DÉVELOPPEMENT DE L'APPAREIL SALIVAIRE
Les histologistes ne sont pas d’accord sur le mode de formation embryonaire des glandes salivaires, et si elles procèdent suivant la théorie générale, par exsertion de la muqueuse, ou, comme le pensent Bischoff, Rathke et Muller ; d’un blastème particulier. D’après ces derniers auteurs , auxquels s’adjoignent aussi E.-H. Weber et Valentin , la glande sous-maxillaire est la première qui apparaît; puis viennent la sub-linguale et la parotide. Wagner a donné une figure de cette dernière glande d’après un embryon humain âgé de sept semaines. Elle montre un tronc d’où partent sept branches très courtes et dont les extrémités sont renflées. On doit aussi à E.-H. Weber une autre figure de la parotide du nouveau-né, injectée en mercure, et qui a été reproduite partout d’après ce savant histologiste. Le métal a distendu les vésicules qui, à un grossissement de cinquante diamètres, ont un volume moyen d’environ 1 millimètre.
Beaucoup d’anatomistes, d’après Bichat, avaient cru remarquer que, comme tous les organes qui n’ont point à remplir de fonctions importantes immédiatement après la naissance, les glandes salivaires, à cet âge, étaient peu développées en proportion du volume et du poids du corps en son entier. Après avoir admis ce fait, on croyait en trouver la raison dans l'hypothèse que la salive, dans les premiers temps de la vie, ne serait sécrétée qu'en très petite quantité, l’enfant trouvant dans le lait de sa mère une nourriture liquide toute préparée, qui, ne devant pas être mastiquée, n’aurait pas besoin non plus d’être abondamment insalivée pour devenir propre à la digestion. Tous les faits de simple ingestion du lait, bu rapidement, à tout âge, comme chez le nouveau-né, sont bien de nature à justifier cette dernière opinion. Toutefois, le peu de développement relatif de l'appareil salivaire à la naissance, dont on le déduit, n’est pas également prouvé, et serait au contraire infirmé par les observations nouvelles de Huschke à ce sujet. Chez un enfant âgé seulement de quelques semaines, et du poids total de 2340 grammes, (sic) Huschke à trouvé que la parotide isolément pesait 1 gramme, la glande sous-maxillaire 6,520 milligrammes, ét la sublinguale 0,320 milligrammes. C’est, par rapport au poids général du corps : pour la première : : 1 : 2340; pour la seconde : : 1 : 4500, et pour la troisième : : 1 : 7313. — Or, chez l'adulte pesant 75 kilogrammes, le rapport de ces trois glandes lui a donné en moyenne : pour la première :: 1 : 21003; pour la seconde :: 1 : 5400; pour la troisième : : 1 : 18000. D’où il résulterait que le poids total des glandes salivaires, comparé à celui du corps en son entier , serait, dans une proportion assez considérable, supérieur chez le nouveau-né à ce qu’il est chez l'adulte, et que, quant aux trois glandes comparées entre elles, le développement, relativement plus fort et plus du double dans la glande sublinguale, se réduirait à 1/4 seulement en plus dans la glande sousmaxillaire, pour être à peu de chose près le même dans la parotide, la seule qui soit relativement plus faible, de 1/10 environ (21 : 23), chez le nouveau-né que chez l'adulte. Ces résultats, supposé qu'ils soient constans et non accidentels, pourraient étre
curieux pour la physiologie des glandes salivaires entre elles et à divers âges. Mais, comme le fait modestement observer l’auteur lui-même, pour être acquis à la science ils auraient besoin d’être confirmés par de nouvelles observations.
Quoi qu'il en soit, à la naissance, les glandes salivaires en ellesmêmes, sinon relativement, sont très petites, spongieuses et parsemées d'une très grande quantité de vaisseaux. C’est particulièrement dans la parotide que la mollesse du tissu est le plus évidente; son conduit excréteur est surtout remarquable par sa grande ténuité, outre que l'aspect et la configuration de la glande elle-même sont bien différens de ce qu'ils seront par la suite. Cela tient à ce que l'excavation parotidienne dans laquelle elle est logée est beaucoup plus petite et moins profonde qu’elle ne sera plus tard, vu que l’apophyse mastoïde fait peu de saillie, et que la branche de la mâchoire est très courte. Aussi l'excès de largeur de la parotide sur son épaisseur est-il encore relativement plus prononcé que chez l’adulte. À cet âge aussi, les glandes salivaires, et surtout la parotide, ont une teinte jaunâtre qui, au premier aspect, leur donne l'apparence de la graisse placée dans le voisinage. Après la naissance, la parotide, et avec elles les autres glandes salivaires, ne tardent pas à acquérir un développement assez rapide, qui est en rapport avec les besoins nouveaux de l'enfant. Lorsqu'il est sevré , et que ses dents lui permettent de mâcher des alimens solides, la salive devient indispensable ; aussi à cet âge est-elle sécrétée en si grande abondance que hors des repas, elle s'écoule de la bouche en bavant. Peut-être est-ce à la rapidité avec laquelle se fait cet accroissement de l'appareil salivaire , et à la surexcitation qui en résulte, qu'il faut attribuer la fréquence des engorgemens qui se développent dans le tissu cellulaire de cette région, chez les jeunes enfans.
Une fois que les glandes salivaires ont acquis tout leur développement, elles éprouvent très peu de changemens sous la seule influence de l’âge. Toutefois , dans le cours de la vie, certaines habitudes journalières qui ont pour effet une excitation sécrétoire extraordinaire des glandes salivaires , doivent par cela même en exagérer le développement. Telle est en particulier l’habitude de fumer le tabac. On pense généralement que, chez les fumeurs , aprés une suite d'années , il existe une sorte d’hypertrophie des glandes salivaires. Assurément , en théorie, ce fait est probable ; mais ce n’est encore qu'une opinion fondée sur une simple induction physiologique, car, jusqu’à présent, aucunes recherches positives n'ont été faites à ce sujet. Chez les vieillards, les glandes salivaires, de même que tous les organes vasculaires , paraissent s’affaisser un peu. Comme ces glandes ne contiennent point de graisse dans leur intérieur, on ne peut attribuer cet affaissement à la diminution de cette substance, mais bien plutôt à l’atrophie de l'appareil capillaire des glandes elles-mêmes, à la chute des dents, et à l’affaiblissement des muscles masticateurs.