CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES GLANDES SALIVAIRES
Symétrie. Quoique ce soit un des caractères essentiels des glandes salivaires, il ne faut pas entendre par symétrie une égalité parfaite dans la forme, le volume et la position des deux glandes d'une même paire. Au contraireil est bien plus commun de trouver entre elles des différences soit congéniales, soit acquises. Haller a vu manquer une des parotides, et a remarqué que la forme générale de chaque glande salivaire n’était pas constante. Chacun peut vérifier d’après lui cette observation d’où l'on peut inférer à notre avis que si les deux groupes salivaires latéraux d’un même sujet, semblent bien offrir, en général, deux masses équivalentes, du moins la forme et le volume de chaque glande en particulier sont susceptibles de nombreuses variétés.
Situation. Les trois glandes salivaires sont placées autour de la mâchoire et au milieu de muscles nombreux et très mobiles dont elles éprouvent l’action, soit dans l’acte de la mastication, soit dans les autres circonstances où ils sont mis en mouvement.
Les pressions répétées qui en résultent ont pour effet d'activer la sécrétion de la salive dont l’arrivée dans la bouche, au simple point de vue physique, est indispensable pour amollir les alimens et faciliter leur passage au travers de l’isthme du gosier.
Structure générale.
C’est sous ce rapport essentiel, qui motive leur systématisation en un même appareil, que les glandes salivaires présentent le plus grand nombre de caractères communs. Si les conformités tirées de la texture entre ces organes étaient de tout point les mêmes, les glandes salivaires ne seraient que des fractions isolées d’un ensemble identique et l’on ne voit pas pourquoi elles recevraient des nerfs différens et ne seraient pas, comme le pancréas, continues de chaque côté en un seul organe, mais il n’en est pas ainsi. À côté des caractères communs à toutes les glandes il en est aussi de propres à chacune d'elles qui semblent en faire des organes distincts, très voisins, mais non identiques, dans un même appareil, en anatomie et en physiologie. Nous verrons dans la description de chacune de ces glandes, en quoi elles différent les unes des autres : voyons d'abord en quoi elles se ressemblent.
1° Les glandes salivaires et celles de texture analogue (pancréas, glandes mammaires, lacrymales) ne sont pas, comme la plupart des glandes des cavités splanchniques (ex. : foie, reins, rate, etc.), pourvues d’une enveloppe fibreuse spéciale, bien distincte du tissu cellulaire environnant, partout adhérente à leur tissu, et qui le condense et le rassemble, de manière à en tracer, sous une courbe régulière , la délimitation à la périphérie. De cette absence d’une enveloppe fibreuse propre résulte la forme variable des glandes salivaires, et la facilité qu’elles ont de se prolonger par des appendices accidentels dans les espaces celluleux voisins. Toutefois, ce n’est pas à dire que les glandes salivaires manquent absolument d’une enveloppe quelconque. Elles en ont une au contraire, mais qui ne semble pas leur appartenir en propre, et rappelle, à l’état physiologique, celle qui forme les kystes et dont se revêtent les tumeurs à l’état pathologique.
Chacune d'elles étant un organe splanchnique interposé au milieu d'organes cérébro-spinaux, emprunte du tissu cellulaire commun une couche épaisse, lamelliforme, distincte de ce tissu lui-même par sa consistance fibro-celluleuse, ou même fibreuse, suivant l'étendue des surfaces de la glande, et dans laquelle rampent ses vaisseaux et ses nerfs. En fait, cette enveloppe celluleuse peut être considérée comme une couche intermédiaire de liaison de deux espèces d’organes différens, les uns de la vie animale, les autres de la vie organique. De ce mode d'encastrement des glandes salivaires aux dépens du tissu cellulaire général, qui les présente pour ainsi dire enkystées, il résulte qu’elles sont à la fois réunies par leurs vaisseaux, et séparées dans leur tissu propre et leurs fonctions, à l'égard les unes des autres et des tissus environnans. La surface interne de cette enveloppe, étrangère en quelque sorte aux glandes salivaires, n’adhère que faiblement à leur périphérie, et se continue avec le tissu cellulaire séreux, abondant et lâche, qui unit ensemble les lobes et les lobules dont chaque glande est composée. Ce sont ces poches d'isolement des glandes salivaires qui tracent la démarcation de l’une à l’autre, et les empêchent de se confondre. Lorsqu’elles paraissent réunies ensemble, de manière à former une chaîne continue, cela tient à ce que leurs enveloppes, accolées ou soudées en une masse commune, ne forment qu'un interstice celluleux, analogue aux interstices plus étroits et plus lâches qui existent entre les lobes de la glande elle-même.
2° Les vaisseaux des glandes salivaires, provenant en grand nombre d'origines très différentes, y pénètrent par leurs ramifications à la périphérie. Ce caractère, auquel participent également les glandules de la bouche et le pancréas, n’est pas néanmoins, comme on l’a dit, particulier aux glandes réputées salivaires; car il est partagé par les glandes lacrymales, mammaires, les capsules surrénales, le thymus et les glandes lymphatiques. 11 distingue néanmoins ces glandes de presque toutes celles de la cavité thoraco-abdominale, où les vaisseaux et les nerfs entrent etsortent tous par un même espace très restreint que l’on nomme le Aile de ces organes.
3° Degrosses artères rampent dans le voisinage des glandes salivaires, et, parleurs battemens, leur impriment desmouvemens et une excitation qui augmentent la sécrétion de leur fluide, tandis que dans les glandes qui ontun hile, cette excitation est déterminée par le tronc principal qui se répand dans l'épaisseur de l'organe glandulaire.
4° Elles reçoivent beaucoup de nerfs céphalo-rachidiens, dont quelques-uns ne font que les traverser pour aller se terminer dans des organes voisins, mais dont aussi un grand nombre se distribuent à leurs granulations.
5 Le tissu propre des glandes salivaires est analogue, sinon identique, dans les six glandes situées aux environs de la bouche. D'une couleur jaunâtre ou gris-rougeâtre, sa structure ressemble beaucoup à celle du pancréas. A la vue simple, il paraît composé par des lobes principaux, réunis les uns aux autres par des prolongemens de la membrane fibro-celluleuse d’enveloppe qui pénètrent dans leurs interstices. Ces lobes sont formés de lobules plus petits, constitués eux-mêmes par des grains glanduleux , les acini, vésicules sécrétoires, qui sont les derniers élémens de leur analyse organique.
6° Chaque glande salivaire a son canal excréteur qui va s’ouvrir à la surface de la membrane muqueuse, soit la surface interne des joues, soit sous la langue. Le produit de leur sécrétion est versé directement dans la cavité buccale. Ce caractère dis-
tingue ces glandes de toutes celles dont le liquide est transmis dans un réservoir particulier. Du reste, dans les trois grosses glandes, l'appareil des canaux excréteurs, comme dans la plupart des glandes qui en ont un, affecte une forme arborisée.
Détermination histologique et structure intime des glandes salivaires.
Ces glandes, par l’uniformité de leur texture, reconnaissables dans toutes, quel que soit leur volume, composent naturellement un seul appareil, et en même temps, par la nature évidente et la facile disgrégation de leurs élémens organiques, sont considérés avec raison comme le type de la structure glandulaire. Leur examen d'ensemble nous permettra donc de tracer d’une manière générale les caractères histologiques qui leur sont communs, et nous dispensera d’y revenir avec chacune d'elles.
Toute glande salivaire est un assemblage d’élémens globuleux de même forme, du plus grand au plus petit. Ainsi les glandes salivaires, irrégulièrement sphéroïdales, ovoides ou oblongues dans leur ensemble, par elles-mêmes, autant que le permet la forme des espaces qui les renferment, sont susceptibles, par le fait même de l'indépendance de leurs élémens, de se prêter à toutes les variétés de contours partiels, en remplissant tous les vides des organes voisins. Conformément à cette libre organisation, chacune d’elles se compose de lobes irrégulièrement arrondis, séparés par des lames en cloison de la membrane d’enveloppe ; les lobes sont formés par des lobules également isolés les uns des autres par des lames celluleuses, et ces globules euxmêmes résultent de l’agglomération de vésicules sécrétoires , appelées si improprement les acini, d’après le vocabulaire des histologistes allemands, qui ont transformé, pour certaines glandes, en une dénomination spéciale, mais fausse, cette comparaison avec une grappe de raisin, d’abord si heureusement employée comme une simple image physique par Malpighi. Dans cette subdivision des glandes salivaires en lobes, lobules et vésicules, à-la-fois séparés et réunis par des lamelles celluleuses, mais sans y adhérer, se trouve le caractère spécial des glandes dépourvues d’une membrane propre. Dans celles-ci (foie, reins, rate, etc.), la membrane d’enveloppe adhérente à la périphérie de l'organe, rentre dans son épaisseur sur un seul point, le Aile, en formant une gaine protectrice des vaisseaux et des nerfs qu’elle accompagne en forme arborisée dans toute la profondeur intime de l'organe. C’est le contraire pour les glandes salivaires et pour celles qui leur ressemblent (pancréas, glandes lacrymales). Nous avons vu, avec Bichat, que les vaisseaux et les nerfs y entrent de tous côtés par leur périphérie, en se ramifiant dans l'épaisseur de la couche fibro-cellulense circonvoisine, qui leur tient lieu d’une enveloppe spéciale; et c’est évidemment à cette disposition que ces glandes doivent de recevoir sur tous les points de leur contour des vaisseaux et des nerfs d’origine si différentes, suivant les relations de voisinage de chacune de leurs parties. Or, cette distribution de la circonférence vers le centre étant établie, c’est par les lames celluleuses d'isolement des lobes que pénètrent les ramifications secondaires, qui elles-mêmes se subdivisent de proche en proche, dans les espaces celluleux, en ramuscules pour les lobules, et en capillaires microscopiques pour les vésicules. C’est de prime abord, pour les vésicules sécrétoires des glandes sans enveloppes , en marchant uniformément du dehors au-dedans, de tous les points de la circonférence de l’organe vers son centre, le même fait qui se reproduit dans
les glandes pourvues d’une enveloppe, en partant d’un seul point de sa circonférence, le Aile. Car si on veut bien le remarquer, de quelque part que procèdent les gros vaisseaux dans toutes les glandes, en dernier lieu, et il ne peut en étre autrement , c'est toujours par la périphérie que se fait la circulation fonctionnelle dans les derniers élémens organiques, les lobules et les vésicules sécrétoires.
Ce rapport des vaisseaux avec les organules des glandes salivaires étant bien compris, rien de plus facile que de déterminer leur Structure d'ensemble. Les vaisseaux sanguins, arrivant de divers points de la circonférence, au lieu de réunir en une seule masse les élémens de la glande, tendraient au contraire à les isoler en autant de groupes qu’ils forment eux-mêmes de petits arbres circulatoires distincts par leurs origines différentes; car si les vésicules d’un lobule et les lobules d’un lobe reçoivent leurs vaisseaux périphériques d’un même tronc , les lobes éloignés les reçoivent de troncs différens. C’est donc seulement par la réunion de leurs canaux excréteurs que chaque glande salivaire peut former un système arborisé. De chaque vésicule part un canalicule excréteur qui s’unit aux canaux voisins en un seul canal lobulaire ; les canaux lobulaires s'unissent en un canal lobaire, et les canaux lobaires en un seul grand canal excréteur, le tronc commun de tout l'arbre glandulaire; c’est le cas des canaux de Sténon et de Warthon pour les glandes parotides et sous-maxillaires. Mais telle est l'indépendance des élémens des glandes salivaires, qu'ils peuvent s’isoler impunément les uns des autres, de telle sorte que chaque lobe ou lobule, s’il est au voisinage de la membrane muqueuse, pourra, en formant une glandule distincte, se séparer des autres pour y verser isolément son produit par un petit canal excréteur propre. Ce caractère appartient à tout l'appareil salivaire, et s'y montre à tous les degrés. 1° Déjà de petites glandes accidentelles, séparées de la parotide, sont placées sur le trajet du canal de Sténon, dans lequel s'ouvrent leurs canaux propres. 2° Le canal de Warthon réunit aussi un certain nombre de ces glandules isolées de la glande sous-maxillaire, et reçoit en même temps, soit des canaux propres de la sublinguale, soit son conduit excréteur principal , le canal de Bartholin. 3° La glande sub-linguale elle-même, qui offre plusieurs espèces de canaux salivaires, l’un principal (canal de Bartholin), d’autres s’abouchant dans le canal de Warthon, ou isolément sur la muqueuse (les conduits de Rivin), montre, par ce fait même de la disgrégation de ses élémens, la transition des glandes aux glandules salivaires. 4° Enfin les glandules salivaires, labiales, buccales, palatines, etc., les unes agglomérées en groupes, les autres isolées, représentent par le fait ce que sont les lobules des grosses glandes, et montrent la facile dispersion des organules salivaires , si utile pour faciliter à-la-fois sur les divers points de sa vaste surface, l’humectation de la muqueuse buccale.
Examinée dans sa texture microscopique, la vésicule salivaire, l'organule spécial ou fonctionnel, a été étudiée avec soin dans ces derniers temps. Déjà, depuis l’époque de Malpighi, on savait que les lobules injectés, vus au microscope, représentaient assez fidèlement une grappe de raisin, dont les grains sont figurés par les vésicules appendues par leurs petits conduits excréteurs au canal central lobulaire. C’est l’idée qu’en font naître les figures de J. Berres et de E.-H. Weber. Suivant les recherches de Weber, qui les a injectées au mercure, et d’après le dessin qu’il en a donné à un grossissement de cinquante diamètres, les vésicules de la glande parotide de l’homme, sont assez régulièrement
sphéroïdales, de 1/25 à 1/50, terme moyen 1/37 de millimètre de diamètre, ce qui supposerait un peu moins dans leur état naturel. Sous ce rapport, nous croirions plus rapprochée du vrai l'estimation de Huschke, 1/15-1/36; terme moyen 1/25 chez l'adulte, et 1/50 chez l'enfant. Ces vésicules se réunissent par grappes de 4 à 7 fois plus grosses. C’est l’agglomération de plusieurs de ces grappes qui formerait les lobules. Les vésicules, dont la cavité intérieure débouche par leur conduit excréteur dans le canal lobulaire, sont environnées à l'extérieur par un réseau de capillaires deux à trois fois plus petits. Weber estime les vésicules parotidiennes du chien, remplies de mercure, à un diamètre cinq fois plus petit que celles de l’homme. Chez l’embryon, suivant J. Muller, les canalicules salivaires apparaissent d’abord dans l'épaisseur d’un blastème au milieu duquel on suit les progrès de l’arborisation des conduits excréteurs du tronc d’origine vers ses rameaux. D’après Henle, les vésicules terminales, ou les cœcums des glandules labiales n’auraient que 0,030 — 0,044 de millimètre de diamètre. La texture propre des parois de la vésicule salivaire n’est pas encore bien connue. On croit qu’elle se compose d’une membrane propre, constituant le sac vésiculaire, et revétue intérieurement par l’épithélium de continuation des canaux excréteurs. Les canalicules propres des vésicules, que Berres représente comme leurs pédicules , suivant le témoignage des divers observateurs, affectent des volumes très différens. Tes uns sont étroits et gréles, pär rapport à la vésicule elle-même, et d’autres au contraire ont presque son volume, si bien qu’elle ne semble en être que le renflement terminal.
DE LA GLANDE PAROTIDE (PI. 14 bis et ter).
La parotide (parotis), ainsi nommée à cause de sa situation au-dessous et au-devant de l'oreille et du conduit auditif externe (rà proche, cù oreille), est la plus considérable des glandes salivaires. Son volume, de beaucoup supérieur à celui de toutes les autres glandes salivaires réunies, est de 1,05 pouce cube à 1,20 (Krause). Elle offre de haut en bas,dans son plus grand diamètre, 5 à 7 centimètres; d'avant en arrière 4,5—5,5 centim., et de dehors en dedans, son plus petit diamètre, 2,3—3,5 centim., de sa partie la plus mince à la plus épaisse. Sa pesanteur absolue , variable : : 1 : 2,5, d’après son volume et sa densité, est dans l’adulte de 9 gros (Haller), 4, 6, 8 gros (Huschke); terme moyen 7 gros ou 28 grammes, et atteint quelquefois 35 grammes et audessus chez les fumeurs, où les glandes salivaires, et en particulier la parotide, s’hypertrophient avec le temps. Sa pesanteur spécifique est de 1,0551, d’après Krause.
Situation. La glande parotide, logée dans le creux temporomaxillaire, se compose de deux portions, l’une superficielle , l’autre profonde, qui se réunissent à-peu-près à angle droit sur le bord postérieur de la branche de la mâchoire. Sa partie profonde, qui est la plus considérable, remplit l’excavation dite Parotidienne. Elle est bornée : 1° en avant par le bord postérieur de la branche de la mâchoire, et par le muscle ptérygoïdien interne; 2° en arrière par le conduit auditif externe, l’apophyse mastoïde et une petite partie de l'extrémité supérieure du muscle sterno-cléido-mastoïdien; 3° en haut par l'articulation de la mâchoire et l’arcade zygomatique; 4° en bas, ordinairement elle ne descend pas au-delà de l’angle de la mâchoire inférieure; mais parfois aussi, elle s'étend jusqu’à la glande sous-maxillaire, et
n’en est séparée que par la membrane fibreuse qui l'enveloppe. — Sa partie superficielle, unie avec la profonde au niveau du bord postérieur dela mâchoire, se prolonge en avantsous la peau par des appendices glandulaires qui agrandissent d’autant la base. C’est de l'extrémité antérieure de cette partie superficielle que naït son canal excréteur, dit de Sténon, près de l’apophyse zygomatique.
Forme. Étranglée à son milieu, d'avant en arrière, dans un espace interosseux irrégulier, limitée seulement en dehors par des parties molles extensibles, et composée dans sa texture par des agglomérations de lobules granuleux, isolés, dont l'absence d’une enveloppe spéciale permet la dispersion au contour, la parotide ne peut offrir par cela même qu’une forme très irrégulière. Elle se moule sur les diverses parties qui tapissent ou avoisinent l’excavation dans laquelle elle est reçue, s'enfonce dans les intervalles qui les séparent, et n’a pas de limites bien précises. Cependant, comme elle est large et aplatie extérieurement, et qu’elle se rétrécit en pénétrant dans l’excavation parotidienne, on l'a comparée à une pyramide très irrégulière, dont la base serait touruée en dehors et placée sous la peau, tandis que son sommet serait tourné en dedans. Pour avoir une bonne idée de sa forme et de son volume, il faut, comme le conseille M. Cruveilhier, la retirer tout entière de l'espèce de moule anfractueux dans lequel elle est logée. Elle apparaît alors dans sa forme générale, composée d’une tige moyenne, verticale, rétrécie d'avant en arriere, renflée en dedans, sur sa face antérieure, où elle s’insinue sous le bord correspondant dela mâchoire et du muscle ptérygoïdien interne, et largement étalée à l'extérieur en une couche mince sous la peau.
Les rapports de la glande parotide sont très importans à étudier, à cause des nombreux vaisseaux et nerfs qui l’avoisinent ou la traversent. Ces rapports vont se présenter d’eux-mêmes avec l'examen de sa périphérie et de sa texture.
1° La base ou la face externe, largement étendue en surface, plus longue de haut en bas que transversalement , présente une forme irrégulière, oblongue ou quadrilatère, à angles arrondis. Sa circonférence est parsemée de découpures dessinées par les appendices glandulaires les plus extérieurs; elle est recouverte immédiatement par l’aponévrose parotidienne et le muscle peaucier, qui la séparent de la peau. Au premier se joint, lorsqu'il existe, le ritorius de Sentorini, qui vient se terminer à l’aponévrose parotidienne.
2° La face antérieure, celle dont l'étendue est la plus vaste après l’externe , est creusée en gouttière et embrasse dans sa concavité le bord postérieur de la branche de la mâchoire. Entre l'os et la glande, on trouve, dit M. Cruveilhier, soit une synoviale, soit un tissu cellulaire membraneux destiné à en faire l’office, pour favoriser les mouvemens de glissement de la mâchoire sur la glande. Les deux lèvres de la gouttière maxillaire représentent deux bords de saillie inégale. L’externe, qui s'étend beaucoup en avant, sur la face correspondante de la mâchoire, représente un appendice glandulaire, appliqué sur une partie plus ou moins grande de la face externe du muscle masséter dontil estséparé par les branchesprincipales du nerf facial, etpar un tissu fibro-celluleux, dense, qui tient lieu d’enveloppe à la glande et envoie des cloisons entre les faisceaux du masséter. Le bord interne de la gouttière antérieure s’insinue derrière et en dedans
de la mâchoire, où il est en rapport avec le muscle ptérygoïdien interne et le ligament stylo-maxillaire.
3° La face postérieure est en contact avec le contour ostéocartilagineux du conduit auditif externe sur la convexité duquel elle se moule, et adhère solidement à ce conduit par un tissu cellulaire, dense et serré. Au-dessous elle est en rapport avec l’apophyse mastoïde et les attaches du sterno-cléido-mastoïdien et du faisceau mastoïdien du digastique. Toute cette surface postérieure de la glande, où on la trouve fort adhérente aux tissus fibreux, soit périostiques des os ou d'insertion des muscles, peut être considérée comme l’attache fixe d'implantation de la glande parotide, soumise au contraire à l’autre extrémité du même diamètre, en avant, aux mouvemens de la mâchoire inférieure. Remarquons en passant que cette pression , déterminée sur la glande parotide par les mouvemens d’abaissement et de déduction de la mâchoire, et à laquelle participe jusqu’à un certain degré la glande sous-maxillaire, par une coïncidence heureuse, concourt avec les contractions musculaires, à favoriser l’expulsion de la salive par ses canaux pendant l’acte de la mastication.
4 Le bord supérieur, sinueux et mince, s'étend à partir du masséter, au-dessous de la saillie de l’arcade zygomatique, entoure l'articulation temporo-maxillaire, et, contournant l'oreille en dessous, remonte un peu, chez quelques sujets, derrière la conque auriculaire. Dans tout son trajet, il est découpé en dentelures, qui ne sont que les saillies des lobules périphériques dont il est formé.
5° L'extrémité ou la face inférieure, rétrécie d'avant en arriére, et qui constitue le sommet vertical, représente une surface mousse et arrondie, un peu plus épaisse d'avant en arrière que de dehors en dedans. Parfois elle se prolonge en avant, sous la mâchoire, par un mince appendice qui vient recouvrir les glandes sous-maxillaires dont il n’est séparé que par une lame fibro-celluleuse. Cette extrémité de la glande parotide, dont la saillie est continuée par celle des ganglions lymphatiques jugulaires, est importante à considérer par les vaisseaux et les nerfs du sillon cervical supérieur qu’elle recouvre et qu’elle concourt à protéger, conjointement avec les rebords osseux temporomaxillaires, la saillie du sterno-mastoïdien, le digastrique et les muscles styliens situés au-dessous.
6° La face interne, la plus étroite, ou le sommet, s'appuie sur l’apophyse styloïde et les muscles qui en naissent. Icila glande s’insinue entre ces parties et le ptérygoidien interne, et se creuse en gouttière ou en un canal complet, pour laisser passer dans son épaisseur l'artère carotide externe, devenue le tronc temporo-maxillaire, qui forme l’un de ses rapports les plus importans.
Mais, outre ces rapports de surface que nous venons de mentionner, il en existe d’autres plus intimes encore, formés par un grand nombre d’artères, de veines et de nerfs qui marchent dans l'épaisseur de la parotide. Ce sont : 1° avec le tronc temporomaxillaire, les artères qui en naissent, les auriculaires postérieure et antérieure, la transversale de la face, et la temporale; 2° la veine temporo-maxillaire avec ses affluens qui traverse la glande et dégage au travers de son épaisseur ou au contour de son bord inférieur, le tronc de jonction des jugulaires interne et externe; 3° le nerf facial, qui, après avoir franchi le trou stylomastoïdien et fourni trois rameaux, entre dans la glande paro-
tide. D'abord caché profondément à la racine de la glande, il s’y divise, après un court trajet, en ses deux branches principales, et celles-ci se partagent en un grand nombre de rameaux qui vont en divergeant dans son épaisseur avant d’en sortir. 4° Le nerf auriculo-temporal du maxillaire inférieur qui, après avoir contourné le condyle de la mâchoire, traverse la parotide, dégage dans son épaisseur et envoie à la branche temporo-faciale les quatre ou cinq gros rameaux qui constituent la plus forte anastomose des deux nerfs sensitif et moteur de la face, le trijumeau et le facial. 5° Une portion du nerf auriculaire et de la petite branche mastoïdienne du plexus cervical superficiel traversent aussi la parotide, mais superficiellement , en se rendant à leur destination. 6° Enfin, on rencontre encore dans le tissu de la parotide plusieurs ganglions lymphatiques faciles à injecter et à distinguer du tissu de la parotide, à leur couleur rouge.
Dans l’état physiologique, tous ces organes importans, abrités déjà par les bords osseux du creux temporo-maxillaire, trouvent dans le tissu mou et granuleux de la glande parotide un coussinet de protection qui les préserve des atteintes des agens extérieurs, Mais, par contre, dans les maladies de cette glande, la compression des vaisseaux et des nerfs donne lieu à des accidens graves d’étranglement. Bichat avait déjà remarqué dans son Anatomie générale, que la compression artificielle de la glande parotide, imaginée par Desault pour guérir les fistules salivaires, dans le cas qui a pour but d’atrophier cette glande, avait presque toujours causé des douleurs si vives qu’on avait été obligé d’y renoncer. Les rapports des nerfs qui traversent cet organe rendent suffisamment raison de ce phénomène, et d’un autre côté, le mode d’encastrement de la parotide semble indiquer l’impossibilité d'arriver au but que Desault se proposait; aussi Boyer pense-t-il que dans le cas dont parle Desault, l'interruption du passage de la salive n’a eu lieu que momentanément, et que son cours s’est rétabli aprés la cessation de la compression. La présence des glandes lymphatiques dans la région de la parotide donne à penser que, dans la plupart des observations d’extirpation de cet organe cités par les auteurs, on n’avait enlevé que des glandes lymphatiques hypertrophiées.