‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 79 sur 89 · I. -* DE LA PAIX EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

I. -* DE LA PAIX EN GÉNÉRAL

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Uautoritë d^>ositaire du droit défaire la guerre y de la résoudre , de la déclarer et d'en diriger les opérations y est aussi la seule à qui le droit de iaire la paix soit dévolu. Ces deux pouvoirs sont dans la plus intime corrélation j et le second dérive du premier.

Lorsque les puissances qui étaient en guerre -sont convenues de poser les armes , le contrat où elles stipulent les moyens de rétablir entre elles

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tous leurs rapports d'intëréts , de bons offices et d'amitié , s'appeUe traité de paix.

L'idée juste que Ton doit se faire d'une pareille convention , est donc qu'il a pour but, nonseulement de mettre un terme à la guerre , mais encore d'en prévenir le retour.

Un traité de paix ne peut être qu'une transaction. Si Ton devait , en effet , y observer une justice exacte et rigoureuse, et s'il était permis à chacun de prétendre recevoir ce qui lui appartient, la paix serait bien rarement possible. Ce n'est pas tout encore ; la stricte équité voudrait de plus que l'auteur d'une guerre injuste fut soumis à une peine proportionnée à l'injure dont il doit une satisfaction , et capable de pourvoir à la sûreté future de celui qu'il a attaqué. C!omment déterminer la nature de cette peine , et en marquer précisément le degré ? Enfin , celui-là même de qui les armes sont justes , peut avoir passé les bornes d'une juste défense^ porté à Texcès des hostilités dont le but était légitime , et ce sont autant de torts , dont la justice rigoureuse exige* rait'la réparation. Il peut avoir fait des conquêtes et un butin qui excèdent la valeur de ce qu'il avait à prétendre ; qui en fera le calcul exact? la juste estimation 7 Puis donc , qu'il serait affreux de perpétuer la guerre , de la pousser jusqu'à la

ruine entière de l'un des partis , et que , - dans la cause la plus juste ^ ou doit penser enfin à rétablir la paix^ et tendre sans cesse à cette fia salutaire, il ne reste d'autre moyen que de transiger sur toutes les prétentions , sur tous les grie& de part et d'autre, et d'anéantir les différends par une convention la plus équitable qu'il soit possible. On n'y prononce point sur la cause même de la guerre , ni sur les controyerses que les divers actes d'hostilité pourraient exciter ; aucune des parties n'y est condamnée comme injuste , il n'en est point qui voulût le souffrir , mais on y convient de ce que chacun doit avoir , pour renoncer à ses prétentions. Aussi voyons-nous que , dans ces traités , on s'en^ gage réciproquement à une paix perpétuelle ; et effectivement , comme la paix se rapporte à la guerre qu'elle termine , cette paix est réellement perpétuelle, si elle ne permet pas de réveiller jamais la même guerre , en reprenant les armes pour la cause qui l'avait allumée.

Quant aux conditions de la paix , ce sont les causes de la* guerre qui doivent servir de mesure. LorsqueJa satisfaction , poursuivie les armes à la main, est obtenue, la guerre n'a plus d'objet; elle est terminée , et Tétat de paix doit succéder. Telles sont les maximes positives et invariables

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du droit des gens. Il est facile de sentir quelles seraient les conséquences funestes de Foubli de ces importantes véritës. La plus évidente et la plus immédiate serait que les conquêtes n'ayant plus de bornes , le droit rigoureux de la guerre mettrait toutes les nations à la merci de la fureur ou de la magnanimité du vaincu ; elles seraient sans cesse exposées à la convoitise de Fambition ou de Favarice , et il n'existerait plus aucune garantie ni pour leur tranquillité ni pour leur indépendance.

Cependant , il n'arrive que trop souvent que les puissances s'écartent des principes salutaires que nous venons de rappeler : la paix dépend , en général, plutôt de la nature des succès qu'une des parties a obtenus , des moyens de les étendre ^ ou de l'épuisement j que des sentimens de justice , de modération et d'humanité qui devraient constamment diriger les chefs des nations. Lies succès ne font que trop souvent perdre de vue les sujets primitifs de la guerre , pour y substituer des projets d'ambition y de conquête , et même de simple convenance bien ou mal calculée , projets auxquels on était loin de songer dans l'origine , et dont Fobjet est la plupart du temps hors de toute proportion avec la satisfaction qui peut être due, et qui , loin de contribuer à la liberté et à la

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pTOspéniéy au bonheur des nations, portent souvent atteinte à l'un et à Fautre.

Mais en supposant même au vainqueur un droit indéfini de profiter de ses avantages, il est de» bornes qu'il ne peut dépasser sans danger, ou au moins sans être accuse d'imprévoyance , sans porter atteinte à sa réputation , sans détruire la confiance qu'il doit être si jaloux d'établir, sans être regardé comme l'ennemi du repos public , et souvent sans préparer le germe de nouvelles guerres , qui , en minant les peuples , peuvent exposer à de nouveaux hasards sa fortune sa gloire , et le salut de l'Etat.

Ainsi , lorsque le vainqueur veut sérieusement la paix, lorsqu'il la veut solide et durable, la première chose qu'il doit considérer, c'est le motif même de la guerre , ce doit être là, véritablement la base fondamentale des ouvertures et des négociations. Ce n'est pas cependant que l'on prétende interdire au vainqueur qui a soutenu une guerre juste , d'aller au-delà de cette limite ; il peut profiter de ses avantages pour châtier ua ennemi injuste , ou qui s'obstinerait à refuser la paix à des conditions raisonnables, il peut même chercher ses convenances : mais qu'il est facile, sur cet article des convenances , de se laisser égarer, et de sortir des. règles que prescrivent la

justice, la prudence et le véritable intérêt na* tional !

Quant au souverain pour qui les événemens de la guerre sont malheureux , qui voit pea de chances pour réparer ses revers, ou qui n'en trouverait qu'en faisant des efforts ruineux , non-«ealemeut la paix lui est nécessaire , mais elle est même un devoir, et ne la point chercher, ou bien la refuser, c'est trahir la nation, c'est vouloir exposer son existence au hasard, c'est écouter l'impulsion d'une fausse dignité ou d'un aveugle désespoir, au lieu de suivre celle de la nécessité , de la prudence et du salut de la patt*ie.

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