VOILE DU PALAIS ET ISTHME DU GOSIER
Le voile du palais, le prolongement postérieur déclive et la potion molle et mobile de la voûte palatine, appelé aussi pour cette raison, vote palatine membraneuse ( palatum molle s. mobile, s. velum palatinum pendulim), forme la paroi postérieure de la bouche et intercepte, dans son étendue, l’ouverture dite l'ésthme du gosier, par laquelle la cavité orale ouvre dans celle du pharynx. Mince, flottant, sous forme d’une épaisse membrane rectangulaire étendue obliquement en travers, symétrique d’un côté à l’autre, adhérant en avant et en haut, libre en bas et en arriere, et terminé inférieurement de chaque côté par un prolongement charnu parabolique dit le pilier, le voile du palais, fixé par ses attaches, représente une soupape ou valvule contractile, formée par l’adossement des membranes fibro-muqueuses de la voûte palatine et des fosses nasales, entre lesquelles est interposé un appareil musculaire très complexe qui détermine ses mouvemens. La situation de cette soupape, intermédiaire entre trois cavités, lui permet de remplir une triple destination. Au repos le voile du palais, prolongeant en arrière la voûte palatine, la transforme en une cloison complète qui sépare la bouche et les fosses nasales, et forme du même coup une cloison incomplète entre la bouche et le pharynx. Mais par la contraction de ses muscles dans la déglutition, le voile du palais se relève en travers, eten même temps qu’il ouvre largement la communication entre
la bouche et le pharynx, il ferme celle qui existe au repos entre le pharynx et les fosses nasales.
Le voile du palais, faisant suite aux parois de la bouche, en relie les courbures dans tous les sens, et forme dans son ensemble un plan incurvé en travers et de haut en bas. Sa direction est intermédiaire à celles des deux axes horizontal de la bouche et vertical du pharynx, c’est-à-dire oblique à 45 degrés de la première de ces cavités vers la seconde et par conséquent de haut en bas et d’avant en arrière. On y considère, pour sa description deux faces, l’une antérieure ou buccale, et l’autre postérieure ou nasopharyngienne, deux bordsantérieur et postérieuretdeux latéraux.
1° Face buccale. On la nomme communément face inférieure, mais, à notre avis, il conviendrait mieux de l’appeler antéro-inférieure, en raison de son inclinaison oblique à deux plans continus; l’un dirigé d’abord horizontalement d’avant en arrière, et l’autre presque verticalement et de haut en bas ; de cette disposition résulte une concavité dans le sens vertical, laquelle se combine avec une courbe semblable en travers. Cette face présente, sur la ligne médiane, une saillie qui fait suite à celle de la voûte palatine et se prolonge dans toute sa hauteur; c’est un raphé constitué par une cicatrice fibreuse, indice de la soudure des deux pièces qui constituent le voile du palais dans l’état embryonaire. Sur le bord adhérent du palais, des deux côtés de cette ligne moyenne se voient les pertuis des canaux excréteurs des glandules palatines. La face antéro-inférieure, continue sans ligne de démarcation bien tranchée avec la voûte palatine, est bien visible au-dehors par l'ouverture de la bouche, et librement accessible aux instrumens de chirurgie dans les opérations. Sur cette face on voit le pilier antérieur du voile du palais, naissant de la base de la luette, et décrivant une arcade à concavitéinterne, derrière laquelle on voit la face antérieure du pilier postérieur.
2° La face naso-pharyngienne ou postérieure, qu’on pourrait appeler postéro-supérieure vu qu’elle regarde en même temps en haut et en arrière, est légèrement convexe; elle augmente en arrière l'étendue de la gouttière des fosses nasales, et forme un plan déclive sur lequel les mucosités nasales glissent pour tomber dans le pharynx ou dans la bouche. Elle présente sur la ligne médiane une saillie due à des glandes et aux muscles de la luette.
3° Bord supérieur ou mieux antéro-supérieur. Horizontal et légèrement concave en arrière, sensible seulement au toucher, il se continue par ses membranes muqueuses superficielles avec celles du plancher des fosses nasales et de la voûte palatine, et s’insère par la couche moyenne ou musculo-fibreuse, tout le long du bord postérieur libre des os palatins.
4° Bord inférieur où postéro-inférieur. Tibre dans toute son étendue, très mince et concave, il est constitué à droite et à gauche par la face interne des piliers du voile du palais, et trace d’un côté à l’autre une grande arcade elliptique qui circonscrit en haut l’isthme du gosier. Du milieu de ce bord descend un prolongement conoïde, la luette (uvula, dlapsn), qui subdivise la grande arcade de l’isthme du gosier en deux autres latérales dont la luette forme la jonction. Cet appendice, variable de volume et de longueur suivant les sujets, parfois bifide , susceptible d'hypertrophie en raison de sa texture molle et très vasculaire, peut se prolonger jusque sur la base de la langue, et y déterminer une titillation qui sollicite les envies de vomir; accidens pour
lesquels on pratique avec succès la résection de l'extrémité de ce
petit organe.
he Bords latéraux. Vs sont constitués chacun par une saillie membraneuse qui établit une ligne de démarcation entre les joues et le voile du palais ; cette saillie, placée derrière les arcades alvéolaires, s'étend du bord postérieur de la dernière gencive supérieure au bord postérieur de la dernière gencive inférieure. Elle forme, dans l’écartement des mâchoires, une sorte de corde verticale qui n’est autre que le relief du bord antérieur du muscle ptérygoidien interne, revêtu par un repli de la membrane muqueuse de la bouche, dans l'épaisseur de laquelle il ya beaucoup de petites glandes accumulées.
6° Piliers du voile du palais. On donne ce nom à des replis musculo-membraneux falciformes, qui sont au nombre de deux de chaque côté, l’un antérieur et l’autre postérieur. Le nom de piliers leur vient de ce qu’ils semblent les supports de la double arcade que décrit le voile du palais.
Le pilier antérieur naît de chaque côté de la base de la luette. De là il se dirige en dehors, puis en bas et un peu en avant, en décrivant une arcade à concavité interne et supérieure, et vient se terminer sur les côtés de la base de la langue, un peu en arrière de la saillie du muscle ptérygoiïdien interne qui établit la limite entre la joue et le voile du palais; il contient dans son épaisseur le muscle glosso -staphylin. Le pilier postérieur naît aussi de la luette, mais auprès de son sommet, plus bas que le précédent et derrière lui; de là il se porte en dehors en bas et en arrière, en décrivant aussi une courbe à concavité supérieure et interne , et va se perdre en arrière en contournant le côté du pharynx ; il contient dans son épaisseur le muscle pharyngostaphylin. Le cintre décrit par ce pilier correspond au bord inférieur du voile du palais, Les deux piliers, formant deux plans écartés, inégaux desaillies, peuvent être vusen même temps lorsqu’on fait ouvrir largement la bouche; car le bord du pilier postérieur dépasse celui de l’antérieur de 4 à 5 millimètres au moins. De cette disposition résulte, eu égard à leur direction, qu’à mesure qu’ils s’éloignent de la luette leur origine commune, ils laissent entre eux une excavation triangulaire qui est d’autant plus large d’avant en arrière qu’on l’examine plus près de leur base.
ÆEzxcavation amygdalienne. Cet enfoncement, vu sa proximité de l'artère carotide interne, mérite d’être étudié avec précision. C’est une large fossette triangulaire, située dans l’écartement des deux piliers du voile du palais, étroite, à angle aigu et superficielle en haut, au point de départ des deux piliers, mais dont l'élargissement augmente graduellement en bas avec la divergence des piliers, de manière à former une excavation large de 2 centimètres, et profonde au moins d’un pour une hauteur de 3. Sa forme incurvée peut être comparée à celle de la moitié d’un quartier d'orange dont la circonférence serait coupée obliquement d'avant en arrière. La base ou le plancher inférieur de l’excavation amygdalienne répond à la paroi latérale du pharynx, au bord supérieur du larynx, à l’épiglotte et à la base de la langue ; elle est dirigée obliquement de haut en bas et d'avant en arrière. Sa paroi latérale ou son fond, dirigé obliquement en haut eten dedans, est formée par la paroi antérieure du pharynx; elle correspond au niveau de l’angle de la mâchoire inférieure, à la partie latérale et sus-hyoidienne du cou, où elle n’est séparée
CAVITÉ
de l'artère carotide que par une couche de tissu cellulaire peu épaisse et par la cloison musculaire du pharynx ; sa paroi antérieure n’est autre que la face postérieure du pilier antérieur, tandis que sa paroi postérieure est la même que la face antérieure du pilier postérieur ; en dedans elle ouvre largement dans les cavités de la bouche et du pharynx. Cetteexcavation est destinée à loger la glande amygdale; elle est très extensible et susceptible d'acquérir une étendue beaucoup plus considérable que celle qu’elle présente à l'état normal.
Structure du voile du palais.
Nous avons vu que cet organe représente une espèce d’étui, dont les parois buccale et naso-pharyngienne sont constituées chacune par unemembrane muqueuse. Entre ces deux muqueuses on trouve une couche musculaire, deux couches aponévrotiques ou fibreuses et deux couches glanduleuses. Au travers de toutes ces parties se répandent des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et des nerfs.
1° Couche muqueuse. En avant, cette membrane fait suite à la muqueuse de la voûte palatine, et en arrière elle se continue avec la pituitaire; toutes deux se réunissent sans ligne de démarcation tranchée, sur le bord inférieur du pilier postérieur et sur la luette; mais malgré ce rapprochement et cette fusion des deux membranes, chacune d’elle conserve ses caractères propres, caractères qui sont les mêmes que ceux de la muqueuse à laquelle chacune fait suite. Ainsi l’antérieure est sujette aux mêmes sécrétions etaux mêmes maladies que la muqueuse palatine et la postérieure aux mêmes maladies que la pituitaire. Avant de se réunir sur le bord inférieur du voile, elles s’adossent l’une à l’autre et ne sont plus séparées que par un peu de tissu cellulaire. Cet adossement commence à 2 ou 3 millimètres au - dessus du bord cintré du pilier postérieur, et tient à ce que les tissus intermédiaires ne se prolongent pas jusque-là. La même remarque est applicable à la luette: les fibres charnues qu’elle contient ne descendent pas au-delà du milieu de sa longueur; sa moitié inférieure n’est composée que par les deux muqueuses avec leurs organules,et par un peu de tissu cellulaire intermédiairetrèslâche, ce qui donne à sa structure beaucoup d’analogie avec celle des polypes muqueux : aussi devient-elle assez fréquemment le siége d'uneinfiltration séreuse ou sanguine qui augmente son volume et sa longueur. Cet état est connu sous le nom de uette tombée: on y remédie par la résection de son extrémité. Les deux faces muqueuses du voile du palais diffèrent encore par leur couleur : l’'antérieure est moins rouge que la postérieure, ce qui parait tenir à ce qu’une moindre quantité de sang y stagne habituellement ; mais la rougeur y devient très prononcée dans les cas d’inflammation.
On attribue à la surface antérieure du voile du palais une sensibilité plus développée que dans la plupart des autres parties de la bouche, la luette est surtout très sensible. Nous verrons plus loin à quoi répond cette propriété.
2° Couche glanduleuse. Elle est située en avant et en arrière entre la membrane muqueuse et le tissu fibreux. En avant, où ces glandes sont très multipliées, elles forment une couche très remarquable par son épaisseur, et plus considérable que celle de la couche glanduleuse de la voûte palatine avec laquelle elle se continue. L'épaisseur de cette couche est au moins double de celle de la muqueuse, et contribue beaucoup à augmenter celle du
voile du palais; lorsqu'on enlève la muqueuse, les grains glanduleux deviennent très apparens : ils présentent un aspect jaunàtre, et paraissent séparés par de petits intervalles cellulaires; leurs conduits excréteurs, quoique peu sensibles, se voient néanmoins. En un mot ces organules présentent la plus grande analogie avec les glandes salivaires des lèvres et des joues. En arrière les glandes sont beaucoup moins nombreuses, elles n’y sont pas sous forme de couche : on les trouve au contraire disséminées, surtout au milieu, car sur les bords elles sont plus agglomérées; mais en revanche leurs conduits excréteurs sont plus distincts.
Cette différence dans l’épaisseur de la couche glanduleuse des deux surfaces du voile du palais, tient à la différence de fonction des deux membranes muqueuses qui les tapissent. Pour favoriser le passage du bol alimentaire à travers l’isthme du gosier, il était nécessaire que la surface antérieure du voile du palais fût toujours abondamment lubrifiée par un fluide muqueux, et par conséquent que les organes sécréteurs de ce fluide y fussent répandus en grand nombre; cette couche glanduleuse se pro: longe jusque dans l'épaisseur de la luette.
3° Couche aponévrotique et fibreuse. Cette couche, mieux étudiée que par le passé, est maintenant considérée comme composée de plusieurs lames. La plus épaisse et la plus résistante de ces lames, celle que jusqu’à ces derniers temps on avait considérée comme unique, résulte de l'épanouissement du tendon réfléchi des muscles péristaphylins externes. Les deux autres font suite aux lames fibreuses dermo-périostiques qui tapissent la voûte palatine et le plancher des fosses nasales; elles sont séparées de la couche muqueuse par la couche glanduleuse. Nous reviendrons tout-à-l’heure sur la première en décrivant les muscles péristaphylins externes. Ces trois membranes unies ensemble par un tissu cellulaire dense et serré paraissent n’en faire qu’une seule qui s’insère au bord osseux postérieur de la voûte palatine, et forme la portion fixe ou le squelette flexible du voile du palais, dans lequel elle est facile à distinguer jusqu’au milieu de son étendue, de haut en bas. Au-delà de ce point elle s'amincit et se raréfie. L'étude anatomique nous démontre donc que le voile du palais va en s’affaiblissant à mesure qu’on s’approche de sa partie inférieure.
M. Cruveilhier a signalé une bandelette fibreuse qui s'étend de l'épine nasale à la luette, occupe le raphé médian de la face inférieure du voile du palais et fait relief sous la membrane muqueuse. « Cette petite bandelette, dit-il, envoie entre les glandules du voile un prolongement qui sépare la moitié droite de la moitié gauche. »
4° Couche musculeuse du voile du palais. Ayant donné avec la myologie (t. 11, p. 53-55) la description des muscles du voile du palais, nous ne faisons ici que les rappeler au point de vue de la structure d'ensemble de ce voile membraneux.
Ces muscles sont au nombre de cinq paires, composant deux petits appareils latéraux symétriques. De ces cinq muscles, trois fixés à la base du crâne et situés au-dessus du voile du palais, en sont les élévateurs et les dilatateurs, ce sont: 1° le péristaphytin interne ; presque vertical , est par conséquent l’élévateur le plus direct, maisen raison de son inclinaison encore un peu oblique en dedans, agissantun peu aussi commedilatateur. 2° Le péristaphylin externe, composé de quatre faisceaux et remarquable par deux particularités : d’une part, sa réflexion à angle droit au-dessous
du crochet de l’aile interne de l'apophyse ptérygoïde; et de l'autre, l'épanouissement de son tendon en une aponévrose transversale formant la charpente flexible du voile du palais. D'oùilsuit que, par sa contraction, ce muscle est tenseur en travers et, par conséquent, élévateur et dilatateur du voile du palais. 3° Le palato-staphylin, petit cordon médian, étendu de l’épine nasale postérieure à la luette dont il est l’élévateur. Les deux muscles abaisseurs du voile du palais et en même temps constricteurs de l’isthme du gosier, sont: 4° le palato-pharyngien, composé de trois bandelettes, qui forme le pilier postérieur du voile du palais, le relie aux muscles constricteurs du pharynx par deux de ses bandelettes, le pharyngo-staphylin et le péristaphyrlo-pharyngien, et lui fournit, pour l’abaissement du voile du palais, un point d'appui sur le cartilage thyroïde par la troisième, le thyro-staphylin. 5 Enfin, le glosso-staphylin, étendu entre deux organes mobiles, mais de pesanteur inégale, le voile du palais et la langue, et par cela même alternativement abaisseur de l’un et élévateur de l'autre.
5° Vaisseaux sanguins et Irmpathiques du voile du palais.
(a) Vaisseaux artériels. Ws viennent: 1° de l'artère palatine supérieure. Parvenue dans la fente ptérygo-maxillaire , avant de s’engager dans le canal palatin postérieur , elle fournit trois ou quatre rameaux qui pénètrent dans les conduits palatins accessoires, et en sortent sur la tubérosité du même nom pour se distribuer au voile du palais. 2° De la palatine inférieure née de la faciale peu après son origine, après être parvenue entre les piliers du voile du palais, elle se partage en un grand nombre de ramuscules dont quelques-uns remontent dans le voile du palais et se perdent dans ses muscles et dans ses glandules et ses membranes. 3° Les pharyngiennes , supérieures et inférieures , fournissent aussi quelques rameaux au voile du palais.
(b) Les veines accompagnent les artères, et vont se jeter dans les veines palatines et pharyngiennes. Les vaisseaux sanguins du voile du palais sont très nombreux , et constituent des réseaux capillaires très abondans, qui s’injectent facilement, surtout à la partie postérieure.
(c) Les vaisseaux lymphatiques encore peu étudiés, se rendent aux ganglions lymphatiques qui occupent les angles de la màchoire.
(d) Nerfs du voile du palais. Ws viennent: 1° du ganglion de Meckel, et sont fournis par les nerfs palatins. Le grand nerf palatin, avant de sortir du canal palatin postérieur, transmet par un de ses conduits accessoires un filet qui va gagner le voile du palais, et s’y distribuer. Le nerf palatin moyen descend le long de la partie postérieure de la fente ptérygo-maxillaire , s'engage dans un conduit particulier, en sort derrière le crochet de l'apophyse ptérygoïde, et se divise en deux filets qui serépandent dans le voile du palais, et sur les amygdales. Le petit nerf palatin descend entre le muscle ptérygoïdien externe et l’os maxillaire supérieur, puis entre ce dernier et l'os palatin, et se divise en deux filets, un pour la luette, et l’autre pour l’amygdale et les follicules de la muqueuse palatine. 2° Du rerf glosso-pharyngien. Après être sorti du cräne et être parvenu au cou, entre les muscles styloglosse et hyoglosse, il se divise en plusieurs ordres de ra-
meaux dont les supérieurs se rendent dans le muscle glossostaphylin, l’amygdale et le voile du palais.
Développement du voile du palais.
Ici, comme pour les lèvres, on a admis plusieurs théories. Celle qui est le plus généralement admise suppose que le voile du palais se développe par deux moitiés latérales parfaitement égales et symétriques, qui se réunissent plus tard sur la ligne médiane. La division du voile du palais sur la ligne médiane, division que la plupart des anatomistes rapportent à un arrêt de développement, est favorable à cette opinion. Sans rejeter positivement cette théorie, M. Cruveilhier affirme que, sur les jeunes embryons qu'il a eu occasion d'examiner , il a toujours vu le voile du palais sans division médiane.
Etat du voile du palais dans les divers äges.
1° Chez le fœtus de six à neuf mois, le voile du palais et la luette présentent, relativement, une grande étendue. Ce développement, si considérable par rapport à celui de l'ouverture postérieure des fosses nasales, que l’absence des sinus maxillaires rend très petites à cet âge, est très favorable à la succion, parce que, en se relevant, le voile ferme complétement les ouvertures nasales, et s'oppose à ce que le lait y pénètre. La longueur des piliers du voile est en rapport avec le développement de ce dernier organe. 2° Chez l'adulte, l’état du voile du palais est tel que nous l'avons décrit. Alors les ouvertures postérieures des fosses nasales ayant acquis tout leur développement par suite de l'agrandissement des sinus, le voile, lorsqu'il se relève, les bouche moins hermétiquement que chez le fœtus. 3° Chez le vieillard, le voile et les piliers paraissent plus développés que chez l’adulte, à cause de l’absence des dents ; mais en réalité il n’en est rien, bien que, par suite de la persistance des sinus, les ouvertures postérieures des fosses nasales conservent l'étendue qu'elles avaient chez l'adulte. Mais comme, par l'effet de la rétraction des alvéoles, elles reprennent un peu de l’obliquité qu’elles avaient chez le fœtus, le voile, en se relevant, a moins de chemin à faire pour se porter contre elle que lorsqu'elles sont dirigées perpendiculairement, et établit plus facilement une barrière entre elle et la partie du pharynx qui est au-dessous.
Usages du voile du palais.
La soupape que forme le voile du palais, organe souple, délicat, très mobile et encore plus sensible, remplit des usages non moins variés qu'importans , précisément par ces deux facultés, d’une mobilité très vive unie à une exquise sensibilité.
A. Comme organe mobile, le voile du palais offre trois sortes d’usages : 1° Il forme une cloison, ou une sorte de joue postérieure qui d’accord avec la base de la langue, aide à la mastication et à l’insalivation, en refoulant d’arrière en avant sous les arcades dentaires, les alimens qui n’ont pas été assez complétement triturés. 2° Il commence l’acte de la déglutition : ainsi pendant le passage du bol alimentaire par l’action de ses muscles élévateurs, les péristaphylins externe et interne, et le glossostaphylin, il s'étend et se soulève vers les orifices doubles , naso et auriculo-pharyngiens, pour empêcher les alimens et surtout les boissons de pénétrer dans les fosses nasales et les trompes d’Eustache. Après le passage du bol, il retombe au contraire
CAVITÉ
par le relâchement de ses muscles élévateurs, auquel vient en aide l’action de ses abaisseurs, le palato-pharyngien et le glosso-staphylin. Eu égard à ce premier usage, si essentiel dans la série des actes digestifs, le voile du palais offre entre les individus, suivant l’âge, la constitution et l’état de la santé, des différences considérables qui prouveraient que la déglutition, comme toutes les fonctions, présenterait des degrés d'énergie très variables. Ainsi la valvule palatine épaisse, forte, et d’un rouge intense chez les sujets jeunes et robustes, est mince, molle, flasque, blafarde
et gorgée de liquides chez les personnes débiles ou affaiblies, et
chez les vieillards. On a cru observer que cet organe est plus dense, épais et musclé chez les individus dont les lèvres et les joues, épaisses et charnues, accompagnent un appareil masticateur fortement armé; triple disposition qui coïncide ordinairement avec un vif penchant à la gloutonnerie.
3° Le voile du palais agit encore dans l’expectoration. Depuis Bichat qui en a parlé assez longuement, son action dans ce cas est généralement admise. «C’est surtout, dit Bichat, dans les circonstances ou des crachatsépais et tenaces traversent difficilement l’isthme du gosier, et où il faut les arracher. Alors, le mucus, chassé par les efforts de la toux, franchit la glotte, et parvient dans le pharynx; puis les glosso et pharyngo-staphylins se contractent, rapprochent la base de la langue du voile du palais, et forment ainsi une ouverture étroite derrière laquelle est poussé le crachat. Enfin, par une nouvelle impulsion de l'air venu des branches, ce crachat franchit rapidement cette ouverture étroite et parvient dans la bouche d’où il est rejeté au-dehors.»
B. Comme organe à-la-fois contractile et sensible, le voile du palais concourt à l’articulation des sons et aux modulations de la voix. Ainsi, par la contraction du glosso-staphylin qui rapproche l’un de l’autre la base de la langue et le voile du palais, cet organe aide à prononcer les consonnes palatines et à émettre tous les sons gutturaux. Mais son influence sur les qualités de la voix est encore bien plus variée. Selon Huschke, cet organe, par sa forme voütée, augmente le volume et l'éclat de la voix, et contribue à rendre les sons graves ou aigus, en élargissant ou resserrant l’isthme du gosier. Ajoutons en outre que, par une influence nerveuse sur la voix, trop délicate pour que l’on puisse bien s’en rendre compte, il agit aussi sur son timbre. D’après des observations qui auraient beaucoup d'intérêt si elles étaient suffisamment vérifiées, chez les hommes qui ont la voix grave et forte, le voile du palais, dit-on, est vaste et très concave vers la face buccale; les piliers y ont beaucoup de saillie; la luette, épaisse et arrondie, est très mobile. Cet organe est très concave aussi chez ceux qui ont la voix pleine; moins concave, plus court, mais fort chez ceux qui ont la voix forte et très élevée ; robuste également et très ample, chez les hommes qui donnent du cor ou qui sonnent de la trompette; mince au contraire, à bords aigus et à petite luette, chez les personnes débiles , dont la voix est claire; pâle, rigide et peu contractile, chez les sourds-muets. Chez les vieillards décrépits, cette même rigidité causée à-la-fois par l’induration sénile des tissus, la diminution de leur vascularité et l’affaiblissement de la force nerveuse, rend la voix saccadée, lente et chevrotante. Enfin, on sait que l’abus des liqueurs alcooliques et des plaisirs vénériens qui rendent le voile du palais mou, flasque, variqueux et tuméfié dans ses réseaux capillaires etses glandules, a pour résultat une voix basse et sourde, rauque et, comme l’on dit, rouillée.
C. En qualité d’organe purement sensible, le voile du palais, dont la surface est hérissée de papilles de diverses sortes, possède
trois espèces de sensibilité qui correspondent à la nature mixte, cérébro-spinale et ganglionaire, des nerfs qu’il reçoit. D'un côté, eu égard à l'influence nerveuse cérébro-spinale, à la sensibilité tactile générale, communes à toutes les parois de la bouche , il Joint une faculté sensorielle spéciale pour les substances âcres et améres. Et d'un autre côté, par rapport à l'influence nerveuse ganglionaire, il palpe en quelque sorte, sent et juge les qualités des alimens, des liquides et des corps de toute sorte, introduits dans la cavité buccale, et peut être considéré comme la sentinelle la plus active de l'appareil digestf, qui ne permet la déglutition du bol alimentaire qu’autant qu'il a été suffisamment préparé par la mastication et l’imprégnation salivaire, et repousse les substances qui pourraient être nuisibles. A cet effet , il est remarquable même que les trois modes de sensibilité de la valvule bucco-pharyngienne s’allient dans une combinaison singulière, à tel point qu'il suffit d’exciter par le simple contact de certains corps sapides, sa sensibilité chimique , ou par le plus léger chatouillement, sa sensibilité physique, pour provoquer à l'instant même un soulèvement général de tout l'appareil d’ingestion et de brusques vomissemens. Sous ces divers rapports, la luette est, de toutes les parties du voile du palais, l'organe le plus remarquable, car c’est celle où les divers usages de cet organe sont les plus apparens, et où la triple sensibilité qui lui est dévolue, est la plus exquise. Sa formé d’un appendice conoïde, suspendu librement au voile du palais et touchant à la base de la langue ; sa situation médiane qui la place au milieu du trajet du bol alimentaire; sa texture qui la montre douée d’autant de propriétés que de tissus : 1° contractile par elle-même et indépendamment du voile du palais, pour se porter dans tous les sens et surtout en arrière dans le sens de la déglutition; 2° fournie d’un abondant réseau vasculaire et d’un grand nombre de glandules, organes sécrétoires d’un liquide visqueux , propre à favoriser la déglutition; 3° hérissée de papilles nerveuses propres à apprécier toutes les qualités des corps étrangers, et en relation avec la sensibilité de l’appareil digestif... Tous ces caractères, si je ne me trompe, tendent à faire considérer la luette dans son ensemble, comme une masse papillaire ou, que l’on me permette cette expression, comme une énorme papille, à-la-fois sécrétante, mobile et sensitive, placée comme un surveillant attentif à l’entrée du tube digestif. Je ne pousserai pas plus loin ces considérations, mais, si l’on veut y réfléchir, tous les faits d’aberration de sensibilité de la luette, comme aussi ses altérations et les effets qui en résultent en pathologie, ne font que confirmer cet aperçu
physiologique.