‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 109 sur 373 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

EXAMEN COMPARÉ DES TRAVAUX ET OPINIONS DES AUTEURS ORIGINAUX SUR LA STRUCTURE INTIME DE LA RATE.

Me voici arrivé à la fin de ces recherches, et je n'ai pas encore dit un mot d’érudition; ce n’était pourtant pas sans dessein : j'ai d’abord voulu exposer la série des faits tels qu’ils se sont présentés à mon observation, sauf à revenir sur mes pas pour rendre à chacun ce qui lui appartient.

Et maintenant j'éprouve une singulière déception. Un certain

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nombre des faits originaux dont je viens d'offrir letableau, ces faits que j’ai préparés, observés, décalqués à la chambre claire et fait dessiner au microscope, il°me faut les restituer à Malpighi, leur premier et véritable auteur. Chacun sait que cet illustre anatomiste avait découvert dans la rate des cellules et des granulations ; à Malpighi donc les cellules et les granulations. Mais à Malpighi également deux autres détails importants, cOordonnés avec les premiers en un ensemble de texture, et depuis longtemps oubliés de la science ; à lui les cloisons membraneuses intercellulaires, dont il a reconnu l'existence, sinon la composition organique; à lui les veines, qui naissent des cellules par des orifices béants. Ces faits, quoique peu nombreux, vague ment précisés dans les détails et entremélés d’hypothèses, sont néanmoins si importans pour la théorie qu’ils assurent à leur auteur une part considérable dans l’ensemble des découvertes que j'ai consignées dans la première partie de ce mémoire.

Mais pour juger en toute certitude du plan contradictoire qu'a parcouru l'anatomie de la rate, jetons un coup d’œil sur les travaux dont ce viscére a été l’objet.

Les anciens, et Galien leur interprète, considéraient le tissu de la rate comme une sorte d’éponge, de consistance fongueuse , formée par une intrication de ramifications vasculaires entre lesquelles le sang s'épanche et s’épaissit. C'est dans le même sens que s'exprime Vésale ; il connaît la texture poreuse de la rate, et l'aspect de ce tissu épais et brun (r), plus solide que l'éponge, plus léger que la pierre-ponce, qui semble consister dans un sang fluide, ou concret, entrecoupé seulement de fibres et de filamens peu résistans, lui paraît justifier sa dénomination de parenchyme, plus spécialement appliquée par Erasistrate au foie et à la rate.

Après comme avant Vésale, pendant plus d’un siècle, l’anatomie de la rate reste stationnaire, malgré les recherches et les efforts d’un grand nombre d’observateurs.

Enfin vint Malpighi, qui était destiné à jeter tant de lumiére sur l'anatomie de texture par un emploi judicieux du microscope, quoique cet instrument, comme il le reconnaît luimême, fût encore très imparfait de son temps.

Avec la tournure d’esprit qui lui est familière, le spirituel Mal pighi débute par une plaisanterie sur la stérilité des recherches qui ont eu la rate pour objet. Je ne sais, dit-il, où l’antiquité a pris que, dans la rate, est la cause du rire, tandis que, au bruit des longues plaintes des savans, les Académies gémissent de ce que l’on n’ait pas encore reconnu la nature de ce viscère (2).

Bientôt Malpighi entre en matière. Ses principaux moyens d’investigations sont connus pour la plupart des textures, l’insufflation suivie de dessiccation , la macération dans l’eau , puis l'injection d'encre ou d’une eau colorée, et enfin l'observation au microscope. Je vais, pour donner une idée fidèle de son travail, en exposer les résultats dans une série de propositions extraites du texte original.

1° Le tissu de la rate est soutenu par une charpente fibreuse. Nous verrons plus loin que, dans un second travail, Malpighi

(1) Lienis namque substantia crasso nigroque admodum, sed solidioris spongiæ, aut levioris pumicis instar, raro concreto que sanguine conslare mihi videtur, frequentibus fibris, filamentis que non insigniler validis, duntaxat implicata (ANDREÆ VESALII, Anatomia, p. 894. Veneliis, 1604)

(2) Nescio quo fine ducta vetustas, lienem risus causam exstare evulgaverit, dum lungo litieratorum mærore, ob nundum assecutam hujus visceris naiuram, lugent academiæ (Præfatio excrcitationis de Liene. D. Leclerc et J. J. Manget. Bibliotheca anatomica, Genevæ, 1685).

méle à ce tissu fibreux des fibres charnues. « Les fibres, nées de la face interne de la membrane d’enveloppe, traversent :le tissu de la rate, mais au lieu dese fixer sur le point opposé de la même membrane, elles se confondent avec la capsule, ou enveloppe commune des vaisseaux qui s’insinuent dans l'épaisseur de la rate (1).»

Si je ne me trompe, ces fibres qui, avant comme après Malpighi, ont exercé la sagacité de tous les anatomistes, ne sont autres que les membranes ou cloisons des cellules avec lesquelles elles font évidemment double emploi.

« 2° Toute la substance de la rate n’est qu’une agglomération des membranes formées ou séparées par des cellules et des voûtes (2). » |

En preuve de cette proposition : « Si l’on fait dessécher une rate insufflée et que l’on en détache des fragmens avec un scalpel, on trouve que sa masse entière est formée par un assemblage de membranes renfermant des sinus et cellules qui lui donnent l'aspect d’un gâteau d’abeilles. Ce résultat s'obtient facilement sur la rate du mouton et du pore, en raison de leur prompte dessiccation. Toutefois, même sur la rate humaine insufflée et séchée dans un lieu échauffé, on trouve la même

‘structure tellement évidente qu’elle ne laisse pas le moindie doute (3). »

3° La substance de la rate est remplie de glandnles dont la disposition sur les ramifications vasculaires qui les supportent imite une grappe de raisin. « Ces petites glandes sont ovales et différent peu en volume de celles du rein; leur couleur est blanche, comme je l’ai toujours observé, et lors même que les vaisseaux sanguins, gonflés par une injection d'encre, se déchirent à l’entour, elles conservent néanmoins leur couleur (4). »

4° Dans ce premier travail Malpighi affirme positivement que les veines, entre les rameaux qu’elles émettent sont percées de nombreux orifices dans tous les points de leur contour, qui ne sont pas accolés aux artères et aux nerfs; mais il ne dit pas si ces orifices veineux ouvrent dans les cellules (5).

Quant aux artères, aux grauulations et aux rapports des unes et des autres entre elles et avec les cellules, ce n’est que par conjecture (6) et comme déduction de l’ensemble de ces recherches qu’il arrive à conclure que les glandulessont situées sur les parois des cellules où elles appendent aux extrémités des artères, et, ajoute-t-il, des nerfs. Toutefois, après de nouvelles recherches,

(1) Enascuntur hæ fibræ ab interiori lienis membrana et per transversum producuntur non in opposilam dictæ membranæ partem, sed ad capsulam quamdam sive commune involucrum vasorum per medium lienis perreplans (Dissertatio de Lience).

(2) Est igitur totum lienis corpus membranarum congeniesin cellulaset concamerationes efformata seu distincla (Loc. cët.).

(3) Si autem jam lumefaclus (aëre) siccescat lien , mox secelur, vel ejus frustula gladiolo eximantur, totam ipsius molem membranis sinus et cellulas veluli favos apum effermentibus coagmentatum deprehendes, quod in ovis, et suis liene ob facilem exciccationem promptius succedet; in humano etiam liene aëre turgido et tepenti loco exsiccalo, evidenter eamdem structurum reperies, ila ut omnem eximat dubitationem (Loc. cit.).

(4) Minimæ hæ.glandulæ figuram habent ovalem, et magnitudine parum distant a renum glandulis ; colorem habent, ut perpeluo observavi, album ;

setlicet lienissanguinca vasa injecto atrament6 lurgeant, el circa ipsas. ludant, .hæ tamen eumdem servant colorem (Loc. cit.). FUNnE

(5) Aliis aliériüs foraminibus'pervia ést veriosa tunica, nam inter palentia amorum orificia, multiplicia quædam veluli stigmala observantur, non in ea parle subqua excurrunt arleriæ el nervi, sed in opposita ejusque lateribns (Loc. cit.).

(6) Ex quibus omnibus conjectari licet, ete. (Loc. cël.).

il s'exprime explicitement : à ce sujet, de manière à ne laisser aucun doute sur l'opinion qu'il s'était formée de la circulation de la rate, On trouve, en effet, dans sa lettre à Capucci, le passage suivant : Les cellules s’abouchent et communiquent ‘avec le tronc de la veine qui les cotoie, de telle sorte qu’elles semblent n'être que des appendices ou des diverticules des veines.

Au milieu de ces cellules sont situées et appendent comme des grappes de raisin les rameaux des glandules groupés le plus souvent au nombre de huit. Ces rameaux sont suspendus aux extrémités des artères et des nerfs (1).

5e Enfin, dans la même lettre, l’auteur revient sur les membranes dans lesquelles il admet des faisceaux charnus qui, dit-il, raffermissent le tissu lâche de la rate et en expriment le fluide contenu dans les cellules, à la manière des oreillettes du cœur (2).

Par une longue macération, ces faisceaux deviennent apparents sur la rate humaine. Dans celles du bœuf, ils sont très remarquables et absolument charnus (3).

G° Quant à la fonction de la rate, Malpighi se range à l’opinion alors nouvelle et empruntée de sa théorie, du Genevois D. Beddevole, que ce viscère sécrète par ses glandules propres un suc, lequel, mêlé au sang splénique, est porté par la veineporte dans le foie, où par une certaine atténuation qu’il imprime au sang, il facilite la sécrétion de la bile (4).

A part une foule de détails et quelques explications hasardées où l’auteur s’abandonne peut-être un peu trop aux écarts de son imagination, tels sont en substance les résultats des recherches de Malpighi sur la rate.

D'après tout ce qui précède on peut juger quelle part énorme réclame l’illustre anatomiste de Bologne dans les résultats que j'ai consignés plus haut de mes propres recherches sur la rate.

En fait, Malpighi reconnait le premier que la rate est formée par une agglomération de cellules membraneuses communiquant entre elles et séparées par des cloisons. Récapitulons et complétons ce qu’il dit des unes et des autres.

A. Cellules. Leur composition lui est parfaitement connue. La surface en est tapissée de glandules qui appendent aux extrémités des artères, de manière à figurer des grappes de raisin ; les veines ouvrent par de larges orifices dans les cellules. Conformément à cette organisation, la cellule splénique paraît être un organe sécrétoire dont le liquide est absorbé par les veines. Voici la part du vrai, et assurément elle est grande; ce qui suit me parait, au contraire, complétement erroné.

° Les parois des cellules sont musculeuses, de maniere à se vider par contraction, comme les oreillettes du cœur. Cette image

(1) Quæ cellulæ hiant et communicant cum venæ trunco per longum excurrenti;ilaut videantur lot appen lices venarum vel earumdem diverticula. In medio harum cellularum appensi locantur et pendent veluti uvæ botri, racemi glandularum ut plurimum octo folliculis compaginati (hi racemi) extremis arleriarum et nervorum finibus appenduntur (MALbiGur, Opera posthuma. Amstelodami, 1700. Responsio ad Capuccium, p. 58).

(2) Cum satiussit, his carneis lacertis firmari lienis laxam compagem, et contentum fluidum (in cellulis } exprimi cordis (auricularum) instar. ( Loc. cit. ).

(3) Lacerti quoque musculosi quibus lién firmatur longa mécébitioié obvii

-fiunt in homine. In bove insignes sunt et absolute carnoi (Loe. cët.).

(4) Ideo secutus sum exemplum aucloris libelli (D. Beddevole): cui Liulus est Essais d’Anatomie), ut probabilem relineo, censens, liene separari succum mediis propriis glandulis, qui splenico affasus sanguine indèque reliquo à porla in jecur delato, laxitatem quarmdam sanguini conciliat, ts media, facilius bilis in jecore separatur (Loc. cit.).

est séduisante assurément, mais ce n’est qu'une hypothèse, et J'avoue qu'avec des instrumens bien supérieurs à ceux de Malpighi, il m'a été impossible de reconnaitre rien de semblable, -mèême sur la ratédu bœuf, ‘où l'auteur assure que cette observa- -tionest facile à vérifier. loss} ‘72° A sa terminaison chaque artère se divise en deux rameaux, dont l’un se distribue aux glandules, et dont l’autre s'ouvre dans les cellules. Je ne sais comment Malpighi a vu, ou cru voir, ces rameaux artériels cellulaires ; mais je n’ai jamais trouvé, ni orifice artériel cellulaire, ni aucun rameau artériel s'interrompant brusquement à un volume déterminé, sans dégradation capillaire, de manière à faire supposer qu'il püt s’ouvrir dans les cellules. Or, il serait difficile que ce fait m’eüt échappé, après des centaines d'observations sur un grand nombre de rates in- Jectées par des matières les plus variées ; en outre, d’après ce que nous avons vu des anastomoses capillaires , cet abouchement des artères est inutile, et enfin, comme je l'ai dit dans les veines, d’où l'on doit inférer que ce n’est pas par les orifices de ces dernieres que le liquide entre dans les cellules. 3° Malpighi dit que les glandules conservent leur couleur blanche au milieu des capillaires injectés. Ceci ne peut étre considéré comme une erreur; c’est seulement un manque de réussite dans les injections. Enfin, il est évident que c’est par une illusion que l’auteur a cru voir les extrémités des nerfs qui se rendent aux glandules.

B. Cloisons intercellulaires. Sur ce point Malpighi a été moins heureux qu'en ce qui concerne les cellules. I sait que les vaisseaux rampent dans les cloisons, mais il n’a point connu les glandes lymphatiques avec leurs cordons de liaison et les nom- Dreux vaisseaux qu’elles reçoivent. Évidemment ce mauvais résultat tient à la nature des injections trop fluides de Malpighi, les glandes lymphatiques, si volumineuses quand elles sont bien remplies, ne s’offrant telles que par une injection de matiére solide. En somme, il est juste de reconnaître le pas immense que Malpighi a fait faire à l'anatomie intime de la rate. Nul doute que cet illustre anatomiste n'aurait rien laissé à découvrir après lui, s’il avait sa composer les injections solides , et s’il avait eu à sa disposition des miscroscopes plus perfectionnés. 1l en aurait dit plus ou moins, ou, pour parler plus explicitement , il n'aurait point affirmé d'erreurs, il aurait trouvé toutes les choses vraies, et les résultats de son travail, rendus inattaquables par leur facile vérification, n’auraient pas été perdus si longtemps pour la science.

Reprenons maintenant la marche des faits historiques et voyons comment une découverte si remarquable, et qu’il n'y avait plus qu’à purger de sa portion hypothétique et à compléter par de nouvelles observations, a été néanmoins peu à peu abandonnée. Dans les premiers temps qui suivirent la publication du travail de Malpighi, on voit l'Europe entière applaudir à ses travaux. Non-seulement il est soutenu par l’école italienne, fière de la gloire qu’elle partage, mais partout, dans le Nord, les savants accueillent avec empressement les nouvelles recherches sur la rate. Tout ie monde constate immédiatement l'existence des cellules’ de Bidloo, les: fait dessiner (ple:8i, fig. 4). Berger reconnaît que la texture de la rate est: membraneuse et musculaire. Sténon (1671), félicite Malpighi, comme d’une heureuse découverte, d’avoir trouvé.les fibres Charnues. G. Bartholin (1676), qui n'avait pu voir les glandules, remercie l’auteur du moyen (la macération prolongée) qu'il lui a indiqué

de les rendre évidentes. Enfin si dans le détail il n’est pas de fait qui n'ait ses détracteurs, il n’en est pas non plus qui né trouve des apologistes zet à tout prendre, Malpighi," à l’origine de sa découverte, dut légitimement croire qn'ellé ne tarderait pas à réunir, dans son ensemble, l’assentiment général": Comment se'faït-il donc qu'une théorie appuyée sur un nom aussi imposant et fortifiée par un pareil cortége de témoignages, soit néanmoins à peu près tombée dans l'oubli. C'est qu'elle a eu pour adversaire un homme d’une autorité non moins grande et dont la haute influence à pesé un demi-siècle sur l'Europe sa-

“vante. C'est à cet investigateur, d’ailleurs si recommandable lui-

même par la finesse et l’exactitude de ses observations, c’est à tuysch qu’il faut s’en prendre, à Ruysch qui, dans ses recherches sur la rate, comme dansla plupart des autres travaux de Malpighi, a eu assez d'autorité pour ébranler et neutraliser Ja foi que l’on avait eue jusqu'alors dans les conceptions de l'anatomiste italien, sans néanmoins avoir jamais complétement réussi à y substituer les siennes. Triste résultat de deux théories qui, quoique également vraies, se sont mutuellement annihilées , pour être demeurées exclusives, tandis qu’elles n’avaient qu'à s’harmonier etse fondre pour se compléter et se corroborer l’une par l’autre,

Ruysch (1696) commence par avouer son ancienne croyance à la théorie de son devancier : « Il était bien reconnu, dit-il, parmi no$ contemporains que la rate est remplie de petites glandules ; tous conviennent que ces glandules ont été découvertes par l'incomparable anatomiste Malpighi , et ces faits sont acceptés déjà depuis nombre d'années. J’adhérais jadis à cette opinion lorsque je faisais des démonstrations anatomiques à la manière vulgaire et telles qu’on les pratique ordinairement. Comme aux autres, il me semblait voir des glandules spléniques sous la forme de corpuscules ronds, distincts du tissu de la rate et enrichis de vaisseaux sanguins (1).

« Mais en remplissant par ma méthode les vaisseaux sanguins Jusqu'à les rendre complétement turgides, je n’ai trouvé dans la substance intacte de la rate humaine rien autre chose qu’une sorte d'agglomération d’artères, de veines, de vaisseaux lymphatiques et de nerfs, environnés et réunis par des membranes (2). »

Dans l'opinion de Ruysch, la rate ne renferme rien de particulier que « des prolongemens extrêmes des artères des veines (3); et ce qui parait représenter des glandules n’est rien autre chose que les susdits prolongemens, disposés en faisceaux et concentrés en corpuscules ronds très-mous et diffluens (4).»

On voit par ce passage qu’en réalité Ruysch arrive à reconnaitre les corpuscules ; seulement il les suppose entièrement vas-

(1) Admodum quidem famosum est apud neotericos, lienes glandulis scater2 exiguis, easque ab incomparabili anatomico Malpighio esse detectas, unanimiter asserunt ; illudque placitum a multis jam annis viguit ; huic opinioni olim quoque suffragabar, vulgari enim methodo cum instiluerem deémonsiraliones anatomicas, tales, quales statuunt, mihi quoque videbantur occurrere glandulæ lienales tanquam Corpuscula rotunda per se subsistentia, vasculis sanguineis ditala (Fred. Ruyschii opera omnia. Amstelodani, 1737, Responsio ad Joh. Jac. Campdomereum , in epistolam de glandulis, fibris cellulisque lienalibus, t. If, p. 6).

(2) Vasa sanguinea infarciendo mea methodo, quibus in totum turpidis integrum lienis humani constilutum ‘nil esse deprehendi ; nisi congeriem quamdam arteriorum, venarum, lymphæ ductuum et nervorum quæ memr-

branis ambiéntibus coérceñtur (Loc: cét.Ÿ.

(8) Extremæ arteriorum venarumque propagines (Loc. cit.).

(4) Et quoë gtandulas representare vidéantur, nulla alia e8t ratio quam j Le] AN À de & ÿ Ë “.] | :

quod diciæ propagines fasciculatin dispositæ sint et in Corpuscula molliôra suCCussiora atque rotunda redactæ (Lôe. cét } 8 J :

culaires et susceptibles de se dissoudre par une pression légère ou par la simple macération dans l’eau , distinction subtile qui ne prouve rien contre la structure présumée des corpuscules et la nature de leur fonction, et change seulement une discussion de fait en une querelle de mots; car lors même que ces corps seraient glanduleux, ou, si l’on veut, auraient une fonction sécrétoire, il est clair qu’ils devraient, comme toutes les glandes, contenir des vaisseaux en grand nombre, dont le degré de cohésion ne changerait rien à leur organisation.

Quant aux cellules, il en nie l'existence : « Les prolongemens vasculaires, très rapprochés entre eux, n’interceptent ni solution de continuité visible, ni espace vide, ni cellule (1), comme cet aspect a été décrit par Malpighi et dessiné par Bidloo. Les fibres transversales n'existent pas non plus dans la rate humaine bien conformée (2). Enfin, il a reconnu la perforation en crible de la veine splénique du veau et en donne deux figures (3). »

Tels sont les résultats plutôt négatifs que primitifs du travail de Ruysch. Pour peu qu’on ait seulement vu une portion de rate injectée , il semble incroyable qu'un anatomiste du mérite de Ruysch n'ait jamais reconnu ce que le premier venu aperçoit tout d’abord, c’est-à-dire que l'injection solide des veines remplit et distend les cellules , reconnaissables aux ilots de matière pure qu’elles forment ; aveuglement d'autant moins excusable de la part de Ruysch qu'il était averti de l'existence du fait par la théorie même qu’il s’efforçait de combattre. Pourtant c'est ainsi, et les exemples de ce genre sont nombreux dans l'histoire des sciences.

En résumé, l'opposition des résultats entre les travaux de Ruysch et ceux de Malpighi n'est pas si grande que Ruysch luimême le pensait, et les différences s'expliquent par la manière dont il procédait. Il admet les membranes mais seulement comme enveloppes des vaisseaux, et, selon nous, avec raison, il rejette les fibres isolées qui font double emploi, à moins de les restreindre à des faisceaux musculaires de renforcement, comme l’a fait Malpighi dans son second travail, nous avons vu ainsi queRuysch, en fait, reconnaît les corpuscules, car il ne nie pas leur existence, mais seulement leur structure glandulaire, et, pour tout esprit non prévenu, l’idée qu'il en donne ne fait que compléter ‘opinion de Malpighi, au lieu de la détruire, comme il le supposait. Enfin, ce qui semble l'opposition la plus décisive, il nie positivement les cellules, fait le plus évident et aussi le plus capital, puisque c’est lui qui décide du reste de la texture; mais cette illusion signale le vice de sa méthode, l'injection préalable des vaisseaux, des veines surtout à l’état turgide, comme il le déclare lui-même, devant effacer absolument tout espace ou l'empêcher de se produire. Je le répète donc, la comparaison de ces deux travaux, point par point, ne fait que justifier, en la complétant, la théorie de Malpighi.

Certes, si les contemporains avaient jugé les résultats obtenus par un des grands maitres, avec le sang-froid et l’impartialité que l’on peut y mettre de nos jours, un accord raisonnable, et justifié par les faits, aurait eu bientôt terminé les débats, en confondant en une seule les deux théories; mais il n’en a pas été ainsi. Ryusch, aveuglé par l'envie d’être original, croyait différer beaucoup de Malpighi ; il le disait et il était cru:

(1) Dictas propagines (considerandum) sibi invicem proxime esse adsitas nulla intercapedine visibili superstile, aut spatio inani aut cellula (Los. cit.).

(2) Itaque nullæ cellulæ, nullæ quoque fibræ transversales ; in liene humano bene constituto manifestantur (Loc. cit.).

(3j T. Il, Observatio C, tab. 95, fig. 83 el 86.

Le monde savant se trouva bientôt partagé en deux camps. Sur cette question, comme sur toutes celles qui concernaient l'anatomie de texture, l’école italienne reprochait à Ruysch de tout confondre avec les vaisseaux en exagérant leur volume, et l'école hollandaise reprochait à Malpighi de n’avoir pas su s’aider suffisamment des injections. La première avait en commencant l’assentiment général, mais la seconde était soutenue par le nom toujours croissant et l’activité sans égale de son rival. Le résultat de la constante opposition entre ces deux grandes renommées a été de répandre, parmi les savans, une indécision et une demi-incrédulité qui, réparties en même temps sur les divers points de la science, en ont singulièrement entravé les progrès.

Aussi, à partir de la mort de Ruysch (1737) nous allons voir les recherches reprendre encore; mais par l'abandon du microscope, et par la perte des procédés d'injection, les faits posés par Malpighi et Ruysch vont s'éteindre graduellement pour finir par la négation et l'oubli.

Winslow (1), qui écrivait son livre pendant que s’éteignait Ruysch, est le premier qui se présente. Il admet les cellules et les glandules de Malpighi; mais, ce qui pour nous est remarquable, il déclare que l'extrême petitesse de ces grandules dans l’homme nécessite, pour les voir, l'emploi du microscope. Comme observation originale et qui sera la dernière, il signale le mode de terminaison des ramifications des veines en un tissu cotonneux, transparent, d’une finesse extrême. Ce tissu, imbibé de sang épaissi, est le dernier souvenir de ce parenchyme des anciens auquel croyait encore Malpighi. Du reste, l'énoncé de Winslow est bref, vague en comparaison de celui de Malpighi. L'auteur ne s’y exprime pas positivement sur le mot d’abouchement des veines et ne dit rien de la terminaison des artères, preuve qu’il ne croyait pas à la théorie de l’anatomiste de Bologne. Quant aux cellules, il sait qu’elles communiquent entre elles et le prouve par l’insufflation qui, pratiquée à l'extérieur sur un seul point, détermine le gonflement de la rate.

En 1753, De la Sône (2), dans un long mémoire à l'Académie des sciences, très bien raisonné, mais dépourvu de faits véritablement nouveanx, expose avec soin les recherches de ses devanciers. Il admet positivement les follicules pulpeux et les cellules de Malpighi ; mais il croit que l'apparence membraneuse des parois n’est due qu'à l’insufflation. Selon lui, ces parois sont formées de tissu cotonneux, puisqu'elles disparaissent par les coctions et la macération ; elles sont soutenues par des fibres et des lamelles de tissu, non pas musculaire mais ligamenteux, blanches, compactes, élastiques, et difficiles à rompre Enfin, l'auteur n’affirme rien sur le mode de terminaison des vaisseaux et renvoie, pour ce sujet, à un second mémoire qu'il n’a point fait.

Ainsi, déjà au milieu du dernier siècle, l'abandon du microscope se trahit par ses effets. Les résultats apparents à l'œil nu sur divers animaux, les cellules et les glandules sont reconnues ; mais les faits les plus délicats, le mode de terminaison des artères en grappes glandulaires, l’abouchement des veines dans les cellules, veineuses elles-mêmes, ne sont pas professés, et la composition des cloisons intercellulaires devient graduellement plus vague : bref, il faut constater une suspension dans les recherches.

(1) Winslow, Exposition anatomique. Paris, 1782, p. 540.

(2) De la Sône, Mémoire de l'Académie des sciences. Année 1754.

RATE

Aussi, ce n’est qu'après un demi-siècle que paraît dans la thèse d’Assolant, un nouveau travail un peu remarquable sur la rate. Seulement, dans l'intervalle, et pour prouver jusqu'où s’étendait déjà l'oubli des recherches fines, je signale en passant, comme une expression de l’époque, l'opinion de son plus illustre représentant. Haller, qui admet des cellules, ne parle incidemment des glandules de la rate, que pour en nier & priori la fonction sécrétoire, d’après cette mauvaise raison, trés-peu digne d’un si grand esprit, qu'il ne peut y avoir de glandes là où il n’y a point de canaux excréteurs, comme si un produit sécrété ne pouvait absolument pas être emporté par les veines, aussi bien que par un canal particulier.

J'arrive au travail d’Assolant (1), qui me paraît servir de base aux vagues idées que l’on professe aujourd’hui sur la rate. Cette thèse fort distinguée, accuse évidemment la transformation que la science à subie pendant la dernière moitié du xvur siècle, et surtout sous l'influence contemporaine de Bichat. Généralités, propriétés physiques et examens de rapport, etc., tout ce qui tient à la grosse anatomie est très-bien fait dans Assolant, et témoigne des progrès apportés récemment à la méthode des fonctions et au style descriptif dans les sciences naturelles. Il en est de même des faits de physiologie et de pathologie, Mais à cette abondance de détails dans les faits d’expérimentation et d’observation visuelle, succède de la stérilité, dès que l’auteur entre dans l'anatomie de texture.

Ainsi, outre les prolongemens fibreux de la membrane d’enveloppe, déjà signalés, il admet en plus, des canaux fibreux nés dans la scissure de la rate, et qui accompagnent les vaisseaux dans leurs ramifications à l'infini. Mais pour lui, l'élément fibreux ne se résout pas en membranes, car il nie positivement les cellules, qu’il regarde comme le résultat de déchirures interstitielles causées par l’insufflation. Pour les corpuscules, il est parvenu à les voir par la congélation dans le chien et le chat, mais il n'y croit pas dans l’homme. Quantaux vaisseaux, ilne ditrien deleur mode de terminaison, et, en général, de leur anatomie fine, mais on lui doit, à cesujet, plusieurs observations intéressantes et qui corroborent la théorie que nous avons émise, Ainsi, l'injection d'une artère, avec de l'air, gonfle seulement une portion de la rate. Avec de l’eau, le liquide revient le plus souvent par la veine correspondante à l'artère, et rarement par une autre branche artérielle, d’où il suit que chaque artère fournit à un département de la rate, et ne s'étend pas au delà par voie d’anastomose. Une expérience d’Assolant confirme ce résultat; la section d’une portion des vaisseaux de la rate a déterminé la gangrène isolée de la portion correspondante, le reste du viscère demeurant sain. Enfin , l’auteur termine son travail par l'exposé des faits nombreux d’extirpation de la rate sur des chiens, qu’il a pratiqués et suivis pendant deux ans avec Dupuytren, et d’où ilrésulte que la moitié de ces animaux aurait survécu, sans aucune altération apparente des fonctions.

Ces expériences sont curieuses et leurs résultats singuliers, aussi ne s’élonne-t-on pas qu’ils aient agi fortement sur l’esprit de celui qui en était l’auteur.

Il ne sera peut-être pas inutile à l’objet de ce mémoire, de dire ici un mot de ces expériences d’Assolantet Dupuytren, et de rappeler, à cette occasion, les autres faits connus d’extirpation de la rate.

Malpighi est le premier qui ait extirpé la rate. L'opération fut

(1) Recherches sur la rate, Paris, an x (1802).

faite sur un jeune chien qui guérit. « Mais il était devenu trèsvorace, courant après tout ce qu'on lui jetait à manger; ses excrémens étaient naturels ; il pissait beaucoup et souvent (1). »

Ce chien ayant été tué, le foie futtrouvé sain, mais plus grand qu’à l'ordinaire, Ruysch a renouvelé cette opération. Le chien, dans les premiers jours, ne pouvait ni boire ni manger sans vomir aussitôt; mais après sa guérison, il dévorait sa nourriture avec une avidité extraordinaire et qui a continué depuis (2).

Trois faits analogues ont l’homme pour objet. Dans {es Transactions Phylosophiques pour l'année 1738 (3), on rapporte le cas d’un chirurgien, nommé Fergusson, qui enleva, à un homme, la rate déjà froide, noire et gangrenée, après vingt-quatre heures de hernie de ce viscère au dehors, par une plaie pénétrante de l’hypocondre gauche. Deux autres faits sont consignés dans la Bibliothèque du Médecin, de Planque (4). Dans tous les deux, il s’agit également de blessés sur lesquels la rate herniée fut enlevée, chez l’un, en entier, après trois jours, chez l’autre, en partie seulement, le lendemain. Il est dit à la suite de ces trois observations, que les malades guérirent parfaitement, mais sans autres explications.

J'arrive aux expériences d’Assolant et Dupuytren :

« Dans l’espace de deux ans on a dératé quarante chiens des deux sexes, dans toutes les saisons, à toutes les époquesde la vie. Le plus ordinairement les chiens mangent et sont peu malades jusqu’au troisième jour; la fièvre se déclare pour lors, la moitié à peu près meurt du quatrième au septième ou huitième jour. »

Chez ceux qui survivent, on n’a observé aucune altération apparente des fonctions. La génération elle-même continue. Les mâles exercent la copulation. A cette occasion, Assolant rapporte que Geoffrion a vu pleine une chienne dératée, et qu’un fait semblable est consigné dans Haller; enfin M. Ségalas m'en a rapporté un autre qui lui est propre.

Je termine cette digression, qui m’a parue importante, parce que, ces faits d’extirpation de la rate sans que la mort s’ensuive, en répandant des doutes sur l'utilité de ce viscère, ont beaucoup contribué à l'oubli dans lequel les anatomo-physiologistes ont laissé la rate et ses fonctions.

Une observation importante a été faite par les deux premiers expérimentateurs, Malpighi et Ruysch; c’est celle de l'extrême voracité des chiens dératés. Ce fait, à la vérité, n’est point relaté par les autres, mais il n’est point nié non plus; il est donc incertain s’il a existé. Il motiverait pourtant, à ce qu’il me semble, une nouvelle série d’expériences, car rien ne concorderait mieux avec la fonction de la rate, comme organe d’hématose, dérivée de sa texture anatomique, que cette voracité ou, en d’autres termes, ce besoin d’une plus grande masse d’alimens, après l’ablation de l’un des organes qui concourent à former le liquide nutritif. Je consigne ici cette remarque dont je n’ai pas voulu tirer parti dans mes conclusions, n'étant pas assez certain de la réalité des faits qui lui ont donné lieu.

Un dernier travail (1828) est celui de M. J. Artaud, qui tend à faire considérer la rate comme un appareil électrique , mais jene m'y arréterai pas, cette théorie étant platôt le résultat d’une

(1) Discours analomiques sur la structure des viscéres, trad. franc. 1687, P. 236.

(2) Primis a sectione diebus, nec cibum nec potum appetebat, subindè vomendo. Post hosce dies cibum avidissime devorabat, quemadmodum in hunce usque diem. Ruyschii, Op. cit. Observ. 66. T. I‘, p. 66.

(3) N° 451, art. IIT, p. 263. (4) T. IX, in-4°, p.702, 703.

hypothèse physiologique que de véritables recherches anatomiques.

Enfin, si je suis bien informé, l’observation la plus récente qui ait été faite sur la rate, est celle d’un jeune micrographe, M. Gluge, qui a pu distinguer les corpuscules sur une rate humaine enflammée.

En résumé, à partir de 1700, où il semblait que la théorie de Malpighi dût être définitivement acceptée, on la voit au contraire décroître graduellement, par intervalles de quinze à vingt ans, dans chaque nouveau travail ex professo sur la texture de la rate. Ruysch, quiadmetles membranes, nie les fibres et les cellules, donne un autre sens aux granulations et transforme la théorie du système capillaire. Winslow signale le tissu cotonneux, admet les cellules et les granulations, mais ne parle plus des capillaires artériels et veineux. De la Sône pense comme Winslow, et n’y ajoute que l’élasticité du tissu fibreux. A l’époque de Haller, déjà la science ne reconnaît plus que les cellules et les granulations. Un peu plus tard, Assolant nie les cellules. Les continuateurs de Bichat et Boyer n'ont plus d'opinions. M. Artaud vient donner une théorie toute différente. Enfin, que professe-t-on dans les livres les plus modernes et qui servent aujourd’hui à l’enseignement dans les écoles? J. F. Meckel nie les cellules, et M. Cruveilhier les granulations dans l'homme.

De tout le travail de Malpighi, que reste-t-il donc aujourd’hui d’incontesté ? Un fait unique, la porosité des veines, assez vague, mal interprétée, mais du moins généralement reconnue; tout le reste estentièrement oublié : mais surtout, ce qu’il faut signaler dans tous les auteurs, c’est, avec la négation ou l'adoption partielle de tels ou tels faits, leur désaccord entre eux, leur isolement de l’ensemble, leur parfaite insignifiance et l’absence complète de toute théorie anatomique et physiologique de texture.

Je crois donc avoir rendu un service à la science par les nouvelles recherches que j'ai consignées plus haut sur la rate, comme j'accomplis un acte de conscience, en restituant à Malpighi, la portion si importante de découvertes qui lui appartient. Évidemment il y a ici deux parts : à Malpighi, l'appareil vésiculaire dans sa signification la plus générale: au travail que je publie, l'appareil glanduleux. Mais s’ensuit-il que dans cette longue suite d'observations sur l'appareil vésiculaire, je n’aie moi-même plus rien à réclamer? J'espère que l’on en jugera autrement. Ce travail je l’ai fait, je l’ai fait tout aussi original que si aucun autre n’y eût songé avant moi. Je l’ai amplifié par un grand nombre de recherches et de découvertes complémentaires sur ses divers élémens anatomiques, poursuivis et caractérisés dans leur nombre, leur nature, leurs formes, leurs divisions, leur composition organique, au point que cet ensemble suffirait pour constituer une œuvre originale. J'en ai relié d’une manière plus intime les détails en un système qui complète l'appareil granduleux inconnu de Malpighi. Je donne comme positif, avec les pièces à lappui et les dessins microscopiques d’après nature, un certain nombre de faits, importans pour la théorie que Malpighi, lui-même, mal servi par les moyens d'investigation de son époque, n’a pu dégager du vague inséparable d’une science encore au berceau : j'élague, après vérification et discussion, les faits erronés, et je montre là où le grand homme a substitué, par l’entrainement des sujets, l'hypothèse à l'observation. Enfin, je rends à la science, épuré, accru et confirmé, tout un beau travail oublié de nos jours.

Si, dans cette communauté d’efforts, à près de deux siècles de distance, dans une même œuvre, la part que je réclame est beau-

coup plus considérable, celle de Malpighi est assurément plus originale, et par cela même plus importante, parce que déjà elle fixait la texture de la rate, et que les souvenirs qui en étaient restés m'ont guidé, même à mon insu, en me fournissant les premières données du problème à résoudre.

Éclairé par le sort des travaux de Malpighi, dont, par une contradiction si commune dans l’histoire de l'esprit humain, lenom et l’autorité semblent restés d'autant plus grands que ses titres à l'illustration sont plus contestés on moins généralement connus, je ne sais si ce nouveau travail parviendra à vaincre l’insouciante incrédulité des esprits, même les plus distingués pour les études microscopiques, jusqu’à ce jour, si négligées quoique si positives quand elles sont bien faites. Mais si mes efforts étaient assez heureux pour faire triompher cette théorie de la structure intime de la rate, dans laquelle Malpighi réclame à bon droit une si large part, outre la satisfaction d’avoir éclairei l’un des points les plus obscurs de l'anatomie, je croirais avoir été utile en invitant le public savant, à étudier de nouveau le grand maître, dont les œuvres sont, comme une mine féconde d’où l’on peut encore exhumer tant de faits précieux pour les progrès de la science.

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