‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 40 sur 373 · PAROI INFÉRIEURE DE LA CAVITÉ ORALE · texte numérisé non relu

PAROI INFÉRIEURE DE LA CAVITÉ ORALE

Elle est formée par la langue et par le plancher musculaire sous-lingual, revêtu par la membrane muqueuse buccale.

DE LA LANGUE (pl. 15 et 15 bis).

Définition. La langue (lingua, ÿ5%e0x), organe essentiel du goût et de l'articulation de la parole, et auxiliaire indispensable des modulations de la voix, de la mastication, de l’insalivation et de la déglutition, est un organe musculeux, libre et très mobile, qui occupe; sur le plan moyen, la cavité orale. En raison des usages importans qu’elle remplit dans le système digestif, la langue, en rapport de développement avec le sens de l’olfaction et les appareils masticateur et salivaire, est, par sa forme , son étendue, sa densité, sa structure, sa mobilité et sa sensibilité , l'un des organes qui offrent le plus de variétés dans les animaux.

Situation, connexions. Etudiée chez l’homme, la langue se présente sous la forme d’un appendice musculeux, plus long que large, pluslarge et plus épais en arrière qu’en avant. Située à l’entrée du canal alimentaire dans la bouche, elle en occupe la paroi inférieure et la remplit presque en totalité lorsque cette cavité est fermée. Dans sa position » la langue est circonscrite en avant et sur les côtés par les dents et les arcades alvéolaires de

la mâchoire inférieure; en arrière par l’épiglotte et la cavité du pharynx; en haut par la cavité orale si celle-ci est ouverte, et quand elle est fermée, par la voûte palatine; en bas par l'os hyoiïde et la cavité du pharynx.

Moyens de fixation. Bien que la langue ait la liberté d’exécuter une multitude de mouvemens assez étendus, elle est cependant assez solidement fixée dans la situation que nous venons d'indiquer : d’abord par des ligamens et des muscles à l’os hyoïde, puis par des muscles seulement à l’apophysestyloïde, et à la màchoire inférieure. Plus loin, en traitant des mouvemens de cet organe, nous examinerons la question de savoir si, comme on le dit, certains individus ont pu se donner la mort en avalant leur langue.

Le volume absolu de la langue n'est pas exactement celui de la cavité buccale fermée, car, en cet état, il existe encore, entre cet organe et les parois de la cavité orale, des espaces étroits où circule la salive. Ces espaces périphériques sont : 1° en avant, entre l'extrémité libre de la langue et le plancher de la muqueuse intermaxillaire; 2° en arrière, entre la base de la langue, le voile du palais et les joues derrière les dents molaires; 3° au contour, entre la circonférence de la langue et les’ bords libres superposés des arcades dentaires. Le volume relatif de la langue offre de nombreuses variétés entre les individus. En général , il est proportionnel d’une part à la courbe et au volume de la màchoire inférieure, et de proche en proche, de tout l'appareil masticateur; et d'autre part au développement de tout l'appareil musculaire locomoteur. Il devra donc être ordinaire de rencontrer une langue volumineuse chez les individus bien musclés et, au contraire, une langue mince chez ceux dont les muscles sont gréles. Toutefois les exceptions à cette règle générale ne sont pas rares. Il y a des sujets dont la langue , épaisse et volumineuse, remplit toute la cavité orale et s’insinue même entre les dents ; tandis que chez d’autres, la langue petite et mince, laisse de plus grands intervalles. On a remarqué avec raison que les premiers ontune prononciation lente, embarrassée , lourde et confuse ; tandis que les seconds ont la parole vive, nette et rapide. En somme, trop volumineuse ou trop petite, la langue est moins propre à l'articulation des sons. Toutefois il serait difficile d’établir dans quelles limites ce volume doit être maintenu pour que la prononciation ne soit pas altérée, car on a pu enlever une partie assez considérable dela longueur et de la largeur de la langue sans nuire d’une manière aussi notable que l’on aurait dù s'y attendre à la prononciation des mots. Enfin, considérée dans ses dimensions, la langue offre en moyenne, pour son diamètre antéropostérieur , 6 centimètres dans la cavité orale et 4, >-5 dans sa portion hyoïdienne, en tout, de 10 à 12 centimètres; pour son diamètre transversal, 5 au milieu et à la base, qui se réduisent à 3 vers sa pointe; pour son diamètre vertical, 2 centimètres et demi au milieu, et 6 à 8 millimètres seulement à son attache postérieure-et à sa pointe. Ces dimensions au reste sont celles de la langue au repos dans la cavité de la bouche. Dans les mouvemens où cet organe s’allonge, s’élargit, se rétracte sur lui-même, l’étendue relative de ses diamètres varie beaucoup, mais, à peu de chose prés, sans changer son volume, qui ne fait quese traduire avec des formes différentes.

Le poids de la langue d'un homme adulte est de 106 à 130 grammes (Huschke), ce qui donne, comparé au poids du corps en son entier, la proportion de 1 : 500-700.

Direction. La langue contenue dans la bouche, et à l’état de repos, décrit une courbure presque demi - circulaire, de l’os hyoïde derrière les dents incisives inférieures. Brisée à la hauteur du voile du palais, où la langue passe de la cavité orale dans celle du pharynx, cette courbe se divise en deux autres qui marquent les deux portions de la langue : une portion orale comprise entre les dents incisives et le voile palatin, dite avec raison horizontale, en raison de sa direction d’ensemble, quoique sa surface soit convexe comme la voûte palatine à laquelle elle s’adapte; etune portion pharyngienne, verticale, étendue depuis l'isthme du gosier jusqu’à l'os hyoide. Lorsque la langue est projetée directement hors de la bouche, sa portion orale est tout-à-fait horizontale. Si elle est érigée en haut, l’espèce de brisure qui existe sur sa face supérieure, se redresse, s’efface et l'organe forme dans son ensemble un plan oblique de haut en bas et d’avant en arrière, de l’orifice de la bouche vers le gosier. Dans cette situation , si sa pointe se redresse vers le sillon sousnasal, la langue, dans sa longueur, décrit une double courbe en S; si au contraire la pointe s’abaisse au plus loin vers le menton, la face dorsale de la langue décrit presque régulièrement une courbe demi-circulaire. En somme, la direction de la langue est susceptible de changer beaucoup par l'exercice des mouvemens de tout genre dans les divers sens, vertical, horizontal ou oblique, qu’elle peut exécuter.

La forme de la langue examinée dans l’état de repos, quoique assez régulière, est difficile à bien déterminer. M. Cruveilhier la compare à un ovale dont la grosse extrémité serait en arrière. D’autres anatomistes la représentent comme une pyramide triangulaire, très aplatie de haut en bas, et arrondie sur ses angles, dont la base regarderait en arrière et le sommet arrondi en avant. On peut aussi la définir un cube ellipsoïde, aplati de haut en bas et incurvé sur lui-même à angle droit. Mais ces déterminations vagues sont insuffisantes. Contentons-nous de dire que la langue, aplatie en arrière, prend dans sa portion libre, la forme de la cavité orale, sur les parois paraboliques de laquelle se moule sa périphérie.

La langue est un organe parfaitement symétrique, composé de deux moitiés qui, pour l'ordinaire, sont entièrement égales. Aplatie d’avant en arrière, renflée au milieu, entre les dents grosses molaires, et plus large vers sa partie postérieure que vers sa pointe, on y considère une face supérieure, une face inférieure, deux bords latéraux, une base et un sommet. Nous

allons examiner ce que chacune de ces parties présente de particulier.

Face supérieure de la langue. On l'appelle aussi dos de la langue. Cette face qui est dirigée vers la voûte palatine est libre et recouverte par la membrane muqueuse de la bouche. Un sillon médian plus ou moins profond ou superficiel, suivant les individus, et dirigé d’avant en arrière, la sépare en deux moitiés latérales parfaitement semblables. Près de l'extrémité postérieure de ce sillon, et vers la base de la langue, on trouve un enfoncement remarquable par son étendue et d’une forme qui n’est pas toujours la même; on l'appelle trou borgne de la langue (foramen cœæcum de Morgagni, lacune de la langue de Chaussier). On ne le trouve pas chez beaucoup de sujets; mais lorsqu'il existe il présente des variétés sous le rapport de la grandeur et de la profondeur; chez quelques-uns il est à peine visible, chez d’autres au contraire il offre plusieurs millimètres

de profondeur. Quelques anatomistes ont dit que des conduits salivaires venaient y aboutir; mais il a été démontré que ce qu'on avait pris pour des conduits salivaires, n’était que de petites veines. Bichat, Cloquet, Boyer considèrent ce trou comme destiné à recevoir le produit de la sécrétion de plusieurs follicules muqueux dont les conduits excréteurs viennent aboutir dans son intérieur. M. Cruveilhier croit que ce n’est autre chose que la cavité d’un calice à papille peu développée. L'une et l’autre opinion me paraissent fondées, car on y trouve à-la-fois des glandules et des papilles. Sur un grand nombre de sujets, on rencontre un plus ou moins grand nombre de sillons transversaux ou obliques, assez profonds, mais trés courts, qui viennent à droite et à gauche aboutir au sillon médian.

Outre les sillons dont nous venons de parler, la face supérieure de la langue en présente un grand nombre d’autres affectant des directions variées, et une foule de petites éminences plus ou moins saillantes et de volume inégal. Ces éminences sont de deux espèces bien différentes : les unes de nature glanduleuse, et les autres de nature papillaire. Les premières, qui occupent la partie postérieure ou pharyngienne de la face dorsale de la langue, sont séparées des secondes, situées en plus grand nombre sur la partie antérieure ou orale du même organe, par deux séries de papilles plus volumineuses placées les unes à droite et les autres à gauche du sillon médian , et rangées de

Part et d’autre sur une ligne droite qui, partant du trou bor-

gne, se dirige obliquement en dehors et en avant, de manière à laisser entre elles un espace en forme de V ouvert à angle droit en devant. Qu'il nous suffise de signaler en passant ces diverses particularités sur lesquelles nous reviendrons en parlant de l’organisation de la langue.

Face inférieure. Elle n’est libre au milieu que dans son tiers antérieur : le reste est rempli par les muscles génio-glosses qui fixent la langue à la mâchoire inférieure et pénètrent dans son épaisseur jusque vers sa pointe. Mais le faisceau des génioglosses, évidé à sa partie inférieure , n'occupant que la partie médiane longitudinale de la langue, dans l'épaisseur de laquelle il s’épanouit en gerbe, la face inférieure de cet organe continue d’être libre de chaque côté, et forme deux gouttières collatérales qui se prolongent en arrière jusqu’au dessous du pilier antérieur du voile du palais où elles se terminent en cul-de-sac. Sur la ligne médiane on trouve un sillon dirigé d’avant en arrière. Il est plus marqué que celui de la face supérieure, et se termine en arriere à un repli plus ou moins allongé que forme la membrane muqueuse de la bouche, en passant au-devant et sur les côtés des muscles génio-glosses. C’est à ce repli qu’on donne le nom de frein de la langue. Parfois chez les nouveau-nés il s’avance jusque vers la pointe de cet organe, et devient un obstacle à la succion. C’est ce que l’on nomme le Jilet, auquel on remédie par une simple section. Lorsque cette opération n'a pas été faite en son temps, et que le filet persiste chez l'enfant, il devient un obstacle à la prononciation, et doit étre enlevé pour rendre à la langue la liberté de ses mouvemens. En avant le sillon médian se termine à la pointe de la langue en se réunissant avec celui de la face supérieure. À droite et à gauche de ce sillon se voient deux saillies formées par le relief du bord antérieur des muscles génio-glosses. Au-dessous existent deux grosses veines superficielles, /es ranines qui se prolongent jusque vers la pointe de l’organe. Gette face est lisse, polie et ne présente pas de papilles.

Les bords qui séparent la face supérieure de la face inférieure de la langue, arrondis de haut en bas, diminuent graduellement d'épaisseur d’arrière en avant. On ÿ voit sans aucune préparation les limites de la face supérieure et de la face inférieure. La première envahit un peu sur le bord de la langue qu'elle revêt dans l'étendue de 4 millimètres par sa couche papillaire. La seconde trace la démarcation par un large renflement de la muqueuse. De petites saillies verticales, séparées les unes des autres par des sillons peu profonds, montent sur ses bords, de la face inférieure vers la supérieure, et vont se perdre entre les rangées de papilles qui la couvrent. Ces sillons moins marqués chez certains sujets que chez d’autres, sont toujours plus apparens en arrière qu’en avant. En arrière les bords latéraux de la langue se fixent par des languettes (muscles mylo-glosses) à l'os maxillaire inférieur, et reçoivent les muscles glosso-staphylins.

Le sommet (apex), où la pointe, est libre et arrondi, plus ou moins large suivant les individus, surtout suivant les mouvemens de l'organe. Chez quelques sujets il est rendu bifide par la jonction des sillons médians des deux faces.

La base ou la racine (radix) de la langue, appelée aussi son extrémité hyoidienne , est unie à l’épiglotte par trois petits replis de la membrane muqueuse de la bouche auxquels on donne le nom de replis glosso-épiglottiques ou ligamens de l'épiglotte, et que nous décrirons avec cet appendice. La plus grande épaisseur de la langue existe au niveau du trou borgne; sa partie la plus mince correspond au point où elle s’insère à l’hyoïde, ses attaches à cet os devenant fibreuses.

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