‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 38 sur 373 · DES GLANDES AMYGDALES OU TONSILLES · texte numérisé non relu

DES GLANDES AMYGDALES OU TONSILLES

Les amygdales ont été ainsi nommées à cause de leur forme que l’on à comparée à celle d’une amande (awydaos); on les appelle encore tonsilles (tonsillæ). Au nombre de deux, ces organes, constitués par une agglomération de glandules et de vaisseaux, sont situés dans l'intervalle des piliers du voile du palais , que nous avons précédemment décrit sous le nom d’excavation amygdalienne. Dans leur forme obronde et aplatie, les amygdales présentent une petite extrémité tournée en haut et en dedans, et une grosse en bas et en dehors; par conséquent elles sont dirigées obliquement de haut en bas et de dedans en dehors. Leur volume varie beaucoup. Chez quelques individus, elles sont très petites; chez d’autres, au contraire, elles débordent les piliers du voile, s’avancent l’une vers l’autre et rétrécissent l’ouverture

postérieure de la bouche. En moyenne, elles offrent, pour leurs dimensions dans l’homme adulte, 12 à 16 millimètres de hauteur, et 8 à 9 de largeur et de plus grande épaisseur. En général, elles sont plus grosses chez les enfans que chez les adultes, épaisses et molles chez les personnes d’un tempérament lymphatique, denses et minces chez celles d’un tempérament sec. Toutes choses égales d’ailleurs, les irritations et les inflammations dont elles deviennent assez fréquemment le siége, contribuent à augmenter leur volume, et à faire développer en elles un état d’hypertrophie qui gène la déglutition, et quelquefois la respiration. Leur couleur, ordinairement rosée et grisâtre, peut devenir d’un rouge très prononcé.

Chacune des amygdales, dans sa forme obronde et aplatie, présente deux extrémités obtuses et arrondies, la supérieure, la plus petite, tournée en dedans, et l’inférieure, la plus grosse, inclinée en dehors. D'où il suit que la direction de l’amygdale est oblique de haut en bas et de dedans en dehors. De ses deux bords mousses, tapissés par la muqueuse orale, l’un est borné en arrière par le pilier postérieur du voile du palais, renfermant le muscle palato-pharyngien; l’autre par le pilier antérieur, contenant le muscle glosso-staphylin; la face externe de l'amygdale est en contact immédiat avec l’aponévrose céphalo-pharyngienne, recouvrant elle-même le muscle constricteur supérieur du pharynx. Elle répond à une profondeur moyenne de 2 centimètres et demi, en dedans et en avant de l’angle de la mâchoire inférieure; de sorte que, dans l’angine tonsillaire, le sillon cutané sous-maxillaire est tuméfié, et la pression du doigt en ce point détermine de la douleur. Dans l’espace intermédiaire monte verticalement l'artère carotide interne , et parfois même cette artère formant une légère coudure vers l’amygdale, s’en rapproche encore davantage. En chirurgie, il est important d’avoir bien présent à l'esprit ce rapport quand on veut opérer la résection de cet organe, afin de ne pas porter la lame de l'instrument trop près de sa base. La face interne de l’amygdale est libre, convexe et seulement revêtue par la membrane muqueuse qui pénètre dans les trous dont sa surface est criblée. Ces orifices, irréguliérement circulaires, au nombre de douze à quinze, de 1 à 3 millimètres de diamètre, séparés par d’autres plus petits, et disposés en séries linéaires, conduisent dans de petites cavités disposées en forme de cellules ramifiées , pénétrant dans l'épaisseur de l’amygdale, et reçoivent les canaux excréteurs des glandules qui viennent s’y ouvrir. Tantôt ces cellules sont entièrement isolées, tantôt elles communiquent entre elles par diverses ouvertures. Enfin les amygdales sont souvent divisées en plusieurs lobes. Cette disposition, qui les fait paraître multiples, tient à ce que les trous dont nous venons de parler, au lieu de rester isolés, se réunissent pour former des scissures qui s'étendent plus ou moins profondément dans leur épaisseur. Parfois, dit Huschke (probablement par la réunion de tous les orifices en un seul ), l’'amygdale présente la forme d’une poche dont le fond est percé par les orifices des follicules; disposition qui répète le type du singe et de quelques autres mammiféres.

Structure générale des amygdales.

Ces glandes sont constituées par un tissu particulier, par une membrane muqueuse et par des vaisseaux et des nerfs.

ro Tissu propre. Bichat considère ce tissu comme glanduleux : Iest, dit-il, pulpeux, mou, et analogue à celui des glandes mu-

queuses de la langue. Aujourd’hui, on le regarde plutôt comme une agrégation de follicules que M. Huschke appelle mucipares. Suivant M. Cruveilhier, les amygdales établissent le passage entre les follicules muqueux et les glandes , et il les regarde comme faisant suite aux follicules de la base de la langue. Nous verrons plus loin ce qui ressort à cet égard de l’examen microscopique. En somme, ce tissu est très poreux; les trous qui se montrent à la.surface interne de l’amygdale et pénètrent profondément dans son épaisseur, pour y constituer des cellules, sont considérés ‘comme étant tapissés par la muqueuse de la bouche qui pénètre jusqu'à leur fond, d'ou il suit que ce serait à la surface des espèces de petits calices formés par cette membrane, que s’ouvriraient les conduits excréteurs. Pour bien voir ces conduits , il faut suivre le conseil de Bichat, c'est-à-dire porter dans les orifices des cellules une sonde à panaris, et inciser dessus avec le scalpel. Chez certains sujets, les cellules sont très faciles à distinguer; chez d’autres au contraire, elles sont moins visibles, parce qu’elles sont affaissées sur elles-mêmes; néanmoins elles existent toujours.

2° Liquide amygdalien. Les conduits excréteurs donnent issue à un fluide visqueux particulier aux amygdales, qui paraît sé- Jjourner, au moins en partie, quelque temps dans les cellules avant de s’écouler dans le pharynx, car il s'y concrète, et en est expulsé sous forme de grumeaux jaunâtres, onctueux, durs, cassans et d'une odeur caséeuse très fétide. Si ces grumeaux ne peuvent être expulsés, ils deviennent la cause d’inflammations qui se répètent plus ou moins fréquemment et se terminent le plus souvent par résolution, mais quelquefois aussi par suppuration. Dans l’état ordinaire, il suffit de presser un peu le tissu de l’amygdale, pour en faire sortir le fluide et les grumeaux qu'il contient. Dans les angines tonsillaires, il s’épaissit et se concrète sous forme de fausses membranes qui, tapissant les cellules, sortent à l'extérieur par leurs orifices , et recouvrent l’amygdale d’une pellicule blanchâtre qui ne s’en détache qu'avec beaucoup de difficulté. Jusqu'ici le fluide amygdalien a été peu étudié ; aussi ce que l’on a dit de ses propriétés paraît-il fort hypothétique. On suppose qu'il est destiné à favoriser le passage du bol alimentaire dans la déglutition et on en induit qu'il est sécrété avec plus d’abondance pour le moment de ce passage, pendant l’acte de la mastication. Cette opinion, corroborée par la viscosité du liquideamygdalien , offre beaucoup de vraisemblance. Mais il ne s'ensuit pas que ce liquide ait, comme on l’a prétendu, beaucoup d’analogie avec les fluides muqueux. Loin de là, il s’en éloigne également par ses caractères physiques et chimiques, comme l'amygdale elle-même, suivant que nous le verrons plus loin, s'éloigne, par sa texture, de celle des follicules muqueux.

3° La muqueuse est la continuation de celle de la bouche. Elle revêt la surface interne de l’amygdale , pénètre dans ses cellules par les orifices extérieurs, tapisse leur surface interne, et se continue au-delà avec l’épithélium des canaux excréteurs.

4° Vaisseaux sanguins et lymphatiques.

(a) drtères. Ce sont : 1° l'artère tonsillaire (ramus tonsillaris, Princeps tonsillæ arteria, de Haller). Elle naît de l'artère labiale de la maxillaire externe; monte le long du stylo-glosse vers la langue et va se distribuer à cet organe et surtout à l’amygdale. 2° La palatine inférieure. Née aussi de la labiale, elle par-

CAVITÉ

vient entre les piliers du voile du palais, et se distribue en partie à l’amygdale correspondante. 3° La palatine supérieure qui vient de la maxillaire interne, et que nous avons déjà vue fournir des rameaux au voile du palais, en donne aussi quelques-uns à l’amygdale. Il en est de même de la pharyngienne supérieure. 4° Des rameaux qui viennent de l'artère linguale : c’est l'artère dorsale de la langue qui les fournit. Elle se détache du tronc lingual au-dessous du muscle hyoglosse, se porte derrière lui vers la base de la langue et se répand sur le dos de cet organe, sur le voile du palais, et sur l’amygdale.

(b) Veines. Elles forment autour de l’amygdale un plexus qu'on appelle tonsillaire et qui n’est qu’une dépendance du plexus pharyngien.

(ce) Vaisseaux lymphatiques. Is vont tous se jeter dans les ganglions lymphatiques qui sont situés sous les angles de la mâchoire inférieure.

(d) Nerfs. 1° Le nerf glosso-pharyngien parvenu au sommet de l’apophyse styloïde ou bien un peu plus bas, donne naissance à deux rameaux. Ceux-ci descendent en dedans et en arrière, et donnent en passant des ramifications aux muscles constricteurs supérieurs : une de leurs ramifications se jette dans l’amygdale. > Le nerf lingual parvenu au niveau du pharynx fournit deux ou trois filets aux tonsilles et au constricteur supérieur. Les filets provenant de cette double origine, forment, sur la face interne de l’amygdale, un plexus tonsillaire d’où partent les nervules qui se distribuent dans la substance de la glande.

Structure intime.

A l’œil nu et à la loupe, l’amygdale se compose évidemment de l’assemblage de lobules dont chacun est formé lui-même par des granules sphéroïdales ou oblongues, de 1-1, 5 à 2 millimètres de diamètre, agglomérées autour d’une petite cavité située vers la face interne de la glande. Ces cavités, comme nous l’avons vu, ouvertes à l’intérieur, communiquent néanmoins ordinairement plusieurs les unes dans les autres, de maniere à figurer autant de petits bassinets avec leurs calices, lesquels sont souvent remplis par la matière caséiforme en grumeaux, sorte de calculs amygdaliens plus mous que ceux de la vésicule biliaire, mais pouvant jusqu’à un certain degré leur être comparés par le mode commun de leur formation.

Pour éclairer la physiologie de l’amygdale, j'ai soumis à l’examen microscopique cette glande remplie par une injection très fine. Voici, à cet égard, le résultat de mes observations, dont j'ai donné le dessin décalqué au microscope (PI. 16 és, fig. 2).

A un grossissement de trente diamètres, chacune de ces petites granules dont se compose l’amygdale paraît avoir pour base un tissu mou, comme spongieux et transparent. Ce tissu est presque entièrement formé par un réseau sans fin, à trois dimensions, de capillicules sanguins de 1/40° à 1/80° de millimètre de diamètre, continuellement contournés sur euxmêmes et offrant un aspect vermiculé. Les intervalles de ces capillaires remplis par le tissu mou , représentent des polyèdres arrondis de trois à cinq fois le volume des vaisseaux eux-mêmes, 1/15° à 1/25° de millimètre. Dans l'épaisseur du réseau sont semées des glandules microscopiques globuleuses ou oblongues, large-

MU Ve

ment espacées, de 1/10* à 4/10° de millimètre de volume, formées elles-mêmes en apparence par des agglomérations de petits vaisseaux et qui sont pénétrées partout, par les capillaires du réseau commun qui les renferme. Les cellules de l’amygdale sont environnées par des granules plus petites, figurant par leur continuité sous le microscope, une houppe circulaire de ce même réseau capillaire qui s'y découpe en franges arrondies. Leur fond est également tapissé par des capillicules sanguins , mais d’un plus gros volume 1/30° à 1/50° de millimètre, moins fournis, plus longs et plus droits que ceux du tissu entre les cellules. Dans celles-ci on voit s’aboucher des canaux bien reconnaissables de 1/3 à 1/4 de millimètre de diamètre que je suppose bien être des excréteurs, mais dont la nature pourtant ne m'est pas démontrée, car je n’ai pu saisir leurs relations avec les glandules. Telles sont les observations que j'ai pu faire jusqu’à présent. Elles sont encore très incomplètes et laissent bien des lacunes. On n’y voit pas de relation précise entre les canaux et les glandules : l'appareil lymphatique et la nature du tissu intermédiaire n’en sont pas déterminés, etc. Toutefois, malgré ces imperfections, on y puise des notions certaines. En somme l’amygdale paraît bien un tissu glandulaire, mais non, comme on l’a dit, une glande acineuse, et encore moins un amas de follicules muqueux. Sa texture éminemment vasculaire rend parfaitement raison de la fréquence de ses inflammations et de ses hypertrophies. Encore quelques recherches et la texture de cette glande sera bien connue.

Etat des amygdales suivant les divers âges.

Chez le fœtus, les amygdales sont relativement très volumineuses, arrondies et font plus de saillie vers l’isthme du gosier que dans les autres âges. Les cellules, affaissées sur elles-mêmes, sontpeu apparentes, ce qui semble résulter de ce que, à cet âge, ces organes n’ont pour ainsi dire pas de fonctions à remplir, le lait ou les liquides qui constituent presque seuls la nourriture, pouvant facilement traverser l’isthme du gosier, sans qu'un fluide visqueux lubrifie par avance le passage. Mais à mesure que la nourriture liquide est remplacée par des alimens solides, on voit les amygdales prendre plus de développement, et acquérir la forme globuleuse qu'elles conserveront toujours. Leurs cellules alors deviennent apparentes, et peuvent être suivies par la dissection. Chez les vieillards, elles conservent le même aspect que dans l’âge adulte, parce qu’elles ont les mêmes fonctions à remplir. Seulement comme tous les tissus glandulaires mous, à mesure que survient la décrépitude, elles passent à l’un des deux états opposés de tuméfaction variqueuse molle ou d’induration, ou plus communément encore , à un mélange de tous les deux.

Usages. Comme nous l’avons dit, les amygdales, dans l’opinion des physiologistes, paraissent avoir pour usage de sécréter un fluide onctueux, destiné à lubrifier l’isthme du gosier pour faciliter le passage du bol alimentaire dans le pharynx.

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