GUERRE
Lorsqu'on réfléchit sur les effets terribles de la jperre et sur les suites désastreuses qu'elle entraîne , on conçoit que ce n'est pas seulement aux yeux des autres j mais que c'est aux nôtres
eticore que nous devons être en droit de les justifîer. Ce n'est donc qu'à la dernière extrémité que la guerre doit être r^Iue.
En général, le fondement, ou la cause de tonte guerre juste, est l'injure, ou déjà faite, ou dont on se voit menacé.
Lorsqu'il s'agit déjuger si une gueire est juste , il faut voir si celui qui l'entreprend , a véritablement reçu une injure , oii s'il en est réellement menacé ; et pour savoir ce que l'on doit regarder comme une injure, il faut bien connaître les droits proprement. dits d'une nation.
Tout le droit de la nation , et par conséquent du souverain , a rapport au bien-être de l'Etat , et doit se mesurer sur cette règle. Jusqu'ici on n'a pas encore vu , dans les annales de l'histoire, un peuple qui ait suivi cette règle à la rigueur , et on peut dire qu'on n'en verra jamais. Les convenances , l'oipieil blessé , de mauvaises raisons qu'on fait valoir avec art, déterminent la guerre au moindre prétexte; et telle est notre faible nature , que les succès font disparaître l'injustice des motifs , du côté des vainqueurs.
Les prétextes qu'on donne pour faire la guerre , sont sans nombre ; les hommes d'État allèguent souvent des raisons vraies en elles-mêmes et fondées , mais qui ne sont pas d'une assez grande
importance ; d'antres fois on ne craint pas d'aï guer des prétextes puériles. la
On se rappelle que Prerre-le-Grand saisit le pre=texte qn!on ne lui avait pas rendu assez d'honneurs à son passage à Riga , et qu'avant lui , Charles I, duc de Lorraine y avait commencé la guerre pour un sujet plus mince encore. L'abbé de St.-Martin avait fait cueillir dans son jardin un panier de fruits que Ton avait porté à Metz : on le fit entrer sans payer les droits du duc , qui , traitant cette bagatelle du crime de lèse-majesté , assiégea la ville de Metz avec trente- mille hommes.
Les publicistes disent que la guerre oflfensive est permise : i^ si Ton a un droit à faire valoir, c'est-à-dire /si l'on est fondé à exiger quelque chose d'une nation ; i»^ si l'on ne peut l'obtenir autrement que par les armes ; mais ils n'expliquent pas le degré d'importance que doit avoir cette chose réclamée, ni la nature des expédiens qu'il faut mettre en usage avant d'en venir à cette extrémité* Us auraient pu montrer, par exemple , de combien de nfeinières un peuple peut se venger d'une petite injustice ou d'une petite injure , sans adopter le terrible moyen et l'eflfiroyable vengeance de la guerre : mais les principes les entraînent ; ils se laissent séduire par quelques généralités , et ils ne mettent pas tant de façons dans les détails qui
^n/ressent (Taussi près la vie et le bonheur des l-jfaune8«
-r La yictoire ne justifie rien ; elle contraint le
tpcu d'accëder au traite qui termine le diffé-
^^{\. Ce qui était injuste avant de commencer
jerre, Fest encore après des succès : la vic-
\uit la force et la prudence, non pas le bon
îui
^ guerre ne peut être juste des deux côtes :
^un s^attribue un droit , l'autre le conteste ; Tun se plaint d'une injure j l'autre nie qu'il Fait faite. Ce sont deux personnes qui disputent sur la vérité d'une proposition : il est impossible que les deux opinions contraires soient vraies en même temps : il peut arriver que les contendans soient l'un et lautre dans la bonne foi ; mais on sait à quoi s'en tenir sur la bonne foi de ceux qui entreprennent les guerres.
— On demande si l'accroissement d'une puissance voisine, par laquelle on craint d'être un jour opprimé, est une raison suffisante de lui faire la guerre; si l'on peut, avec justice, prendre les armes pour s'opposer à son agrandissement, ou pour l'afiaiblir , dans la seule vue de se garantir des dangers dont une puissance démesurée menace presque toujours les faibles ? La question n'est pas un problème pour la plupart des politiques ; mais
«Ile n'embarniase que cWx qui veulent allier la justice à la prudence.
D'un côté, l'Etat qui accroît sa puissance par une bonne administration ne fait rien que de louable ; il remplit ses devoirs , et il ne blesse point ceux d'autrui. Le souverain qui, par hëri- , tage j par une élection libre • ou d'une manière juste et licite , réunit à ses Etats de nouvelles provinces , des royaumes entiers , use de ses droits , et ne fait tort à personne. Gomment serait-il donc permis d'attaquer une puissance qui s'agrandit par des moyens Intimes ? Il faut avoir reçu une injure , ou en être véritablement menacé y pour avoir le droit de prendre les armes , pour avoir un juste sujet de guerre. D'un autre côté , une funeste expérience ne montre que trop que les Etats prépondérans ne manquent guère de molester leurs voisins , de les subjuguer même, dès qu'ih le peuvent impunément. L'Europe se vit sur le point de tomber dans les fers , pour ne s'être pas opposée dé bonne heure à la fortune de Gharles*Quint. Faudra- t-il attendre le danger, laisser grossir Forage qu'il serait facile de dissiper dans ses commencemens, souffrir l'agrandissement d'un voisin, et attendre qu'il se dispose à nous opprimer ? Sera-t-il temps de se défendre , quand on n'en aura plus les moyens ?
TOBii n. i6 *
Comme il est impossible de suitre ici les r^es du droit naturel j ou celles de la justice civile j qui ne permettent les représailles qu'après le dëlit j il parait que si cette puissance laisse apercevoir des dispositions injustes et ambitieuses parla moindre lésion envers une autre, toutes les nations peuvent profiter de Foccasion , et , en se joignant à . Toffensé, réunir leurs forces pour la réduire, et pour la mettre hors d'état d'opprimer si facilement ses voisins , ou de les faire trembler devant elle : toutes les nations contre lesquelles elle dirige ses Vues forment alors une société morale, et elles semblent avoir le droit de repousser ou de punir l'injtistice faite à Tune d'entre elles. U est d'ailleurs permis , il est louable d'assister ceux qu'on opprime ou qu'on attaque injustement. Il est peutêtre sans exemple, qu'un État reçoive quelque notable accroissement de puissance , sans donner à d'autres de justes sujets de plaintes ; mais , par la nature des gonvememens , la politique ne peut marcher avec tant de précision.
' — ^Les publicistes exanunentune question parti* culière qui a beaucoup de rapport avec la précédente ; si un voisin , au milieu d'une paix pro* fonde , construit des forteresses sur notre firontière, équipe une flotte, augmente ses troupes, assemble une armée puissante , remplit ses maga-
sins ; eo un mot , s^il fait des préparatifs de guerre , est-il permis de Fattaquer pour provenir le danger dont nous nous croyons menaces? La rëpon^ paraît dépendre des mœurs et du caractère de ce voisin , et il faut encore oublier les maximes du droit naturel , qui ne s'occupe pas de ces détails. Ilfant lefaireexpliquer, lui demander là raison de ces préparatiÊ : c'est ainsi qu'on agit en Europe. St sa foi est justement suspecte , on peut lui demander des sûretés : le refus serait un indice suffisant de mauvais desseins , et une juste raison de les prévenir. Mais m ce souverain n'a jamais donné des marques d'une lâche perfidie, et surtout si nous n'avoua aucun démêlé avec lui*, pourquoi n« demeurerions^nous pas tranquilles sur sa parole , en prenant les précautions que la prudence rend
. indispensables? car, s'il n'a pas rendu sa foi suspecte , on ii'est pas en droit d'exiger de lui d'autre sûreté.
Si un souverain demeure armé en pleine paix , la prudence ne permet pas à ses voisins de demeurer tranquilles sur sa parole j et quand ils seraient sûrs de la bonne foi. de ce prince, ce qui n'est pas invariable, il peut survenir des différends qu'on. ne prévoit pas : lui laisseront-ils l'avantage d'avoir des troupes noiiibreuses et bien disciplinées auxqueUes ils n'auront qu'à op{x)ser de nou^
Telles levées ? Non , sans doute, ce serait se livrer presque à sa discrétion. Ils sont donc contraints de Fimiter , d'entretenir comme lui une grande armée. Sans remonter plus haut que le siècle dernier^ on ne manquait guère de stipuler dans les traita de paix^ que , de part et d'autre , on licencierait les troupes. Si, eh pleine patx ^ un prince voulait en entretenir un plus grand nombre , ses voisins prenaient leurs mesures, formaient des ligues contre lui , et Pobligeaient à désarmer : pourquoi cette coutume n'estrcUe pas conservée ? —Le droit des gens ne connaît et n'avoue que des taisons justificatives^ qu'il appelle tnotifs, causes, sujets ; quant*à ce que Grotius nomme particulièrement motîfi , c'est-à-dire , les vues secrètes qaî déterminent une puissance à prendre les armes , ib appartiennent à la politique. D n'arrive que trop souvent que les raisons justificatives, quoique bien fondées , ne servent que de prétexte , et que la guerre est entreprise pour des motife qui leur sont tout-à-fait étrangers. Les raisons justificatives d'Alexandre pour faire la guerre à Darius , étaient puisées dans l'inimitié qui slubsi^it depuis longtemps entre les Perses et les Grecs ; mais le motif secret du roi de Macédoine était de satisfaire son ardeur guerrière et son désir de faire des conquêtes. La fdupart des guerres entreprises par
les Romains, ëtaient fondëes sur les mêmes, motifs.
Dans les temps modernes , c'est ramJ>ition qui a entretenu l'ëtat de rivalité et de. guerre entre la France et la Grande-Bretagne, de même qu'entre la France et l'Autriche : pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire l'histoire des guerres relative; k la succession d'Espagne, et à celle de l'empereur Charles YL De nquveUes preuves de cette vérité se r(ptrouvent dans les guerres qui éclatèrent en lySS et en 1778. La première eut pour raisons justificatives les prétendus droits de Charles VI iila couronne d'Espagne, et pour motifs secrets, d'empêcher l'accroissement de la puis^ sance française. La deuxième était fondée ostensiblement sur les droits de l'impératrice Marie- Thérèse ; mais le motif politique de l'Angleterre était de maintenir l'équilibre sur le continent , afin de diviser l'attention et les ressources de la France: cette dernière puissance, de son côté, croyait avoir trouvé , en favorisant Félecteur de Bavière , une occasion favorable d'abaisser la maison d'Autriphe. La troisième fut présentée , par la Grande- Bretagne , comme ayant pour objet d'obtenir satisfaction pour quelques voies de faits commises au Canada ; mais cette puissance croyait la France Jiors d'état de faire la guerre sur mer, et jugeait
le moment favorable pour détruire sa puissance navale. %
Quant |i la guerre qui ëclata en 1778^ il est constant que l'Angleterre Pavait provoquée par les vexations qu'elle faisait éprouver à la navigation française ; mais le cabinet de Versailles ne se détermina pas , par ce seul motif, h s'unir avec les Américains : outre les motifs justificatifs , il avait un motif secret, savoir, la diminution de la puissauce de l'Angleterre , par la perte de ses colonies, ^t la réparation d'une partie des sacrifices arrachés par la paix de 1763.
— Il est encore des'causes secrètes d'une autre nature qui excitent les conducteurs des nations à saisir les prétextes les plus frivoles pour entreprendre la guerre : ce sont , dit Montesquieu , les passions de ceux qui dirigent la conscience ou les conseils des princes. Ainsi , lorsque Charles I déclara la guerre à la France en x6a7, les trois griefs sur lesquels il se fonda étaient insignifîaus. . Des écrivains attribuent sa détermination au désir de se procurer de l'argent de la nation anglaise , qui, dans la paix, était peu disposée à lui en donner. Mais lord Clarendon assigne à cette guerre une toute autre cause. Cet auteur prétend que le duc de Buckingham, favori de Charles I, étant yenu à Paris en lôaS , pour épouser , par procura-
tion, Henriette de Fraace, y conçut une passion si vive pour la reine Anne d'Autriche , qu'il se permit de lui eu faire Fayeu j aveu que la reine repoussa ^ mais sans rudesse j et avec des manières qui indiquaient qu'elle sacrifiait ses sentimens personnels à la hauteur de son rang.
Le duc retourna en Angleterre , et ayant àésivé de faire un second voyage en France^ afin de vaincre le coeur de la reine , il fut désigne en i6a6 pour porter à Louis XIII des explications relatives au renvoi des Français de la maison de la reine d'Angleterre ; mais le cardinal de Richelieu , dont le duc avait brave la fierté , à son premier voyage | et qui d'ailleurs était jaloux des marques de bonté que la reine lui donnait , lui fit répondre que , pour les raisons qu'il savait y il ne serait ^point agréable à Sa Majesté très-chrétienne.
Le duc de Buckingham , piqué , jiura qu'O reviendrait en France , et ce désir de vengeance le porta à préparer la guerre par une mésintelligence entre les souverains des deux Ét^its.
D'un autre côté, voici ce que rapporte Duclos : Lou vois , ce ministre d'un génie puissant , d'une ame fière, jaloux du crédit de Golbert, excite la guerre , dont il a le département. Il persuade au roi de s'emparer de la Franche-Comté et des Pays-Bas espagnols , au mépris des renon-
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dations les plus solenneUes. Cette guerre en amène successivement d'autres , ({ue Louyois avait le malheureux talent de perpétuer. Celle de 1688 dut sa naissance à un dépit de Porgueilleux ministre. Le roi faisait bâtir Trianon; Louvois, qui avait succédé à Colbert dans la surintendance des bàtimens, suivait le roi qui s'amusait dans ces travaux. Ce prince s'aperçut qu'une fenêtre n'avait pas autant d'ouverture que les autres ^ et le dit à Louvois : celui-ci n'en convint pas , et s'opiniâtra contre le roi qui insistait , et qui , fatigué de la dispute y fit mesurer les fenêtres. Il se trouva qu'il avait raison j et conmie il était déjà ému de la discussion , il traita durement Ix>uvoi5 devant tous les ouvriers. Celui-ci ^ humilié ^ rentra chez lui, la rage dans le cœur , et là , exhalant sa fureur devant ses familiers , tels que les deux Colbert , y illacerf et St.-Pouange , Tiiladet et Nogent : Je suis perdu, s'écria-t-il^ si Je ne donne pas de Inoccupation à un homme qui se transporte sur des misères. Il n'jr a que la guerre pour le tirer de ses bdtimens ; // en aura, puisqu'il en faut à lui ou à moi.
Tous les publicistes s'accordent pour reconnaître le droit que nous avons de donner des secours à un peuple qui gémit sous la tyrannie d'un ou de plusieurs usurpateurs , sans attendre
même qu'il les réclame. Mais lorsqu'une nation est diyisëe par des dissensions intestines , nous devons obseryer la plus rigoureuse neutralité ; car son indépendance ne nous permet pas de nous immiscer , contre son gré , dans ses affaires intérieures ; nous pouvons lui offrir nos bons offices et tous nos moyens de conciliation ; si eUe les rejette, nous pouvons encore user secrètement de tous ceux qui sont en notre puissance , pour calmer Fanimosité des parties, mais nous n'avons rien à faire au delà.
Que penser donc d'une nation qui provoquerait des insurrections , et fomenterait la guerre civile dans un pays , ou qui aiderait des rebelles de ses secours ou de ses conseils? Certes, une telle conduite est non-seulement odieuse , mais elle est aussi le plus grave attentat aux principes du droit des nations.
Hais ici se présente une des questions les plus importantes , et que les événemens , qui se passent sous nos yeux , rendent encore plus digne d'intérêt ; nous voulons savoir jusqu'à quel point des sujejts peuvent être considérés comme rebelles; et^ par conséquent^ quand il est permis ou défendu à une puissance étrangère , en temps de paix , d'embrasser leur cause , sans violer le droit des gens.
— SttO —
Dans une discussion aussi dëlicate et aussi dépendante des circonstances , il conviendrait d'établir des suppositions , afin de tirer des inductions par analogie ; mais Thistoire moderne nous fournit trois évënemens mémorables , dont Pexposition mettra le lecteur à portée de se former lui-même une opinion à cet égard.
— Le premier est l'indépendance des Provinces- Unies des Pays-Bas. En voici le précis : La tyrannie de l'Espagne ayant porté au désespoir les Flamands, ils conclurent entre eux , en i556, la tf pacification de Gand » , pour la défense de leur liberté et de la religion protestante. Dès lors , Elisabeth , reine d'Angleterre , se lia avec eux par un traité secret , et s'engagea à leur fournir des troupes , des munitions et de l'argent. Le roi d'Espagne j Philippe II y s'en étant plaint , Elisabeth lui fit remettre une longue déduction renfermant des protestations d'amitié y et le désir de maintenir la bonne harmonie subsistante entre les deux monarchies. Cette princesse se défendit aussi contre le reproche qu'on lui faisait de fomenter la rébellion des Pays-Bas; et elle* ajouta y qu'en fournissant aux confédérés des secours d'hommes et d'argent , sa politique avait un double objet, celui d'empêcher les insurgés , réduits au désespoir , de se donner à une puis-
sance ëtraogère ; Fautre , de provenir 1 assujettissement absolu des Pays-Bas espagnols , ëvënement qui pourrait avoir des suites funestes pour l'Angleterre. Par un nouveau traita, du 17 janvier iSyS , Elisabeth promit de nouveaux secours aux confëdërës^ à condition qu'ils ne feraient point la paix avec le roi catholique , sans y com* prendre cette princesse. Enfin , les confëdërâ déclarèrent leur indépendance , en i585. Cette démarche fut promptement suivie d'une nouvelle alliance offensive : les Hollandais alléguèrent , dans leurs pouvoirs , qu'ils avaient entièrerement secoué le joug de l'Espagne, et qu'ils s'étaient déclarés libres et indépendans de sa souveraineté. A la suite de ce traité , Elisabeth publia un manifeste , où elle exposa en détail les motifs de sa conduite ; et , ni ce manifeste, ni le traité y ne causèrent de rupture entre les deux Cours ; les ambassadeurs respectif ne furent pas rappelés.
Henri IV , roi de France , d'intelligence avec Elisabeth , intervint aussi dans la querelle : on peut voir le détail des principes et de la conduite de ce monarque dans les négociations des ministres Sillery et Jeannin. L'assistance de la France et de l'Angleterre fit prospérer la cause des confédérés : l'indépendance des sept provinces
Balayes fut consolidëe en i648, par le traite de Munster , et les provinces fielgiques demeurèrent sous la souveraineté espagnole j mais en conser-r vant leurs immunités.
— Le second ëvénemient est celui de la guerre, dite de Trente ans. Elle fut provoquée, d'un t;ôté^ par Tambition de la maison d'Autriche , par sa prépotence , et surtout par la protection qu'elle accordait aux catholiques; de l'autre , .par les progrès du luthéranisme , par le9 prétentions et les envahissemens que firent les Etats de cett e nouvelle église. L'incendie conunença en Bohême : des actes arbitraires de l'empereur Ferdinand II', étendirent bientôt la guerre civile dans toute TAllemagne. Le roi de Suède intervint dans la querelle ; la France imita son exemple , et elle fut terminée par le fameux traité de Westphalie, qui estle code de la liberté germanique. B est constant que si lamaison d'Autriche eût triomphé , elle aurait asservi l'Allemagne , ou au moins rendu très précaire la liberté de l'Europe. C'est d'après cette considération , dont l'histoire atteste la vérité , qu'il faut juger la conduite de la Suède, et surtout celle de la France , laquelle, depuis bien long-temps, était dans une rivalité constante avec la maison d'Autriche , qui , en même temps qu'elle r^^ait en Allemagne, possédait la monarchie espagnole.
— Le troisième ëvënement , le plus récent et ie plus niëmorable , est la révolution de PAinërique septentrionale. Lescoloniesanglaisesavaient des chartes particulières, et elles jouissaient d'une grande liberté cîyile et politique. Le gouvernement anglais fit des infractions successives à leurs privil^es et à leur indépendance du parlement britannique : et cette grande cpestion donna naissance à des débats mémorables. Les Américains firent des tentatives infructueuses pour le maintien de leurs chartes. Lassés enfin de ne recevoir que des refus , et voyant le ministère anglais faire des dispositions pour les soumettre , ils se réunirent y formèrent un conseil, et prirent la résolution de persister dans leurs réclapiations. La cour de Londres envoya des troupes pour agir de vive force; mais les Américains ne se laissant point intimider, les hostilités commencèrent par des voies de fait de la part des troupes royales: ce fut le signal de la guerre civile. Les Anïéricains luttèrent pendant deux années entières, jusqu'à ce qu enfin , n'ayant plus d'espoir de conciliation , ils se déclarèrent indépendans, le 4 juillet 1776*
Jusqu'alors le cabinet de Versailles n'avait absolument pris aucune part , soit directe , soit indirecte à la querelle. Les Américains avaient bien
— use .—
Romains , de déclarer solennellement la guerre par des h^uts d^armes. Cet usage a disparu de-' puis , et l'on se contente d'une mesure beaucoup plus utile, qui consiste à proclamerVétaX de guerre^ par des manifestes et des exposés de motifs y communiqués aux Cours étrangères. Dans ces divers documens, on s'attache à démontrer la justice de sa cause , et à faire connaître la conduite que l'on a tenue jusque-là pour prëvenir la guerre.
Ce genre de déclaration est aujourd'hui conslidëré comme, tellement nécessaire^ que plusieurs fois l'on s'est cru autorisé à réclamer, lors des négociations de paix, ce qui avait été enlevé anté^ rienrement à cette épo<{ue par celui qui , le premier , avaitattaqué. — Les hostilités qui éclatèrent entre la France et l'Angleterre, en 1778, ne furent ni précédées, ni suivies d'une déclaration de guerre : les deux puissances se bornèrent à publier des manifestes exposant de leurs griefi respectifs , et les motifs qui les avaient déterminées à la guerre* La cause qui a fait omettre cette formalité de part et d'autre , a été que chacune des deux puissances accusait l'autre d'être l'agresseur : la cour de Londres trouvait l'agression dans une note remise par l'ambassadeur de France , en mars 1778 ; et la cour de Versailles la mettait dans le combat qui eut lieu entre quelques frégates, au mois
de juillet de la même année. Aussi est-il résulté de cette contrariété d^oplnions beaucoup d^embarras pour le jugeinent des prises, et des embarras de cette nature produisent nécessairement des injustices particulières*
— n est facile de voir , d'après le but qu'on s'y propose j quel style on doit employer dans un ma^ nifeste. Sans doute , que tout en faisant sentir à l'ennemi les dangers et l'injustice de son entreprise, on doit scrupuleusement éviter tout ce qui tendrait à exciter son animosité et à lui donner alors j en quelque sorte , le droit de persister dans ses premières résolutions. Il ne faut donc jamais , dans de pareils écrits , s'écarter du ton de mode, ration , de décence et de fermeté ; car ce serait déshonorer une cause juste, que d'y parler un langage indigne de la majesté des peuples; de s^y permettre des injures, des imputations perfides , et d'oublier ces égards , que les hommes appelés à gouverner ne cessent de se devoir , même dans les cas extrêmes.
Des lettabs avocatoires et inhibitoires. » C'est une coutume entre les puissances belligérantes, de rappeler , par des lettres avocatoires , tous ceux de leurs sujets qui sont au service civil ou militaire de l'enpemi , ou quelquefois même d'une tierce puissance , sous peine de confiscation de