DES REINS
Les reins (véypos, des Grecs, renes, des Latins) sont des glandes qui ont pour fonction de sécréter l’urine.
Ils sont situés profondément dans la région lombaire, sur les parties latérales de la colonne vertébrale, où ils sont enfoncés dans une quantité de graisse plus ou moins considérable, suivant l’embonpoint des sujets, et placés en dehors du péritoine qui passe au-devant d’eux sans y adhérer. Cette graisse environnante et cette lame péritonéale servent à les assujétir, et à les maintenir en place; mais ce qui les maintient mieux encore,
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Dans un autre cas, observé à la Pitié en 1832, et publié par M. Bouillaud, l'individu présentait extérieurement presque tous les organes du sexe mâle, et portait intérieurement deux ovaires, deux trompes, une matrice et une prostate très faciles à reconnaître.
M. Velpeau a trouvé réunis sur un embryon de vache, les testicules et les ovaires, les conduits déférens et la matrice (Traité d'accouch., +. 1, p. 115).
Il existe dans les recueils scientifiques un grand nombre d’observations analogues à celles que nous venons de rapporter. Elles prouvent, ainsi que nous l'avons dit, que plusieurs orga-
.nes essentiels des deux sexes peuvent exister chez le même sujet, mais qu’on ne les a pas encore trouvés tous réunis.
D'après les faits connus, on peut reconnaître trois classes d’hermaphrodisme : dans la première il y a sexe mâle et monstruosité ; dans la seconde c’est le sexe féminin qui est complet ; et dans la troisième, enfin, le mélange des organes mâles et femelles ne permet pas d’indiquer à quel sexe appartient l’individu, qui participe des deux sexes, sans porter tous les organes qui les caractérisent.
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ce sont les artères et les veines rénales, auxquelles ils sont, pour ainsi dire, suspendus. Aussi, dans l’état ordinaire, les reins sont-ils peu sujets aux déplacemens. Les déplacemens qu'on rencontre sont presque toujours congéniaux : quand ils surviennent après la naissance, c'est qu’une altération pathologique a augmenté de beaucoup le volume des reins, qui débordent alors leurs limites naturelles. En tirant une ligne horizontale au-dessous des reins, on trouve que le rein droit descend un peu plus bas que le rein gauche, ce qu’on attribue à la présence du foie. On a vu quelquefois l’un des reins situé au-devant de la colonne vertébrale, cela arrive surtout lorsqu'il n’y a qu’un seul rein, ou bien, au contraire, lorsqu'il y en a plus de deux. On a aussi rencontré une autre anomalie de situation, dans laquelle l’un des reins, ou les deux reins, occupaient l’excavation du petit bassin. M. le professeur Cruveilhier en a signalé un exemple
remarquable dans son 7raité d'anatomie, t. 11, p. 694. Il s’agit
d’une femme qui était atteinte d’une fièvre hectique dont il cher chaït inutilement la cause, soit dans le thorax, soit dans l’abdomen. Elle succomba; à l’ouverture, M. Cruveilhier trouva les deux reins réunis, placés dans le petit bassin, derrière le rectum, et débordant un peu le détroit supérieur. Ces reins contenaient une grande quantité de pus qui s'était fait jour par le rectum. Le même anatomiste a encore indiqué un autre déplacement des reins , qui survient quelquefois chez les femmes qui usent de corsets fortement serrés. Ainsi, il a trouvé, dans ce cas, le rein droit dans la fosse iliaque du côté correspondant. Ce déplacement arrive, dit-il, lorsque par la pression exercée par le corset sur le foie, le rein est chassé de l’espèce de loge qu'il occupe à la face inférieure de cet organe, à peu près comme l’est un noyau de cerise entre les doigts qui le pressent ( loc. cit. ).
La forme des reins estexactement semblable à celle d’un grain
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de haricot, dont la scissure regarde en dedans, le bord convexe en dehors, et dont le grand diamètre est dirigé de haut en bas, aplati d’avant en arrière, convexe dans la plus grande partie de sa circonférence ; on reconnaît à cet organe deux faces et une circonférence, pour faciliter l’étude de sa forme extérieure et de ses rapports.
Le nombre des reins est de deux dans la grande majorité des cas; ce n’est qu’exceptionnellement qu’on en trouve un nombre plus petit, ou un nombre plus considérable.
Lorsqu'il n’y a qu'un rein, ce qui arrive encore assez fréquemment, il est presque toujours placé au-devant de la colonne vertébrale, mais souvent cet état d’unité du rein n’est qu’apparent ; il y a deux reins qui sont réunis par leur extrémité inférieure, et représentent une espèce de croissant, dont la concavité regarde en haut, et la convexité en bas. M. Roux a vu une fois les deux reins réunis par leur extrémité supérieure, et formant sur la colonne, un croissant à concavité inférieure (Anatomie de Bichat, t. Y, p. 121). Lorsque les deux reins sont réunis, et paraissent n’en former qu’un seul, on les voit encore occuper l’une ou l’autre région lombaire , ou quelquefois l’excavation du bassin ; dans d’autres circonstances, s’il ne parait réellement y avoir qu'un seul rein conservant sa forme normale, c’est que l'autre est atrophié, altération qu’il est toujours facile de disünguer.
Plusieurs anatomistes, et Fallope, entre autres, ont, dans les autopsies qu'ils ont faites, rencontré des individus présentant trois reins. Dans les exemples de ce genre, le troisième rein était quelquefois situé au-devant de la colonne vertébrale; il était le plus souvent réuni avec l’extrémité inférieure des deux autres, qui occupaient à peu près leur place ordinaire. Dans d’autres cas, il y avait deux reins du même côté, et un seul de l’autre côté.
Le volume des reins n’est pas aussi variable que celui des autres organes, à moins d’altérations pathologiques, cas auquel ils peuvent acquérir un volume énorme, comme on en trouve plusieurs exemples cités dans l’Ænatomie pathologique de M. Cruveilhier , (18"° livraison). Aussi est-il plus facile d’assigner des limites à leurs dimensions; leur diamètre vertical a une longueur de 10 à 11 centimètres environ ; leur diamètre transversal , 5 cent. 1/2; leur épaisseur est de 27 millim. Quant à leur poids, il varie entre 62 et 125 grammes. Lorsque les reins sécrètent beaucoup, comme dans le diabète, par exemple, ils s’hypertrophient. L’hypertrophie peut porter sur un seul ou sur les deux à la fois, de même que leur atrophie. Si l’un d’eux est atrophié, en partie ou en totalité, la sécrétion et le volume de l’autre augmentent en proportion. Dans l’atrophie complète, le rein a presque totalement disparu, et la graisse qui l’environne, forme une espèce de chaton dans lequel on ne distingue plus qu'un vestige de rein, dont le poids oscille entre deux et quatre grammes.
La couleur du rein varie suivant qu'il est plus où moins congestionné au moment où on l’examine. La couleur lie de vin est néanmoins sa couleur ordinaire. Sa densité est considérable par rapport à celle des autres organes, et surtout des autres glandes, mais sa fragilité est proportionnelle à sa densité, aussi le trouvet-on quelquefois déchiré, à la suite de coups portés dans la région des reins, ou de chutes d’un lieu élevé, ou bien par suite de causes directes ou indirectes.
Rapports des reins. Ya face antérieure qui est convexe et un peu inclinée en dehors, est en rapport avec les portions du gros intestin qui portent le nom de colons lombaires. Lorsque ces portions sont distendues, les deux lames du péritoine qui lui forment un méso-colon s’écartent, et la face postérieure de cet intestin est directemeut en contact avec le rein. C’est pour cette raison qu'on voit quelquefois des abcès du rein se vider dans l'intestin. C’est plus particulièrement avec la portion interne de la face antérieure du rein qu’existe ce rapport, tandis que le reste de cette face est tapissé par le péritoine seul ; du reste, ce rapport varie, suivant que le méso-colon est plus ou moins lâche. À droite, le foie et la seconde portion du duodénui, à gauche, la rate et la grosse tubérosité de l’estomac ont aussi des connexions avec cette portion du rein.
On a observé des anomalies dans les rapports du foie avec le rein droit. Lorsque le rein est dans sa position normale, il est recouvert presque entièrement par le foie, quand cet organe est très abaissé : quand, au contraire, c’est le rein qui est abaissé, le foie gardant sa place normale, ces deux organes n’ont aucun rapport immédiat.
La position profonde de l'organe sécréteur de l’urine empêche qu'il ne soit sensible à travers la paroi antérieure de l’abdomen; cependant M. Cruveilhier, dit qu’il a vu un cas, dans lequel on le sentait aisément.
La face postérieure, plus aplatie que la précédente, est un peu tournée en dedans; elle repose sur une couche de graisse plus ou moins épaisse, qui la sépare du diaphragme auquel elle répond à peu près dans l’étendue des deux ou trois dernières fausses côtes. Elle répond aussi au feuillet antérieur de l’aponévrose du muscle transverse, feuillet qui la sépare du muscle carré des lombes, et du muscle psoas qui est interposé entre elle et la colonne vertébrale.
L'épaisseur des parties molles qui sont situées entre la peau et les reins, protégent suffisamment ces organes contre les violences extérieures. Mais elles n’empêchent pas qu'ils puissent être blessés par un instrument piquant ou tranchant, qui pénètrerait dans les régions lombaires; on a vu aussi des abcès des reins s'ouvrir dans ces régions lombaires, et des calculs rénaux sortir par cette voie. On a même été jusqu’à tenter la division de tous ces tissus, pour opérer l’extraction d’un rein malade.
La circonférence du rein présente à considérer, une extrémité supérieure, une inférieure, un bord externe et un bord interne.
1° L'extrémité supérieure, épaisse et arrondie, est embrassée en manière de casque par la base de la capsule surrénale.
2° L'extrémité inférieure , plus mince et plus allongée que la précédente, est plus où moins éloignée de la crête iliaque.
3° Le bord externe, convexe, semi-elliptique, épais et arrondi, est un peu dirigé en arrière.
4° Le bord interne, dirigé un peu en avant, présente vers sa partie moyenne, une échancrure ou un enfoncement plus ou moins profond, qu'on appelle scissure du rein (hilus renalis ). Cette échancrure est plus marquée en arrière qu’en avant ; ses bords sont épais et comme tuberculeux ; elle est revêtue par l’enveloppe extérieure du rein, contient beaucoup de graisse, et est occupée par les divisions de l’artère rénale qui sont plus haut
et en devant, par celles de la veine qui sont derrière les artères, et par le bassinet, et le commencement de l’uretère qui sont en bas, et se trouvent placés derrière les vaisseaux. Tout-à-fait au fond de cette scissure, lorsqu'on a enlevé les parties dont il vient d’être parlé, on aperçoit la paroi interne du bassinet.
Structure ou organisation des reins.
Préparation. Pour étudier convenablement la structure des reins, il faut en avoir plusieurs. On injecte séparément sur plusieurs reins à la fois, les artères, les véines, les uretères ou tous ces vaisseaux sur le même rein. Puis, on les fend, autant que possible, en deux moitiés égales, en allant de leur bord convexe ou externe, vers leur bord interne. Cela fait, on distinguera la disposition de la plupart des objets qui entrent dans la structure de ces organes ; on rencontre d’abord la membrane propre, puis le tissu du rein lui-même.
Membrane propre. Quoique dépourvue de péritoine, la surface extérieure du rein est lisse et polie. Elle doit cet aspect à sa membrane propre, qui constitue son enveloppe extérieure. Après avoir recouvert complétement le rein, cette membrane s'enfonce dans sa scissure, où elle est traversée par la division des vaisseaux rénaux, et d’où elle se réfléchit sur la surface libre du bassinet. Par sa surface interne, la membrane du rein adhère à la substance propre de cet organe. Cette union, qui paraït intime, n’a cependant lieu que par de faibles liens constitués par de petits prolongemens fibreux et vasculaires qui se rompent très aisément lorsqu'on cherche à séparer la substance corticale, qu’on peut isoler facilement de la membrane externe. Cette membrane est assez mince et demi-transparente. D'une épaisseur plus grande que celle du péritoine, elle offre une texture fibreuse. Bichat avait émis déjà cette opinion , en se fondant sur ce que, plongée dans l’eau bouillante, elle s’y raccornit, prend le double et le triple d'épaisseur, et acquiert une résistance assez considérable. Certaines altérations pathologiques peuvent aussi augmenter la résistance et la densité de cette membrane; on l’a même trouvée quelquefois cartilagineuse en partie ou en totalité.
Tissu propre des reins. Ce tissu a été désigné encore par quelques auteurs sous le nom de parenchyme. Il ne présente pas, comme le foie, le pancréas ou les autres glandes, une substance homogène et identique dans toutes ses parties; on y distingue, deux substances bien tranchées : l’une, extérieure ou enveloppante, qu’on appelle corticale où glanduleuse, et l’autre, intérieure ou profonde, qu’on désigne sous le nom de {ubuleuse ou médullaire. Quelques anatomistes en avaient reconnu une troisième, qu’ils nommaient r7amelonnéé ; mais cette distinction a été abandonnée, parce que les petits mamelons auxquels cette dénomination était appliquée ne sont autre chose que le sommet des petits cônes que forme la substance tubuleuse, et sont de même nature qu’elle.
Les deux substances corticale et tubuleuse sont presque con-
fondues dans quelques reins, ne présentant néanmoins aucune trace de maladie apparente; mais c’est là une exception. Pour ‘étude, on néglige les reins qui présentent cette confusion, et on prend pour type ceux qui présentent les substances bien distinctes l’une de l’autre. Voici alors quelle disposition on observe.
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1° Substance corticale. Elle forme tout autour du rein une couche de 3 à 5 millimètres d’épaisseur , et présente un aspect granuleux avec une couleur rougeâtre, quelquefois jaunâtre, mais plus ordinairement fauve, qui permet de la distinguer facilement de la substance tubuleuse. Cette substance a une consistance qui se rapproche de celle du foie ; elle se déchire aisément. C’est à elle que se distribuent presqu’entièrement les artères rénales. De cette substance partent des prolongemens dont l’épaisseur, qui est de 2 à 7 millimètres à leur base, va en diminuant à mesure qu’ils s’approchent du bassinet. Ces prolongemens pénètrent entre les cônes de la substance tubuleuse, et forment entre leurs bases de véritables cloisons.
2° La substance tubuleuse ou médullaire est disposée sous forme de cônes, que Malpighi désignait sous le nom de pyramides. Ces cônes ont un volume inégal ; leur base arrondie est dirigée vers l’extérieur du rein, et leur sommet vers le bassinet ou scissure rénale. Ils sont embrassés de toutes parts par la substance corticale, à laquelle ils adhèrent. Excepté à leur sommet, qui est reçu dans les calices et qui a la forme d’un mamelon, leur couleur est d’un rouge foncé, surtout à leur surface extérieure , car leur centre est beaucoup plus pâle. Leur nombre varie beaucoup; on n’en compte pas moins de 10, et pas plus de 20. Chacun d’eux est, comme nous l’avons dit, compris dans un compartiment particulier du rein. Ces compartimens indiquent encore que primitivement le rein a été divisé en autant de iobules qu'il y a de cônes, et résulte de l’agglomération d’un nombre variable de reins plus petits. Cette disposition, qui reste permanente chez quelques animaux, ne se montre apparente dans l'espèce humaine que chez le fœtus, et disparait avec l’âge, comme nous le verrons en traitant du développement de ces organes.
La substance tubuleuse est dense, ferme, assez résistante, et parait composée de filamens nombreux que Béranger de Carpi et Bellini ont considérés comme autant de petits tubes destinés à conduire l'urine. On les a nommés tubes de Bellini, du nom de cet auteur, qui s’en est attribué le premier la découverte. Depuis on a cherché à suivre ces tubes au-delà du point où ils sont en contact avec la substance corticale. Ferrein, qui en a donné une très bonne description, a parfaitement vu qu’un certain nombre de fibres de la substance tubuleuse pénètrent dans la substance corticale sous forme de filamens très fins et très déliés, en décrivant de légères flexuosités, et parviennent ainsi jusqu'à la superficie de l'organe. On a appelé ces filamens conduits de Ferrein ou conduits corticaux. Ces conduits sont flexueux tant qu'ils restent dans la couche corticale, et deviennent droits aussitôt qu'ils sont réunis en faisceaux pour constituer la substance médullaire. Ferrein l’un des premiers a cherché à étudier la substance tubuleuse au microscope, et a prétendu avoir découvert que chaque tube forme une petite pyramide analogue aux grosses pyramides ou cônes qui sont formés par leur réunion, et que ces grosses pyramides (pyramides de Malpighi) sont constituées par une centaine de conduits.
Ainsi que l’ont dit les auteurs que nous venons de citer, la substance tubuleuse est bien constituée par de petits conduits excréteurs qui lui donnent l'apparence striée; car si l’on fait une coupe perpendiculaire à l'axe de ces tubes sur un des cônes de la substance tubuleuse, et qu’on l’examine à l’aide d’une forte loupe ou du microscope simple, on découvre une multitude de petits trous qui correspondent chacun à un tube. Ce qui prouve
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qu’il en est ainsi, c’est que si l’on presse le rein en regardant la coupe, on voit suinter de tous les points de la surface des gouttelettes d'urine.
Une expérience qui prouve bien l’existence de ces conduits excréteurs, est celle qui consiste à injecter directement ces conduits avec du mercure, à l’aide d’un tube qu’on plonge dans la substance tubuleuse ; le métal pénètre dans les tubes, quel que soit le sens dans lequel on dirige l'instrument. Cette injection semble prouver que ces conduits ne sont pas distincts et isolés les uns des autres dans toute leur étendue, mais plutôt qu'ils communiquent fréquemment ensemble, et forment un véritable tissu spongieux à travers lequel filtre l'urine.
Quelle que soit l’opinion qu’on adopte à cet égard, ce qu'il y a de certain, c’est que les tubes en question convergent tous vers les mamelons qui terminent les cônes, et viennent s'ouvrir à leur surface où bien dans un petit enfoncement qui existe quelquefois à leur extrémité libre.
Les mamelons qui terminent les cônes présentent quelques différences qu'il est bon de noter. Quelquefois courts et obtus, d’autres fois allongés au point de faire saillie dans le bassinet, ils sont tantôt arrondis, tantôt terminés en pointe. Leur nombre est très variable : tantôt il est égal à celui des cônes qu'ils terminent, tantôt il n'existe qu’un mamelon pour deux cônes, mais alors ce mamelon est plus gros. Enfin, d’autres fois il y a deux mamelons pour un seul cône; quelquefois même on en trouve jusqu’à quinze ou dix-huit. Comme les conduits urinifères qui viennent s'ouvrir à leur sommet sont peu nombreux, il est probable, comme le dit Haller, que plusieurs aboutissent au même orifice.
L'organisation de la substance corticale est beaucoup plus compliquée que celle de la substance tubuleuse; cela n’a rien de surprenant, car les fonctions de la première sont beaucoup plus complexes que celles de la seconde; la substance corticale ayant pour fonction, ainsi que nous le verrons plus loin, de former l’urine, tandis que la substance tubuleuse a seulement pour usage de la conduire aux calices.
Il y a dans la substance corticale des tubes et des granulations; ces tubes sont ceux qui ont été indiqués par Ferrein; ils sont plus ou moins flexueux , ainsi que nous l’avons dit, et communiquent nécessairement avec les granulations. Ferrein pensait qu'ils formaient, par leurs nombreuses anastomoses, un réseau dans lequel étaient contenues les granulations; mais l'examen microscopique a dévoilé, d’une manière plus intime, la structure de la substance corticale et la façon dont elle communique avec les tubes de Ferrein. Ainsi, si l’on prend une tranche mince du rein, qu’on la fasse macérer pour isoler ses granulations les unes des autres, et qu’on l’examine ensuite au microscope, on découvre un grand nombre de granulations sphéroïdes, quand elles n’ont pas été atteintes par l'instrument tranchant. Celles qui ont été coupées permettent de voir leur structure intérieure, qui est spongieuse, poreuse, et analogue à celle de la moelle du jonc. Si on fait une coupe dirigée du bord convexe du rein vers sa grande scissure, on voit distinctement que les grains glanduleux sont unis aux conduits urinifères, et disposés à la manière des graines de raisin sur leur grappe.
Outre la substance propre du rein, il entre dans la composition de cet organe des vaisseaux sanguins, des vaisseaux lymphatiques et des nerfs.
1° Arières. Le rein reçoit une seule et unique artère : c’est
l’artère rénale, qu’on appelle encore improprement artère émulgente. Cette expression est fondée sur l’active sécrétion décomposante dont cet organe est l'instrument (Chaussier et Adelon), et peut-être aussi sur ce que les artères rénales sont les premiers gros troncs qui naissent de l’aorte descendante et paraissent ainsi épuiser ce tronc primitif. (Cloquet.)
Les artères rénales sont remarquables à plusieurs titres, d’abord par leur volume considérable et leur peu de longueur. Ce sont, en effet, pour ainsi dire, les vaisseaux les plus gros que fournisse l’aorte abdominale, car leur calibre est à peu près égal à celui du tronc cœliaque, ou à celui de la mésentérique supérieure; ensuite, par leur séparation à angle droit de l’aorte, et par la brièveté de leur trajet, elles présentent beaucoup d’anomalies sous le rapport de leur nombre, de leur origine, de leur direction et de leur division ; ainsi, 1° on en rencontre de chaque côté deux, trois, et quelquefois jusqu’à quatre. 2° On a vu les artères naître de l’iliaque primitive et même de l’hypogastrique, de l’angle de bifurcation de l’aorte (Cruveilhier), ou de la partie antérieure de l’aorte par un tronc commun (Meckel). 3° Elles font quelquefois un angle aigu avec l’aorte. 4° D’autres fois, elles se divisent immédiatement après leur origine.
Nous n’insisterons pas plus long-temps sur ces anomalies, dont il a déjà été question dans le quatrième volume.
En ne tenant compte que des cas ordinaires, voici comment ces artères se comportent le plus souvent : nées au-dessous des artères capsulaires et mésentérique supérieure, elles se séparent à angle droit de l’aorte, à peu près vis-à-vis l’une de l’autre; cependant on trouve quelquefois l’origine de la rénale gauche un peu plus élevée que celle de la droite. Dans leur trajet transversal, ces artères affectent des rapports différens; en avant, la rénale droite, un peu plus longue que la gauche, passe derrière la veine-cave ascendante; toutes les deux sont placées derrière la veine rénale correspondante et derrière le péritoine ; toutes deux aussi reposent sur les côtés du corps des vertèbres, dont elles sont séparées par un tissu cellulaire abondant.
Elles fournissent quelques branches collatérales, toutes fort petites, dont les unes vont aux capsules surrénales (les capsulaires inférieures), et les autres vont à la graisse qui enveloppe les reins (artères adipeuses).
Près de la scissure du rein, l’artère rénale se partage en un nombre de branches qui varient entre deux et quatre, et pénètrent dans la scissure entre le bassinet qui est placé en arrière, et les rameaux de la veine rénale qui sont en avant. Pour bien étudier la marche subséquente des artères dans cet organe, il est important de faire une injection de couleur différente dans les vaisseaux et dans l’uretère, en ayant le soin de commencer par la veine, parce que, de cette maniere, l'injection ne revient que par l’uretère, et ne revient pas par l’artère; on peut de cette manière injecter les ramifications les plus déliées de l'artère, et reconnaître exactement leurs limites. Pour distinguer plus facilement, on injectera la veine en bleu, l'artère en rouge et l’uretère en jaune. Quand l'injection sera refroidie, si l’on poursuit les branches de l'artère rénale il sera facile de reconnaître les dispositions suivantes :
A peine les artères ont-elles traversé la scissure et pénétré la substance du rein, qu’elles se subdivisent en un nombre variable de branches secondaires, qui se portent entre les parois du bassinet et la substance propre du rein, puis elles pénètrent entre les calices et entre les cônes de la substance tubuleuse; dans cet endroit elles embrassent quelquefois les tubercules mame-