FONCTIONS DE LA LANGUE
Elles sont de deux sortes : d’une part la langue est l'organe essentiel du goût. Nous renvoyons sous ce rapport à ce que nous en disons avec les appareils sensitifs dans le système nerveux. D'autre part la langue forme par elle-même un appareil de mouvement volontaire très complexe, et sous ce rapport, avec l’auxiliaire des parois tant fixes que mobiles de la bouche, devient dans cette cavité l’agent principal des fonctions les plus variées : 1° comme organe de l’appareil digestif, la langue contribue à exercer la succion, la préhension des alimens, la mastication , l’insalivation , la formation du bol alimentaire, toutes fonctions auxiliaires de la gustation, et elle concourt à la déglutition pharyngienne, le premier acte de l’ingestion stomacale; 2° par les rapports de la cavité buccale avec les voies respiratoires la langue joue le rôle le plus essentiel dans l’articulation des sons, le sifflement, le soufflement, l’expuition des crachats ; 3° enfin comme agent mécanique et en s’aidant de l'expiration, elle sert à l'expulsion des mucosités et des corps étrangers.
Il ne fallait pas moins que des actions si variés pour motiver la musculature si complexe, le volume si considérable et le grand nombre des nerfs que nous avons reconnus dans la langue. Donnons en quelques mots l’analyse des mouvemens de cet organe.
La langue se projette au-dehors ou se rétracte sur elle-même, et, en même temps s'élève, s’abaisse, s'incline d’un côté à l’autre et parcourt à volonté, dans les rayons intermédiaires, tous les degrés de la circonférence dont son axe est le centre.
Parmi ces mouvemens, les uns lui sont communiqués, les autres lui sont propres: les premiers sont déterminés par les contractions de ses muscles extrinsèques, et les seconds par celles de ses muscles intrinsèques. Mais telle est l’intime com-
binaison de ces actions qu’elles sont indivisibles dans leur simultanéité.
Rappelons en quelques mots ce que nous avons dit dans la myologie de l’action isolée des muscles extrinsèques. Le styloglosse et le glossostaphylin soulèvent la base de la langue. L’Ayoglosse abaisse cet organe de son côté. Le z#2yloglosse fixe sa base contre l'os maxillaire. Le génioglosse, par ses fibres postérieures, soulève l'os hyoïde et projette la pointe de la langue hors de la bouche; il la rappelle dans cette cavité par ses fibres antérieures et par les moyennes abaisse la langue par son milieu. Les muscles extrinsèques, se mélant dans la texture de la langue aux muscles intrinsèques, leurs mouvemens se combinent avec ceux de ces derniers et en sont les points de départ; en sorte que, dans chaque espèce de mouvement, les divers muscles extrinsèques et intrinsèques sont solidaires. Justifions cette assertion par des exemples.
1° La langue se raccourcit d'avant en arrière par la contraction simultanée de ses trois plans de fibres longitudinales (les muscles linguaux longitudinaux ) aidés par les trois paires de muscles extrinsèques, surtout les styloglosses quisont aussi des muscles longitudinaux. 2° Elle se rétrécit par la rétraction de ses fibres transversales (les linguaux transverses) aidés par les génioglosses. 3° Elle s’aplatit, lorsque ses fibres verticales se raccourcissent appuyés aussi par les génioglosses, et se creuse en gouttière lorsqu'à l’action plus forte de ces derniers muscles, s'ajoute celle des linguaux transverses. 4° La pointe de la langue s’incurve: (a) en dehors par l’action de ses fibres longitudinales latérales les stylo-glosses, aidés par l’hyoglosse , le myloglosse et le glossostaphylin du même côté; (b) en avant, en dehors et en haut, en ajoutant à cette action simultanée la prédominance du lingual longitudinal supérieur; (c) en dehors et en bas par la contraction combinée du lingual longitudinal inférieur, du génio et de l’hyoglosse. 5° La pointe aussi se recourbe directement en bas vers le filet par l’action isolée des muscles linguaux longitudinaux inférieurs. 6° Enfin, elle se porte en haut et en arrière par la seule rétraction du longitudinal supérieur. Dans ce dernier mouvement la pointe s'approche plus ou moins de l’isthme du gosier. On a élevé la question de savoir si elle pouvait s’y engager et déterminer la suffocation. De nombreux récits affirment que des nègres esclaves ou des prisonniers étaient parvenus à se donner la mort en avalant leur langue; on comprend que cela puisse arriver chez certains individus qui, par suite d’une conformation vicieuse, d’une hypertrophie de la langue ou d’un relâchement considérable du filet, peuvent la porter très loin en arrière; mais on ne peut admettre que cet accident puisse être produit à volonté. En résumé, on voit que tous les mouvemens de la langue se traduisent par ceux de la pointe, son extrémité libre. Du passage successif de l’un à l’autre par tous les rayons du cercle, rés sulte son mouvement général de circumduction, lequel combiné avec la rétraction ou la projection générale de la langue , peut s'exercer également à tous les plans de la cavité buccale.
La puissance de la locomotion de la langue est utilisée pour les actes mécaniques auxiliaires des fonctions splanchniques. Sa délicatesse est plus essentiellement réservée pour les fonctions cérébro-spinales. Rien n’égale la rapidité, la souplesse et la précision de ces mouvemens si intimement liés à l'intelligence, dans l'articulation de la parole et les accentuations de la voix. Et si à ce subtil mécanisme on ajoute l'exquise sensibilité de la langue comme organe de sensation gustative et tactile, et comme sentinelle des voies digestives, on y reconnait un agent intermédiaire d’une admirable perfection, alliant, dans un harmonieux accord, les fonctions les plus humbles de l'appareil nerveux
splanchnique aux manifestations les plus élevées de l’appareil nerveux cérébro-spinal.
La membrane tégumentaire ou muqueuse de la bouche, en contact habituel avec deux espèces de corps étrangers, avides d'humidité , l’air et les substances alimentaires, et qui, cependant, pour l'exercice des fonctions de toute sorte de ses divers organes, a besoin de rester elle-même molle et humide, reçoit en conséquence une grande quantité de liquides. De ceux-ci, les uns, en très grande abondance et doués de propriétés chimiques, se mêlent au bol alimentaire qu'ils réduisent en pâte, et lui font subir une première altération dans sa composition organique, qui le prépare pour les élaborations ultérieures par lesquelles il doit passer. Ces liquides d’origines diverses sont ce que l’on nomme d’une manière générique la salive. Les autres, relativement en quantité minime, visqueux et filans, semblent avoir pour objet spécial de lubrifier les surfaces et de faciliter le glissement des corps étrangers, spécialement le bol alimentaire, dans les actes de la mastication et de la déglutition : ces liquides sont désignés en commun sous le nom de mucosités. Delà, deux sortes de glandes, salivaires et mucipares. Mais cette distinction admise et en supposant qu’il n’y en ait pas plusieurs autres produits de sécrétion encore inconnus, reste à en faire la répartition aux glandes de la cavité buccale. Nous avons eu déjà l’occasion de signaler, sur les différentes parois de la bouche, de nombreuses glandules. Ce n’est pourtant là, en volume au moins, qu’une très petite fraction de l'appareil glandulaire de cette cavité. 11 y manque les deux principaux groupes latéraux des grosses glandes salivaires proprement dites. Maintenant que, avec ces dernières, toutes les glandes de la bouche nous sont connues, voyons ce que dans l’état actuel de la science on peut dire de plus plausible sur leur classification.
En premier lieu est la glandule ou le follicule réputée mucipare. Dans la définition d’un saccule simple ou multiloculaire s’ouvrant à son sommet par un petit orifice sur la muqueuse, à cette catégorie appartiennent sans contestation, pour tous les anatomistes, les glandules de la base de la langue, et j'y ajouterais, comme offrant les mêmes caractères, certaines glandules de la surface adjacente du voile du palais dont on fait suinter aussi en raclant un liquide visqueux. Huschke, ordinairement si exact dans sa splanchnologie, sur la détermination histologique des organules, décrit en commun, sous le nom de glandes mucipares, presque toutes les glandules de la cavité de la bouche, les labiales,buccales, molaires, linguales et les palatines, tant de la voûte que du voile du palais, quoique les caractères anatomiques qu'il leur assigne, et avec raison, soient différens. Une pareille confusion ne me semble pas pouvoir être admise. Nous venons de voir que les saccules, que l’on peut nommer muqueux, sont bornés à la base de la langue et au voile du palais, où leur liquide semble bien avoir pour destination de rendre onctueux et glissant le passage du bol alimentaire à l’isthme du gosier, ou de la bouche dans le pharynx. Les glandes linguales profondes, décrites par E.-H. Weber seraient bien aussi, d’après l’auteur, des saccules; mais leur situation singulière, la longueur et la disposition arborisée de leurs canaux excréteurs en font une catégorie à part dont l’objet nous échappe. Toutes les autres glandules ont une structure différente. L'amyg-
dale, comme nous l’avons vu ci-dessus, tant par sa texture composée de glandules vasculaires spéciales, enveloppées en commun dans un réseau capillaire microscopique, que par les propriétés du produit de sa sécrétion, parait bien aussi destinée à enduire d’un liquide visqueux les côtés de l’isthme du gosier ; mais du moins ne peut-on pas lui appliquer la dénomination de glande mucipare.Restent les glandules labiales, buccales, molaires et palatines de la voüte, que les anatomistes français s'accordent aujourd’hui à considérer comme salivaires, et auxquelles j'ajouterais les glandes de Nühn sous la pointe de la langue et leurs glandules accessoires latérales. Revenons un peu sur ces diverses glandes sur lesquelles nous avons à ajouter d’après nos recherches, comparées à celles des auteurs, quelques détails qui ne sont pas sans intérêt.
Toutes ces glandules se ressemblent. Elles sont pleines, globuleuses, solides, formées de petites granulations microscopiques ; toutes reçoivent, par leur périphérie, des artérioles et des filets nerveux relativement très volumineux, et dégagent des veinules et de petits canaux excréteurs qui viennent s'ouvrir sur la surface muqueuse. Ce sont en un mot les caracteres des glandes salivaires. Le liquide de leur sécrétion aussi paraît analogue à la salive, au moins quant aux glandules labiales. M. A. Sébastian (477. de la chirurgie française et étrangère, Paris 1842) l’a trouvé transparent, visqueux et renfermant des particules membraneuses, grenues, avec un ou deux noyaux de 1/160-1/200 de millimètre de diamètre, et des globules isolés de 1/890-1/960 ; composition organique analogue à celle de la salive. Du reste si, comme je l’ai fait souvent, on examine ce liquide que l’on peut facilement se procurer soi-même isolé, en assez grande quantité, par la succion de la pointe de la langue, aidée de la pression des dents incisives, on voit immédiatement qu'il offre toutes les qualités physiques et l'aspect écumeux de la salive. On peut s'assurer aussi très évidemment de son origine. Il suffit de renverser et assécher la lèvre inférieure devant une glace. On voit alors le liquide sourdre par gouttelettes des pertuis des glandules bien visibles par leur saillie sous la muqueuse. M. Sébastian porte le nombre très variable de ces glandules à 12-21-57; selon nous il est, terme moyen, bien plus considérable. En général ces glandes se rassemblent par petits groupes verticaux que séparent les vaisseaux et surtout les nerfs qui s’y distribuent (PI. 14 bis, fig. 2, 3) et s’agglomèrent principalement sur le plan moyen. La nature des glandules labiales étant déterminée, comme elles se continuent en dehors presque sans interruption avec les buccales, il est naturel de conclure de celles-ci à celles-là, et, par analogie, aux molaires et aux palatines de la voüte dont la structure est analogue.
Toutefois disons que, au sujet de ces derniers groupes de glandes dont le liquide ne peut être examiné isolément, il est prudent de conserver des doutes sur sa nature. Les glandules
Palatines en particulier , sur lesquelles nous venons de faire tout
récemment de nouvelles études microscopiques, nous paraissent à l’analyse anatomique, se distinguer en deux groupes bien distincts. Sur toute l'étendue de la voûte palatine , la membrane muqueuse est doublée par une couche continue de petites glandules plates et oblongues ouellipsoides, de 1 millim. d'épaisseur, 1 à 1,50 millimètre de largeur, pour 1 à 2, 3, et 4 millimètres de longueur, qui forment des trainées irrégulières , antéro-postérieures, transversales et obliques, du bord membraneux du palais et de la dernière dent molaire supérieure, vers la ligne médiane et les dents incisives. Ces glandules, suivant qu’elles sont plus ou moins allongées, ont chacune, un, deux ou trois
petits conduits excréteurs très courts, ouverts sur la muqueuse palatine, de sorte que la surface de cette membrane est cribléé de leurs orifices capillaires. Quelques-uns de ces orifices, principalement près du voile palatin, des deux côtés de la ligne médiane , sont plus considérables et versent le liquide de plusieurs glandules agglomérées. En dehors tout le bord de la gencive est couvert de ces glandules plates, intermédiaires de la muqueuse au tissu gingival.
A cette occasion je signale un amas glandulaire palatin que vient de découvrir mon préparateur M. Ludovic Hirschfeld. Cet amas forme une masse distincte d’un volume si considérable qu’on est surpris, en le voyant, qu'il n'ait pas fixé plutôt l’attention des anatomistes. Nous croyons donc devoir en faire une mention particulière en l'appelant du nom de l’anatomiste qui en a fait la découverte.
Glande palatine de M. Ludovic. Cette masse glandulaire sè compose de deux glandes, ou plutôt de deux agglomérations de glandules que l’on peut aussi bien considérer comme une seule à deux lobes, superficiel et profond. Le premier est situé au contour du bord libre de la gencive en arrière de la dernière dent molaire, où il forme une foliole aplatie, intermédiaire de la muqueuse au tissu gingival. Le second qui n'offre pas moins de 8 à 12 millimètres en longueur, sur 4 ou 5 en épaisseur, offre une largeur encore plus considérable, et qui est celle de toute la moitié de la voûte formée par l’os palatin du même côté. 1° En dehors, cet amas glandulaire est appliqué contre la gencive, en regard de la dernière dent molaire au-dessus du passage des vaisseaux et nerfs palatins qu’il revêt, et remplit la rainure que présente en ce point le plancher horizontal de l’os du palais. (Voy.t. 11, pl. 86). 2° En dedans, cette masse se prolonge jusque sur la ligne médiane où elle s’adosse avec celle du côté opposé; de manière que, les deux réunies forment en commun une arcade continue de tissu glandulaire, appliquée sur les aponévroses des muscles péristaphylins externes, qui remplit tout l’espace compris entre les tubercules terminaux de l’arcade alvéolaire supérieure , et les crochets des ailes internes des apophyses ptérygoides des deux côtés. 3° En avant et en arrière, cette glande est continuée par les glandules isolées de la voûte palatine, dans le premier sens et du voile du palais dans le second. Les orifices de cette glande sont nombreux. C’est à elles qu'appartiennent les pertuis assez larges qui sont disséminés en arrière et au milieu de la portion postérieure de la voûte palatine. Ces orifices principaux réunissent les petits canaux de ses lobules profonds ou supérieurs. Entre eux se voient en assez grand nombre, à la surface de la muqueuse, les orifices beaucoup plus petits des canaux propres des utricules les plus superficiels où sous-muqueux.
A la surface de l’aponévrose, au-dessus de la glande de M. Ludovic, et en partie dans son épaisseur, rampe la terminaison palatine de l'artère pharyngienne supérieure, ou la palatine inférieure. Cette artère est accompagnée par un filet nerveux plexiforme assez considérable (1/4 de millimètre), jusqu’à présent non décrit, et dont le trajet est fort remarquable (PI. 14 ter). Cefilet dégagé originairement du ganglion sous-maxillaire, s’anastomose par des nervules avec le plexus microscopique de l’artère, répand des filamens nombreux et très fins (1/6-1 /10 de millimètre) dans la glande, et au-delà va s'anastomosér sur les rameaux de l'artère, par d’autres filets microscopiques avec ceux des nerfs palatins, pour se distribuer avec eux dans le réseau de
la muqueuse, et présumablement aussi dans les glandules dont la voûte palatine est tapissée dans toutes son étendue. C’est une coïncidence assez remarquable que ce nerf dégagé du ganglion spécial sous-maxillaire, qui répand ses filets dans deux grosses glandes salivaires , la sous-maxillaire et aussi, comme nous le verrons plus loin, la sublinguale, vienne se distribuer dans cette glande de M. Ludovic, et dans les glandules palatines qui lui font suite. Cette coïncidence fortifie, à ce qu’il me semble, la probabilité, déjà déduite de la structure de ces glandes, qu’elles seraient de nature salivaire.
Âu voile du palais, l'aspect anatomique des glandules engagerait à les distinguer en deux séries. Les unes très petites, globuleuses, ne semblent que des saccules que l’on serait autorisé à ranger parmi les mucipares. Les autres, oblongues et granulées, ont tous les caractères des autres glandules de la voüte. Ces deux sortés d’organules se présentent mélangés sur la luette, les bords et les piliers du voile palatin. Mais peu-à-peu les simples utricules diminuent proportionnellement de nombre, et l'on ne trouve plus que des glandules plates en arrière du voile membraneux, où elles se confondent avec la couche superficielle de la glande palatine de M. Ludovic; et en arrière de celle-ci où elles forment une couche continue sous la membrane muqueuse de là voûte palatine.
Enfin c’est par les mêmes caractères anatomiques énumérés ci-dessus, mais encore plus prononcés, que je crois aussi devoir ranger parmi les salivaires, les glandes de Nühn qui ne semblent qu'une agglomération, même assez vaguement circonscrite, de glandules analogues aux labiales. C'est-à-dire qu’elles ressemblent beaucoup aux glandes palatines ci-dessus. Aussi, comme ces dernières, possèdent-elles plusieurs canaux excréteurs. Ce caractère de mutuelle indépendance des lobules, si général dans les organes glandulaires de la cavité buccale, paraît bien tenir à la proximité de la muqueuse. C’est par les glandes palatines et linguales sus-énoncées un nouvel exemple intermédiaire de la facile disgrégation des lobules salivaires, dont le premier terme se montrera plus loin dans la glande sublinguale, avec ses trois sortes de canaux excréteurs, et dont le dernier terme est représenté par les diverses glandules isolées et à canaux propres, labiales, buccales, palatines antérieures , etc., étendues en chapelets sous la muqueuse. Partout dans les glandes de structure uniforme, supposées salivaires , il apparaît bien que les utricules sécrétoires étant les élémens nécessaires, la disposition de leurs canaux excréteurs n’est plus que secondaire. Lorsque l'espace où trouvent à se loger les utricules salivaires, est considérable, ces utricules s'agglomèrent en lobes et en glandes d’un grand volume, et leurs canaux arborisés se réunissent en un tronc qui va porter le liquide commun à la surface de la muqueuse plus ou moins éloignée. Au contraire, sur les grandes surfaces, en regard des arcades dentaires, où les liquides sont nécessaires et où la muqueuse adhère solidement aux muscles sous-jacens, les glandules étalées une à une au-dessous d’elle, y versent isolément leurs fluides.
Probablement, dira-t-on, le produit de ces diverses glandes n'est pas identique : mais déjà la simple apparence physique semblerait démontrer qu’il en est de même de celui des grosses glandes salivaires entre elles; d’où il suit qu’il y aurait plusieurs espèces de salives chimiquement différentes. C’est, comme il sera dit plus loin, l'opinion à laquelle se rattachent le plus grand nombre de physiologistes. Ce résultat, au reste, n’aurait rien que de logique. Il en est de même, présumablement , de tous les
liquides, mucosités ou autres, qui ne sont jamais qu'analogues et non identiques, et par cela même d’autant plus propres à des modifications spéciales dans l’action commune.
Avec tant de caractères de texture si propres à fortifier l’opinion accueillie déjà par beaucoup d’anatomistes sur celles des glandes de la cavité buccale qui doivent être réputées salivaires, peut-être trouvera-t-on que j'aurais du les ranger franchement et les décrire en un même appareil avec les glandes de ce nom. Je n'ai pas cru devoir prendre l'initiative à cet égard. Dans une question aussi nouvelle et où l’on manque encore des preuves chimiques et physiologiques nécessaires pour asseoir une opinion motivée, il me suffit de montrer les preuves anatomiques assez précises sur lesquelles on peut commencer à établir une classification au moins provisoire. Maintenant que ces distinctions entre les glandules buccales sont établies, voyons à traiter de l’anatomie des grosses glandes salivaires, ou de l’appareil salivaire proprement dit.
[ Langue.—Août-Octobre 1846.]
(PL. 14 bis et ter).
On comprend sous ce nom l’ensemble des organes destinés à la sécrétion de la salive. Cet appareil auquel nous avons vu que l'on peut adjoindre les petites glandes des lèvres, des joues, et de la voûte palatine , est constitué plus spécialement par trois paires de glandes volumineuses placées symétriquement des deux côtés au-dessous de la paroi inférieure de la bouche. Les trois glandes salivaires doubles, distinguées eu égard à leur situation par les noms de parotide, sous-maxillaire et sublinguale, sont disposées de chaque côté, en une ligne courbe, du condyle de la mâchoire à ses fossettes médianes, au contour et en dedans du bord libre de cet os qui les déborde et les protége. Comme elles se font suite de l’une à l’autre en une masse commune, quelques anatomistes ont admis entre elles une continuité de substance, de telle sorte que, dans cette supposition, elles formeraient par leur ensemble une chaîne non interrompue ; mais c'est une erreur. S'il est bien vrai que ces glandes, par leurs prolongemens chevauchent et s'appliquent de l’une à l’autre, la continuité du moins n’y existe qu’en apparence, car elles sont toujours séparées les unes des autres par une cloison fibro-celluleuse, et peuvent être isolées sans produire de solution de continuité. Leur nombre, leur volume et la grande quantité de fluide salivaire qu’elles sécrètent, indiquent suffisamment qu'elles remplissent des usages importans dans la digestion. Bien que ces glandes different entre elles par leurs formes extérieures, leur volume et leurs rapports, comme elles ont la même structure, les mêmes usages et beaucoup de caractères communs, il est bon de les envisager d’abord d’une manière générale avant de faire l’histoire de chacune d'elles en particulier.
L’analogie qui existe entre le pancréas et les glandes salivaires avait engagé Siebold à présenter en commun l’histoire de ces organes; mais son exemple n’a été suivi par aucun anatomiste. Outre qu’il ne repose en physiologie que sur un fondement hypothétique, il nuirait essentiellement à l’ordre anatomique en forçant de décrire en même temps que la bouche, un organe situé dans l'abdomen. Nous laisserons donc la description du pancréas pour être traitée dans son lieu, mais dans le cours de notre narration, nous aurons soin de signaler les traits nom-