‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 84 sur 89 · V. — CONCLUSION DE LA PAIX · texte numérisé non relu

V. — CONCLUSION DE LA PAIX

Les différends qui ont été cause directe de la guerre , ou ceux qui ont pris naissance dans son cours , sont également l'objet des négociations de

paix , à moins que Tune des parties ayant totalement succombe , le yaiaquëur ne soit maître absolu d'en prescrire les conditions. Cependant , il faut rappeler ici que la vraie politique, celle qui prend la morale pour guide , reconmiande, même après les succès les plus décisifs , la modération , sans laquelle la paix n'offre qu'un repos trompeur. Le désir de la vengeance ne sera qu'assoupi y et l'histoire ne nous montre que trop d'exemples des visoissitudes de la fortune , au moment même où une puissance était au comble de la gloire , et croyait n'avoir rien à redouter.

Un des moyens les plus propres à faciliter les négociations, c'est de conmiencer par établir une base , c'est4i-dire j un principe fondamental de paix , que l'on modifie ensuite. On prend pour base , soit l'état de possession actuelle qui conserve à chacun ce que la victoire a fait tomber en son pouvoir, uti possidetis , soit le rétablissement des choses dans l'état où elles se trouvaient avant la guerre , status quo antè hélium , en distinguant , dans ce dernier cas , l'ordre des choses tel qu'il était en vertu de la possession effective , status quo de fait ^ d'avec l'ordre tel qu'il aurait dû être légitimement status quo de droit; bien ou l'on adopte le mode des compensations , qui consiste dans la restitution entière , ou partielle , des

conquêtes rëciproques, en proportion de leur valeur. Mais il convient d'observer ici que la cessation des hostilités fKir les diffërens points da globe y est un sujet fréquent de difficultés j soit parce que les ordres n'arrivent pas à temps , surtout lorsqu'ils sont expédies par mer , soit même parce qu'on prétexte ne les avoir point reçus, pour continuer un envahissement. Ces circonstances doivent Ëiire sentir la nécessité de prendre toutes les précautions possibles pour prévenir les malentendus , et surtout des entreprises contraires au texte et à Tesprit des traités. Dans ce dernier cas , tout doit être établi sur le pied du traité.

n ne faut point perdre de vue que des discussions trop minutieuses pour établir les préliminaires dont nous parlons , et qui y dans la suite des négociations, doivent subir des modifications, pourraient facilement dégénérer en dispute de mots, et qu'une ponctualité rigide exposerait, dans les relations diplomatiques, comme dans tout autre rapport , à des résultats tout aussi préjudiciables que ceux auxquels conduit 1 insouciance qui passe légèrement sur les difficultés. Le contenu du traité lui-même est l'objet essentiel, soit qu'il modifie les bases, soit qu'il les laisse telles qu'elles ont été convenues d'abord.

Les demandes et les rëclamations des cours respectives , sont ensuite échangées entre les plénipotentiaires. C'est alors que celle des deux qui désirera le plus sincèrement la paix j demandera à connaître à la fois, et dans toute son étendue, les prétentions de son adversaire, s'empressant égale^ ment de communiquer sans réserve les siennes, quand même elles différeraient extrêmement entre elles , quand même elles montreraient dès Tabord , tous les obstacles qu'on rencontrera dans la négociation , comme il s'agit précisément de s'entendre sur ces difficultés, on pourra , en les connaissant tout de suite , les aplanir plus promptement. Souvent une politique tortueuse croit parvenir plus sûrement à ses fins, en élevant suc* cessivement des prétentions, dans la vue d'obtenir ainsi en détail une concession après l'autre , sans considérer qu'avant la conclusion définitive du traité aucune stipulation particulière ne peut être regardée conmie péremptoire. Quelquefois aussi cette conduite tient à un esprit borné et indécis, qui , ne pouvant embrasser tout l'ensemble des intérêts qui lui sont confiés , ne distingue pas nettement ce qui est essentiel de ce qui est secondaire.

De manière ou d'autre , soit que l'on propose l'ensemble du plan général de pacification , soit

que Pon présente les articles séparëment, les plénipotentiaires doivent mettre tous leurs soins à s'accorder sur les prétentions de leurs gouvernemens respectifs , en offrant ou en demandant des modifications sur les propositions réciproquement faites , d'après les instructions générales ou particulières qui leur ont été données. Les proto> coles qu'ils dresseront sur les conférences , ou les notes qu'ils demanderont par écrit , serviront à la rédaction des rapports par lesquels leurs sou* verains seront instruits de la marche des n^ociations. Celles-ci doivent être continuées tant que les ministres ne sont pas tombés d'accord sur les points litigieux , à moins qu'une invincible résistance de part ou d'autre , venant à les rompre , n'oblige encore à recourir aux armes.

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