‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 65 sur 373 · MEMBRANE MUQUEUSE DU PHARYNX · texte numérisé non relu

MEMBRANE MUQUEUSE DU PHARYNX

La membrane muqueuse qui revêt la cavité pharyngienne se

continue avec celles qui tapissent la bouche, les fosses nasales, .

l’intérieur du larynx et l’œsophage. C’est, dans l’entrecroisement des deux membranes tégumentaires des voies respiratoire et digestive, leur suture intermédiaire; aussi participe-t-elle des caractères anatomiques et des fonctions de l’une et de l’autre. Voyons-en d’abord la disposition générale comme elle est indiquée par les auteurs.

En arrière et sur les côtés elle tapisse le plan postérieur du pharynx et n’est séparée, dit-on, de la couche musculeuse que par ce que l’on nomme un feuillet celluleux. Ce feuillet n’est autre que le derme de la muqueuse sur lequel nous reviendrons plus loin. Ce tissu n’est jamais graisseux et ne s’infiltre jamais de sérosité. Parvenue au voisinage des trompes d’Eustachi, la membrane muqueuse environne son pavillon, pénètre dans sa cavité, s’insinue dans son conduit en s’amincissant graduelle-

ment, le tapisse dans toute sa longueur, et au-delà se continue avec la membrane interne de la caisse du tympan. C’est par cette continuité de tissu entre la membrane de l'oreille moyenne et celle du pharynx, qu’on s'explique la surdité qui coïncide avec l'existence d’une angine ou d’un coryza ancien. Alors en effet l'irritation se propage de la gorge ou des fosses nasales à la trompe d’Eustachi, qui se trouve obstruée par une sécrétion plus abondante ou par un engorgement de la membrane.

En avant et au niveau de l’ouverture postérieure des fosses nasales , la muqueuse pharyngée se continue avec la membrane pituitaire. Plus bas elle se réfléchit sur les piliers postérieurs du voile du palais, et fait suite à la muqueuse de la bouche. Au niveau du larynx, elle tapisse les deux rigoles ou gouttières pharyngiennes bornées en dehors par le cartilage thyroïde et en dedans par le cricoïde et les aryténoïdes; puis elle revêt toute la face postérieure de l'organe de la voix auquel elle n’adhère que faiblement.

En Akaut la muqueuse du pharynx tapisse une petite partie de la face inférieure de l’apophyse basilaire et du corps du sphénoïde où elle est intimement unie au périoste dont elle ne peut être séparée. Au-delà elle se continue en avant avec la portion de la pituitaire qui tapisse la voûte des fosses nasales.

Inférieurement la muqueuse du pharynx offre, comme cette cavité, deux prolongemens et se continue en avant dans le larynx par une ouverture supérieure, et en arrière, directement dans l'œsophage. Elle se prolonge dans ce canal ou plutôt elle s’unit à celle qui le tapisse et se trouve ainsi continue à la muqueuse de l'estomac et des intestins.

Dans sa structure et son aspect, la muqueuse pharyngienne, comme il résulte de sa situation, est intermédiaire entre la muqueuse aérienne des fosses nasales au larynx et à la trachée-artère, et la muqueuse des voies digestives, de la cavité de la bouche à l’œsophage et à l’estomac. Il en résulte que cette membrane, fondue avec les autres à chacun des orifices de continuation, y revêt une partie de leurs caractères propres, de manière à former la transition des unes aux autres. Ainsi, vers les orifices des fosses nasales elle est épaisse, molle et d’un aspect fongueux comme la membrane pituitaire. Ce caractère s’observe sur toute la face postérieure du voile du palais. A la voûte du crâne où la muqueuse adhère au périoste par l’intermédiaire de sa couche dermique, elle retient aussi cette apparence fongueuse qui est aussi, en arriere, celle du pavillon de la trompe d’Eustachi et des surfaces glandulaires voisines. Au contraire, au contour de lépiglotte et deses replis, la muqueuse plus pâle, s'amincit pour se continuer dans le larynx dont la surface exigeait un tégument plus mince et plus lisse pour les vibrations que nécessite la voix. La longue paroi postérieure du pharynx et la portion laryngienne ou cricoïdienne de la paroi antérieure, sont celles où la muqueuse pharyngée offre les caractères que l’on peut considérer comme lui appartenant le plus en propre. Elle est épaisse, molle etsouple, d’une apparence granuleuse causée par les myriades de glandules qu'elle renferme et dont le relief se dessine à sa surface. Sa couleur, assez intense et d’un rouge vineux ou violacé, est très inégale, c'est-à-dire entremélée de lignes pâles et au contraire de stries vasculaires d’un rouge vif, qui lui donnent l'aspect général d’un tissu capillaire variqueux. L'aspect granuleux de la surface est encore augmenté par l'existence de sillons en grand nombre, verticaux, transverses ou plus généralement obliques, qui la divisent et

tracent les délimitations des séries linéaires de ses glandules. Au reste ces saïllies glandulaires avec les sillons qui les séparent, sont, avec les colonnes verticales des raphés médians, les seuls accidens de surface que l’on y observe. Dans toute l'étendue des parois du pharynx, malgré l’aspect mou et tomenteux de son tissu, elle ne présente néanmoins jamais de plis analogues à ceux qu’on rencontre dans l’œsophage, l'estomac ou les intestins. Et quoique la capacité de son calibre soit sujette à augmenter ou diminuer sous la pression du bol alimentaire et l'influence des contractions musculaires, nous savons déjà que ce caractère spécial, si bien en harmonie avec les fonctions de déglutition du pharynx, reconnait pour cause l’adhérence commune de la couche proprement muqueuse et des fibres de la couche musculaire, au derme de la membrane ou au feuillet celluleux intermédiaire.

Glandules pharyngiennes (P1. 15). Nous avons parlé plus haut des glandules dont le relief donne un aspect granuleux à la surface de la muqueuse du pharynx. C’est pour les avoir mal observées qu’on les a dites analogues à celles qui existent sous la muqueuse de la bouche. Dans l’une comme dans l’autre cavité, suivant que nous l’a déjà démontré l'examen de celles de la bouche, il existe des glandules de structure très différente. Celles du pharynx sont les organes sécréteurs des fluides muqueux destinés à un double usage : 1° à lubrifier les surfaces pour faciliter le glissement du bol alimentaire si toutefois, ce qui n’est pas prouvé, ces liquides n’ont pas aussi quelque action chimique inconnue; 2° l’autre usage est de maintenir les surfaces muqueuses humides et souples, nonobstant le passage continuel de l'air dans la respiration. Conséquemment à cette double fonction, les glandules pharyngées sont aussi nombreuses et importantes, et peut-être non moins variées que celles de la bouche. La scolastique qui se dispense avec des formules générales de l’observation attentive des faits de détail, a distingué les glandes pharyngiennes en deux catégories : les unes agminées ou agglomérées, et les autres disséminées ou isolées. Laissons de côté ces distinctions insignifiantes qui, sans enseigner rien de positif, empêchent de reconnaitre ce que l’on voit, et passons à l'examen direct des faits (V. pl. 15).

En général toute la surface de la muqueuse du pharynx est hérissée de saillies grandulaires de volume inégal. Nous verrons plus loin les différences de leur structure : constatons d’abord ici celles de leur aspect.

Toutes les glandules du pharynx se présentent uniformément réunies par groupes propres à chaque région. Rien n'autorise, à ce qu’il semble, la classification de ces groupes en glandules agglomérées et isolées, car tous les groupes présentent également ces deux caractères, les glandules se trouvant à-la-fois agglomérées ou agminées vers le centre du groupe dont elle font partie, et disséminées ou isolées aux extrémités de ce groupe ou elles se mélent avec les glandules périphériques des groupes voisins , qui elles-mêmes s’agglomèrent vers le centre de la région dont elles font partie. Il existe ainsi autant de groupes de glandules que de régions bien déterminées. Ces groupes paraissent devoir répondre en physiologie à des nuances de fluides sécrétés assez différentes, car elles se distinguent nettement, en anatomie, par des caractères assez tranchés. Ces groupes sans trop les diviser, sont, en apparence, au nombre de quatre.

Le premier (pl. 15, fig. 2) est celui de la face pharyngienne du voile du palais. Toute cette surface est occupée par un plan

de glandules. Les glandes latérales sont oblongues et les plus volumineuses, de 2,-2,5 millimètres. Au milieu, de la cloison nasale à la luette, elles sont plus petites , agglomérées confusément, et généralement sphéroïdales, de 1,5-2 millimètres de diamètre. La luette elle-même, à la surface de son noyau musculaire, est recouverte d’une couche de ces glandules miliaires, sous- jacentes au réseau vasculaire de la membrane muqueuse. (V. pl. 16 ter, fig. 3 et tome 11, pl. 86).

Le second groupe est celui des glandules qui environnent l'orifice de la trompe d’Eustachi (PI. 15, fig. 2). Celles-ci sont disposées en séries presque linéaires et rayonnées, qui s'étendent de l’orifice de la trompe sur les faces latérales et postérieure du pharynx. Elles sont aussi sphéroïdales, de 2—2,5 millimètres et, quoique rangées dans un certain ordre, toutes isolées les unes des autres.

Le troisième groupe est celui des glandules de la face antérieure du larynx. Elles sont sphéroïdales, trés petites et d’apparence miliaire. Elles forment trois amas compactes (PI. 15, fig. 2,3) : deux sont latéraux en regard des cartilages aryténoides et des muscles aryténoïdiens et crico-aryténoïdiens latéraux ; le troisième groupe est médian et appliqué au-devant de la crète postérieure du chaton du cartilage cricoïde et des attaches correspondantes des muscles crico-aryténoidiens postérieurs.

Le quatrième groupe est le plus considérable de tous : c’est proprement la couche glandulaire essentielle du pharynx qui occupe les faces latérales et postérieure de la membrane muqueuse dans toute sa hauteur (PI. 15, fig. 1, 2). Ces glandules, les plus volumineuses de toutes, 2,5—3 millimètres, sont disposées en séries linéaires obliques. Elles garnissent si exactement le plan sousmuqueux qu'elles ne laissent entre elles que de rares intervalles équivalant à l'étendue de leurs diamètres. Ces espaces, comme nous le verrons plus loin, sont motivés par l’interposition de petits chapelets nerveux ganglionnaires qui les occupent.

Tels sont les caractères généraux anatomiques de la membrane muqueuse pharyngienne. Il nous reste à faire connaître en quoi consistent les particularités importantes qui résultent de l'examen microscopique de sa structure, Mais auparavant il est utile de décrire, dans leur ensemble, les vaisseaux et les nerfs qui en font partie.

Page 1