‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 36 sur 373 · VOUTE PALATINE OÙ PALAIS · texte numérisé non relu

VOUTE PALATINE OÙ PALAIS

La voûte palatine ou le palais ( palatum) constitue la paroi supérieure de la cavité buccale. Sa forme est celle d’une voûte surbaïissée, parabolique d'avant en arrière, et fortement concave d’un côté à l’autre, en rapport avec la surface libre et convexe de la langue. Elle est bornée sur les côtés et en avant par l’arcade dentaire supérieure, et en arrière par le voile du palais qui lui fait suite. Dans l'attitude directe de la tête, la voûte palatine est dirigée horizontalement, son diamètre transversal est un peu plus court quele longitudinal, dans le rapport de 5 centimètres pour l’une à 6 pour l’autre. La voûte palatine est partagée en deux parties égales par un raphé médian dirigé d’avant en arrière; c’est une ligne saillante correspondant à la suture des os, et qu’on regarde comme l'indice de la soudure des deux moitiés qui, dans le principe, constituent le palais. A l'extrémité antérieure de ce raphé, existe une petite tubérosité saillante qui correspond à l’orifice inférieur du canal palatin antérieur. En avant et derrière les dents, la voûte palatine présente des rugosités qui offrent l’aspect de crêtes transversales, et sont séparées par des enfoncemens. Chezcertains animaux, et surtout chez les ruminans, ces rugosités, beaucoup plus développées que chez l’homme, forment de grands plis transversaux jusqu'au milieu de la voûte palatine. Dans le reste de son étendue, le palais est parfaitement lisse.

Structure de la voûte palatine.

Une coque osseuse constitue le moule de la voûte palatne, cette coque est tapissée par une membrane fibro-muqueuse dans l'épaisseur de laquelle on trouve beaucoup de glandes, des vaisseaux et des nerfs.

La voüte osseuse est constituée par la face inférieure de la portion horizontale desosmaxillaires supérieurs et palatins. On y distingue le rebord alvéolo-dentaire et la voüte palatine proprement dite. Le rebord dentaire forme une saillie parabolique qui est la limite du palais; lorsque les dents sont enlevées, il présente l'ouverture des alvéoles. IL nous suffit de rappeler ici ces parties parce qu’elles ont été décrites à propos des os de la face. De l’adossement des quatre pièces osseuses, il résulte une suture cruciale, dont le point de jonction se rencontre sur la ligne médiane, à l’union des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur de la voûte. Sur le plan moyen, et d'avant en arrière, on trouve l’orifice antérieur du canal palatin antérieur, une suture longitudinale et l’épine nasale. En arrière et sur les côtés existe l’orifice du conduit

él

palatin postérieur formé par les deux os maxillaire et palatin , et qui transmet les vaisseaux et les nerfs. La voûte palatine est très inégale dans toute son étendue; les aspérités qui la couvrent paraissent n’avoir d'autre but quel’adhérence intimede la membrane fibro-muqueuse des os ; elle présente d’autant moins d'épaisseur et plus de largeur qu’on la considère plus en arrière.

La voûte palatine est souvent affectée de carie ou de nécrose dans la syphilis , d’où résultent assez fréquemment des communications entre la bouche et le nez ; quelquefois la suture médiane nes’est point effectuée. Nous reviendrons sur ce défaut de suture en traitant du développement du palais.

Membrane muqueuse du palais. Cette membrane, appliquée sur une surface osseuse contre laquelle la langue écrase lesalimens mous ou demi-mächés, offre une analogie d’usages avec les gencives auxquelles elle fait suite et s’en rapproche dans sa texture par plusieurs caractères. 1° Elle est remarquable par l'épaisseur et la densité de son chorion dont la texture serrée lui a mérité le surnom de ftbro-muqueuse. Cette épaisseur est beaucoup plus marquée vers sa partie antérieure, derrière les six premières dents incisives et canines, que dans le reste de son étendue ; elle forme là un bourrelet entrecoupé de rugosités transversales, séparées par des sillons, de manière à figurer une sorte de rape et crie lorsqu'on l'incise avec le scalpel. Cet aspect est beaucoup plus prononcé chez beaucoup d’animaux et en particulier chez les carnassiers, où la voûte palatine est uniformément coupée par de fortes saillies transversales. Chez l’homme, au contraire, au sommet de la voûte la membrane est déjà plus lisse, mais encore très dense, et s’'amollit en arrière à mesure qu’elle avance vers le voile du palais où elle devient plus sanguine et vasculaire. 2° La coloration de cette membrane est moins rosée que dans les autres parties de la bouche. 3° Elle présente sur sa partie moyenne, par son raphé, une saillie longitudinale qui, par la pression de la langue, divise la masse alimentaire en deuxmoitiés que les courbes déclives des côtés de la voûte reportent naturellement sous les arcades dentaires. 4° L'adhérence de la muqueuse palatine avec le périoste de la voûte osseuse est très forte, à ce point qu’elle se confond avec lui, de manière à n’en pouvoir être séparée que par une macération prolongée. C’est de leur réunion que résulte précisément cette variété de membrane appelée fibro-muqueuse, faisant, en quelque sorte, corps avec les os et par conséquent incapable de glisser sur leur surface à laquelle elle appartient. Cette disposition est avantageuse pour servir de point d'appui lors de la pression exercée par la languesur les alimens pour l’écrasement de la pâte alimentaire, son insalivation et sa déglutition. L'union des deux membranes se fait par des prolongemens fibreux intermédiaires du périoste au chorion de la muqueuse ; mais ces prolongemens interceptent des myriades de petits espaces aréolaires ou losangiques, dont les uns logent les glandules palatines et dont les autres donnent passage aux papilles. Ainsi constituée à double plan, la membrane fibro-muqueuse palatine mesurée par Krause dans l'épaisseur de ses diverses couches, a fourni : pour l’épithélium 173 à 175 de millimètre, pour le réseau vasculaire et nerveux dela muqueuse 173de millim.; pour le derme, accru de l'épaisseur du périoste, de 1 à 4 millimètres. 5° Enfin cette membrane renfermeencore des glandules, despapilles, des vaisseaux et des nerfs.

Les glandules palatines, en très grand nombre, forment une couche interposée entre la muqueuse et le périoste. Excepté sur le raphé médian, on en trouve dans toute l'étendue de la surface,

mais en proportion très inégale. D'abord très rares et isolées en avant et sur le milieu de la voûte du palais, elles deviennent d’autant plus nombreuses qu’on se rapproche davantage en arrière. Déjà, près du voile du palais, elles forment une couche continue de 2 à 3 millimètres d'épaisseur. Plus ou moins aplaties en disque ou globuleuses, suivant l'épaisseur de la membrane dans le point où elles se trouvent, elles varient en volumede 175 de millimètre à 1 millimètre et plus. Elles sont pourvues de conduits excréteurs très courts qui viennent s'ouvrir à la surface de la muqueuse par de nombreux orifices visibles même à l’œil nu. Vers l'extrémité postérieure où ces glandes sont très nombreuses, on voit des deux côtés de la ligne médiane de petits enfoncemens en forme de saccules, divisés par des prolongemens rayonnés celluliformes, dans lesquels les canaux de plusieurs de ces glandes viennent s'ouvrir. Jusqu'à ces derniers temps, on avait assimilé ces organules à des follicules mucipares ; aujourd’hui les anatomistes s’accordent à les considérer comme des glandules salivaires palatines, à cause de l’analogie de structure qu’elles présentent avec les glandules des lèvres et des joues dont la sécrétion paraït bien évidemment de nature salivaire.

Les papilles du palais sont aussi en très grand nombre, mais de très petit volume, d’après Krause, de 175 à 35 de millimètre de hauteur, sur 1720 d'épaisseur ; elles sont répandues sur toute l'étendue de la voûte palatine, mais aussi d'autant plus abondantes qu’on se rapproche davantage du voile du palais. Chez l'homme elles ne deviennent bien apparentes qu’à un grossissement de 4 à 5 diamètres sur une membrane qui a long-temps macéré dans acide azotique.Chez la plupart des mammifères quadrupèdes, où elles sont beaucoup plus volumineuses, il est facile deles voir sans préparation. Chez le chat et le chien, en particulier, elles forment sur les rides transversales du palais une ligne pectinée parfaitement régulière et inclinée d’avant en arrière.

Les vaisseaux sanguins et lymphatiques et les nerfs de la voûte palatine lui sont communs avec l’arcade gingivo-dentaire supérieure. C’est dans cette double terminaison que nous avons à les indiquer. Les artères viennent: 1° de l'artère maxillaire interne. Des branches qu’elle fournit, la palatine postérieure et supérieure qui arrive au palais en traversant le canal palatin postérieur, après avoir abandonné son conduit, se réfléchit de derrière en devant, entre la membrane et la voûte du palais, se loge dans un sillon spécial de cette dernière, etse distribue en grande partie à la muqueuse palato-gingivale. La sous-orbitaire, peu après la sortie du canal sous-orbitaire, fournit un petit rameau qui pénètre dans le conduit dentaire supérieur et antérieur pour les racines des dents canines et incisives correspondantes. — L’alvéolaire supérieure , après avoir envoyé quelques petits rameaux dans les conduits dentaires supérieurs et postérieurs, pour les racines des dents grosses molaires, avance en serpentant le long des gencives auxquelles elle donne quelques ramifications. Au niveau de la fosse canine, elle envoie encore un rameau dentaire aux petites molaires, et se termine dans des parties étrangères à celles que nous étudions. 2° L'artère faciale ou maxillaire externe fournit pour les gencives su-

périeures quelques rameaux qui viennent de la branche coronaire supérieure.

Les rameaux veineux accompagnent les rameaux artériels en marchant en sens inverse, et vont se rendre à des troncs qui portent le méme nom que les artères.

CAVITÉ

Les vaisseaux lymphatiques vont tous aboutir aux ganglions lymphatiques sous-maxillaires et aux petits chapelets des artères faciale et maxillaire interne.

Nerfs. Tous les nerfs du palais et des gencives viennent du trijumeau. 1° Le ganglion de Meckel, où sphéno-palatin, fournit le grand nerf palatin (nerf palatin inférieur), qui arrive à la voûte par le canal palatin postérieur, se réfléchit d’arrière en avant, et se partage en plusieurs rameaux. Les externes, plus nombreux et plus volumineux, suivent le bord interne de l’arcade alvéolaire supérieure, et se perdent dans les gencives; les internes se subdivisent sur le milieu de la voûte et fournissent spécialement des nervules aux glandules de cette région, à la muqueuse et au bourrelet postérieur des gencives. 2° Le nerf ma. æillaire supérieur, arrivé dans la fosse sphéno-maxillaire , fournit les rameaux dentaires, postérieurs et supérieurs, et plus en avant, dans le canal sous-orbitaire, le nerf dentaire antérieur, qui envoient quelques filets aux gencives supérieures.

Développement. On admet, sans que cela soit démontré d’une manière positive, que la voûte palatine, osseuse et membraneuse, se développe par deux points latéraux qui s’agrandissent peu-à-peu, se rapprochent et se réunissent sur la ligne médiane. Si, par suite d'un arrêt de développement, la réunion de la partie osseuse ne se fait pas, il peut se présenter plusieurs vices de conformation. 1° Tantôt l’écartement existe en arrière sans se porter en avant jusqu'aux lèvres, et alors il y a seulement division du voile du palais. 2° Tantôt la solution de continuité au lieu dese porter vers le pharynx, se prolonge en avant. Dans ce cas, ou la division médiane primitive se bifurque en deux autres , et les deux branches de la bifurcation, renfermant entre elles l’os in termaxillaire, coincident ordinairement avec un bec de lièvre double; ou bien la scissure médiane primitive seprolonge en avant sans se bifurquer, mais seulement en se déviant à droite ou à gauche, et s'accompagne d’un bec de lièvre simple. 3° Enfin, il peut arriver que la fente palatine s’étende d’une extrémité à l’autre, à tout le diamètre antéro-postérieur de la voûte palatine, et qu’elle coïncide en même temps avec une division du voile du palais et avec un bec de lièvre simple ou double. C’est le cas de division complète par absence congéniale de suture sur le plan moyen.

Etat de la voûte palatine etdes gencives, suivant les divers âges. 1° Nous savons déjà que, chez le fœtus, le bord alvéolaire est recouvert d'un tissu très dur et très résistant, destiné à former les gencives. Avant l’éruption des dents, la voûte palatine a beaucoup moins dehauteur qu'aprèsl’accomplissementdece phénomène, ce qui diminue la grandeur du diamètre vertical de la bouche. Cette voûte est aussi moins concave, moins arrondie, et a plus de largeur que de longueur. Pendant le cours de la première den tition, elle subit déjà de grands changemens. La présence des vingt dents sur les deux arcades alvéolaires , et le développement des sinus maxillaires, lui font éprouver un agrandissement dans tous les sens. 2° Chez l'adulte, lorsque toutes les dents sont sorties, elle a acquis tout le développement qu'elle doit avoir. Tous ses diamètres ont augmenté de façon que l’antéropostérieur prédomine sur le transversal. Alors la paroi d’enceinte est repoussée en avant, et change complétement l’expression de la face. 3° Enfin chez le vieillard, par suite de la chute des dents, les parois des alvéoles se rapprochent peu-à-peu, et

leur cavité finit par disparaitre. En même temps, le tissu dur, blanchâtre et résistant qui, lors de la sortie des dents s'était déjeté devant et surtout derrière elle pour former les gencives, se rapproche de nouveau. Chacun des trous dont il était percé, s’efface. Par suite de cette oblitération des ouvertures dentaires, la substance des gencivesrevient sur les alvéoles, et y forme de nouveau unrebord plus ou moins épais qui les boucherait entièrement si elles restaient ouvertes. Sa dureté augmente par l'effet de la mastication, et elle finit par remplacer les dents. Ainsi donc, suivant un phénomène de retour dont l'organisme offre tant d'exemples, sauf la vascularité, il y a de l’analogie entre la structure des rebords alvéolaires du vieillard et ceux du fœtus.

Usages des gencives ‘et de la voûte palatine. Les gencives et leur partie réfléchie dans les alvéoles concourent beaucoup à consolider les dents. Une des meilleures preuves qu’on puisse en donner, c’est l’ébranlement de ces organes qui survient inévitablement, lorsque les gencives ont été ramollies par le mercure ou par le scorbut, comme aussi par leur ramollissement fongueux chez le vieillard, qui est lui-même une sorte de scorbut sénile. Mais les gencives ont encore un autre usage non moins important; c’est de servir à la mastication. Cet usage est peu appréciable chez l’adulte, tant que les arcades dentaires sont bien garnies. Mais avant l’éruption des dents et après leur chute, ces organes sont remplacés entièrement, quoique d’une manière bien imparfaite, par les gencives, dans l’acte de la mastication.

La voûte palatine établit une séparation entre la cavité buccale et les fosses nasales. Elle sert de point d'appui à la langue dans la mastication, la gustation et la déglutition. Enfin, son intégrité naturelle ou artificielle est indispensable pour l’articulation des sons. Suivant Huschke, la profonde excavation de la voûte palatine est tellement utile à la production de la voix, qu'elle fait partie de l’organisation propre aux chanteurs.

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