‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 102 sur 373 · CHEZ LES MAMMIFÈRES · texte numérisé non relu

CHEZ LES MAMMIFÈRES

À. Variation de volume et de forme du pancréas.

Dans certains quadrumanes tels que les orangs, les singes, le pancréas offre à peu près la même forme que chez l’homme. Chez les magots, sa forme est irrégulière. Dans les semnopitheques, disent Cuvier et M. Duvernoy, la partie principale du pancréas ou portion gastro-splénique est étroite et allongée. Dans d’autres, son extrémité droite se divise en plusieurs branches, comme dans le coaïta ; sa portion duodénale est large dans le lagothrix, la gastro-splénique est longueet étroite. Toutes deux se continuent de manière que leur réunion forme un cône

allongé. Dans les sajous, le pancréas est épais, développé, ayant sa partie duodénale grande, distincte de la partie gastro-splénique par sa direction opposée. Celui des makis ressemble au pancréas du coaïta par la division en plusieurs branches de la portion duodénale.

Chez les carnassiers, le pancréas est généralement grand et développé. Sa portion la plus développée est ordinairement la partie duodénale, de sorte que chez ces animaux le pancréas peut être considéré comme ayant deux branches. Il est épais et consistant dans les taupes, et fourchu à son extrémité splénique dans les musaraignes.

Dans les didelphes, le pancréas offre la portion duodénale proportionnellement plus développée et sa portion splénique allongée et très-souvent bifurquée.

Dans les rongeurs, le pancréas est généralement grand et bien développé ; sa forme est variable. Celui du rat d’eau atrois branches longues et minces. Dans le capromis fournieri, le pancréas est de forme triangulaire, trés-allongé dans le porc-épic, trèsaplati et comme membraneux dans le lapin; dans le cochon d'Inde, le pancréas est épais et se prolonge à gauche, au-delà de la rate.

Dans les édentés, le pancréas est consistant et offre généralement une grande épaisseur, tels sont des cas du pancréas des chydnés, de l’orintorinque et des tatous.

Dans les pachydermes, le pancréas est généralement étroit et allongé. Ainsi, le pancréas du cochon, du cheval et de l'éléphant; chez le cheval le pancréas est comme bifurqué à son extrémité splénique.

Le pancréas des ruminans est peu aplati, moins allongé que celui des pachydermes.

Dans les cétacés, le pancréas est généralement de médiocre grosseur, il est comme bifurqué dans le lamentin du nord.

B. Des conduits du pancréas et de leur insertion dans l'intestin.

Dans l’omme, nous avons décrit avec soin la disposition des deux conduits pancréatiques.

Dans les quadrumanes, les conduits pancréatiques et cholédoques sont réunis ou séparés suivant les espèces. Dans l'orang roux, dans certaines espèces de guenons, dans la mone, le macaque, l’alouette, le conduit pancréatique qui paraît unique s'ouvre dans l’intestin réuni avec le canal cholédoque. Dans les semnopithèques, le magot, certaines espèces de guenons, le canal pancréatique, qui paraît également unique, s'ouvre isolément dans l'intestin, au-dessous du canal cholédoque. Dans l’atèle coaïta, dans le lagothrix, M. Duvernoÿ signale deux conduits pancréatiques s’ouvrant isolément dans l'intestin.

Les carnassiers ont tantôt leur conduit pancréatique réuni au canal cholédoque, comme cela a lieu dans le chat, l’ours, le raton, le blaireau, les martes, les civettes et le loup ; tantôt ils s’ouvrent isolément, comme dans la mouffette, le chien, etc.

Enfin, on a signalé chez quelques carnassiers, tels que le chat domestique, un réservoir latéral pour le suc pancréatique, analogue à celuide la bile; cette disposition, observée par M. A. C. Mayer, peut être considérée comme une rare exception.

Dans les deux ordres d'animaux précédens, les conduits pancréatiques, quand ils ne sont pas réunis au canal cholédoque, s'ouvrent trés près de son insertion dans l'intestin, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous.

Dans le magot, le canal pancréatique perce dans l'intestin à 0",053 du pilore, et son embouchure est à 0,015 au-dessous de celle du canal cholédoque. Dans le lagothrix, le canal pancréatique s'ouvre dans l'intestin, presqu’immédiatement au-dessous du canal cholédoque. Dans le maki à pont blanc, l’embouchure du canal pancréatique, qui est à côté de celle du canal cholédoque, siége à 0”,:.68 du pylore. Dansle hérisson, le canal pancréatique se termine à côté du canal cholédoque à o"or2 du pylore. Dans la taupe, il s'ouvre avec le conduit de la bile à 0"o21 du pylore. Enfin, dans le chat domestique, le conduit pancréatique s'ouvre à 0",031 du pylore. Dans le chien, il y a deux conduits pancréatiques dont l’un, moins volumineux, s'ouvre immédiatement à côté du canal cholédoque, et dont l’autre, plus volumineux, perce à 0,025 au-dessous du canal cholédoque.

Dans les didelphes, les canaux pancréatiques et biliaires se réunissent généralement de telle sorte que les fluides biliaires et pancréatiques sont mélangés avant d’arriver dans l'intestin, c’est ce qui a lieu dans le dasyure, le cambouro ; seulement M. Duvernoy fait remarquer que l’abouchement simultané dans l'intestin des conduits pancréatiques et biliaires est très rapproché du pylore dans les didelphes carnassiers, et qu'il en est, au contraire, éloigné dans le cambouro géant qui est herbivore.

Dans les rongeurs, il y a généralement abouchement isolé et éloigné dans l’intestin des conduits pancréatiques et biliaires. Plus rarement il y a réunion des deux conduits, c’est lecas du polatouche parmi les écureuils. Chez le lapin, le lièvre, le conduit pancréatique, qui est unique, s’ouvre à 35 ou 4o cent. audessous du conduit biliaire. Dans le capromis fournieri, le canal pancréatique se termine à 25 cent. du pylore, tandis que le cholédoque s’insère seulement à 33 mill. de l’orifice pylorique. Dans le castor, le canal biliaire s'ouvre à 5o mill., du pylore et le conduit pancréatique à 26 cent. du même point. Dans le porcépic, le canal pancréatique se termine à 52 cent. du pylore et par conséquent dans l'intestin jéjunum, car le duodénum chez cet animal n’a que 45 cent. de long. Dans le coendou, le canal pancréatique s’insére à 20 cent. du pylore, tandis que le cholédoque s'ouvre à 5 cent. du même orifice. L'agouti présente un conduit pancréatique qui s'ouvre vers la fin du duodénum à 32 cent. du pylore; chez le même animal le canal cholédoque s'ouvre seülement à 5 cent. de l'estomac. Enfin, dans le cochon d'Inde, c’est à 68 mill. du pylore que s’ouvre le canal pancréatique , le canal cholédoque s’ouvrantà 1 cent. du même point.

Dans quelques édentés, les insertions des deux conduits biliaire et pancréatique sont également très éloignées l’une de l’autre ; dans l’unau, par exemple, le canal pancréatique est à 25 cent. du pylore et le cholédoque seulement à 3 cent. du même orifice. Dans les tatous, au contraire, dans les paresseux, dans l’orinthorinque, les canaux biliaire et pancréatique s’ouvrent ensemble. Dans l’échidné, le canal pancréatique s'ouvre plus près du

pylore que le conduit biliaire qui n’en est pourtant éloigné que de 20 mill.

Dans les pachydermes il y a généralement deux conduits pancréatiques, dont l’un, le plus volumineux, s'ouvre avec le conduit biliaire, l’autre, plus petit, s’ouvrant isolément un peu audessous dans l'intestin. Dans l’éléphant et le cheval, par exem ple, le petit conduit pancréatique s'ouvre à 5 cent. plus bas que le conduit cholédoque. Dans le cochon et le péiari, c'est à 15 cent. du pylore que s'ouvre le canal pancréatique, le conduit biliaire n’en étant éloigné que de 3 cent. Dans le rhinocéros, le conduit pancréatique et le canal cholédoque s'ouvrent aussi séparément, tandis que dans le damant l'insertion des deux conduits est commune,

Dans les ruminans, l'insertion du canal pancréatique est très variable. Tantôt, comme chez le chameau, le bouc, le mouton, les deux conduits sont réunis, tantôt, comme dans le bœuf, l’insertion est différente.

Pour les cétacés, herbivores ou carnassiers, toutes les observations qu’on possède qui ne se rapportent qu'aux dauphins et aux marsouins, apprennent que chez ces animaux l’abouchement des conduits pancréatique et biliaire est commun.

D'après toutes ces considérations d'anatomie comparée chez les mammiferes, on voit que le pancréas est assez uniformément développé chez tousles animaux. Il en est tout autrement des glandes salivaires qui, au contraire, présentent de très grandes différences, suivant qu'on les examine chez des herbivores ou des carnassiers. C’est là une première distinction que signale l’anatomie comparée.

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