusable en quiconque est en place , et ne sait pas que les ambassadeurs ont, non une espèce , mais une véritable juridiction pour s'informer de ce qui se passe dans l'enceinte de leurs maisons , et qu'ils j peuvent appeler comme témoins ceux qui veulent bien j comparaître, qui est tout ce que j'ai fkit, en faisant inviter les sentinelles qui avaient été relevées devant ma porte , de venir déclarer ce qu^elles avaient vu. Après quoi , renvoyant tout le monde , je me suis réduit à demander justice par la lettre que je vous ai écrite , du fait que j'avais édaîrci , et duquel je la demande encore aujourdliui. Pour ce qui regarde Tatteinte donnée, dites-vous, au droit de souveraineté du roi votre maître, il faudrait que ce droit s'étendît sur moi et sur ma maison, ce que je suis sûr que S. M. ne prétend pas , puisque jamais aucun prince n'a pensé être le souverain des ambassadeurs qui sont à sa Cour, ni de leur suite. Ainsi, monsieur, toutes vos chimères, par ces éclaircissemens , feront voir au roi, votre maître, qu'on cherche à l'engager

dans un mauvais parti , auquel son inclination et la connaissance naturelle qu'il a de ses véritables intérêts, ont très long-temps résisté contre les mauvais conseils d'une cabale. Ce sera donc à eux, monsieur , qu'il faudra imputer la mauvaise intelligence qu'on veut m'accuser mal à propos de fomenter, et il ne faudra , pour en convaincre le roi mon maître , qiie lui envoyer la lettre que vous m'avez écrite , d'après laquelle il ne pourra douter de quel côté sont les mauvais procéda. Je voudrais qu'il me fût aussi fac^e <^ découvrir la vérité aux yeux du roi votre maître ; il serait persuadé de mou respect et de mon attachement pour sa personne, et du zèle que j'ai toujours eu pour affermir et augmenter la bonne intelligence entre le roi mon maître et lui ; et il verrait auasi combien ces sentimens m'ont aliéné les esprits dans sa Cour , et qu'il n'a pas tenu à moi que je puisse toujours me dire, monsieur, votre , etc. i Cette lettre , peu mesurée , ne réussit point , et le comte de Ghamilli fut peu après rappelé par sa Cour, qui ne laissa à Copenhague qu'un secrétaire de légation.

— Le duc de Ripperda , premier ministre d'Espagne , remercié par son maître , qui lui accorda dans le même instant une pension de trois mille pistoles , se retira dans la maison de l'ambassadeur

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anglais a Hadiîd , et y fit porter ses eflfeCs les plus pr^ieux pendant la nuit et sur . les mulets de l'ambassadeur de Hollande. Le ministre anglais lui demanda s^il avait lieu de croire qu'il fût en disgràce^ ou simplement mal dans l'esprit du roi| ou s'il appréhendait que le roi eût dessein de le charger de quelque accusation , et de le faire poursuivre pour quelque crime ou malversation ; attendu que dans l'un et l'autre cas, il ne pouvait le recevoir ^hez lui. Ripperda fit voir à l'ambassadeur la lettre qull avait r^eçue du roi la veille , et lui dit qu'il cherchait uniquement un asile con*' tre les insultes qu'il craignait de la part du peuple de Madrid. L'ambassadeur d'Angleterre, sans donner aucune assurance de protection à Ripperda , consentit qu'il couchât ce soir-là dans son hôtel , et voulut , avant de prendre aucun engagement , être informe des sentin]tens du roi d'Espagne. Admifi à l'audience de ce prince dés le lendemain , il le supplia de youloir bien lui dire ses intentions j auxquelles il se conformerait exactement. Le roi lui dit que, quoiqu'il fiit^fort ëtonnë de la démarche que Ripp^da avait faite de se retirer dans la maison d'un ministre étranger , il était néamnoins très conjtent de la conduite que l'ambassadeur avaitfaenue dans cette occasion. Il ajouta, que Ripperda lui avait demandé un passe-port ,

pour pouvoir se retirer en HoUande , mais qu'il ne le lui accorderait pas, qu'il ne remît auparavant divers papiers de conséquence pour son service, que Ri[q[>erda avait entre les mains. Le roi finit par exiger de l'ambassadeur qu^ promit de ne pas permettre au duc de Ripperda de s'échapper de sa maison , jusqu'à ce que le roi eut fait faire une Usle de tous les papiers et qu'il les eût envoyé chercher , ce qui s'exécuterait dès le lendemain. L'ambassadeur , de retour chez lui , déclara à Ripperda qu'il pouvait rester dans sa maison , en toute sûreté , aussi long-temps que ses affaires le requerraient , à condition , cependant j qu'il n'entreprendrait point de s'évader, ainsi qu'il avait eu l'honneur d'en convenir avec le roi d'Espagne. La cour de Madrid appréhenda après coup les entretiens que l'ex-ministre aurait avec l'ambassadeur anglais , et lui fit savoir qu'elle était résolue de poster, pour plus grande sûreté, quelques soldats dans le voisinage et aux avenues de son hôtel. L'ambassadeur répondit que Ripperda ne croyait pas devoir accepter les offres que la Cour lui faisait, et qu'il se tiendrait dans l'asile qu'il avait choisi pour la sûreté de sa personne , et que, quelque résolution que prît le duc de Ripperda , l'ambassadeur s'attendait que le roi ne permettrait point que l'on commît envers lui quelque

yiolence contre le droit des gens. La Cour fit enlever Ripperda quelques jours après , déclarant au ministre anglais qu'il était décharge de la parole qu'il avait donnée au roi. La cour de Londi*es se plaignît y celle de Madrid tâcha de se justifier ; et les deux puissances, qui avaient d'autre« sujets de querelle , firent des actes d'hostilités l'une contre l'autre l'année suivante. La cour d'Espagne viola incontestablement le droit des gens , soit parce qu'il n'y a point de cas où la maison d'un mi* nistre ne doive être un asile inviolable, soit parce qu'il était intervenu entre le roi d'Espagne et l'ambassadeur anglais , une convention sur laquelle la cour d'Angleterre avait raison de dire que M. Stanhope y en conséquence de ce que le roi catholique lui avait fait l'honneur de lui dire, dans Taudience qu'il venait d'avoir de S. M. ayant donné parole au duc de Ripperda , qu'il pouvait rester dans* sa maison aussi long-temps qu'il n'entreprendrait point de d'évader , ne pouvait rétracter cet engagement que par ordre du roi son maître , et nulle autre personne au monde n'avait le droit de l'en décharger.

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