‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 105 sur 373 · ANATOMIE NORMALE MICROSCOPIQUE DE LA RATE · texte numérisé non relu

ANATOMIE NORMALE MICROSCOPIQUE DE LA RATE

Si l’on injecte une rate en son entier, artères et veines, comme un viscère plein, le foie ou le rein, par exemple, et qu’on examine son tissu coupé par tranches minces, soit à l’œil nu, soit au microscope, avec une observation attentive, on s'aperçoit bien que toute la surface est couverte de petits ilots de la matière d’injection chassée par les veines, et que ces îlots sont séparés par des cercles membraneux; mais c’est tout ce que l’on observe, et, quelque soin que l’on y mette, il n’y a rien à voir au-delà. D'un autre côté, én insufflant de l’air dans les vaisseaux, si l’air est chassé par les artères, la rate s’enfle lentement, mais seulement jusqu’à un certain degré, tandis que, si l’on opère par les veines, l’organe se gonfle aussitôt dans toute son étendue jusqu’à se rompre si l’on force l’insufflation. En coupant au traversd’une rate que l’on a fait sécher dans cet état, on voit tout d’abord que cet organe se compose entièrement de cellules ou vésicules irrégulières séparées par des cloisons membraneuses. L'observation directe, d'accord avec le fait de l'introduction de l’air, montre que ces vésicules communiquent sans interruption les unes avec les autres dans toute l'étendue de l’organe. Aïnsi donc, la rate est un organe celluleux ou vésiculaire : voici déjà un premier résultat obtenu.

En continuant d’observer la rate, uniquement insufflée, on voit que les vésicules, très distendues, envahissent presque tonte la surface; les cloisons, au contraire, sont minces, très irrégulières etse continuent sansinterruption d’une vésicule à l’autre. Dans leurs parois, on reconnait des trajets de vaisseaux, les veines insufflées, que l’on voit s'ouvrir çà et là dans les cavités, par des orifices valvulaires. Quelle est maintenant la composition organique des vésicules et des cloisons? Comment se distribuent les vaisseaux? C’est à des injections variées que nous allons demander la solution de ces questions.

Une injection très fine, poussée par les artères, quand elle à bien réussi, fait apparaître, à l’intérieur des vésicules, une couche

de petits corpuscules en saillie dans la cavité, au-devant d’une surface granulo-capillaire, et développe, dans l'épaisseur des cloisons, des glandes en grand nombre d’un volume proportionnel considérable ; en sorte que l'épaisseur des cloisons s’augmentant beaucoup aux dépens de la largeur des cavités, dans une rate rendue turgide à la fois par l’injection et l’insufflation, la surface de section se trouve presque également partagée par les vésicules et les cloisons, les unes et les autres couvertes de vaisseaux capillaires, sanguins et lymphatiques. Quant à l’injection par les veines, nous savons déjà qu’elle pénètre le tissu de la rate tout en remplissant les cellules. On peut, à la vérité, les nettoyer, soit par des lavages, si l'injection est aqueuse, soit en faisant bouillir ou macérer les pièces dans lalcool ou dans l’essence de térébenthine, si l'injection est formée de matières grasses ou résineuses : mais, disons-le, on n'obtient pas par ces moyens des surfaces assez nettes pour l’observation au microscope. Le mode d'injection qui m'a le mieux réussi consiste à emplir d’abord les artères, puis à chasser un peu d’injection par les veines et à insuffler immédiatement derrière pour distendre les vésicules.

Ainsi la rate, dans la disposition générale de sa texture microscopique, se partage en deux systèmes, les vésicules et les espaces intervésiculaires, ou les cloisons, que nous verrons plus loin constituer deux sortes d'appareils. Les élémentsanatomiques qui, par leur association, concourent à les former, sont au nombre de dix. Comme l’ordre dans lequel on peut les offrir est tout arbitraire, par anticipation et en vue des appareils auxquels ils appartiennent plus particulièrement, je les ai rangés dans l’ordre suivant : 1° les membranes vésiculaires; 2 les vaisseaux sanguins; 3° les corpuscules vasculaires flottans; 4° le champ granulo-capillaire ; 5° le liquide splénique; 6° les glandes spléniques que nous verrons n'être que des glandes lymphatiques ; 7° les vaisseaux lymphatiques; 8° les nerfs; 9° le tissu cellulaire; 10° la membrane d’enveloppe de la rate en son entier. Les cinq premiers élémens composent l'appareil vésiculaire. J’y ai faitentrer les vaisseaux sanguins, quoique commun à toute la texture, parce que c’est dans cet appareil qu’ils offrent leurs particularités les plus remarquables. Le 6° et le 7° élément forment l'appareil glanduleux.

Enfin, j'ai relégué en dernier les nerfs, le tissu cellulaire et la membrane d’enveloppe qui appartiennent à l’ensemble de la rate. Examinors l’un aprés l’autre les deux systèmes organiques et chacun des élémens qui les composent, dans leurs formes, leurs dimensions et leurs rapports.

VÉSICULES SPLÉNIQUES.

(Cellules de Malpighi.)

J'ai dit que les vésicules sont réparties uniformément dans toute l’étendue de la rate. Si les parois intervésiculaires n'étaient formées que d’une simple membrane granulo-vasculaire, on pourrait, suivant une opinion qui se rapprocherait de celle de Malpighi, considérer uniquement la rate comme une agglomération de vésicules sécrétoires, dont les cloisons ne formeraient que les enveloppes ou les parois de support des vaisseaux et le moyen commun de liaison en une masse. Mais le volume considérable et le nombre immense des glandes renfermées dans les cloisons, rend la texture beaucoup plus complexe. Il est donc évident que la rate se compose de deux appareils secrétoires à peu près de même importance. Un organe glanduleux et un organe vésicu-

laire, partout juxtaposés l’un à l’autre, élément à élément.

À. Forme. Ta forme fondamentale de la vésicule splénique est la sphéroïde ou l’ovoide. Dans la rate, uniquement insufflée, cette forme s’altère par le retrait des cloisons qui est dû à la vacuité des vaisseaux etsurtoutdes glandes qu’elles renferment. Il en résulte que la vésicule, élargie en différens sens sur les parois, prend la forme d’un polyèdre irrégulier, qui offre, sur le plan de section, depuis 4 jusqu’à 9 et 10 côtés, mais où prédominent le pentaëdre et l'exaëdre irréguliers. Dans la rate bien injectée, au contraire, l’état de réplétion des vaisseaux et surtout des glandes accumulées aux angles de jonction, rend aux vésicules leur forme sphéroïde où ovoide. Or, il est très probable que c'est cette forme qui est la vraie, les liquides, pendant la vie, remplissant également les vésicules, les glandes et les vaisseaux.

B. J’olume. Le volume absolu des vésicules varie beaucoup, suivant le degré de réplétion des organes par les liquides ou par les matières d'injection. Le volume relatif ne varie pas moins, tant dans la comparaison d’un animal à un autre, que dans celle des vésicules d’une même rate. En général, les vésicules n’ont paru absolument plus grandes et moins régulières dans les divers animaux que dans l’homme.

Chez le veau, on trouve, par l’insufflation simple, des vésicules qui ont jusqu’à 8 millimètres de diamètre. Dans l’état d'injection, les plus grandes n’excèdent pas 5 millimètres, les plus petites ont 2 millimètres. Le diamètre moyen ou le plus ordinaire est de 3 à 4 millimètres. Chez le chien et le mouton, les vésicules sont aussi très grandes, mais d'un volume plus régulier dans la rate du chien que dans celle du mouton. Chez l’homme, les vésicules sont plus petites et plusrégulières. En général, le diamètre moyen est de 1 à 3/4 de millimètre et les variations ne vont guère à plus de 1/2 en sus de cette dimension pour les plus grandes, et 1/2 en moins pour les plus petites. Nous verrons plus loin cette même régularité se reproduire dans les divers organules, comme si Ja rate humaine, comparée à celle de divers animaux, accusait une organisation plus délicate etplus finie.

C. Divisions des vésicules. I est rare qu’une vésicule forme une cavité simple, les plus petites seules sont dans ce cas. La plupart des vésicules sont traversées sur leurs parois par des vaisseaux, des veines surtout, dont la saillie, revêtue par la membrane des parois, forme à la manière de la veine et des artères ombilicales, sous le péritoine, des replisen lames de faux ou en croissant, suivant qu'elle parcourt seulement un tiers, une moitié ou tout le diamètre de la vésicule. Cette saillie partage la concavité générale de la paroi sur laquelle elle se dessine en deux enfoncemens. PUNT

Chez le veau, quand les vésicules sont très grandes on y trouve deux et même trois de ces cloisons incomplètes; mais, en outre, ces vaisseaux se bifurquent et donnent même parfois trois ou quatre embranchemens que subdivisent la division principale en autant de loges ou cavités secondaires. Chez l’homme, la subdivision des vésicules est encore bien autrement complexe ; non-seulement une grande vésicule est divisée par trois ou quatre grandes saillies vésiculaires, dans ce même plan, mais celles-ci sont subdivisées par des saillies secondaires dans diverses directions, et ces dernières par d'autres encore plus petites. Le résultat de cette série décroissante, de plis de revêtement, causés par les ramifications des vaisseaux, est de décomposer la vésicule en

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loges, puis en locules, également décroissantes, au fond desquelles se dessinent les reliefs des glandes et des corpuscules et les arborisations des capillaires, de manière à former une surface très inégale, mais aussi très pittoresque. C’est à cette même disposition qu'est dû le partage des extrémités des veines terminales en cellules ou vésicules, analogues pour la forme aux loges ou culs-de-sac du gros intestin, formés aussi par les saillies falciformes des vaisseaux revêtus par la membrane des parois. Enfin, comme je le dirai plus loin, il n’est pas rare que des artérioles traversent directement les vésicules pour se répandre sur leurs parois.

D. orifices. Il en existe de deux sortes, les orifices de communication des cellules et les orifices d'abouchement des veines dans la cavité des vésicules.

Les orifices éntervésiculaires sont plus ou moins irrégulièrement circulaires ; leurs bords sont minces et formés par un repli ou un adossement réfléchi de la membrane des parois. Leur diamétre est de la moitié au quart de celui des vésicules, 1 à 2 millimètres dans le veau et 1/4 à 1/2 de millimètre dans l’homme. Ces orifices sont disposés d’une manière très irrégulière, mais aucune vésicule n’en est dépourvue; on en compte deux ou trois dans les plus grandes et un seul dans les plus petites. C’est à cette communication réciproque de toutes les vésicules qu'est due l’insufflation facile de la rate dans son entier, non-seulement par la veine principale ou une veine quelconque, mais aussi en piquant par un point arbitraire de la surface d’enveloppe, comme De la Sône, et après lui, Assolant, l’ont pratiquée.

Les orifices veineux ne sont pas aussi nombreux que ceux des vésicules entre elles, on les trouve épars çà et là sur la surface. Parfois une vésicule en renferme deux ou trois sur la même paroi, tandis qu’à côté l’on n’en trouve pas un seul dans une série de plusieurs vésicules. Ils s'ouvrent indifféremment ou sur le bord d’une vésicule ou dans son milieu, ou sur une lèvre d’un orfice intervésiculaire ; tantôt directement par une bouche circulaire, maisle plus souvent obliquement par une bouche ellipsoïde, garnie dans les deux cas d’un repli semi-lunaire falciforme, qui me parait fermer le retour de la veine dans la vesicule, Toutes ces vésicules d'absorption et leurs orifices d’abouchement sont d’un calibre sensiblement uniforme, en plein champ de vésicules ou hors du voisinage des grandes veines. Leur diamètre est d'environ 1/5 de millimètre dans le veau et de 1/12 dans l’homme, c'est-à-dire que ces veinules sont encore trés fortes relativement à celles que recouvrent des glandules vésiculaires.

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