‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 103 sur 373 · CHEZ LES OISEAUX · texte numérisé non relu

CHEZ LES OISEAUX

À. Forme et volume du pancréas.

Chez les oiseaux, le pancréas est généralement très développé; il offre à peu près la même couleur que le pancréas des mammifères. Toutefois, sa consistance paraît un peu plus ferme, plus compacte et s’y montre moins lobulée que chez ces derniers animaux.

Le pancréas est de formeirréguliére, il se présente sous l’aspect de languettes étroites et parallèles, profondément séparées les unes des autres. Dans la corneille, le pic-vert, l’outarde, le hocco, l'oiseau royal, la grue, la mouette, le cygne, le canard, etc., le pancréas paraît être réellement double, Dans le vautour brun, le pancréas est aussi développé que dans les animaux granivores ; il est épais, compacte et est comme celui des autres oiseaux logé dans l’anse duodénale. Le pancréas de cet oiseau est séparé par les feuillets du péritoine en deux portions qu’on peut regarder comme deux organes distincts, l’un supérieur, l’autre inférieur. Dans le cygne, il y a également deux pancréas allongés, lobés à leurs bords.

B. Conduits Pancréatiques.

Il est très rare chez les oiseaux de trouver un seul conduit pancréatique; il y en a ordinairement deux, souvent trois. L’insertion de ces conduits se fait ordinairement dans l'intestin sans se réunir aux canaux biliaires. On ne connaît qu'une exception

pour la cigogne, chez laquelle le canal pancréatique et le canal hépatique sont réunis. Les oiseaux qui n’ont qu'unconduit pancréatique sont : le perenoptère hurubu, l'aigle commun, lehocco, le martinet, l’engoulevent, la caille, l’autruche, le nandon, le cazoar, la cigogne, l’agami etle plongeon.

Les oiseaux qui possèdent deux conduits sont : le perroquet, les aras, le hocco globicère, les pigeons, l’ibis, le jocana, le manchot, le cygne et le canard.

Ceux qui en possèdent trois sont : l’orfraie, la chouette, la corneille, les pics, le coq, les hérons, les grèbes, les mouettes, les petrelles. Relativement à l'insertion des conduits , on trouve cette particularité que, pour le plus grand nombre des oiseaux, les conduits pancréatiques s'ouvrent dans l'intestin avant les canaux biliaires. M. Duvernoy a tracé une table dans laquelle il donne les insertions des conduits biliaire et pancréatique dans les oiseaux. Cette table démontre, en effet, que chez le plus grand nombre des oiseaux, les conduits pancréatiques s'ouvrent dans l'intestin avant les conduits biliaires, mais l’abouchement de ces derniers conduits, qui n’est distant que de quelques millimètres, est trop rapproché pour que l’action des deux fluides puisse s'exercer isolément.

A. Chez les reptiles, le pancréas est constant : son tissu se rapproche de celui des oiseaux plus que dutissu du pancréas des mammifères. Il occupe la même position près du duodénum dans lequel il verse son fluide sécrété ; sa forme et son volume sont variables.

Dans les chéloniens, le pancréas est triangulaire. Dans les sauriens, il offre généralement deux branches, dont l’une accompagne le canal biliaire et l’autre adhère à la rate. Ces deux branches se réunissent ensuite près de leur insertion intestinale.

Dans le monitor élégant, le pancréas est plus développé que dans le caiman à lunettes et le crocodile à museau effilé. Chez les iguaniens, le pancréas est aussi très développé; dans les ophidiens il est très allongé, d’un volumetrès variable; dans les batraciens terrestres, le pancréas serait, d’après Cuvier, plus volumineux que dans les batraciens aquatiques. Son tissu est légèrement jaunûtre.

B. Chez les reptiles, le conduit pancréatique est simple, très rarement double. L'insertion de ce conduit se fait toujours dans un point très voisin de l'insertion du conduit biliaire. Dans les pithons, le pancréas est divisé en lobules; il présente un grand nombre de conduits qui viennent s’aboucher dans un sinus anfractueux qui lui-même vient aboutir à l'intestin.

Dans les poissons, Cuvier pensait que les poissons cartilagineux, les raies et les squales, étaient les seuls chez lesquels on trouvait un vrai pancréas, analogue par sa structure à celui des autres animaux vertébrés. Il admettait que dans beaucoup d’autres poissons, le pancréas se trouvait remplacé par les appendices pyloriques qui n'étaient en quelque sorte qu’un pancréas simplifié ; un tel rapprochement entre ces organes doit être complétement abandonné. En effet, ilest parfaitement prouvé aujourd’hui par M. Brouckman et M. CI. Bernard, que le pancréas existe indépendamment des appendices pyloriques, ce qui indique que ces organes ne sauraient être considérés comme supplémentaires les uns des autres.

L'existence du vrai pancréas, complétement indépendant des

appendices pyloriques, a été constatée dans presque tous les ordres de poissons. Il est probable que les recherches ultérieures démontreront sa présence dans les poissons sans exception.

D'après toutes ces considérations d'anatomie comparée sur le pancréas des divers animaux on peut conclure que :

1° Le pancréas existe dans toutes les classes des animaux vertébrés.

2° Chez les mammifères, cet organe est développé d’une manière assez uniforme, de même que chezles oiseaux, quel que soit le genre d'alimentation dont ces animaux fassent usage. Il en est tout autrement des glandes salivaires qui présentent, sous le rapport du volume, de très grandes différences, suivant qu'on les examine chez des herbivores ou des carnassiers. Cette indépendance dans le développement relatif des glandes salivaires et du pancréas que signale déjà l'anatomie comparée, sera confirmée par la physiologie qui démontrera de son côté l'indépendance de fonctions de ces deux ordres d'organes.

3° Les fluides biliaire et pancréatique, par suite des rapports de leurs conduits‘ se trouvent versés dans l'intestin, tantôt simultanément, tantôt isolément. Quand les orifices des deux conduits sont confondus ou très rapprochés l’un de l'autre de manière que les fluides soient mélangés avant leur arrivée dans l'intestin, ou immédiatement après, leur action sur les alimens s'exerce nécessairement d’une manière simultanée. Quand, au contraire, les insertions des conduits pancréatique et biliaire sont assez éloignées pour que les deux fluides ne puissent se mélanger immédiatement après leur arrivée dans l'intestin, c'est constamment le conduit biliaire qui est plus rapproché de l’orifice pylorique, de telle sorte que jamais le suc pancréatique ne peut exercer son action isolée, avant que la bile ne soit mélangée aux alimens. (CI. Bernard.)

4° Chezles mammifères, y a tantôt un seul conduit pancréatique, tantôt deux, jamais trois. Quand il y a deux conduits pancréatiques, il y en a ordinairement un plus développé; ces conduits communiquent toujours par une ou plusieurs anastomoses.

5° Chez les oiseaux, on trouve souvent deux ou trois conduits pancréatiques qui sont isolés les uns des autres et ne communiquent jamais entre eux par des anastomoses, comme cela a lieu chez les mammifères. Cet isolement complet des conduits pancréatiques peut faire considérer les diverses parties du pancréas d’où ils émanent comme autant d'organes distincts.

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