‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 52 sur 373 · STRUCTURE GÉNÉRALE DE LA GLANDE PAROTIDE · texte numérisé non relu

STRUCTURE GÉNÉRALE DE LA GLANDE PAROTIDE

La membrane fibro-celluleuse d’enveloppe de la parotide, épaisse et dense, envoie dans sa profondeur des prolongemens qui séparent les lobes et les lobules, et vont se fixer aux gaines des vaisseaux et des nerfs qui la traversent, et aux tissus fibreux qui servent en arrière de point fixe à la glande elle-même.

Les artères parotidiennes , très nombreuses, proviennent toutes du tronc temporo-maxillaire, soit directement, soit de ses branches principales, la temporale superficielle, la transversale de la face et les auriculaires antérieure et postérieure.

Les veines parotidiennes, de même nom que les artères, se rendent dans la jugulaire externe et dans quelques-unes des branches qui concourent à la former.

Les vaisseaux lymphatiques jusqu’à présent n’ont pas été bien étudiés; aussi sont-ils encore peu connus. On sait cependant qu'ils sont très nombreux et vont se rendre aux glandes lymphatiques qui occupent l’angle de la mâchoire, aux vaisseaux qui sont situés au-devant du conduit auditif, et à ceux qui accompa gnent les troncs temporo-maxillaires.

Nerfs. Les nerfs de la parotide n’ont pas été jusqu’à présent suffisamment étudiés. Dans les ouvrages d'anatomie, on se borne à les faire provenir de la branche auriculaire du plexus cervical superficiel, à laquelle s'ajoutent tout au plus quelques filets du facial accordés par les uns et niés par les autres. En réalité il résulte de nos recherches que la glande parotide reçoit ses nerfs de cinq origines très différentes (pl. 14 ter). 1° Comme on le dit, du nerf auriculaire du plexus cervical superficiel, par cinq ou six rameaux qui eux-mêmes se subdivisent en filets avant de pénétrer dans la parotide. Ils se répandent par le contour postérieur de la glande dans toute sa moitié inférieure; 2° de la petite branche mastoïdienne, quand elle existe, par plusieurs filets qui entrent dans la parotide par son bord inférieur ; 3° du nerf auriculo-temporal du trijumeau, dans l'épaisseur de la parotide, par cinq ou six filets assez forts, nés de plusieurs de ses rameaux, et qui du tiers supérieur de la glande se distribuent en rayonnant vers ses extrémités ; 4° profondément [du plexus ganglionaire de l’artère carotide externe ou temporo-maxillaire qui lui envoie aussi plusieurs filets ; 5° enfin, dans l'épaisseur de la glande, du nerf facial, qui de ses branches d’anastomoses avec l’auriculo-temporal ; dégage dans la parotide quatre ou cinq rameaux supérieurs et inférieurs. Rien n’est donc plus complexe que l’appareil nerveux de la parotide, qui se compose à-la-fois par cinq origines, des trois espèces de nerfs connus : splanchniques, sensitifs et moteurs.

Tissu propre. La glande parotide se compose de lobes arrondis, de 3 à 5 millimètres de diamètre. Ceux-ci sont formés par des lobules de 0,70 à 1 millim., résultant de l’agglomération des vésicules, dont nous avons vu les estimations chez l’homme varier de 1/37 c. (Weber) à 1/25 c. (Huschke) de millimètre de diamètre.

CANAL EXCRÉTEUR DE LA GLANDE PAROTIDE. Nous savons déjà que, de chacune des vésicules terminales en cœcums, qui forment les glandes salivaires, partait des canalicules qui se réunissent à angles très aigus en canaux lobulaires , et ceux-ci en canaux lobaires. De la jonction arborisée de tous ces canaux en ramuscules, rameaux et branches procède en définitive, pour la parotide, un tronc où un canal unique qui sort de la glande par le bord antérieur de sa circonférence, un peu au-dessus du milieu de la hauteur du muscle masséter, parallèlement à l’apophyse zygomatique, et à une distance de cette apophyse qui varie de 1,5 à 2 centimètres. C’est le canal parotidien, qu’on appelle aussi canal de Sténon, quoique bien avant cet anatomiste, il eût été déjà décrit par Cassérius. Immédiatement après sa sortie de la glande parotide, ce canal marche horizontalement d’arrière en avant et croise perpendiculairement le muscle masséter. Arrivé à son bord antérieur, il le contourne , s’enfonce presque directement de dehors en dedans, à 1 centimètre environ de ce muscle, dans l’épaisseur du tissu cellulaire graisseux de la joue, traverse le buccinateur dans le même sens, glisse entre ce muscle et la muqueuse qui tapisse la surface interne de la joue, et s’ouvre dans la cavité buccale, en regard de l’espace qui sépare la première dent grosse molaire supérieure de la deuxième, et à une hauteur correspondante au milieu de la couronne de ces dents. Son orifice, de 1 2/3 de millimètre de diamètre, est garni d’un petit repli de la muqueuse buccale; mais ce repli n’est pas assez épais pour faire, comme on l’a dit, l'office d’une valvule susceptible d’opposer par elle-même une grande difficulté à l’in-

troduction des sondes ou des stylets dans le canal. En fait, cet abouchement, suivant la remarque de M. Cruveilhier, ressemble au mode d'ouverture des uretères dans la vessie, c’est-à-dire que le canal, avant de s’onvrir dans la bouche, rampe sous la muqueuse à laquelle il est accolé dans l’espace de 5 à 6 millimètres. Quant à la difficulté qu'on éprouve à faire pénétrer un stylet par l'orifice, elle tient à la double courbure que subit l’extrémité buccale du canal de Sténon; car depuis le masséter jusqu’au buccinateur, ce canal décrit un arc de cercle dont la convexité regarde en avant, et à partir du point où il perfore le buccinateur jusqu'à son ouverture buccale, il change de direction et marche d’arrière en avant. C’est sur cette disposition qu'est fondé le précepte de Louis, de commencer par redresser la double courbure du canal parotidien quand on veut en opérer le cathétérisme. Dans son trajet sur le muscle masséter, et dans l’épaisseur de la joue, le canal de Sténon est placé à une distance de l’arcade zygomatique, qui est, terme moyen, de près de 2 centimètres en arriere, et seulement de 6 à 9 millimètres en avant. Sa longueur directe est d'environ 6,5-7 centimètres, que ses courbures portent à 8, pour une hauteur moyenne de 7 à 8 millimètres, et une épaisseur de 3 à 4. Mais ces deux dernières dimensions se réduisent sous la muqueuse à 2,5 millimètres pour un calibre intérieur de 1,5 millim., qui est à-peu-près celui du canal dans toute sa longueur. Au-dehors, il est accompagné par plusieurs branches et rameaux du nerf facial ; quelques-uns croisent sa direction; les plus volumineux passent au-dessus de lui. Son bord supérieur est côtoyé par l'artère faciale transverse qui lui fournit quelques rameaux. Une certaine quantité de graisse lui forme un coussinet épais et mou, destiné à le protéger dans sa partie superficielle. Au-devant du masséter , il est séparé de la peau par le muscle grand zygomatique et beaucoup de graisse, et reçoit dans son trajet le conduit excréteur d’une glande dite accessoire, dont nous allons bientôt parler. Le conduit parotidien, isolé des parties environnantes, subit une élongation considérable. C’est sur cette extensibilité de son tissu qu'est fondé, dans la thérapeutique des fistules salivaires, le procédé par lequel on dissèque sa portion parotidienne, et on l’isole des tissus environnans, pour fixer son extrémité antérieure dans la bouche.

Structure du canal parotidien. W est constitué par deux membranes. L'extérieure, blanchâtre, de texture fibreuse, résistante et très élastique, est plus prononcée vers la fin du conduit. Hushcke, en raison de ses propriétés, croit qu’elle aide à la progression de la salive dans la bouche. Elle se termine sur la face externe du muscle buccinateur, où elle s’épanouit et se confond avec son aponévrose d'enveloppe; ce qui fait paraître le canal plus large en ce point que dans le reste de son étendue ; une expansion fibreuse, mince, accompagne le conduit excréteur au travers du buccinateur, et se confond avec les fibres de ce muscle. A l'autre extrémité, la tunique externe adhère à l’aponévrose parotidienne. La tunique interne, d'apparence muqueuse, se continue évidemment avec la membrine muqueuse de la bouche. Cette tunique est recouverte d’un épithélium à cylindres, qui apparaît immédiatement à l’orifice buccal du canal parotidien, le tapisse dans toute sa longueur , et, suivant Henle, se continue à la face interne de ces conduits, dans leurs branches et leurs rameaux, jusqu’au plus loin que l'on puisse les suivre; si bien qu'il est probable que cette couche épithéliale arrive jusqu'aux vésicules terminales. Ses cylindres ont 1 />5 de millimètre de longueur, et leurs noyaux 1/208 de millimètre de diamètre.

De ce que le conduit parotidien se dépouille de sa tunique fibreuse avant de pénétrer dans le buccinateur, il en résulte que c’est à partir de ce point que commence la diminution de son calibre. Comme il s’y trouve réduit à sa tunique interne revêtue seulement d’une gaine celluleuse, et que son orifice buccal est fort étroit, Huschke pense que la salive s’y amasse au fur et à mesure, et se trouve lancée par petits jets pendant la mastication. Quant à la portion massétérine du canal, quelques physiologistes ont pensé qu'à cause de sa structure fibreuse, elle ne jouissait que de très peu d’extensibilité. Il est vrai que le conduit de Sténon est loin d’être aussi extensible que celui de Warthon ; mais les faits montrent qu’il l’est encore à un degré très remarquable. Un corps étranger placé près de son orifice buccal, ou un rétrécissement de cet orifice, obligent quelquefois la salive à s’accumuler dans sa longueur et y font naître une tumeur assez volumineuse qui se vide dans la bouche lorsqu'on la comprime. Dernièrement nous avons observé un cas de cette nature à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Roux. Toutefois cette dilatation ne peut pas être portée très loin sans déterminer une ulcération du canal, et par suite une fistule salivaire.

Des artères et des veines assez développées se ramifient dans les parois du conduit de Sténon. Il reçoit aussi des nerfs, comme nous l'avons vu en parlant de ses rapports.

GLANDE ACCESSOIRE DE LA PAROTIDE (Parois accessoria, s. socia parotidis). On donne ce nom à une glande située sur le masséter , le plus souvent au-dessous du canal de Sténon, et quelquefois entre lui et l’apophyse zygomatique. Cette glande est plus ou moins développée. Dans un cas observé par Desault, où la glande parotide était atrophiée, sa glande accessoire était très volumineuse. C’est Haller qui a plus particulièrement appelé l'attention des anatomistes sur la parotide accessoire, quoique cependant elle eût été observée avant lui. Elle est plus lisse extérieurement que les autres glandes salivaires, et son tissu parait plus homogène que le leur. Son conduit excréteur, assez court, va s'ouvrir dans celui de Sténon, auquel la glande elle-même adhère intimement. En fait, ce petit organe peut être considéré comme un lobe isolé en avant de la masse de la parotide. D'où il suit qu'elle n'existe pas toujours; et par contre, on trouve quelquefois, au lieu d’une seule, plusieurs glandes accessoires. M. Cruveilhier en a observé deux, situées, l’une à la partie moyenne, et l’autre à la partie antérieure du masséter, au-dessus du canal de Sténon. Enfin, dans le point où ce canal traverse le muscle buccinateur , on le trouve quelquefois entouré de glandules dites molaires, qui se confondent avec celles de la bouche. Parmi ces glandes, les unes s'ouvrent dans le conduit de Sténon, tandis que les autres s’abouchent directement sur la muqueuse buccale.

DE LA GLANDE SOUS-MAXILLAIRE (PL. 14 bis et ter).

La glande sous-maxillaire (glandula sub-maxillaris) est intermédiaire entre la parotide et la sublinguale, de moitié plus petite que la première, et plus du double de la seconde. Pour juger de sa masse, il faut non-seulement la découvrir, mais encore la séparer complétement des parties environnantes. Elle est oblongue d'arrière en avant, arrondie de dehors en dedans, et de haut en bas, et rendue souvent irrégulière par des appendices lobulaires qui s'étendent vers l’une ou l’autre des deux autres glandes, mais plutôt la sublinguale. On la trouve quel-

quefois divisée en deux ou trois lobes par des scissures profondes. Ses lobes sont plus gros que ceux de la parotide, mais moins denses, le tissu cellulaire qui les environne étant plus lâche. Elle offre pour ses dimensions : en longueur, dans son diamètre antéro-postérieur, 4 à 5 centimètres; en hauteur ou en diamètre vertical, 3 centimètres ; et en épaisseur, de dehors en dedans 2,5 centimètres. Son volume, suivant Krause, est de 1/3 à 1/2 pouce cube; sa pesanteur absolue est de 5 gros (Haller), 2 gros et demi (Huschke): terme moyen 5 gros, où 12 grammes, moins que la moitié de celle de la parotide. Sa pesanteur spécifique est de 1,0430 à 1,0487.

La glande seus-maxillaire est située dans la région sus-hyoidienne, et remplit presque la totalité de l’espace triangulaire et prismatique , circonscrit en haut, en dehors et en avant par la mâchoire inférieure, en arrière, en bas et en dedans par les deux portions du muscle digastrique dont elle dépasse l'angle rentrant. Elle est renfermée dans un sac fibreux formé par le feuillet postérieur de l'aponévrose cervicale, lequel se prolonge sur son conduit excréteur et sur la glande sublinguale. Pour bien comprendre ses rapports, il faut se rappeler qu’elle est dirigée obliquement d’arrière en avant, et de dehors en dedans, le long du bord et à la face interne de la mâchoire qui la déborde et la protége.

1° En arrière, elle se prolonge par une extrémité obronde Jusqu’auprès de l’angle de la mâchoire, et semble quelquefois se continuer avec la parotide. 2° £n avant, où elle forme une extrémité étroite, les faisceaux antérieurs des digastriques et des génio-hyoïdiens la séparent de celle du côté opposé. 3° Zn dehors, les rapports de sa face externe différent suivant que la position de la tête est droite et que la mâchoire est abaissée, ou que la tête est renversée en arrière. Dans le premier cas, elle est logée dans une dépression de l’os maxillaire, qu’on appelle fossette de la glande sous-maxillaire : dans le second, où la glande, distendue, est refoulée de dedans en dehors, une grande partie de sa surface reste à découvert, et s’accole à l'aponévrose cervicale qui la sépare du muscle peaucier et de la peau, sous lesquels elle peut être sentie. La veine faciale est aussi quelquefois appliquée sur elle dans ce sens. 4° En dedans, elle s'appuie sur les muscles hyoglosse et mylohyoïdien, dont elle est séparée par une lame celluleuse, le nerf lingual et l'hypoglosse. 5° Zn bas, elle est supportée par l'angle du muscle digastrique qu’elle dépasse; mais son rapport le plus intéressant est celui qu’elle affecte avec l’artére faciale. Cette artére qui, à partir de son extrémité postérieure, longe sa face inférieure et remonte sur l’externe, en est tellement rapprochée dans certains sujets, qu’elle s'y creuse un sillon, et est, pour ainsi dire, enveloppée dans ses granulations : circonstance qui rappelle le rapport analogue de la carotide externe avec la glande parotide. 5° En haut, les limites de la glande sous-maxillaire sont très variables. Elle se prolonge plus ou moins entre le ptérygoidien interne et le mylohyoïdien, avec lesquels elle est en rapport dans ce sens, et envoie souvent au-dessus de ce dernier muscle un appendice plus ou moins considérable, qui semble alors la diviser en deux parties d’inégale grosseur. Un grand nombre de ganglions lymphatiques, situés non-seulement à la base de la mâchoire, mais encore dans toute cette région, entourent cette glande d’une sorte de ceinture, de l’une à l’autre de ses extrémités, sur ses faces externe et inférieure. Ces ganglions, dans certains cas, sont susceptibles de prendre un grand développement et de former des tumeurs plus ou moins volumineuses et dures, qui simulent un engorgement

de la glande sous-maxillaire, tandis que cet organe n’est que repoussé plus profondément. M. Velpeau à rapporté un cas de ce genre.

Structure. Elle est, en général, la même que celle de la glande parotide. Quant aux différences qu’on y observe, la glande dans son ensemble est plus lisse à sa surface; ses lobes et ses lobules plus gros sont aussi moins globuleux. La membrane fibreuse d’enveloppe, plus mince et moins résistante, qui pénètre dans leurs interstices, les unit d’une manière moins intime, de sorte que toutes les parties de la glande sont plus molles et plus mobiles. Aucun anatomiste n’a encore signalé les différences que ses vésicules présentent avec celle de la parotide.

Les artères, ou plutôt les ramifications artérielles, très multipliées de la glande sous-maxillaire viennent de l'artère linguale et de la faciale ou maxillaire externe. Les veines qui en sortent suivent le même trajet, et se rendent à des troncs veineux qui portent le mêmenom que les artères. Les vaisseaux lymplhatiques vont se terminer dans les ganglions sous-maxillaires. Les nerfs de cette glande, comme ceux de la parotide , sont encore un point d'anatomie sur lequel il nous paraît y avoir lieu à controverse. On a dit et répété dans beaucoup de livres qu’ils naissent de deux sources, du lingual du trijumeau et du rameau mylohyoïdien provenant de la branche dentaire inférieure du méme nerf. Voici ce que les recherches les plus minutieuses à l'œil nu et au microscope, nous ont démontré à M. Ludovic Hirschfeld, mon préparateur , et à moi (pl. r4terett. rx, pl. 43, 48, 93). Il y a bien deux origines aux nerfs de la glande sous-maxillaire, mais le rameau mylo-hyoidien du dentaire inférieur nous a paru y être pour rien. Ces deux origines, Comme nous l’avons consigné dans la névrologie, sont d’une part le lingual , et de l’autre le plexus inter-carotidien du grand sympathique. 1° Du lingual procèdent en deux faisceaux, en arrière, six à huit filets, et en avant, quatre ou cinq qui se rendent dans le ganglion sousmaxillaire; et de ce ganglion naissent en rayonnant douze à quinze filets mous, gris, qui vont s'épanouir dans la partie supérieure de la glande, aux lobules de laquelle on les voit se distribuer sous le microscope. 2° Du plexus inter-carotidien naît le petit plexus de l'artère faciale, lequel reçoit des anastomoses du plexus et du ganglion temporo-maxillaires, et d’une branche mentonnière du facial; puis il envoie tant par lui-même que par une artériole destinée à la glande sous-maxillaire, sept à huit filets qui s’anastomosent d’un plexus à l’autre dans l’intérieur de la glande, et se distribuent aux lobules de sa moitié inférieure.

Canal excréteur de la glande sous-maxillaire. On le nomme communément canal de Warthon (ductus Warthonianus), quoique la découverte en ait été faite par Van-Horne. Sa disposition arborisée rappelle celle du canal de Sténon. Comme il est facile de s’en assurer par une injection, il est formé par la réunion de trois ou quatre branches principales, lesquelles résultent de la jonction successive de rameaux, ramuscules, et enfin des petits canaux excréteurs, nés des grains glanduleux. Le tronc principal où le canal sont de la partie la plus profonde de la glande, audessus du muscle mylo-hyoïdien, se dirige de bas en haut et de dehors en dedans, parallèlement aux nerfs grand hypoglosse et lingual, passe entre le mylo-hyoïdien et l'hyo-glosse, puis entre le génio-glosse et la glande sublinguale, et parvient ainsi sur le côté du frein de la langue sous la muqueuse. Là, sa direction

change, il se porte d’arrière en avant, et, après un trajet de 4, 5 à 6 centimètres, vient s'ouvrir vers le milieu de la longueur du frein par un étroit orifice, au sommet d’un petit tubercule rosé, adjacent à son congénère près de la ligne médiane. Chez les sujets où cette saillie est la plus évidente, les deux tubercules sont enveloppés en commun par un repli antérieur, en anse, de la muqueuse. Ces orifices, fortifiés par un petit épaississement fibreux, sont ellipsoïdes d’avant en arrière, de 1 millimètre dans leur plus grand diamètre sur 0,35—0,50 millimètre dans le plus petit; c’est-à-dire qu'ils sont faciles à étudier à la loupe, ou même à l’œil nu, comme on peut le faire en y introduisant une soie de sanglier, ou un stylet fin analogue à ceux dont on se sert pour sonder les points lacrymaux.

Le canal de Warthon, aplati de haut en bas, de 1,50 millimètre dans un sens, et 0,50—0,75 millimètre dans l’autre, a des parois très minces et transparentes, ce qui a porté les anatomistes à penser qu’elles n'étaient constituées que par la membrane muqueuse buccale. Cependant il est facile de s’assurer qu’il possède aussi une tunique fibro-celluleuse, quoique très mince.De la faible épaisseur de ces parois, il résulte qu'il est affaissé sur lui-même comme une veine. Beaucoup plus dilatable que le canal de Sténon , vu l’étroitesse de son orifice et l’extensibilité de ses parois, la salive peut s’amasser dans son intérieur, d’où la pression de la langue et du muscle mylo-hyoïdien la fait jaillir à une grande distance (Huschke). D’après une opinion anciennement établie dans la science, cette extensibilité est telle que, dans certaines circonstances, et, par exemple, lorsqu'il existe un obstacle au trajet de la salive, le canal de Warthon peut se dilater au point de former une tumeur du volume d’une noix ou même d’un œuf, et que l’on nomme en chirurgie grenouillette. Du moins est-ce ainsi que, d’après les phénomènes de cette maladie , les anatomo-pathologistes et les chirurgiens en ont compris jusqu’à présent l’étiologie. On sait que, tout nouvellement (1841), Fleïschmann a posé en doute si la grenouillette ne serait pas plutôt l’hydropisie des bourses muqueuses qu’il a trouvées à la surface du plancher muqueux sous-lingual. C’est à de nouvelles recherches de déterminer jusqu’à quel point cette opinion est fondée, ou s’il n’existerait pas effectivement deux sortes de grenouillettes d’une étiologie différente. Dans le cas déjà signalé où la dilatation des tuniques du canal de Warthon est portée au-delà de leur extensibilité, ces tuniques se déchirent et il en résulte une fistule salivaire. Comme on le voit, la différence d'organisation des deux grands conduits salivaires de Sténon et de Warthon, se traduit par une différence correspondante dans leurs maladies.

3° GLANDE SUBLINGUALE ( pl. 14 bis et ter).

La glande sublinguale ( glandula sublingualis, s. lingualis), étroite, aplatie, est la plus petite des glandes salivaires. Ses lobules, moins gros, sont plus durs, moins serrés les uns contre lesautres que ceux de la parotide et de la sous-maxillaire. Sa forme, irrégulièérement olivaire dans la masse principale, s’amincit en arrière où elle se prolonge en un appendice plat et allongé. Son volume, le 1/3 ou le 1/4 de celui de la glande sous-maxillaire, est de 1/9-1/6 pouce cube d'après Krause. Dans ses dimensions elle mesure 6 à 8 millimètres en hauteur , 0,75 à 1 centimètre en largeur , pour 3 à 4-5 centimètres de longueur. Sa pesanteur absolue est de 3 gros (Haller ); 32-40-Go grains ( Huschke ); en moyenne approximative à peine 1 gros ou de 3 à 4 grammes. Sa pesanteur spécifique de 1,0/60.

Cette glande est située dans la fossette dite sublinguale de l'os maxillaire inférieur, au-dessous de la muqueuse, en dehors du muscle génio-glosse de son côté, qui la sépare de celle du côté opposé. Ses rapports sont les suivans : en haut et en dehors elle est tapissée par la muqueuse qu’elle soulève; en dedans elle répond encore un peu à la muqueuse et au muscle génio-glosse, dont elle est séparée par le nerf lingual , le conduit de Warthon, auquel elle est très adhérente, et la veine ranine; en bas elle repose sur le muscle mylo-hyoïdien qui est placé entre elle et la glande sous-maxillaire. Son extrémité antérieure répond à la symphyse de la mâchoire, et la postérieure, appliquée sur l’hyoglosse et embrassée par le nerf lingual, envoie un petit prolongement qui longe le bord de la langue.

Structure. Son tissu , outre les différences que nous avons énoncées ci-dessus , diffère surtout de celui des glandes parotide et sous-maxillaire, par une tendance plus prononcée de ses lobules à s’isoler les uns des autres. Elle accuse plus fortement ce caractère déjà commun aux trois grosses glandes salivaires; de sorte qu’elle forme, sous ce rapport, la transition entre la parotide et les glandules simples réputées salivaires. Ainsi déjà ses lobules ressemblent à des agglomérations de glandules analogues à celles des lèvres et du palais ; mais, en outre, elle se relie avec les glandes voisines, la sous-maxillaire, la glande Nühn et aussi les glandules labiales inférieures, par des traïnées de petits organes isolés de même nature.

Les artères de la glande sublinguale sont fournies par quelques rameaux provenant de l'artère sublinguale et de la sousmentale. Ses veines anonymes , comme ses artères, vont se rendre dans les veines de même nom; ses lymphatiques se portent aux ganglions situés à la base de la mâchoire; ses nerfs, très nombreux , viennent du lingual anastomosé déjà avec l’hypoglosse, et aussi du ganglion sous-maxillaire.

Conduits excréteurs de la glande sublinguale. Vs sont de trois espèces et trahissent par leur grand nombre, les différences de leur trajet et leurs modes divers d’abouchement, cette tendance à la disgrégation que nous avons signalée comme particulière aux lobules de la glande sublinguale. Ces conduits sont : 1° un grand canal commun dit de Bartholin; 2° des canaux propres sousmuqueux , appelés conduits de Rivin ; 3° des conduits accessoires du canal de Warthon.

1° Canal de Bartholin ( ductus Bartholinianus ). Les variétés de ce canal qui ne font que traduire celles de la glande elle-même dans le mode d’arrangement de ses lobules, sont très nombreuses. Aussi le canal de Bartholin manque assez fréquemment pour que beaucoup d’anatomistes en aient nié l'existence. Lorsqu'on le trouve il se présente sous trois aspects : 1° Tantôt il naît profondément du milieu de la glande , se dirige en avant, s’accole au canal de Warthon, et s’y abouche; tantôt il va s’ouvrir auprès de l'embouchure de ce canal, sur la muqueuse, par un orifice propre capillaire. 2 Par fois, lorsque les deux glandes sous-maxillaire et sublinguale se confondent par leurs lobules adjacens , le canal de Bartholin naît de l’une et de l’autre par deux branches d’origine. 3° Enfin dans d’autres cas, un sur cinq, selon Walter , il se jette dès son origine dans le canal de Warthon, qui devient ainsi le principal conduit excréteur des deux glandes.

2° Conduuts accessoires du canal de Warthon. Plus ou moins accidentels et en nombre indéterminé, ils se rendent des lobules de la partie antérieure de la glande sublinguale dans le canal de la glande sous-maxillaire. C’est d’une autre manière le même résultat du mélange d’une portion de la salive de la première de ces glandes avec celle de la seconde dans un canal excréteur commun.

3° Conduits de Rivin ( ducti Riviniant ). Ainsi nommés du nom de l’anatomiste qui les a décrits le premier. On voit déjà qu’ils sont multiples , et ajoutent d’autant à cette dissémination des lobules salivaires que nous avons vue être plus spécialement le caractère de la glande sublinguale. Siebold en a fait plusieurs variétés ; M. Cruveilhier en porte le nombre de sept à huit; M. Huschke de sept à douze. Avec une étude attentive il nous a paru qu’on en pouvait compter bien davantage sans sortir des limites de la glande sublinouale. Ils naissent des lobules, ou si l’on veut des granulations isolées de sa face supérieure , SOus- Jacentes à la membrane muqueuse au travers de laquelle ils se voient très bien en demi-transparence, à la loupe et méme à l'œil nu. Leur aspect est celui de petits cordons blanchâtres de 1/3-1/2 millimètre de diamètre , nés du sommet des glandules, dont les uns s'ouvrent directement sur la muqueuse au contact , et dont les autres rampent sous cette membrane dans une longueur de 1/2, 1 et 2 millimètres avant de s’y ouvrir. Les plus longs ordinairement sont formés par la jonction des canaux de deux ou trois glandules voisines. Huschke qui les a injectés au mercure, chez des enfans, les a trouvés plus petits (de 1/5 à 2/3 de millimètre); mais, outre la différence d'âge, il est évident que ces canalicules varient de calibre suivant le volume et le nombre des glandules dont ils naissent. Leur disposition est très irrégulière ; ils n'observent entre eux aucun parallélisme. Tous viennent s'ouvrir le long de la crête sublinguale par des orifices capillaires , dans lesquels on introduit facilement une soie de porc. Ces orifices, en général, sont disposés par petits groupes irréguliers de deux, trois ou quatre, séparés par des espaces où se trouvent d’autres orifices isolés. Tous ces caractères ne font que traduire l'indépendance des petits lobules sous-muqueux du corps de la glande elle-même à laquelle on les rattache. Cet aperçu, du reste, est justifié par la continuation périphérique de la glande elle-même en petits chapelets de glandules isolées , qui l’unissent avec les glandes voisines : sous la mâchoire la glande sous-maxillaire et sous la pointe de la langue, la glande deNühn. Toutes cesglandules ont aussi leurs petits canaux excréteurs sous-muqueux identiques avec ceux de Rivin, et les mêmes aussi que ceux des glandules labiales et palatines. Nous voici donc, par l’anatomie spéciale des lobules isolés de 1 glande sublinguale, ramenés, comme nous l’avons vu précédemment, à la structure de celles des glandules de la cavité buccale réputées salivaires.

En résultat de ce qui précède, il résulte que les conduits de Rivin sont bien plus nombreux qu’on ne le dit communément : ils commencent plus loin en arrière qu’on ne les décrit; on peut en compter sur l’homme quinze, vingt et même au-delà, sans préjudice, bien entendu , des petits canaux des glandules acces soires qui ne font point corps avec la glande sublinguale. Chez les animaux où cette glande plus amincie, accompagne dans un long espace, la langue beaucoup plus longue, les conduits de Rivin se présentent en nombre proportionnel. C’est ce que l’on observe

chez le veau, le mouton, etc. Chez le cheval, en particulier , Rive

dont la langue, et, avec elle, la glande sublinguale ont une si grande longueur, nous avons pu compter bien distinctement avec M. Ludovic Jusqu'à cent trente, cent soixante conduits de Rivin, d’un seul côté, agglomérés par trois, quatre ou cinq dans

un espace de 12 à 15 centimètres en longueur, sur de 2 , 2-5 en largeur.

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