‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 12 sur 373 · NOMBRE, SYMÉTRIE, ASYMÉTRIE · texte numérisé non relu

NOMBRE, SYMÉTRIE, ASYMÉTRIE

Les viscères sont simples ou doubles. L'unité appartient plus spécialement aux organes digestifs. C’est le cas de tous les organes dont la succession compose le canal alimentaire : la bouche, le pharynx, l’œsophage, l'estomac, l'intestin grêle et le gros intestin. C’est aussi celui des glandes annexes du même appareil dans sa cavité splanchnique; exemple : le foie, la rate, le pancréas. Au contraire, pour les autres appareils, respiratoire, urinaire, génital, les organes sont doubles : il y a deux poumons, deux reins, deux testicules, deux ovaires. L'appareil circulatoire tient le milieu. Il y a deux courans circulatoires inverses, et le cœur, leur organe central, est à-la-fois simple et double, car il se compose de la juxta-position de deux cœurs en un seul. |

Les viscères, pairs ou impairs, différent essentiellement dans les deux cas des organes de l'appareil cérébro-spinal par leur forme irrégulière; car, en général, les organes impairs sont asymétriques, et les organes pairs ne sont même pas complétement symétriques. On a remarqué que la symétrie est d’autant plus parfaite que les organes se rapprochent davantage des orifices cutanés, et qu’ils sont situés sur la ligne médiane. Cette observation est vraie; mais après avoir constaté le fait anatomique, il y aurait un double intérét à en trouver la raison physiologique. Si je ne me trompe, il a sa cause dans l’intervention du système

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cérébro-spinal dont les nerfs viennent, des deux côtés, se mêler dans ces organes à ceux de l'appareil ganglionaire, et les fait ainsi participer à la symétrie des organes doubles de la vie animale, d’une manière d'autant plus parfaite que les nerfs cérébrospinaux y sont plus nombreux. C'est précisément le cas de la cavité buccale, du voile du palais, du pharynx, à la partie supérieure du tube digestif; du rectum à sa partie inférieure. C’est le fait aussi de la vessie, de l’urèthre et des organes génitaux; la matrice avec ses annexes et le vagin chez la femme; chez l’homme, la prostate et le pénis, qui sont médians, animés par un grand nombre de nerfs rachidiens et par cela même complétement symétriques. Poursuivons cette idée. On a remarqué aussi que les organes impairs sont d'autant plus asymétriques qu'ils s’écartent davantage de la ligne médiane; exemple : le foie, la rate, l'estomac. Mais la raison qui nous paraît la plus concluante, c'est que ces organes ne possèdent que des nerfs splanchniques, car le pneumo-gastrique lui-même, malgré son origine, se conduit par ses fonctions comme le grand sympathique. Et la preuve que c’est aux nerfs splanchniques qu'est dû le défaut de symétrie, c’est que, d’une part, le pancréas, situé en travers de la ligne médiane, n’en est pas moins asymétrique; l'intestin grêle qui s’écarte peu de cette ligne, est asymétrique dans son ensemble, et n’offre qu’une symétrie imparfaite même dans les deux moitiés de son canal. Le cœur, peu dévié aussi de la ligne médiane, et formé par l’accolement de deux organes, n'en est pas moins asymétrique. Enfin, les viscères doubles ou pairs euxmêmes, les poumons, les reins, les capsules surrénales, situés parallélement des deux côtés de la ligne médiane, et qui sembleraient devoir être régulièrement symétriques, ne le sont pas pourtant. La symétrie, comme l’observent Meckel et M. Huschke, ne commence qu'avec la réunion des deux canaux latéraux de ces appareils en un seul canal médian; exemple : des deux bronches en une seule trachée-artère, des deux voies urinaires en un seul urèthre ; cela est vrai : mais observons aussi qu'avec cette fusion des deux appareils en un seul interviennent, des deux côtés, les nerfs cérébro-spinaux, mélangés sur la ligne médiane avec l'appareil nerveux splanchnique. Enfin, si à tous ces exemples on ajoute la symétrie des glandes mammaires et des deux groupes latéraux de glandes salivaires, les deux genres d’appareils recevant des nerfs cérébro-spinaux, symétrie encore bien plus complète que celle de la glande médiane thyroïde, animée par le nerf mixte pneumo-gastrique, on voit donc que c’est l’appareil nerveux cérébro-spinal qui décide, dans les organes splanchniques où il envoie des nerfs, de la symétrie bilatérale, son caractère propre, et qu’il transmet à tous les appareils placés sous son influence.

Maintenant que nous tenons un fil conducteur pour nous guider dans ce labyrinthe de la forme organique, nous allons nous rendre compte d’une autre espèce de symétrie signalée aussi par Meckel et M. Huschke, et qui, en général, a beaucoup occupé les anatomistes allemands de l’école de Kielmaier et Oken. Il s’agit de la symétrie verticale ou de celle qui se manifeste entre les extrémités opposées de l'appareil splanchnique, du centre vers le haut et vers le bas : c’est cette symétrie que l’école allemande nomme par polarisation, distinction qu'il faut définir, si l'on veut y mettre un peu de clarté, par l'opposition aux deux bouts, d'appareils analogues de formes et antagonistes de fonctions.

Ainsi, à partir de la première vertébre lombaire, les organes des deux grandes cavités splanchniques sus et sous-diaphragma-

tique (la poitrine et l'abdomen), et ceux mêmes situés au-delà, semblent, dit-on, s'équilibrer dans une véritable symétrie. Aux deux poumons correspondent les deux reins ; au pharynx, l’estomac; à la cavité orale, et encore au pharynx, le cloaque et le rectum du fœtus; aux glandes salivaires, les testicules chez l’homme et les ovaires chez la femme, etc. Par la même opposition polarique, vers l'extrémité céphalique, la fonction se rapporte à l'ingestion et à la nutrition, tandis que vers l'extrémité pelvienne elle a pour objet l’excrétion et l'éjection.

Nous n’avons pas à discuter les embarras qui naissent de ces rapprochemens forcés où, pour établir et compléter le parallèle entre des appareils qui se repoussent, ici le même organe s’oppose à plusieurs, tandis que là tant d’autres organes, qui ne trouvent pas à s’appareiller, sont passés sous silence. Qu'il nous suffise de constater un fait vrai, l'absence de symétrie dans les appareils splanchniques, et son apparition croissante à mesure que l’on approche de leurs extrémités. Malgré la réalité de cette symétrie verticale, elle n’avait été accueillie pourtant par aucun des anatomistes français, qui semblaient fermer les yeux à l’évidence du fait, pour ne pas accepter du même coup l'étrange explication théorique qu’on lui avait donnée. Mais, au contraire, en voyant dans la nature différente de leurs nerfs la cause des modifications de forme que subissent les organes, tout s'explique : au niveau de la première vertèbre lombaire, c’est-à-dire du centre nerveux splanchnique (amas des ganglions solaires), sont les organes les plus asymétriques (foie, rate, pancréas, estomac). A mesure que l’on s'éloigne de ce centre épigastrique, les organes, aux plexus nerveux ganglionaires desquels se mêlent, par les pneumo-gastriques et les cordons du grand sympathique, un plus grand nombre de nerfs cérébro-spinaux, commencent à montrer plus de symétrie ; (exemple : d’une part, poumons et cœur, d’autre part, intestins, reins, capsules surrénales, etc. ). Enfin, aux extrémités où interviennent directement en grand nombre les nerfs cérébro-spinaux, mélés aux plexus des ganglions et du grand sympathique, la symétrie, qui augmente de plus en plus dans les appareils en masse, finit par être complète dans la succession de leurs parties, à mesure qu’elles passent de la vie organique à la vie animale, ou du mouvement involontaire au mouvement volontaire; exemple : à une extrémité, tube laryngo-trachéal, pharynx, cavité buccale; à l’autre extrémité, rectum, vessie, organes génitaux.

Plus tard, dans l’anatomie philosophique, passant des nerfs aux fonctions dontils sont les agens, nous trouverons, dans la différence de leur destination, la cause première des modifications de forme entre les organes des deux grands appareils nerveux.

La symétrie, existant d’abord dans les organes nerveux cérébro-spinaux, sera le propre des appareils de la vie animale, par la nécessité de diviser le corps en deux masses pour la succession des actes dans le milieu physique. Et ces deux masses doivent être parfaitement harmoniées et équilibrées, c’est-à-dire exactement semblables dans leur ensemble et les parties qui les composent, puisqu'elles doivent tantôt agir d’ensemble ou séparément, comme les organes des sens, tantôt s’accorder ou se succéder régulièrement d’un côté à l’autre, comme les organes de la locomotion.

L’asymétrie, au contraire, manifestée d’abord dans les nerfs splanchniques, sera, dans leurs appareils, le résultat de fonctions nombreuses et très variées, toutes disparates, mais toutes nécessaires; d’où il suit que les organes, chargés de ces fonctions, devant s’accommoder les uns aux autres, et se partager l’espace

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dans un même lieu, avec des masses très différentes, et dont quelques-unes mêmes sont très variables, influent mutuellement sur leurs formes qui ne peuvent être que très irrégulières.

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