VARIÉTÉS DE LA LANGUE
La langue est un organe trop important pour offrir fréquemment des modifications considérables qui empécheraient l'enfant d’être viable. Meckel signale en ce sens deux vices de conformation: l’hypertrophie et la duplicité congéniales. Cette dernière n'est réelle qu’autant qu'il existe deux langues superposées; dans ce cas leur volume est inégal et la supérieure n’est que rudimentaire. Au contraire les deux langues juxtaposées latéralement ne représentent que les deux moitiés d’une même langue séparées sur le plan moyen par une division ou une absence de soudure congéniale.
Les variétés les plus communes de la langue ont rapport à ses dimensions, longueur, largeur ou épaisseur, en plus ou moins, et tiennent en général à une conformation correspondante de l'enceinte des os maxillaires, qui influe sur le développement proportionnel de toutes les parties contenues dans la cavité buccale. Les accidens de cette nature, restreints dans des limites peu étendues, sont assez communs et se traduisent surtout par certains vices de prononciation. Une autre cause aussi influe sur le degré de mobilité de la langue; il s’agit des adhérences en plus ou moins qui amènent des effets contraires. Tantôt le frein de la langue étant trop court et lâche, l'organe lui-même est en quelque sorte trop mobile; tantôt le frein est trop prolongé en avant, ou même la langue adhère par des brides latérales à la muqueuse du plancher sous-jacent. De ces deux cas le premier, assez commun, et dont nous avons déjà fait mention, ne fait que gêner les mouvemens de la langue; mais le second entraine son immobilité. On remédie à l’un et à l’autre par la section des adhérences.
Enfin quelques auteurs ont cru remarquer des variétés dans le nombre des papilles qui, par leur influence négative sur les
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sensations gustatives, constitueraient un vice de conformation assez grave. Bonn mentionne une langue d'homme où les papilles étaient remplacées par autant de petites dépressions. Jussieu, Blzmenbach citent des exemples analogues de développement incomplet de l'appareil papillaire. Suivant Huschke les papilles caliciformes manquent quelquefois entièrement. Sans nier absolument ces faits, nous croyons néanmoins qu’il faudrait pour les admettre de nouvelles confirmations, car l’anatomie microscopique des papilles est encore trop nouvelle pour que l’on puisse ajouter beaucoup de foi aux observations que l’on croit avoir faites sur leur absence. Pour prononcer positivement à cet égard il ne faudrait pas moins que l’absence bien constatée du goût pendant la vie, corroborée après la mort du même sujet par celles des papilles recherchées, comme on peut le faire aujourd’hui, avec toute la rigueur que permet l'anatomie microscopique. Si jusque-là nous croyons la question indécise, à plus forte raison rejetterons-nous dans le doute cette observation de Morgagni d’une langue dépourvue de glandules et où les papilles étaient remplacées par des tubercules blancs, et ce fait, encore plus singulier, d’Amatus Lusitanus qui, sur la langue d’un homme, au lieu de papilles n'aurait vu que des points qui repoussaient après avoir été arrachés. Des faits de cette nature ressemblent trop à des cas pathologiques pour que l’on en puisse conclure l’absence des papilles.