ÉLÉMENS ANATOMIQUES DE L'APPAREIL GLANDULEUX
6° Glandes spléniques des cloisons ou des espaces intervésiculaires.
(Glandes lymphatiques.)
Voici pour le volume et le degré de consistance l'élément organique le plus considérable de la rate. Aussi est-il étonnant qu’il ait échappé à l'œil si profondément investigateur de Malpighi. Cette omission tient à ce que les glandes spléniques ne sont bien distinctes qu’à l’aide d’une injection solide. Mais alors comment Ruysch aussi ne les a-t-il pas reconnues? Quoi qu’il en soit, ces glandes, réparties uniformément dans toute l’étendue de la rate, dont, avec les vaisseaux , elles remplissent les cloisons ou les espaces intervésiculaires, sont de petits organes oblongs ou sphéroïdes, dont la forme et l'aspect rappellent ceux du rein, ou mieux, des glandes lymphatiques. Du corps de ces glandes se détachent fréquemment des prolongemens Cylindroïdes, d’où sortent, en rayonnant, de petits vaisseaux vésiculaires. Blanchâtres, molles, flasques et ridées, comme la rate elle-même, à l’état de vacuité, comme cet organe aussi, elles deviennent tendues et lisses à l’état turgide et se colorent par la matière de l'injection qui les remplit. Sur une rate encore humide, insufflée, mais non injectée, elles offrent à la déchirure et sur la coupe un aspect spongieux et tomenteux, analogue à celui de la moelle de sureau, d’où le prétendu tissu cotonneux, signalé par #inslow, et reconnu par De la Saône, qui le nomme tissu pulpeux. Dans une rate pleine de liquides, les glandes se présentent gorgées de sang, ce qui a fait dire à Malpighi que le tissu propre de la rate était un parenchyme formé par du sang épaissi et extravasé ; opinion vague et bien éloignée de la lucidité avec laquelle ce grand anatomiste a analysé la texture de la cellule splénique.
Le volume absolu de ces glandes est considérable, relativement à celui des glandes vésiculaires, et varie dans une proportion que j'estime de 1 à 3 ou 4 décimètres de l’état de vacuité à celui de réplétion. Leur volume relatif, des plus petites aux plus grandes, varie à peu près dans ce même rapport. La forme moyenne de l’état de réplétion, non exagérée par l’injection, est, pour leur plus grand diamètre, d'environ le tiers ou le quart de celui des plus grandes vésicules, c’est-à-dire de 1 millimètre dans le veau et de 1/4 de millimètre dans l’homme. Aussi la voit-on assez distinctement à l'œil nu, sous forme de corpuscules où bruns ou blanchâtres, sur la surface d’une portion déchirée de la rate du bœuf.
D'après l'examen comparé que j'ai fait des opinions des auteurs, il me paraît évident que Malpighi et ceux auxquels il a
dû les montrer lui-même, sont les seuls qui aient vu les véritables glandules vésiculaires, tandis que, dans les recherches ultérieures qui ont été faites pour les retrouver, ce sont les glandes des cloisons qui ont été vues et décrites par les observateurs en qualité de glandules vésiculaires de Malpighi. Du moins, je ne m’explique que de cette manière le volume énorme de ces corpuscules signalés à la surface de la rate fraiche sans injection ni insufflation : 1/6 de ligne à plusieurs lignes, d’après Hewson, Dupurytren, Home, Heusinger; J.-F. Meckel ; une tête d’épingle suivant M. Oribes; 1/5 de ligne à 1 ligne, dans le chien et le chat, selon Æssolant et M. Cruveilhier, qui nient leur existence dans l’homme.
Les glandes spléniques se présentent, en général , isolées, entre les parois convexes des vésicules, et se dessinent en relief dans leur intérieur. Elles sont, au contraire, agglomérées à la manière des glandes lymphatiques, dans les larges espaces polyédriques, intermédiaires à plusieurs vésicules. Toutes ces glandes sont liées par des cordons, de manière à former des chapelets soutenus par les ramifications des vaisseaux, qui se tiennent et se continuent sans interruption dans toute l'étendue de la rate. Cest cette disposition, facile à reconnaitre partout, mais principalement à la périphérie, sous la membrane d’enveloppe, qui m'a fait considérer les chapelets glandulaires et les entrelacemens des vaisseaux qui les supportent, comme constituant seuls la charpente de la rate.
Examinées dans leur texture, les glandes spléniques sont formées par un tissu poreux et aréolaire très délié. Sur les coupes on voit distinctement qu’elles sont environnées par nine membrane d’enveloppe assez épaisse, comme les glandes lymphatiques et la rate elle-même. Il est assez commun aussi de trouver, dans leur intérieur, de petites cavités ellipsoïdes ou des fragmens de canaux développés par l'air que l’insufflation y a fait pénétrer. Ces indices font présumer que des canaux réels y existent, comme dans les glandes lymphatiques. Nous savons aussi que les glandes spléniques reçoivent ou émettent un grand nombre de vaisseaux sanguins qui s’y plongent ou en sortent comme ceux des corps caverneux , s’y distribuent et même s’en laissent traverser; car, outre ce que nous avons vu de leur distribution sous la membrane d’enveloppe, il est assez ordinaire que de ces glandes et de leurs prolongemens cylindroïdes dans les vésicules émanent, en disposition rayonnée, de petits vaisseaux vésiculaires; mais un autre caractère de ces glandes qui va revêtir, pour nous, une très grande importance, c’est qu'elles sont environnées d’un nombre considérable de vaisseaux lymphatiques microscopiques, dont elles semblent comme l’aboutissant et le point de départ, car, indépendamment des plexus que ces vaisseaux forment à leur surface, dans celles de ces glandes que la ténuité de l'injection a laissées diaphanes, on voit pénétrer des vaisseaux lymphatiques qui, soit qu'ils y entrent ou qu'ils en sortent, y sont divisés en ramuscules très déliés.
Enfin, en observant, sous des grossissemens de 200 à 5oo diamètres, de petites lames, excessivement minces , des glandes spléniques injectées, elles paraissent se composer elles-mêmes, en définitive, de petites granules réunies par des capillaires d’une ténuité infinie.
Quant aux cordons de liaisons, leur aspect est invariablement lemême. Élargis en cônes à leursextrémités glandulaires, rétrécis au milieu, cylindriques dans toute leur longueur, ils sont blancs dans la rate non injectée, et se colorent par la matière de l'in-
jection artérielle dont ils se remplissent. Je les ai nommés des cordons, et non des canaux, parce que, sur la tranche, ils sont évidemment pleins à l’intérieur et formés par un tissu cotonneux, analogue également à de la moelle de sureau, à l’état de vacuité; mais, quand ils sont injectés, ces cordons s'offrent remplis de vaisseaux sanguins et surtout lymphatiques, et sous un très fort grossissement, lés décomposent en granules et en très petits vaisseaux, c’est-à-dire que leur tissu est identique avec celui des glandes elles-mêmes.
Pour conclure, qu'est-ce donc que les glandes spléniques et leurs cordons? La manière dont s’y conduisent les vaisseaux lymphatiques va nous donner la réponse à cette question. Que voit-on, en effet, dans celles de ces glandes que l'injection imparfaite des vaisseaux sanguins à laissées diaphanes ? Des plexus de vaisseaux lymphatiques entrelacés à leur surface; des troncs afférens, au nombre de deux, trois, quatre et plus, qui pénètrent dans les glandes et dans leurs cordons; des troncs afférens qui en sortent pour s’accoler aux vaisseaux sanguins des cloisons ; des subdivisions de ramuscules à l'infini dans l’intérieur des glandes et des cordons; d'où il résulte qu’elles en forment la plus grande partie de la texture, complétée par les granules et les divisions des vaisseaux sanguins. D’après tant de caractères, si nombreux et si convaincans, il me parait hors de doute que les glandes spléniques sont tout simplement des glandes lymphatiques microscopiques.
Quand je donnerai la structure intime des glandes lympbatiques de la circulation générale, on verra que, à part la dimension qui n’est point une considération sous le rapport de la texture, ces deux espèces d'organes ne différent en quelque sorte que par l’existence des cordons de même substance qui lient les unes aux autres les glandes spléniques ; tandis que les glandes lymphatiques ordinaires , isolées les unes des autres, ne sont unies que par l'intermédiaire des vaisseaux lymphatiques.
7° Vaisseaux lymphatiques.
On conçoit pourquoi je place la description des lymphatiques spléniques à la suite des glandes extravésiculaires avec lesquelles ils me paraissent former un système. Je n'ai point à parler des troncs lymphatiques, à la surface de la rate, l'objet de ce travail n'étant que de faire connaître les Iymphatiques microscopiques dans la profondeur de ce viscère.
On sait par le témoignage d’un très grand nombre d’anatomistes qu’on peut rendre visibles les troncs lymphatiques de la rate par l'injection des vaisseaux spléniques. Gaspard Bartholin, le premier, avait obtenu les lymphatiques de la rate par l’injection de l'artère splénique, la veine étant liée. Plus tard, Cooper et Morgagni sontparvenusau même résultat par la simpleinsufflation de la veine. Ces faits prouvent également que l’on peut injecter les lymphatiques , ou par la pénétration de la matière même de l'injection, ou par le renflement des liquides contenus dans la rate. Quant à moi, ce n’est que par une injection artérielle très fine que je suis parvenu à voir les Iymphatiques microscopiques de la rate. Voici, à cet égard, les résultats de mes observations :
Les lymphatiques sont en nombre immense dans la rate. Aucune vue anatomique n’est plus agréable que celle des vésicules spléniques parcourues par ces vaisseaux. Sur une demi-sphère vésiculaire on ne compte pas moins de quinze à vingt grands rameaux lymphatiques irrégulièrement parallèles ou peu obliques qui la traversent dans toute sa largeur. Ces rameaux s’assemblent par
RATE
faisceaux de quatre, cinq et plus, au sommet des saillies en croissant des vaisseaux sanguins. En les suivant on reconnait qu'ils se rendent au pourtour de la vésicule dans les glandes des cloisons, et j'ai déjà dit qu’on les y voit, dans les points les plus transparens, se distribuer dans leur profondeur. Les glandes sont couvertes de réseaux formés par ces vaisseaux, et les orifices vésiculaires en sont entourés circulairement. Chemin faisant, les troncs lymphatiques se relient les uns avec les autres par des rameaux d’anastomoses et reçoivent de tous côtés les radicules affluens qui proviennent des corpuscules et du champ granulovasculaire. Aucun corpuscule n’en est dépourvu; au contraire, tous sont reliés par des lymphaticules, de sorte que chacun de ces petits organes, indépendamment des capillaires sanguins qu'il reçoit ou qu’il émet, est en outre le centre ou le nœud de jonction de trois ou quatre lymphatiques qui établissent ses communications avec les corpuscules voisins ou avec les grands rameaux. Les lymphatiques vésiculaires, quoique très déliés, sont néanmoins proportionnellement plus gros que les vaisseaux sanguins. Le diamètre des grands rameaux est de 5 à 8 centièmes de millimètre (sept à dix globules du sang) dans l'homme, et de 10 à 15 centièmes de millimètre dans le veau. Leur apparence ne diffère en rien des gros lymphatiques sous-cutanés des membres vus à l'œil nu, c’est-à-dire qu'ils sont rectilignes, aplatis et coupés fréquemment par des étranglemens valvulaires. Les radicules qui couvrent le champ d’anastomoses sont dépourvus de valvules. Ils décroissent en volume de 3 centièmes de millimètre, à r seul et même à 1/2 centième; mais je n'en ai pas aperçu de plus petits, tandis qu’il y d’autres capillicules, faisant suite aux vaisseaux sanguins, dont ils conservent les formes d’arborisation, dont le diamètre est encore moitié moindre.
Considérés dans leur texture intime, en raison de leur parfaite transparence, quand ils ne sont pas remplis par l'injection des vaisseaux sanguins, les lymphatiques de la rate donnent encore lieu à de nouvelles observations. A l’intérieur, les grands rameaux sont environnés par des ramuscules nombreux qui les enlacent , en formant des anastomoses comme les grands lymphatiques eux-mêmes, où comme les nerfs du grand Iymphatique autour des gros troncs sanguins des viscères digestifs. Dans leur intérieur, les rameaux spléniques, outre leurs valvules très visibles, sont partagés en lombes, dont l’agglomération dans les nœuds de jonction, plus larges, formés par les anastomoses, donne l’idée d’une sorte de glandule rudimentaire, comme si les vaisseaux lymphatiques n'étaient pas seulement des canaux de transport d’un liquide, mais aussi des organes chargés d’une élaboration. Enfin, leur abouchement dans les glandes et leurs cordons se fait par un orifice distinct, ou un trou de la membrane d’enveloppe analogue à ceux des grands vaisseaux sanguins qui traversent des membranes fibreuses.
Comme partout ailleurs, les rameaux lymphatiques afférens à la sortie des glandes accompagnent les vaisseaux sanguins , et, comme ces derniers, à mesure qu’ils s’adjoignent les uns aux autres, ils augmentent graduellement de volume jusqu’à la scissure de la rate.
Telles sont les nombreuses observations que m’a fournies l'appareil lymphatique de la rate. Ce sont comme autant de révélations anticipées sur la structure intime des glandes et des vaisseaux lymphatiques de la circulation générale, structure dont je ferai prochainement l’objet d’un mémoire particulier. À la lecture de ces nombreux détails, si nets et précis, sur des
organes d’une merveilleuse petitesse , je conçois qu'il vienne à l'esprit de toute personne désintéressée, mais étrangère aux études microscopiques, que le récit en est entièrement fabuleux, ou que, du moins, l’auteur s’est laissé étrangement abuser par son imagination. Pourtant rien n’est plus positif. On sait quelle réserve habituelle j’apporte dans mes jugemens. Si donc j'ai cru pouvoir me prononcer si affirmativement sur ces faits, c’est que je suis en mesure de démontrer immédiatement de visu, avec la dernière évidence, chacune des assertions que j'ai émises.