CLOISONS OU MIEUX ESPACES INTERVÉSICULAIRES
Les espaces intervésiculaires sont formés par l’écartement des membranes d’enveloppe des veinules et renferment les vaisseaux et les glandes extra-vésiculaires. Leur volume, qui dépend du plus ou moins de réplétion de ces organes, fait antagonisme avec celui des vésicules, mais, en général, lui est inférieur, et, en tâchant de l’évaluer approximativement sur toute la surface d’une rate dépourvue de son enveloppe, paraît être, avec les vésicules, dans le rapport, en volume de deux à trois. La .forme de cès espaces est partout la même, c’est-à-dire que, intermédiaires aux vésicules, ils sont resserrés entre leurs bords convexes adjacents et sedilatent en espaces triangulaires ou quadrilatéres, dans les angles de jonction entre plusieurs vésicules. Tous ces
complétement par la dessiccation. :
espaces, nous avons dit, sont occupés par les glandes spléniques etles vaisseaux. Dans les points où ces organes manquent, les membranes des deux côtés s’adossent.
A l’état frais, il existe entre les glandes et les vaisseaux un tissu cellulaire de liaison où rampent les capillaires sanguins et lymphatiques et les filamens nerveux; mais ce tissu disparaît
ÉLÉMENS ANATOMIQUES DE L'APPAREIL VASCULAÏRE. 1° Membrane d enveloppe des vésicules.
Ce sont elles qui forment les enceintes des vésicules et dont les écartemens donnent lieu aux espaces intervésiculaires. Aucun lien, autre que les vaisseaux et peut-être aussi le tissu cellulaire, ne les unit au travers de ces espaces. Cependant elles se continuent sans interruption les unes avec les autres, dans toute l'étendue de la rate, par le moyen des orifices intervésiculaires, où nous avons dit que la membrane s’adosse circulairement à elle-même, comme, par exemple, lamembrane muqueuse digestive aux orifices du pylore et de lavalvule cœcale. En sorte qu’on peut considérer les membranes vésiculaires comme n'en formant qu’une seule, partout homogène, diviséeen milliers depetites ampoules, isolées par des étranglemens que constituent leurs orifices, et supportées par les ramifications des vaisseaux et les chapelets des glandes spléniques; ces derniers organules forment comme une sorte de charpente molle du viscère, avec l’auxiliaire des liquides qui contribuent pour beaucoup à en conserver les dimensions. On verra plus loin combien cet aperçu diffère de celui de tous les auteurs qui ont cru voir une charpente fibreuse dans la rate.
À un examen détaillé, la membrane vésiculaire m'a paru simple, et sans être en droit de nier positivement qu’elle contienne des fibres musculaires sur les parois des vésicules, je ne sais du moins comment Malpighi, et d’après lui, Berger, ont été induits, autrement que par hypothèse ou par une interprétation erronée de la nature des cordons glandulaires, à admettre l’existence de ces fibres qu'aucune observation ne m'a révélée sous le microscope. Au reste, la membrane vésiculaire offre une texture trop complexe pour qu’on puisse la considérer comme une simple dilatation ampulliforme de la tunique interne des veines ; ilexiste bien en réalité, mais d’une manière absolument inverse de l’opinion établie par Malpighi, c'est-à-dire qu’au lieu que ce soient les vésicules qui offrent la structure des veines, ce sont les veines elles-mêmes qui se sont modifiées de la texture générale qu'elles offrent dans l’ensemble de l'appareil circulatoire, pour revêtir ici le caractère splénique, c’est-à-dire la division de leur canal en cellules ou en vésicules analogues à toutes les autres, comme nous le verrons plus loin. Enfin, la membrane vésiculaire est proportionnellement très épaisse, sa surface est très inégale et, dans les injections heureuses, naturelles ou artificielles, sous nn fort grossissement de 200 à 5oo diamètres, elle donne l’aspect de myriades de granules et de pertuis microscopiques, placés sur un fond de capillicules d’une infinie petitesse.
2° Vaisseaux sanguins.
-Chacun sait que l’artère splénique, dans l'homme et les mammiferes qui s’en rapprochent le plus, quoique d’un volume considérable relativement à celui du viscère, - offre cependant une capacité très inférieure à celle de la veine splénique et dans le
rapport de 2 à 3. Cet excès de volume des veines sur les artéres se remarque dans toute l’étendue de la rate. En mettant à découvert le trajet des vaisseaux sur une rate dontles veines principales et les vésicules sont insufflées, et dont les vénules seules et toutes les artères sont injectées, on voit, à l'œil nu, que les vaisseaux spléniques proprement dits forment trois à quatre divisions principales au delà desquelles sont les artérioles et les veinules des espaces intervésiculaires qui exigent, pour être observés, le secours des verres grossissans. Je n’insisterai pas sur les détails bien connus de grosse anatomie concernant les divisions principales des troncs spléniques dans les divers animaux, avant ou après leur entrée dans la rate; j'arrive au mode de distribution intérieure, Les troncs principaux cheminent directement jusqu’à la périphérie de la rate, en fournissant latéralement, sous des angles de 6o à 80 degrés, des branches qui se rendent, comme autant de rayons, aux divers points de la circonférence. I n’y a, je l'ai dit, pas plus de 3 à 4 divisions dichotomiques avant que les vaisseaux ne deviennent intervésiculaires, et encore ces derniers naissent-ils directement, chemin faisant, des parois des divisions secondaires. Les vaisseaux sanguins d’après leur volume, leur forme et leur mode de distribution, se divisent en trois ordres décroissans : les grands vaisseaux de parcours,
u les vaisseaux spléniques proprement dits, les vaisseaux intervésiculaires et les vaisseaux vésiculaires, les plus petits de tous.
1° Divisions principales Ou Vaisseaux spléniques proprement dits.
A. Les artères n’accompagnent positivement les veines que dans les trois premières divisions. Au delà, les deux espèces de vaisseaux serencontrentindifféremment, tantôt accolés dans un court trajet, tantôt cheminant isolément à distances, séparées par un ou plusieurs rangs de vésicules, mais dans une même direction, au travers des espaces intervésiculaires. Dans leurs connexions, les artères sont placées plus près de la surface convexe de la rate ou de la périphérie; le tronc principal suit plus généralement le milieu de la veine satellite ; mais, dans les branches, l'artère s'offre également ou dans le milieu ou sur l’un des côtés.
B. Les veines, dans toute leur longueur, sont criblées de trous circulaires, dont l'existence au moins, quoique sans examen plus détaillé, n’a échappé à aucun observateur, et reste aujourd’hui le seul fait universellement reconnu sur la texture de la rate. Tous les détails qui suivent sont donc le résultat de mes propres recherches. Les trous, d’une dimension considérable dans les grandes veines , sont les orifices des veines secondaires ou tertiaires qui en naissent. Ils sont plus étroits que la veine qui leur fait suite, et forment comme des collets d’étranglement ou de petits sphincters qui retardent l’afflux du sang des veines les plus petites dans les plus grandes. À partir des divisions tertiaires, les veines, devenues terminales, sont partagées transversalement, suivant la longueur de leur canal, en cellules ou vésicules, par saillies courbes, en lames de feu ou en croissant, qui ne sont ici, comme partout, que des reliefs des vaisseaux intervésiculaires. Ces cellules veineuses, qui ne sont distinguées que par des étranglemens, ne font néanmoins que modifier l’aspect du canal veineux, qui reste bien distinct dans sa continuité. Ce canal est flexueux et se termine en s’ouvrant par des trous assez larges dans les vésicules périphériques, sous la membrane d’enveloppe. Partoutles cellules veineuses sont criblées de trous plus petits qui pénètrent dansles cellules circonvoisines. Mais, en ontre , les parois des cellules
sont tapissées de grappes corpusculaires, et sous la membrane se distinguent les saillies des glandes des cloisons, en sorte que ses cellules des veines terminales ne sont autre chose que de véritables vésicules spléniques, continues et un canal, dans lesquelles s'ouvrent les autres vésicules et les veinules des espaces ou des cloisons. Enfin, la membrane des veines parait simple, et, sauf l'épaisseur, plus grande dans les veines principales ; elle est identique dans toute l’étendue de la rate; car même dans les gros troncs veineux, en isolant cette membrane, on y reconnait, comme ailleurs, les grappes corpusculaires, les glandes des cloisons, et même les granules, les pertuis et les réseaux capillaires microscopiques qui existent partout à la surface des vésicules.
2° Vaisseaux des espaces intervésiculaires.
A partir des branches, les rameaux artériels et veineux pénètrent, parfois réunis, mais le plus souvent isolément, dans les espaces intervésiculaires ou les cloisons. Les intervalles, entre les branches spléniques, étant, en général, de 8 à 10 vésicules avec leurs cloisons, les rameaux sanguins courent obliquement à la rencontre les uns des autres, dans ce champ, par le trajet le plus court, car ils sont presque rectilignes entre leurs soudures; qui se font à angles très ouverts. Du reste ces vaisseaux, artères ou veines, ont un aspect noueux qui augmente à mesure qu'ils diminuent de diamètre. Leur volume décroit, dans le veau, de rs millimètre à 1/3 ou à 1/6 de millimètre; dans l’homme ils sont, comme les vésicules, trois à quatre fois plus petits que chez le veau, c’est-à-dire de 3 à 4/10 de millimètre à 120 de millim. Voici leur mode de distribution : deux vaisseaux, artères et veine, arrivent dans un espace triangulaire ou losangique, entre 3 ou 4 vésicules. De tous côtés, au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche et devant, partent des rameaux plus petits qui vont circonscrire les parois des vésicules. Les plus considérables franchissent, en leur fournissant des rameaux, une ou deux vésicules dans l’intérieur desquelles ils font, comme je l’ai dit, des saillies falciformes ou en croissant, et vontse terminer en grappes corpusculaires sur une troisième ou une quatrième vésicule, Mais, en outre, les vaisseaux des cloisons ne se distribuent pas seulement en rameaux vésiculaires; un grand nombre de rameaux courts, sans sortir des cloisons, se jettent dans les glandes qu’elles renferment. Ils y pénetrent ou en sortent brusquement, sans division, par la circonférence, par un mode d’émergence analogue à celui des vaisseaux caverneux du pénis. Souvent même, des vaisseaux assez forts traversent l'épaisseur de ces glandes pour se distribuer plus loin. Cette disposition est surtout très apparente à la périphérie de la rate, où l’on voit les artérioles sortir sur le côté ou à travers l'épaisseur d’une glande, se distribuer à plat dessous ou dans l'épaisseur de la membrane d’enveloppe , à la surface des glandes voisines, et s’y replonger brusquement par un petitnombre de rameaux alternes et très courts, nés latéralement de la branche qui suit la longueur de la glande.
3° l’ausseaux vésiculaires.
J’appelle ainsi les vaisseaux propres de la membrane vésiculaire qui se distribuent aux glandules et aux granules intermédiaires, en formant un épais réseau capillaire d’une extrême ténuité.
Les artérioles, nées de celles des cloisons, se répandent à la surface interne des vésicules. Elles se distinguent, à l’état turgide.
par des séries continues de renflemens et de rétrécissemens qui leur donnent un aspect noueux très prononcé. A partir des vaisseaux contenus dans les replis falciformes, les capillaires se distribuent en deux séries, les uns pariétaux, les autres intravésiculaires. 1°. les capillaires pariétaux sont uniquement destinés à la membrane de la paroi. D'abord assez volumineux à leur origine, ilsse divisent aussitôt en ramuscules très déliées de 17100 à 17300 de millimètre de diamètre, qui se distribuent aux granules et forment, avec ces dernières et les capillicules lymphatiques, le champ granulo-capillaire. Les vaisseaux éréravésiculaires s’élancent des parois pour se projeter dans l’intérieur de la cavité où ils se distribuent aux corpuscules flottans par un ou deux rameaux qui en forment comme les pétioles, de manière à figurer, suivant l’image de Malpighi, des grappes de raisins. De ces artérioles, les unes émergent en petits faisceaux rayonnés du bord des glandes lymphatiques des cloisons; les autres, d’un assez fort volume, traversent, en parabole, la cavité d’une vésicule, à la manière de ces vaisseaux dénudés que l’on rencontre dans les vastes foyers purulens. Parvenu sur la paroi opposée, ils s’y éparpillent en rameaux corpusculaires arborisés. Ces vaisseaux, en raison del’apparence, en patte d’oie, de leurs rameaux, m'ont paru encore environnés par un prolongement cylindrique très mince de la membrane vésiculaire, Ils se rencontrent plus communément chez l’homme, où, pour le dire en passant, tous les détails de distribution des vaisseaux sont encore plus complexes que dans les animaux.
Les veinules affluent également dans les veines des cloisons et naissent des glandules et du champ granuleux dans le réseau de capillicules qui leur est commun avec les artérioles. Je distingue ces veinules des veines d’absorption et de leurs orifices vésiculaires dont le diamètre est proportionnellement considérable. Ces veines se rendent, comme je l’ai dit, dans les veines des cloisons ou des replis falciformes où affluent également les veinules capillaires.
3° Corpuscules vasculaires flottans. (Glandules de Malpighi. )
Je range ce système d’organules à la suite des vaisseaux, parce qu'ils me paraissent faire partie de l’appareil sanguin de la rate. J'avais d'abord emprunté à Malpighi la dénomination de glandules, appliquée à ces petits corps et qu'ils me paraissent justifier par leur organisation ; mais, pour éviter le reproche d'employer une dénomination qui semble préjuger une fonction déterminée, et cédant, à cet égard, à l'observation qui m’en a été faite par M. Magendie, je me servirai du nom de corpuscules vasculaires flottans qui n’exprime que l'aspect physique sous lequel se présentent ces organules, sans renoncer pourtant à leur chercher ultérieurement une destination physiologique.
Dans une injection heureuse, les corpuscules vasculaires sont semés, en première couche, à la surface de la paroi vésiculaire des intervalles irréguliers qui équivalent à peu près à leurs diamètres. Ce sont ces intervalles, où se montre à découvert la membrane pariétale, que je nomme le champ granulo-capillaire.
Malpighi dit que les glandules sont ovales, et, du reste, n’entre dans aucun détail sur leur texture intime. Dans mes premières observations, ces glandules n'avaient paru de forme très irrégulière, les unes sphéroïdales , d’autresovalaires, d’autres lenticulaires, et je les croyais encastrées dans l'épaisseur de la membrane vésiculaire, en faisant saillie dans sa cavité. Mais par une longue suite d’observations, sur des pièces très variées, qui m'ont
permis de la voir dans des conditions différentes de réplétion ou de vacuité, suivant les hasards d'injection, j'ai fini par reconnaitre qu’elles se détachent entièrement de la surface de la membrane, et qu’elles sont portées à l'extrémité d’un étroit pédicule constitué par leurs capillaires sanguins et lymphatiques, de manière à figurer, chacun isolément, des fleurs sur leurs tiges, ou, par leur réunion en groupes aux extrémités des vaisseaux sanguins émanés de la surface, des grappes de raisin, suivant la comparaison pittoresque et si vraie de Malpighi.
Je m'étonne même que la réalité de cette disposition ne m'ait pas frappé plus tôt. Ce qui m'est arrivé prouve à quel point il faut tenir compte de toutes les observations que l’on a pu faire, et combien peu souvent les descriptions des auteurs quand elles ne sont pas accompagnées de bonnes figures qui en gravent le sens réel dans notre esprit. J'avais reconnu dès l’abord, il ya deux ans, l’aspect flottant des corpuscules, lors de mes premières études sur la rate, mais je crus que ces organules n'étaient que des champignons microscopiques développés par moisissure, et je n’y fis pas d’autre attention. L’an dernier j'avais lu, transcrit el traduit fidèlement Malpighi; mais telle était ma prévention que, quoique le texte de cet auteur et la comparaison qu’il emploie peignent avec netteté la suspension des glandules flottant dans l’intérieur de la cavité, sur une tige vasculaire, sans rapprocher cette image de celle que j'avais auparavant observée moi-même, je n’en conserverai d’autre souvenir que celui d’un sens figuré se rapportant à un dessin en surface. Enfin, tels étaient pour moi l'incertitude et la singularité de cette disposition, fréquente dans l’organisation végétale, mais à laquelle je ne connais point encore d’analogie dans l'organisme animal que quand, par des observations réitérées, il a fallu me rendre à l'évidence des faits, je ne me suis pas souvenu que Malpighi les eùt vus de même, et ce n’est qu’à une nouvelle lecture de son texte et de ma propre traduction que le sens positif et absolu de ses expressions m'est apparu.
Au reste, la forme réelle et l’organisation des corpuscules flottans m'ont singulièrement préoccupé et me laissent encore quelques incertitudes. Les personnes qui ont l'habitude des observations microscopiques ont éprouvé, par expérience, dans quel embarras on se trouve souvent d'interpréter les apparences diverses sous lesquelles se présentent les organules, et l’impatience que vous fait éprouver l'impossibilité où l’on est de saisir et toucher ces corps pour les tourner et retourner en divers sens, comme on le fait dans l’anatomie ordinaire des organes visibles à l'œil nu. Ne pouvant les reconnaître que par la vue instrumentale, force est bien d’interpréter les faces d’un même objet par les positions différentes de plusieurs, et d’avoir recours à divers moyens de réplétion pour en varier la forme et le volume. Or, les corpuscules vasculaires de la rate se sont présentés à moi. sous trois aspects :
1° Quand leurs capillaires sanguins ont été injectés par une matière grasse ou avec de la gomme arabique, ils m'ont paru globuleux ou lenticulaires , d’un aspect vermiculé dù à un épais réseau de petits vaisseaux sanguins développés dans leur intérieur et à leur surface, et, du reste, accolés à la paroi membraneuse, comme s'ils y étaient encastrés ;
2° Injectés avec une solution très pénétrante de gélatine, dans quelques vésicules, ils se sont offerts comme les précédens, et, dans d’autres vésicules, ils se détachaient de la surface et se produisaient en saillie sur leur tige vasculaire ;
3° Injectés par voie de double décomposition, ou, queile que füt la matière d'injection, quand il n’y a eu de rempli que les lymphatiques, les corpuscules se sont offerts flottans, et encore sous deux aspects.
A. Si les corpuscules sont peu turgides, leur forme est Zenticulaire, et constituée, comme celle des cristallins, par deux segmens de circonférences inégales. Cette forme, en effet, explique les différens contours qu'’affectent les corpuscules suivant qu'ils sont plus on moins flasques ou turgides et qu’ils se présentent de face, de profil ou de trois-quarts. Des deux segmens, l’un, qui fait partie d’une circonférence plus petite, et que j'appellerai partétal, parce qu'il est tourné vers la membrane, inscrit les deux tiers du contour du corpuscule; c’est par lui que s’infirment les vaisseaux. Les capillaires sanguins y pénètrent par le milieu ou le sommet de la courbe; les Iymphatiques, au nombre de deux, trois ou quatre, se détachent en étoile de points quelconques de la circonférence. L'autre segment, qui fait partie d’une circonférence plus grande, entre dans la cavité vésiculaire. Vu perpendiculairement, sous un grossissement de 200 à 300 diamètres, on reconnait qu’il forme comme une sorte de mamelon analogue à ceux du rein, environné par un limbe circulaire épais. La surface de ce mamelon semble être celle d'émission de l’organule, car elle paraît formée par un grand nombre de granules et de pertuis, entrecoupés par des capillaires d’une excessive ténuité, qui lui donnent un aspect vermiculé. Tous ces menus détails, au reste, ne se voient bien que sur la rate nouvellement injectée et s’effacent plus ou moins, à la longue, par la dessiccation.
B. Si, au contraire, les corpuscules sont bien turgides , leur forme générale est globuleuse, leur volume plus considérable, et leur aspect très singulier.
Ces organules alors semblent formés par un assemblage de petites aigrettes, rayonnant d’un centre ou noyau corpusculaire sur la circonférence de manière à figurer une fleur d'ombellifère; chacune de ces aigrettes se compose d’un filament, terminé par une, deux, trois, et jusqu’à quatre petites sphérules brillantes, assemblées bout à bout, en chapelet, disposition qui se remarque surtout très bien dans le vide à la circonférence. La première fois que je vis cette apparence, c'était sur une rate de mouton, injectée par voie de double décomposition avec le chromate neutre de potasse et l’acétate de plomb, et je crus que les aigrettes n’étaientautre chose qu’un mélange de quelquesubstance animale avec de l’acétate de potasse, mais depuis j’ai reconnu la même apparence sur des rates d'homme et de veau injectées simplement avec de la gélatine.
Or, que conclure de ces trois aspects si différens? Y a-t-il plusieurs genres d’organules vésiculaires de forme et de texture différentes ? Je ne le crois pas. Voici, à cet égard, mon opinion :
1° Tous les corpuscules sont flottans, et si, dans l'injection de leurs capillaires sanguins, ils paraissent adhérens à la surface, cela tient, d’une part, au poids de l’injection qui les fait retomber sur leur tige vasculaire, et, d’autre part, à la viscosité du liquide qui les fait accoler à sa surface après dessiccation ;
2° La forme lenticulaire me paraît être véritablement celle du noyau corpusculaire ; mais quand l’injection est très pénétrante, elle développe à la surface du segment vésiculaire de petites aigrettes rayonnées; de sorte que ce dernier aspect n'appartient qu’à l’état le plus turgide. Aussi, dans mon opinion, il n’y a
qu’une seule espèce de corpuscule dont les trois aspects que je viens de décrire ne font que se compléter mutuellement, en montrant des particularités différentes d’une même texture.
Quant aux dimensions de ces organules et de leurs vaisseaux , les corpuscules vésiculaires, de volume inégal, ont, dans le veau, de quinze à cinquante centièmes de millimètre et leurs capillaires ont un calibre de quatre centièmes de millimètre à un seul. Dans l’homme, les corpuscules plus petits, ont un volume moins inégal de cinq à dix centièmes de millimètre de diamètre, ou environ sept à quatorze diamètres du globule du sang humain. Leur nombre est plus considérable que dans le veau, au point que, dans les vésicules où l'injection à bien fourni, ils recouvrent toute la surface à divers plans, de manière à marquer entièrement le champ granulo-capillaire de la membrane vésiculaire. Les capillaires sanguins qui s’y rendent ou qui en sortent ont un calibre qui varie de trois centièmes de millimètre ou quatre globules du sang à un centième de millimètre ou un peu plus d’un globule. J'ai mesuré toutes ces dimensions, mais je ne les donne pas comme rigoureuses, puisqu'elles dépendent de l’apparence fournie par les injections ; néanmoins je pense qu’on peut les considérer comme suffisamment exactes, puisque les volumes des organules eux-mêmes varient dans des rapports de un à deux ou trois. Quand l'injection a bien fourni, les noyaux corpusculaires en sont remplis et semblent formés par un nexus de petits vaisseaux.
4° Champ granulo-capillaire.
Suivant ce que j'ai dit plus haut, c’est le nom que je donne à la surface injectée de la membrane vésiculaire. Cette surface, dans une série de vésicules, se présente à divers états de réplétion soit complétement à découvert, quand les corpuscules ne sont pas injectés, soit en coïncidence avec ces derniers , dans leurs intervalles, où la membrane vésiculaire, réduite à elle-même, par conséquent plus diaphane, montre les derniers linéamens de la texture la plus intime. Elle semble alors formée de deux élémens : 1° comme l’a jugé Malpighi, des granules sphériques très pâles, juxtaposées, sensiblement égales dans leur diamètre de quatre à cinq globules du sang, trois ou quatre centièmes de millimètre; 2° des capillaires artériels et veineux d’un centième de millimètre à un demi ou un tiers de centimillimètre de diamètre, émanés des branches d’où procèdent les capillaires plus gros des corpuscules. Les granules ne se voient bien que sur des portions de rate fraiche et encore humide, et ne donnent plus sur la rate desséchée, mais non injectée, qu’un aspect fripé causé par de petites rides. Le réseau capillaire forme un lacis épais, à plusieurs couches, qui, dans les injections très fournies, marque plus ou moins les granules et donne l’image d’un feutre. On y voit s’'évanouir les artérioles et on en voit naître les radicules des veinules et des lymphatiques capillaires; mais dans le nexus du réseau lui-même, tout en distinguant bien la fine dentelle formée par ces myriades d’anastomoses à plans superposés, il est néanmoins tout à fait impossible de discerner entre elles les différentes espèces de vaisseaux. Ce champ vasculo-granuleux que l’on retrouve partout dans la membrane vésiculaire de la rate me paraît avoir une grande importance fonctionnelle, mais que l’on ne peut supposer identique avec celle des corpuscules flottans, la projection de ces derniers, au milieu des vésicules, semblant indiquer qu’ils impriment une modification particulière au liquide, déjà produit, dans lequel
RATE
ils baignent, et qu'ils viennent trouver, en quelque sorte, comme pour l’imprégner d’une qualité nouvelle.
bo Liquide splénique.
La rate renferme un liquide que tous les auteurs ont reconnu et qu'ils ont décrit sous le nom de sang et de boue splénique. C’est à la suite de la vésicule et des organes qui la composent que j'ai cru devoir placer le liquide qui paraît être le produit de leur élaboration.
La dénomination, toute moderne et assez grossière, de boue splénique, n'exprime que le degré de consistance du liquide, et témoigne seulement de la précaution que l’on apporte aujourd’hui à ne caractériser que par des images vagues, empruntées de l’aspect physique, les substances inconnues sur la nature et les usages desquelles on ne peut rien préciser. Le nom de sang splénique, au contraire, employé jusqu’à nos jours par tous les auteurs, prouve que la ressemblance de ce liquide avec le sang a été reconnue de tout temps.
Examiné dans ses propriétés physiques, c’est un liquide épais, visqueux, de couleur rouge-brunâtre. Sous le microscope il paraît composé de plusieurs espèces de globules en suspension dans un fluide jaunâtre et onctueux : 1° des globules lenticulaires, les uns environnés d’un limbe rouge et qui ne paraissent pas différer des globules du sang; les autres, de même apparence, mais incolores; 2° des globules irréguliers, de forme et de vos lume polyédriques, blanchâtres, mous et qui rappellent ceux que l'on rencontre dans le chyle et dans la lymphe.
M. Donné, auquel je ne veux pas emprunter son travail, mais qui a étudié avec un soin particulier le liquide splénique, a exprimé récemment , dans un mémoire à l’Académie des sciences, l'opinion que la rate aurait une influence sur la formation du globule du sang. Ce n’est pas le lieu d'exprimer un jugement sur la valeur de cette théorie, en progrès depuis quelques années; mais on me permettra d’être satisfait de ce résultat des recherches de mon savant confrère qui, pour moi, semble au moins approcher du but, en ce qu’il concorde parfaitement avec la structure de l'appareil vésiculaire splénique. J'y reviendrai plus loin en traitant des fonctions probables de la rate.
Une autre source d'informations, importante, quoique beaucoup moins précise, est l’analyse chimique.
Vauquelin a donné, il y a plus de quarante ans, une analyse du liquide splénique rapportée par Assolant. 11 constate que c’est un sang particulier, moins fibrineux, moins coloré, que le sang artériel, avec plus de gélatine et du phosphate de potasse. Rien qu'à l'énoncé, il est évident que ce travail, arriéré par les progrès du temps, en appelle un autre plus en rapport avec l’état actuel de la chimie.
Quoique ce genre d'investigation, dont le premier effet est de détruire l’organisation qu’il s’agit précisément d'étudier dans ce qu'elle est, ne produise que des résultats bien vagues en comparaison de l’examen microscopique , il serait à désirer pourtant qu’un chimiste habile nous donnât aujourd’hui une analyse, autant bonne que possible, des produits d’élaboration de la rate. Or, la premiére question, c’est l’impossibilité de se procurer isolément ce liquide splénique renfermé dans les vésicules. La manière dont on procède pour l'obtenir, et qui consiste à l’exprimer par la pression d’une surface de section de la rate que l’on râcle pour le rassembler sur une lame, ne peut donner qu’un détritus mélangé des tissus et des divers
Ts Ve
liquides de la rate. Reste donc à tenter l'analyse du sang veineux splénique, comparée avec celle du sang artériel, pris l’un et l’autre sur l'animal vivant. A la vérité, ce n’est pas là le liquide splénique pur, puisqu'il s’y trouve mélangé avec le sang veineux des deux appareils vésiculaire et glanduleux ; mais néanmoins cette analyse serait utile, et même pour la physiologie c'est l’un des faits essentiels à connaître, puisque, en définitive, c’est le sang veineux splénique qui constitue le produit composé de la double élaboration de la rale, transporté dans le foie par la veine porte.