MUSCLES ÉLÉVATEURS
Nous avons dit plus haut qu'il existe deux groupes de muscles élévateurs du pharynx, les uns intrinsèques ou qui appartiennent en propre à la couche musculaire du pharynx; les autres, sinon précisément extrinsèques du pharynx, mais qui du moins n'appartiennent à cette poche contractile qu’en commun avec d’autres parties de l'appareil hyo-glosso-pharyngien. A ces deux groupes d’élévateurs propres , il convient d’ajouter comme accessoires, ceux de l’os hyoïde et de la langue qui aident pour une part considérable à l'élévation du pharynx lui-même comme parties essentielles et solidaires de l'appareil commun hyo-glosso-pharyngien. Voyons à énumérer ces muscles dans l’ordre inverse à celui que nous venons de présenter, c’est-à-
dire dans la succession physiologique dés actions, en procédant Ts Ve
des muscles du grand appareil commun, à ceux du pharynx, celle de ses parties dont nous avons à nous occuper.
1° Élévateurs accessoires de l'os hyoide et de la langue. C'est en fixant en haut l’hyoïde que ses muscles élévateurs, les stylomylo et génio-hyoïdiens et même les digastriques, contribuent à soulever le pharynx. Les muscles masticateurs y aident en fixant fortement l'os maxillaire inférieur. C’est du reste l’un des nombreux exemples de la synergie des fonctions que le resserrement des mâchoires opéré par ces muscles, et qui est l'acte préparatoire à la déglutition. Les élévateurs propres de la langue, les stylo-glosses sont encore plus étroitement liés à la déglutition, leurs faisceaux inférieurs venant se méler sur les faces latérales aux constricteurs moyens etinférieurs. Les stylo-glosses par leurs doubles faisceaux et leurs fonctions, reliant entre eux la langue et le pharynx, contribuent par le soulèvement de ces parties au premier acte de la déglutition, qui fait franchir au bol alimentaire l’isthme du gosier. Ils sont aidés en sens contraire dans cette fonction, par la portion postérieure des génio-glosses dont la contraction convertit en un plan incliné la base ou la portion pharyngienne de la langue.
2° Élévateurs propres du pharynx. Ws sont au nombre de deux paires : l’une en partie extrinsèque ou extérieure et latérale au pharynx, les stylo-pharyngiens ; l’autre intérieure, intrinsèque, et qui tapisse les constricteurs au-dedans, les deux palato-pharyngiens.
Les stylo-pharyngiens, comme nous l’avons vu dans la myologie, seraient beaucoup mieux nommés stylo-laryngiens suivant que je l'ai proposé, et encore mieux stylo-pharyngo-laryngiens, car c’est partout au contour du larynx que se font leurs insertions inférieures, et ils n’appartiennent en réalité, au pharynx que comme lui appartiennent aussi les stylo-glosses, par le mélange, à diverses hauteurs, de quelques portions de leurs fibres. En effet, chacun d’eux naît en haut avec les autres muscles styliens de l’apophyse styloïde du temporal et s’insère inférieurement par une base très élargie, suivant une ligne onduleuse, à tout le contour du larynx, c’est-à-dire de bas en haut, avec le thyro-staphylin au bord postérieur du cartilage thyroïde, puis à son bord supérieur aux cartilages cricoïde et aryténoides, et enfin au repli aryténo-épiglottique (7. tome n, pl. 99, fig. 1 et 4). C’est donc seulement dans son parcours que ce muscle se mêle au pharynx par quelques fibres : en haut avec le constricteur supérieur et le sphéno-salpingo-pharyngien , comme aussi au milieu avec le stylo-glosse et l’hyo-glosse ; et en bas avec le constricteur moyen et le palato-pharyngien. Dans sa structure et ses connexions, ce muscle se montre clairement un élévateur commun de tout l'appareil du pharynx, de la langue et du larynx, d’où il suit que le nom qui lui convient le mieux est celui de stylo-pharyngo-laryngien qui résume à-la-fois sa distribution et ses usages.
Le palato-pharyngien que nous avons décrit suivant l’usage reçu avec les muscles du voile du palais (tome 11, pages 54, 55 et pl. 101, fig. 3), n'appartient cependant pas moins, si ce n’est dire plus, par l’étendue, au pharynx dont il est en avant et au-dedans l’élévateur antéro-latéral , oblique vers la cavité de la bouche, qu’au voile du palais dont il est l’abaisseur postéro-latéral, oblique vers la cavité du pharynx. C’est par le fait un muscle inter-
médiaire et commun de la portion gutturale du pharynx à l’isthme du gosier, son orifice buccal, et servant à établir à l’aide du soulèvement du voile du palais, par ses élévateurs propres, la continuation de l’un à l’autre en un canal commun accidentel par un mouvement de va-et-vient, abaisseur de l’un et élévateur de l’autre dans l’acte de la déglutition. Au palato-pharyngien s’adjoint également comme puissance élévatrice intérieure du pharynx, la bandelette ptérygoidienne où ptérygo-pharyngienne (tome n, pl. 101, fig. 3, n. 10) que l’on rattache mal-à-propos, depuis Winslow, au constricteur supérieur dont elle se distingue d’une maniere si nette en un plan intérieur appliqué seulement au constricteur , et offrant une direction de fibres contraire à la sienne qu’elle croise à angle droit. Dans sa structure le palatopharyngien présente trois bandelettes ou trois muscles : 1° le thyro-staphylin, le plus fort, né inférieurement du bord postérieur du cartilage thyroïde où son attache se confond avec celle du stylo-laryngien ; 2° le pharyngo-staphylin, né en bas de son mélange avec les fibres du constricteur inférieur ; 3° le péristaphylo-pharyngien procédant aussi en bas des constricteurs inférieur et moyen. Ces trois muscles à-la-fois distincts par leur trajet et leurs entrecroisemens, et réunis sur leurs bords par leurs fibres, entre eux et avec la bandelette ptérygoïdienne et le stylo-pharyngien, contribuent à former en haut la couche musculaire du voile du palais. Relativement au pharynx, ils représentent, en fait, une couche de muscles élévateurs obliques, vers la bouche, dans la plus grande partie de son étendue, mélée par ses fibres à l'extérieur avec les muscles constricteurs, et adhérente à l’intérieur au derme de la membrane muqueuse sousjacente. Cette dernière disposition que j'ai signalée dans la myologie revêt une signification physiologique assez importante. Il parait évident qu’elle a pour effet d'éviter que la membrane muqueuse, lors de l'élévation du pharynx, ne forme des plis transversaux qui auraient fait obstacle au passage du bol alimentaire pendant la déglutition.
3° Élévateurs inirinsèques du pharynx. Ws consistent dans quatre paires de faisceaux musculeux que l’on peut également considérer, soit isolément comme on l’a fait d’après Duverney et Winslow, en qualité de petits muscles élévateurs distincts ; soit dans leur ensemble, en qualité de piliers ou d’attaches mobiles des deux premiers constricteurs du pharynx. Ces muscles sont: 1° au milieu, en arrière, le céphalo ou occipito-pharyngien, bandelette aiguë la moins distante de toutes, car elle n’est autre, positivement, que l’attache supérieure basilaire des constricteurs moyens du pharynx. 2° Sur les côtés : (a) le pétro-pharyngien, petite bandelette oblique, étendue sur l’aponévrose céphalopharyngienne, de l'os pétreux au bord libre du constricteur supérieur. Ce petit muscle, quand il existe (tome "1, pl. 101, fig. 1, n. 6), est au moins très distinct du muscle constricteur dont il forme la bandelette élévatrice postéro-latérale. — (b) Le ptérygo-pharyngien, le plus important de tous par son étendue et ses usages, et que nous connaissons déjà comme la première des bandelettes élévatrices du palato-pharyngien auquel il se rapporte. — (c) Enfin le sphéno-salpingo-pharyngien (tome nu, pl. 101, ng. 2. n. 6), le plus distinct de ces petits muscles accessoires Dar Sa structure et sa direction. Né [supérieurement en arriere de la base de l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde et de la portion voisine de la trompe d’Eustachi, il descend verticalement sous forme d’une cordelette musculaire en saillie sur l'aponévrose céphalo-pharyngienne, puis au milieu de la face latérale
du constricteur supérieur qu'il divise et soutient dans sa grande largeur, en mélant ses fibres avec celles de ce muscle et du stylopharyngo-laryngien. Le sphéno-salpingo-pharyngien, organe contractile de la suspension latérale du pharynx, est le plus nécessaire et le plus important des quatre petits faisceaux élévateurs ; aussi son existence est-elle constante.
En résumé, la couche musculaire du pharynx se compose d’une enceinte de muscles constricteurs membraneux , suspendue à des aponévroses et soulevée par des muscles élévateurs. Cette couche contractile, la portion la plus essentielle de l’épaisseur du pharynx, est environnée à son contour extérieur par l’aponévrose pharyngienne postéro- bilatérale, qui sert en partie d'insertion à ses fibres superficielles, mais surtout forme la couche isolante du pharynx, destinée à ses glissemens , et qui la sépare en arrière de l’aponévrose prévertébrale et sur les côtés des grands sillons vasculaires du cou. Intérieurement la couche musculaire est tapissée, non comme on le dit communément par la membrane muqueuse pharyngée proprement dite, mais par le derme de cette membrane. Ce derme, non connu des auteurs, de même que celui de toutes les membranes muqueuses, et sur lequel nous reviendrons plus loin, sert d'implantation aux bandelettes internes élévatrices du muscle palato-pharyngien, et, sous ce rapport, joue un rôle important dans le mécanisme du pharynx.
Quant aux fonctions d'ensemble du pharynx dans la déglutition, on s'accorde généralement à les résumer dans une élévation préalable qui soulève et dilate le pharynx, suivie d’une constriction successive de haut en bas qui le resserre sur le bol alimentaire pour le faire cheminer de l’orifice buccal vers l’orifice œsophagien. Or, si je ne me trompe le phénomène de la déglutition , présenté si simple, est en fait plus complexe, mais aussi plus assuré dans ses effets. Ajoutant à ce que j'avais dit autrefois de cette fonction (tome 11, page 60. — 1834), j'ai acquis depuis la conviction que le fait de l’abaissement du pharynx dans le second temps de la déglutition, n’est pas moins actif que celui de l’élévation dans le premier. C’est, du reste, un fait auquel il est surprenant queles physiologistes n'aient pas fait attention, que ce concours actif des muscles à l’abaissement du pharynx, qui prépare et accompagne le second temps de la déglutition. Dans les théories régnantes on suppose que ce mouvement se produit par un simple effet de relächement des puissances élévatrices, c'est-à-dire par le retour des parties à leur situation naturelle, facilitée par leur pesanteur à laquelle vient en aide celle du bol alimentaire. Nous avons, dans la myologie, combattu cette opinion par l'exemple des animaux, mammifères et oiseaux, chez lesquels la déglutition s'opère de bas en haut, en sens contraire de la pesanteur. Il me parait donc bien plus probable que cette fonction s’opérant en deux temps, la constriction, qui en est le fait principal, se trouve préparée puis aidée de haut en bas dans toute la longueur du canal du pharynx, par l'élévation et l’abaissement qui se succéderaient d’une manière également active par la substitution ou le transport des points d'appui de l’une à l’autre insertion supérieure et inférieure des muscles. En effet, si dans le premier temps, l'élévation qui précède et apprête la constriction de la portion gutturale du pharynx, s'opère bien véritablement, comme on l’a toujours compris, par l’action des muscles sus-hyoïdiens et par celle des élévateurs, c’est-à-dire par tout l’ensemble des puissances musculaires qui prennent en haut leurs insertions à la base du crâne, à la mâchoire inférieure, aux aponévroses crâniennes et au raphé médian qui leur
fait suite : en sens contraire il n’est pas moins logique de voir dans l’abaissement du pharynx, qui précède et accompagne le second temps de la déglutition, un mouvement aussi actif que le premier. Renversant alors la direction des forces, ce sont les muscles sous-hyoïdiens qui fixent préalablement en bas le larynx, à son tour, point d'appui des deux constricteurs inférieurs dont la striction s'exerce alors avec efficacité pour faire cheminer le bol alimentaire de la poche gutturale du pharynx à sa poche laryngienne, puis à l’œsophage. Cette théorie qui montre toutes les parties du vaste appareil hyo-glosso-pharyngien toujours actives et solidaires dans leurs mouvemens, aussi bien de bas en haut que de haut en bas, est la seule qui puisse rendre un compte satisfaisant du phénomène de la déglutition, aussi bien chez l’animal que chez l’homme. Or ce fait, qui se déduit scientifiquement de la structure et des corrélations anatomiques des diverses parties de l’appareil glosso-laryngo -pharyngien dont l’hyoïde est le point d'appui commun, se montre aussi de luimême ou se prouve de reste par l'observation directe du phénomène de la déglutition. En se regardant soi-même devant une glace, le cou nu, pendant que l’on avale diverses substances solides et liquides, et en surveillant, au toucher comme à l’œil, l’action successive des divers muscles sus et sous-hyoïdiens, on s'assure avec exactitude que la déglutition se compose de deux temps ou de deux actes principaux accomplis à la suite l’un de l'autre, presque exclusivement par chacune des deux poches ingestives du pharynx : 1° Un mouvement d’élévation d’abord, puis de constriction , le plus lent des deux quoique assez rapide luimême, opéré successivement par les muscles masticateurs, par les élévateurs sus-hyoïdiens , puis par les élévateurs propres et les deux premiers constricteurs. Ce mouvement complexe opéré par la poche gutturale du pharynx, et dans lequel se trouve entrainée presque passivement en haut, sa poche œsophagienne, a pour effet la transmission du corps ingéré, de l’isthme du gosier dans la première de ces cavités. 2° Un mouvement très vif d’abaissement d’abord, puis de constriction, opéré successivement par les abaisseurs sous-hyoïdiens, puis par les deux derniers constricteurs. Ce second mouvement, propre à la poche œsophagienne du pharynx, qui entraine passivement en bas sa poche gutturale, a pour effet de transmettre le corps ingéré de la cavité pharyngienne inférieure à l’œsophage.