‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 108 sur 373 · ELÉMENS ANATOMIQUES COMMUNS A TOUTE LA RATE · texte numérisé non relu

ELÉMENS ANATOMIQUES COMMUNS A TOUTE LA RATE

8° Nerfs.

Cet élément anatomique, si important, est assurément de tous le plus ingrat pour les études microscopiques. A peine peut-on suivre les filamens nerveux sur les rameaux jusqu’à un grossissement de 4 à 5 diamètres. Avec une forte attention, on croit bien reconnaitre les filets nerveux microscopiques dans leurs anastomoses, sur les artères principalement, jusqu'à un grossissement assez fort. Mais on n’en est pas plus avancé, car on ne fait que voir en plus petit ce que l’on voit à l’œil nu sur les gros rameaux, et c’est même à cette persévérance des nerfs dans leurs caractères anatomiques qu’on les reconnait; car si leur aspect se modifiait, ils échapperaient à l'observation, ou du moins on ignorerait que c’est eux qüe l’on voit,

9° Tissu cellulaire splénique.

C’est par analogie, et, en quelque sorte, pour obéir à l'usage, un employant un nom connu, que j'appelle cellulaire, le tissu de liaison de la rate; tandis que dans la limite des observations que j'ai pu faire, rien ne justifie suffisamment cette dénomination. Il faut dire aussi que l'examen de ce tissu est très difficile et laisse des incertitudes. Aucun élément de liaison n’est visible à l'œil nu. On n'en voit que sous le microscope, et, comme on peut s'y attendre, dans les cloisons, entre les glandes 1ymphatiques, les ramifications des vaisseaux et les enveloppes vésiculaires, et, ce qui revient au même, à la périphérie, entre ces mêmes organes et la membrane d’enveloppe commune. Il s'offre, à l’état frais, dans la rate encore humide, sous l'aspect d'une gelée grisätre, sans distinction d’une trame quelconque, dans laquelle les glandes lymphatiques sont encastrées de même que dans une gangue. Mais comme cette apparence disparait complétement par la dessiccation et qu’elle ne se montre qu'autant que les glandes sont injectées, puisqu’elles-mêmes sont à peine visibles à l’état de vacuité, il m'a été impossible de constater si cette gelée organique, que je n’ai vue que refoulée prendrait un aspect lamellaire en étant déployée.

10° Membrane d’enveloppe de la rate.

L’enveloppe de la rate, étant par sa position ’élément anatomique le plus facile à reconnaitre et à étudier, est aussi celui qui a le plus exercé la sagacité des anatomistes. Malpighi avait cru reconnaître une couche de fibres musculaires dans l'enveloppe de la rate, et c’est probablement par extension de ce fait qu'il a été conduit, comme nous le verrons dans la seconde partie de ce mémoire, à admettre des fibres de même nature dans les parois des vésicules. L'opinion de ce grand maître est adoptée, avec

encore plus d’exagération par Berger, qui admet que la texture de la rate en son entier est autant musculeuse que vasculaire (1).

De la Sône, à cet égard, me paraît s'être tenu dans le vrai en signalant dans la membrane d’enveloppe de la rate du bœuf, du mouton et de l’homme, une couche de fibres pâles, entrecroisées en divers sens, qui se développent surtout par l'ébullition et ressemblent parfaitement à des fibres charnues. Cette observation est d’accord avec les contractions de la rate sous l’influence de divers excitans, observées par Assolant, MM. Magendie, Defennon et un grand nombre de physiologistes. Je ne sais donc pourquoi, les anatomistes de nos jours ne voient dans cette membrane qu’une enveloppe fibreuse.

Voici à son sujet le résultat de mes observations. L'enveloppe splénique me parait formée de deux feuillets : l’un, cellulofibreux ; l’autre, musculaire, unis par un tissu cellulo-vasculaire très serré. À la surface du feuillet musculaire, superficiel, s'étend une seconde couche de tissu cellulo-vasculaire, mais très lâche, qui l’unit à l’enveloppe péritonéale. Le feuillet cellulo-fibreux, encore plus mince que celui du tube intestinal, est traversé, comme je l'ai dit, par les artériolles et les veinules des glandes lymphatiques qui rampent pendant un trajet assez long sous la tunique musculaire, lui fournissent des ramuscules et traversent de nouveau la tunique fibreuse pour se replonger dans les glandes lymphatiques périphériques des cloisons vésiculaires. Dans ce tissu existent aussi de nombreux vaisseaux lymphatiques, qui se dessinent à l'extérieur sur les saillies et dans les enfoncemens causés par les glandes spléniques. A sa surface interne, le feuillet fibreux est creusé de petites excavations qui ne sont que les lieux d'encastrement des glandes elles-mêmes. Quant aux nombreux prolongemens fibreux cylindriques de la membrane dans le tissu de la rate, signalé par De la Sône, Assolant, et M. Ribes, je me suis assuré qu’ils ont pris pour tels les artères et les veines qui traversent à deux fois le feuillet cellulo-fibreux.

Conclusions anatomiques.

En résumé, de l’ensemble de ce travail, je crois, sans sortir du domaine de l’anatomie, pouvoir déduire les proportions suivantes qui me paraissent devoir servir de base à toute opinion physiologique sur les fonctions de la rate,

1° La rate se compose de deux appareils différens, l’un pésiculaire et l’autre glanduleux, scindés par petits organules et partout juxtaposés, élément à élément, dans toute l'étendue de ce viscere. Le volume de la rate étant supposé divisé en six portions : l'appareil vésiculaire semble y figurer comme trois, et l'appareil glanduleux comme deux, les vaisseaux composant à peu près le dernier sixième;

2° Néanmoins, si l’appareil vésiculaire a plus d’étendue, l’autre est plus compacte et plus ramassé, en sorte qu'on peut considérer leurs masses organiques fonctionnelles comme étant à peu près égales ;

3° Les deux appareils vésiculaire et glanduleux se ressemblent en ce point que chacun d’eux est formé par une chaîne sans fin des élémens qui le composent, continus entre eux dans toute l’étendue de la rate;

4° L'appareil vésiculaire, ou la succession des vésicules continues entre elles par leurs orifices de communication, com-

(1) Est ideo lienem machinam vocareliceat vasculosam atque ac musculosam.

prend , outre les veines spléniques qui peuvent étre assimilées au chapelet vésiculaire, les corpuscules vasculaires flottans ou glandules de Malpighi et le champ granulo-vasculaire, C’est, si l'on veut, comme une vaste poche milliloculaire, ou mieux, un long canal incessamment replié sur lui-même qui aurait été divisé par des étranglemens vasculaires en myriades de petites cavités pour augmenter les surfaces. La texture des vésicules et la nature du liquide qu’elles renferment permettent de les considérer comme un appareil d'élaboration sanguine.

5° L'appareil olanduleux se com pose des glandes et des vaisseaux lymphatiques. 11 ne se présente comme une chaîne tortueuse de trajets cloisonnés, qu'en raison de son interposition entre les ampoules vésiculaires qui, elles-mêmes, devaient étre fermées pour retenir le liquide qui s’y dépose On peut considérer cet appareil comme une vaste glande lymphatique, du volume environ du tiers de la rate, qui s’est fractionnée en petites glandes, unies par des cordons de même substance, pour se répandre dans toute l'étendue de la rate et environner partout les vésicules, comme s’il était nécessaire que ces deux appareils fonctionnassent en commun. Du reste, il est évident, sous le microscope, que les glandes reçoivent les vaisseaux ] ymphatiques provenant des corpuscules et du champ granulo-vésiculaire.

6° Les vaisseaux capillaires revêtent dans la rate des formes spéciales qui les distinguent des formes générales qu’on leur connaît dans l’ensemble de l'appareil circulatoire;

7° Les veines, par les modifications de texture qu’elles éprouvent, font partie du tissu de la rate et participent à ses fonctions.

Les vaisseaux lymphatiques aussi ne semblent pas seulement des vaisseaux de transport d’un liquide, mais en même temps des organes chargés d’une élaboration.

Nous verrons, dans la suite de ces études, les modifications de texture des vaisseaux pour s’approprier aux organes et participer à leurs fonctions spéciales, s'étendre et presque se généraliser dans l'organisme.

8° Les élémens anatomiques de la rate sont les mêmes dans tous les mamimifères. Toutefois il existe, sous ce rapport, entre l’homme et l’animal, des différences considérables que ne me paraissent pas offrir au même degré d’autres viscères, le poumon ou le rein, par exemple. Il est remarquable à quel point, dans la rate humaine, tous les détails sont précis, multipliés, finis, si bien que les rates d'animaux, relativement beaucoup plus simples, ne semblent en Comparaison, que des rudimens ou des ébauches d'organisation.

9° Quant à l’analogie avec laquelle nous sommes amenés entre la rate et les glandes lymphatiques, si en raison de sa structure anatomique, on peut définir la rate, une vaste glande lymphatico-sanguine, d’un autre côté, les glandes lymphatiques de la circulation générale, si fournie de vaisseaux sanguins, peuvent être considérées, jusqu’à un certain degré, comme des chapelets de petites rates répandues sur divers points de l'appareil circulatoire lymphatico-sanguin. Nous verrons, en traitant de la structure intime de ces glandes, comment lopinion de la conforinité entre ces deux espèces d'organes, évidente quant à l’appareil glanduleux splénique, peut se trouver fortifié par les analogues d'organisation des canaux intérieurs des glandes lymphatiques avec l'appareil vésiculaire de la rate.

Tels sont les résultats de mes recherches microscopiques sur la structure intime de la rate dans l’homme et les mammifères.

RATE

Si je ne me trompe, la lecture de ce travail justifie l’assertion que j'ai émise en commençant, sur l'importance des études microscopiques pour l'avenir de la science. Assurément, c’est quelque chose, dans la somme de nos connaissances positives, que de pouvoir statuer définitivement sur la structure jusqu’à présent ignorée d’un gros viscère, surtout lorsque cette notion peut jeter du jour sur une foule d’autres points également obscurs. Aussi a-t-On pu voir qu'aucun soin ne m'a coûté pour pénétrer dans les secrets les plus profonds de l'organisation. Convaincu

de l'importance dont il va être prochainement, pour la physio--

logie, de déterminer le volume réel des organules, j'en ai donné les dimensions avec une rigueur mathématique, puisque aussi bien avec le secours du micromètre, et c’est avec un avantage inappréciable de ce merveilleux instrument, sans autre effort qu'un peu d’attention, nous pouvons aujourd’hui mesurer avec la dernière précision les infiniment petits. M’étant imposé la tâche de répondre, autant qu’il serait en mon pouvoir, aux questions anatomiques sur lesquelles tant de grands esprits se sont consumés en pure perte, pour n'avoir pas su s'entendre, j'ai voulu, autant que mes forces me le permettraient, ne rien laisser en arrière. Il m'a donc fallu poursuivre dans toutes les directions une foule de petites observations qui toutes se corroborent, pour donner à la physiologie le dernier mot de la texture anatomique, et fournissent de nombreux aperçus pour de nouvelles recherches. Je n’ai pas craint d’entrer, à cet égard, dans les détails les plus circonstanciés, d'après ce principe qu'il n'y a pas de fait qui n'ait sa raison et sa signification, et qu’il en reste toujours bien assez d’ignorés pour que l’on s’empresse au moins d'accueillir tous ceux que l’on parvient à reconnaitre. Mais, comme on a pu en juger, pour que des travaux de ce genre ne demeurent pas stériles, il faut s’armer d’uneattention et d’une persévérance que rien ne rebute, et encore le dernier mot du problème physiologique reste-t-il inaccessible à notre esprit. En effet, dans toutes les recherches sur les textures, comme J'aurai occasion de le remarquer à chaque pas dans le cours de ces travaux, à mesure que l’on interroge les détails, l’analyse se complique. Là on n’atteint plus aucune injection, mais ces quelques restes des liquides animaux donnent encore une forme; le capillicule , la granule, d’abord inaperçus, se transforment en organes. L’œil se fatigue et l'esprit s’épuise à poursuivre au travers de la série des grossissements des organes qui renaissent toujours et des difficultés qui toujours reculent et s’enfoncent dans les profondeurs de l’excessivement petit, jusqu’à ce terme inévitable, et pourtant bien vite atteint, où, sans avoir acquis une solution précise, les mêmes questions se reproduisant, toujours plus irritantes, sur l’atome organisé comme sur l’organe en son entier, il faut bien pourtant s'arrêter devant l'infini.

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