I. II
Le Pied esl partage en :
1* Tarse (pi. x, 6), qui comprend sept os en deux rangées, dont la première «st formée par V^stragale et par le Cakaneum, et dont la seconde résulte de la réunion du Scaphoïde, des trois Os cunéiformes , et du Cuhoîde ;
2® Métatarse (pi. x, j, ^ ), dont les os, au nombre de cinq, se distinguent en premier^ second, troisième, etc., en comptant de dedans en dehors, et non plus comme à la maiu;
3** Orteils, composés chacun de troi^ phalanges (pi. x, 8, 8), excepté le premier qui n'en offre que deux.
Le squelette de Thomme -présente , en outre , quelques os anomaux , et dont Texistence est variable ; ce sont les Os sésamoïdes , qui se développent dans Tépaisseur de certains tendons.
Il est essentiel de remarquer encore que le nombre des os , toujours considérable , et même en exceptant les os sésamoïdes et les os wormiens , n est exactement tel que nous venons de l'indiquer, que chez l'adulte \ car, pour le fixer rigoureusement , il faut prendre en considération l'âge et les variétés individuelles. Dans la première enfance , comme nous devons nous le rappeler d'après ce qui a été dit dans l'article précédent , tel os est composé de plusieurs pièces qui , dans la suite , n'en formeront plus qu'une seule.
La plupart des os du squelette sont doubles, c'est-à-dire qu'il eu existe un à droite et Fautre à gauche ; quelques-uns sont simples et impairs.
D'après ce qui précède , il est facile de reconnaître que chacun des os a reçu un nom-propre : beaucoup de parties de ces mêmes organes en portent aussi de spéciaux. Tous ces noms doivent être d'autant mieux déterminés et plus précis, que ceux de beaucoup d'autres parties du corps en sont formés ' , et cependant , dans leur formation , les anatomistes se sont, le plus souvent et à tort , basés sur des considérations d'une valeur secondaire. En effets parmi ces noms , les uns, rappellent le souvenir de celui qui les a découverts* , les autres indiquent la forme ^, la situation ^ , la structure * , etc.
» En 1795 , dans le tome second du Magasin encyclopédi<fU€ , M. le professeur Duméril , 'en expotant It Profet d'une Nomenciaiare ana/amtçue, a proposé comme un moyen propre à mettre de la préobion et de Texactiru Je dans le lanf(age de la science , de donner à tous le5 nomi d^os et à eux seolemcnt une désineoco commune, en a/, en &îsant de tous ces noms des adjectifr pris substantÎT^ment, comme/roniai , occrpUal , Umparal, stemai, humerai , etc.
* Les os wormiens, les cornets de Berlin , etc. ^ Voi lenticulaire , le marteau , etc.
* Le frontal, le temporal.
* L'os crible»*.
- Vboume marche droit; ii soutient, sur le talon et sur toule la plante du pied , son corps, dont la conformation extérieure est symétrique; sa tdte occupe la partie supérieure; la poitrine et le ventre se partagent la partie antérieure , et le dos est tourné en arrière. Cest en conséquence de cette disposition , dont nous avons déjà dû nous faire une idée, que les diverses régions des organes ont reçu des dénominations propres à les distinguer les unes des autres. En effet , la ligne suivant laquelle notre corps est dirigé est verticale , et forme , avec le sol sur lequel il rej^ose , iiii angle de quatre-vingt dix degi'és ; c'est celte ligne qu'on suppose passer par le sommet de la tête, pour se terminer entre les deux pieds, qui sert de base pour assigner ces dénominations suivant que , par rapport a elle , les régions ou les ( r^janes eux-mêmes sont antérieurs , postérieurs , latéraux y supérieurs y etc.
On appelle cette ligne idéale , qui partage le corps en deux moitiés semblables , Ligne médiane verticale. Trente-huit des os du squelette sont placés sur son trajet ; quoique simples et impairs, chacun d'eux est formé de deux moitiés semblables, Tune à droite et l'autre à gauche. Tels sont , par exemple , le frontal , l'ethmoîde , le vomer, l'occipital, le sacrum , les vertèbres, etc.
Le squelette , dans l'espèce humaine , présente des différences assez tranchées entre les deux sexes , comme l'ont noté J. F. Ackermann % S. T. Sœmmering * , et Albinus ' entre autres. En général , le squelette de la Femme (pi. xiii , fig. a ) , est plus petit et plus délicat que celui de l'Homme (pi. xiii , fig. i); le col des. fémurs a une direction plus transversale ; le thorax est plus court, moins vaste et plus mobile; le bassin plus large ; la région lombaire de la colonne vertébrale plus alongée ; les trous des os coxaux sont arrondis au lieu d'être ovalaires, comme chez l'homme.
Les Races humaines présentent aussi , dans leurs squelettes, des différences dont les principales sont relatives aux dimensions et à la forme du crâne, ainsi qu'à ses proportions avec la face ^. Il y a aussi quelques différences dans la proportion des membres, et chez les Nègres, par exemple, les membres thoraciques sont plus longs par rapport au tronc , de même que l'avant-braset la jambe sont plus grands proporfionnément au bras et à la cuisse.
Nous n'avons rien à dire ici des variétés* individuelles.
Dans les Ajnimaux vertébrés, en général , comme dans l'Homme , les os qui com-
' De Discrimine Sexâs prater genitalia, Mogant , 17S3. * Tabttia Sceieti/œminei, Francof. , ad mcnum, 171^. ' Tabula Seeleti hominis, ^ Biamenbaeh , Décades Cranionun,
(84) posent le squelette , sont articules les uns avec les autres , de manière à constituer un ensemble dont toutes les parties sont liées. Il existe néanmoins quelques exceptions à cette règle.
L'os hyoïde , par exemple, dans les Mammifères et les Oiseaux , ne tient aux autres os que par des parties molles ; tandis que , chez les Poissons , il fait véritablement partie intégrante du squelette.
Les membres thoraciques tout entiers ne sont de même attachés au tronc que par des muscles dans les quadrupèdes non clavicules (pi. xv, d, d), tandis que chez d'autres, ils tiennent au sternum par une clavicule simple, qui devient double dans les Oiseaux ( pi. xviii , i ) , et que , chez les Poissons , ils sont fortement liés à Fépine par une ceinture osseuse (pi. xxi , fig. a , g) , qui n'existe point de. même pour les membres abdominaux , généralement , au contraire , libres de toute adhérence , et flottant dans les chairs.
Dans le squelette d'un animal vertébré quelconque , on trouve constamment une tête *, mais les membres qui ne sont jamais , d'ailleurs , au nombre de plus de quatre, ne sont point dans le même cas que la tête. Les Serpens (pi. xx) et certains Poissons, comme l'Aptérichthe , en sont totalement dépourvus^ les Poissons apodes, comme les Anguilles, les Congres, les Ammodytes , etc. , et les Mammifères cétacés ( pi. xyii, fig. a ) , sont privés des membres abdominaux ; les pectoraux ne manquent seuls qu'à une espèce de saurien , le Bipède.
Jamais les vertèbres ne manquent , mais leur nombre est extrêmement sujet k varier, comme nous le verrons par la suite.
Les Serpens (pi. xx) , et les Poissons (pi. xxi) , n'ont point de sternum.
Les Grenouilles (pi. xix, fig. a), les Raies, les Requins, les Milandres, et beaucoup de poissons cartilagineux , n'ont point de cotes, en sorte que chez ces animaux , il n'existe aucune différence tranchée entre les vertèbres cervicales , dorsales et lombaires.
Un petit nombre de Mammifères , les Roussettes en particulier, ainsi que les Reptiles batraciens de la famille des anoures, comme les O^apauds et les Grenouilles,
(pi. XVII , fig. 2 ) , sont seuls privé» de coccyx.
Plusieurs poissons n'ont point de cou distinct.
Dansions les Quadrupèdes (pi. xv et suivantes), les fausses cotes ou les câtes asternales, sont constamment postérieures ^ dans les Oiseaux (pi. xviii), une partie de ces cotes est en avant des autres ( f ) , et une partie en arrière.
Dans les animaux dépourvus de sternum , la distinction entre les vraies et les feusses côtes devient impossible à établir.
Chez le Crocodile , par une exception singulière , il est des cotes qui tiennent au sternum sans aller jusqu'aux vertèbres , et dans le Caméléon (pi. xix , fig. i), il en
est qui naissent des vertèbres et s'unissent en avant à la cote correspondante , sans que le sternum existe entre elles.
Cest toujours au sommet ou à Textrémité supérieure de la colonne vertébrale que se trouve placée la tête , constamment composée du crâne et de la face dans tous les animaux vertébrés , comme chez THomme.
Dans tous ces animaux aussi, la mâchoire inférieure (pi. x, f, pi. xi , f/ pi. XV, B , pi. xvi , f , g , h , pi. xvii , fig. 2 , g , h , i , j , pi. xviii , b , pi. xrx , fig. I, d , e , fig. 2 , d , g), est mobile. Dans l'Homme, les Mammifères des classe» inférieures à lui , les Tortues et le Crocodile , la supérieure est immobile , mais elle est susceptible d'exécuter quelques mouvemens dans les Oiseaux , les Serpens et les Poissons.
La subdivision des membres en épaule , bras , avant-bras , cuisse , jambe , main et pied , ne saurait avoir lieu pour les Poissons dont les membres ne consistent qu'en osselets rayonnes (pi. xxi, fig. 2, C, i5, 16, 19, fig. i , bbde), disposés en éventail , et articulés avec la partie qui semble correspondre à l'épaule ou à la hanche.
La clavicule manque à beaucoup de quadrupèdes , au Cheval , à l'Éléphant (pi. XV )', au Bœuf, etc. On ne la retrouve point non plus chez les Cétacés. Elle est double au contraire dans les Oiseaux , les Crapauds , les Grenouilles , les Tortues et plusieurs Sauriens.
L'omoplate ne disparait chez aucun des animaux vertébrés où les membres pectoraux existent.
Le bras n'est jamais chez eux , comme dans l'homme , formé que d'un seul os.
Presque constamment , on en retrouve deux pour lavant-bras , et si cette partie du squelette semble , par fois , n'en ofifrir qu'un , on voit à la surface de celui-ci , un sillon qui rappelle évidemment sa composition la plus ordinaire.
La main , quoique variant beaucoup sous le rapport du nombre de ses os , est toujours , même chez les oiseaux , partagée en carpe , en métacarpe et en doigts.
Dans les animaux vertébrés, chaque classe et chaque ordre présentent, dans le squelette des individus qui les composent , des caractères particuliers , relatifs à la forme générale du tronc et des membres, à la présence ou à l'absence de ceux-ci, au nombre et la figure des os qui entrent dans son ensemble. Du reste, ainsi que Fa judicieusement noté le célèbre professeur Cuvier , lorsqu'un animal d'une classe a quelque ressemblance avec ceux d'une autre classe par la forme de ses parties, et par l'usage qu'il en fait, on peut affirmer que cette ressemblance n'est qu'extérieure, et n'afiecte le squelette que dans la proportion , et nullement dans le nombre ni dans l'arrangement des os. Une dissection attentive , une comparaison exacte, nous démontrent , par exemple, que les prétendues ailes des Chauves-souris , ne sont que
de véritables mains dont les doigts seulement sont un peu plus alongés , et que dans l'épaisseur des nageoires des Dauphins et des autres Cétacés , on retrouve tous les os qui composent les membres thoraciques des autres mammifères, lesquels sont sjmplement raccourcis et rendus presque immobiles.
Comme les os ne se forment pas tous en même tems, comme ils ne s'accroissent pas tous dans la même proportion , la forme et les proportions du squelette , chez les animaux vertébrés, et non ses dimensions- seulement , changent beaucoup avec âge.
Les variétés de conformation qui résultent de cette règle générale , ont été l'objet des recherches de beaucoup d'observateurs instruits, qui , comme Boêhmer *, Cheselden', Eysson', Sue^, F. G. Danz^, SenfF^, Béclard^, Bichat", et comme nous allons le faire , les ont signalées chez l'Homme en particulier.
La proportion de la tête au reste du tronc et aux membres , est d'autant plus grande (pi. xiv, a , a ) , que le sujet , au-dessous de vingt ans , est plus jeune. Au i^econd mois de la gestation , elle fait la moitié de la hauteur totale du corps \ au moment de la naissance, toujours chez l'Homme , elle n'en égale plus que le quart -^ à trois ans , elle en représente le cinquième , et quand l'accroÂssement est achevé , elle n'en est plus que le huitième (pi. x , xi , xii et xiii). La face est aussi d'autant plus petite relativement au crâne ( pi. xiv ) ; le bassin relativement au thorax (pi. xiv) , et les membres sont^ proportionnément au tronc, d'autant moins développés , que le sujet est plus jeune.
Le squelette , dans Tespèce humaine, offrant les mêmes dimensions que le corps, n'est soumis qu'à un petit nombre de variétés de longueur chez les individus qui ont pris tout leur accroissement , et ces variétés , qui dépendent presque constamment des différences des races, sont comme celles des autres espèces animales, renfermées dans de certaines limites , en sorte que ces prétendus os de géans de dix-sept à vingt-cinq pieds de hauteur, qu'on a trouvés à diverses époques et dans plusieurs contrées , ont appartenu à des animaux , et ne sauraient être pris raisonnablement pour des os d'Homme.
' Inslitutiones Osteoiogieœ, Halœ magd., 1751. ' Osteographîa , etc. , London , i7f>3 . în-fol. ' De Ossibus infaniis, etc., Groning., 1659.
^ Mémoires pre'seniés , etc. , toI. a.
s Grundriss der tergleiderungskunde des ungtbomtm kindes, Franeof , 179X
* Loeocitaio. 'f Loco eitato » p. 543. *
* Tfoité d*Anatomie deseriptive , tom. i ^
( fif? )
Le plus ordinairement , en effet , dans Thonime adulte , le squelette est haut d'environ cinq pieds quatre pouces pour les individus mâles ( pi. xiii j (ig. i ) , et de cinq pieds seulement pour les individus femelles (pi. xiii , (ig. 2) , terme moyen ; chez le vieillard , il a perdu , par l'effet de Tàge , quelque chose de sa hauteur*
Tels sont les résultats les plus importans de l'examen général , dans les animaux vertébrés , du squelette , celui de tous les appareils organiques qui se montre le dernier dans la série animale , puisqu'il n'apparaît qu'avec le centre nerveux , c'està-dire , la moelle et l'encéphale , auxquels il sert d'enveloppe et qu'il protège spécialement contre l'action des muscles , en même tems qu'il défend les principaux organes de la circulation du sang.
D'après cette idée , dont le genne doit être rapporté à Aristote , qui regardait Yépine comme Vorigine de tous les autres os , et qui s'est considérablement développée par suite des recherches d'ostéologie comparative de MM. Oketi , Spix , Home , De Blainville^ Schultze, G. Cuvter, Geoffroy Saint-Hitaire, et J. F. Meckel, qui ont su , d'une manière philosophique , rattacher à des principes généraux , les innombrables faits , qui naguère encore isolés les uns des autres , composaient seuls le domaine de la science , il ne faudrait point considérer comme un véritable squelette , Tassemblage des parties dures des animaux invertébrés , quand bien même elles auraient pour usage de déterminer la forme , la direction , les mouvemens du corps , si elles ne remplissaient pas la fonction que nous venons de leur assigner ; il n'existerait , à proprement parler, de squelette , que dans les espèces qui ont un cerveau , une moelle épinière et des nerfs , fussent-elles même , comme cela arrive , dépourvues de poumons, d'un cœur et d'un appareil de circulation à sang rouge. L'existence de cet appareil organique est donc intimement liée à celle d'un système nerveux complet ; aussi , ainsi que t'a noté M. Schultze, dès qu'on observe une moelle épinière, il a y une colonne vertébrale dans les animaux , même lorsqu'on ne rencontre encore que de simples vestiges du système osseux , et plus l'enveloppe protectrice s'enfonce à l'intérieur et se rapproche du système nerveux , plus aussi les phénomènes de là sensibilité acquièrent de développement , et réciproquement.
Les rapports qui existent entre le squelette et le système nerveux, entre le eràne et Tencéphale , entre la colonne vertébrale et la moelle , sont beaucoup plus étendus qu'ion ne saurait l'imaginer au premier abord , et se font sentir jusque dans la position , les divisions , le mode* de développement des os qui constituent les parois des cavités ou sont logés les centres nerveux. Ne voyons-nous point , par exemple , l'occipital qui , chez l'adulte, répond à la moelle alongée , au cervelet et à la partie postérieure du cerveau , se développer chez le fœtus par autant de germes séparés et appartenant plus particulièrement à chacune de ces parties de l'encéphale ? La portion, où sont creusées les fosses cérébelleuses (pi. xxxvi, fig. 5^r, c), forme une pièce à;
( »8 ) part qui naît iong-tems avant sa portion écailleuse (pi. xxxvi, fig. 5, a, a), distincte ellemême , chez le fœtus , de son apophyse basilaire (pi. xxxvi , fig. 5, ni), qui répond au pont de Varoli et de ses condyles articulaires (pi. xxxvi , fig. 5^ 72^ n), qui sont en relation avec les derniers nerfs cérébraux ; enfin , la moitié supérieure de sa portion écailleuse ( pi. xxxvi , fig. 5 ), qui tire son origine d'un point d'ossification spécial , correspond aux tubercules quadrijumeaux '.
Les parties les plus essentielles de tout squelette sont donc la tête et les vertèbres. La connaissance de ce fait , d'une importance majeure en anatbmie philosophique , est devenue, pour plusieurs savans du Nord , le sujet de rapprochemens curieux entre les vertèbres et les os du crâne ; nous aurons naturellement , plus tard , occasion de discuter ce point de doctrine.
Il convient , au reste , d'ajouter ici qu'une circonstance constante et importante distingue le squelette de l'homme et celui des autres mammifères en tant qu'on le considère comme ayant pour base le crâne, et la colonne vertébrale. Les germes dont la réunion doit plus tard constituer les os de la première de ces deux parties, les vertèbres et le sternum paraissent plutât, et , dans certaines espèces , se joignent plus vite que dans la nôtre. Mais , pendant la vie entière de l'animal , leurs diverses pièces restent distinctes , tandis qu elles se confondent les unes avec les autres sur le squelette de l'homme adulte.
Plus , au reste , on porte son attention sur le squelette considéré dans les diverses classes du règne animal , plus on se convainc que l'organisation des nombreux individus qiii composent ce règne, est soumise à un plan général d'unité dont les modifications constituent les espèces. On voit le squelette des oiseaux lier les mammifères aux reptiles et aux poissons , par exemple , et bien plus , comme l'a soutenu récemment de la manière la plus ingénieuse un professeur français, qu'une école moderne d'anatomistes a déclaré son chef, M. Geoffroy Saint-Hilaire , l'analogie qui existe entre les parties correspondantes des divers groupes d'animaux , ne se borne point seulement aux vertébrés *, elle peut encore s'étendre aux invertébrés , qui posséderaient ainsi souvent un véritable squelette, et, de cette sorte, se trouverait confirmée l'assertion du célèbre Willis , quand , en pariant de l'écrevisse , il disait , ijuoad membra et partes motrices , non ossa teguntur camibus, sed carnes ossibus. Tel serait, par exemple, le cas des insectes et des crustacés , qui , n'ayant aucun agent principal de circulation , et ne possédant, pour présider à la distribution des élémens constitutifs des organes, qu'un appareil composé d'une série de ganglions nerveux , paraissent avoir la moelle épinière et les organes 'abdominaux renfermés dans un même tube solide tout-à-fait extérieur, semblent enfin , si je ne me trompe dans l'idée que je me suis formé de
' J. Fr. Meckel , Journaf complém. du Dictiçnn. des Sciences méd. , tom. a , p. i\^.
cette opinion, que la généralité des' entomologistes n^a point encore admise , habiter en dedans de leur propre colonne vertébrale , posséder un squelette véritable et se rapprocher ainsi des animaux vertébrés.
Mais toutes les parties dures extérieures des animaux à sang blanc y quelles que soient d ailleurs leur consistance et leur nature chimique , doivent, en raison de leur manière de croître et de se reproduire dans des circonstances données, que nous serons peut-être à même d'apprécier par la suite, être comparées à Fépiderme et aux ongles de FHomme , aux écailles des Poissons et des Reptiles, et aux cornes creuses de certains mammifères ruminans , plutôt qu'à de véritables os.
C'est ainsi , par exemple , que les Coquilles qui servent d'enveloppe k un si grand nombre d'animaux de la classe des mollusques , tantôt aussi denses et aussi dures que le plus beau marbre , tantôt d'un tissu feuilleté plus ou moins lâche -, mais toujours si remarquables par l'élégance ou la singularité de leurs formes , par l'éclat resplendissant de leur nacre , par les nuances plus ou moins vives , plus ou moins traiichées de leurs couleurs, quoique composées, comme les os, d'une matière calcaire intimement unie à une substance gélatineuse , que l'on peut isoler à l'aide des acides , ne sont formées, à aucune époque de la vie de l'animal , ni de faisceaux de fibres agglomérées, ni de couches de lames stratifiées; jamais non plus, àaucune époque du développement, elles ne sont molles ou mucilagineuses,et celles des plusjeunes individusont la même consistance, la même rigidité que celles des adultes , en sorte que si elles sont plus fragiles, cela tient uniquement à leur plus grande ténuité. Le corps du mollusque, en outre , n'adhère à ta coquille qu'au niveau des muscles , et la substance de celleci , parait évidemment transsuder au travers de la peau de l'animal , sans que des vaisseaux nourriciers viennent la déposer dans un parenchyme préexistant. Et , en effet, le célèbre René Antoine If'erchault de Réaumur, ayant placé entre le corps d'un limaçon et des endroits de la coquille de celui-ci qu'il avait cassés exprès , des pellicules minces, a vu que les vides ne se réparaient point, taudis qu'ils se remplissaient rapidement quand on n'opposait aucun obstacle à l'afQux des fluides régénérateurs.
De même encore, dans les Écrevisses et les autres Crustacés , la croûte calcaire qui tient lieu en même tems de peau et de squelette , cesse de croître quand une fois elle a acquis toute sa solidité , et lorsqu'elle se fend et se détache pour faciliter l'exercice des fonctions des parties molles qui ont toujours continué à croître, on en trouve , à point nommé , au-dessous d'elle , une autre qui se formait pendant qu'ellemême se détachait et perdait ses connexions avec le corps , par une sorte de mort partielle. Cette enveloppe nouvelle est d'abord molle , sensible et même pourvue de ▼aisseaux; mais, par suite du dépêt de molécules calcaires, elle ne tarde point à se durcir et à devenir semblable à la première.
Les Insectes, avant d'avoir atteint le terme de leur accroissement, changent plusieurs fois de peau , et chacune des enveloppes mortes qui vient à les abandonner, est remplacée d'avance par une autre , et absolument comme dans le cas précédent.
Il est aussi des animaux invertébrés qui présentent des parties dures dans leur intérieur-, mais , outre que ces parties ne sont point articulées les unes avec les autres, leur tissu diffère considérablement de celui des os des animaux vertébrés. On peut citer ici en exemples , les pièces solides de Testomac des Écrevisses et les prétendus os des Seiches et des Calmars, qui , paraissant se développer par couches, ne sont que des coquilles intérieures , mais méritent un moment d'attention de notre part.
Dans la Seiche ordinaire (Sepiaojicinalis , Linnaeus.), on observe , par exemple, un corps ovale, bordé par des espèces d'à les cornées et élastiques, convexe en avant et en arrière , épais , non adhérant aux parties molles environnantes , sans vaisseaux , sans nerfs visibles , sans aucune connexion avec des cordes tendineuses ou ligamenteuses, et compose d'une infinité de lames calcaires , planes , non flexibles , très-minces , parallèles , écartées sensiblement les unes des autres , et jointes ensemble par des milliers de petites colonnes creuses placées verticalement dans leurs intervalles et disposés en un quinconce d'une régularité notable.
Dans les Calmars (Sepia loligo, Linnsus) , les parties solides dont il est ici question sont transparentes , élastiques , phylloides ou xiphoïdes.
Dans le lobe charnu qui recouvre les branchies des Aplysies ^ on trouve de même une petite plaque demi-cornée et demi-friable.
Dans le manteau de la Limace , il en existe une analogue , mais plus petite.
Les Étoiles de mer ( Asterias ) et les Oursins ( EcMnus ) , ont une espèce de squelette , dont la nature se rapproche sensiblement de celle des coquilles des mollusques.
Chez les premières , dont le corps est divisé en rayons , la charpente qui le soutient est formée, pour chacune des branches, par une tige calcaire qui règne sous leur milieu , et qui est composée d'une multitude de petites pièces osseuses diversement combinées et articulées les unes avec les autres à la manière des vertèbres. De cette tige nait une sorte de grillage, osseux aussi , qui soutient le reste de l'enveloppe de la branche, et dont la surface est hérissée de tuber-r cules de diverses figures , ou d'épines quelquefois mobiles.
Tout l'appareil , d'ailleurs ^ est revêtu d'un épiderme et d'une couche plus ou moins épaisse de parties molles. Ua pareil squelette n'est donc point , à proprement parler, absolument extérieur, et l'on a eu quelque raison dé le considérer comme une ei-
( 90 ception manifeste à la règle qui veut que les animaux invertébrés manquent constamment d'un squelette intérieur articulé '.
Dans les seconds , le squelette est une enveloppe calcaire solide , souvent trèsdure , et percée d'une foule de pertuis qui laissent passer des pieds membraneux.
Quant aux Coraux , aux Corallines et aux autres Lithophytes , les parties dures qui entrent dans la composition de leur corps , croissent toujours par simple juxtaposition comme les coquilles , ou bien , sans augmenter en grosseur, prennent de Textension par la formation de nouvelles pousses y par le développement de nouvelles branches à leurs extrémités. Ces productions, dans les Zoophytes dont il s'agit, contiennent toutes, du reste, un mélange de matière terreuse et de gélatine, comme les coquilles et les véritables os.
§ V. —Des Os en particulier.