‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 7 sur 373 · ANATOMIE MICROSCOPIQUE DES ORGANES SPLANCHNIQUES · texte numérisé non relu

ANATOMIE MICROSCOPIQUE DES ORGANES SPLANCHNIQUES

Un demi-siècle après que l’immortel Galilée eut ouvert aux sciences naturelles un nouveau monde, par l'invention et le perfectionnement du microscope (1612-1624), la moindre pourtant des découvertes de ce puissant génie, un seul des élèves de cette grande école Florentine, mais un esprit d'élite, non moins sage que pénétrant et ingénieux, Malpighi, en moins de vingt ans, avait crée, de premier jet, toute l'anatomie de texture. Pendant les soixante-dix années de recherches persévérantes, qui mesurent le temps écoulé depuis les premiers travaux de Malpighi jusqu’à la mort de Ruysch (1661-1731), la science, enrichie tout-à-coup d’un nombre immense de découvertes dans tous les genres, avait paru entrer, de prime saut, dans une voie indéfinie de perfectionnemens et d'applications. Mais suivant la loi d’intermittence des actes nerveux, applicable à l'esprit humain aussi bien qu'aux individus, en vertu de laquelle la prostation ou le repos succède aux excitations trop vives, cette science de l’organisation, qui d’abord avait ébloui les contemporains de son éclat, avait, par cela même, fatigué les esprits à la suivre et à la comprendre. Et d’ailleurs, comme elle avait dépassé de beaucoup les sciences auxiliaires dont elle emprunte ses moyens d'investigation, trop pauvre encore de ressources pour pouvoir être continuée plus loin, avortée en quelque sorte à sa naissance, et reléguée dans le domaine des spéculations vaines, avant qu'on eût pu y reconnaître une signification pratique, elle était retombée sur elleméme, et peu-à-peu avait fini par manquer d’interprètes pour la maintenir et en conserver le dépôt. Dans cette période mémorable, Malpighi avait porté déjà très loin les recherches sur l’infiniment petit, et entrevu, en général, le secret des textures. Ruysch y avait ajouté la notion très avancée des circulations partielles dans les organes. C'était tout ce que l’état de la physique, de la chimie et de l’histoire naturelle de leur temps pouvait faire obtenir. Avec Ruysch finissait donc naturellement le premier âge de l'anatomie de texture. Désormais, pour amener les sciences auxiliaires à un point de vue plus avancé, qui permit à l'histologie d'entrer dans une nouvelle série de progrès, un laps de temps considérable était nécessaire, pendant lequel la science de l’organisme a pu entrer avec succès dans des voies différentes. Nous verrons dans l’histoire de l'anatomie philosophique comment se sont succédé ces phases transitoires qui, dans leurs oscillations d’une science à une autre, pour les élever toutes à un niveau commun, tracent la seule marche possible de l'esprit humain.

Mais enfin, après un siècle d'oubli, ou plutôt de délaissement inévitable, que l’on ne peut, cependant, s'empêcher de déplorer, succédant à une période si féconde, dont il n'avait connu et apprécié que les noms des hommes, sans leurs idées et leurs travaux, voici que de nos jours l’histologie s’est réveillée avec une verve et une fécondité dont les résultats déjà nous étonnent. Grâce aux derniers perfectionnemens du microscope, aux progrès de la chimie organique, à l’état plus avancé de la zootomie générale; mais surtout grâce au grand nombre de savans répandus dans toute l’Europe, qui font de cette science l’objet persévérant de leurs études, l’histologie est entrée de plein droit dans la sphère des applications. Elle est indispensable à la physiologie, dont elle modifie ou change les théories, en éclairant le mécanisme des grandes fonctions générales et en montrant que celles-ci sont le produit composé d’une foule de petites fonctions partielles ignorées jusque-là, parce que la connaissance de la texture dans l'infiniment petit pouvait seule en révéler l'existence. Comme on le conçoit, l'étude de la texture morbide ne pouvant revêtir une signification qu’autant que l’on connaît préalablement la texture normale, l’'histologie qui permet d'étudier à l’état moléculaire la formation des altérations organiques, met immédiatement des notions claires et certaines à la place des obscurités et des incertitudes de l'anatomie pathologique. Aussi, à voir les résultats importans qui fourmillent de ces études nouvelles, on sent déjà qu'elles sont prochainement destinées en médecine, à interpréter l’une par l’autre la séméiologie et l’histologie pathologique, et à les mettre toutes deux dans un harmonieux accord avec la thérapeutique.

Effectivement, les recherches microscopiques sur la texture intime, recommencées avec suite, il y a moins de vingt ans, sont déjà très avancées. Ces recherches ont été reprises dans la voie

(1) Successivement, à propos de chaque organe je donnerai, pour leur meilleur mode de préparation, les diverses formules d’injections fines que j'aurai pu recueillir.

En attendant, pour venir en aide aux personnes qui désirent se livrer à ce genre de recherches, il me paraît convenable de leur donner, à cet égard, quelques avertissemens.

En thèse générale, pour faire de bonnes injections, il faut réunir plusieurs conditions :

1° Choisir des organes sains, les jeunes sujets et les fœtus, chez lesquels les vaisseaux capillaires sont plus abondans et plus perméables, sont ceux qui donnent les meilleurs résultats. Mais une fois qu’un peu d’habitude est acquise, ilest essentiel, pour se faire une idée complète des textures, d'étudier le même organe à différens âges et dans les divers états morbides, aussi bien que dans l’état sain.

2° Faire tremper et amollir les organes, pendant plusieurs heures, dans l’eau tiède ou chaude, à une température de 30 à 50 degrés centigrades, de manière que la pièce à injecter soit peu-à-peu pénétrée uniformément de ce degré de calorique dans toute son épaisseur. A mesure qu’elle s’échauffe, de temps à autre, on la malaxe légèrement pour en faire dégorger, autant qu’on le peut, le sang et les liquides qu’elle renferme. L'état exsangue des organes des animaux morts d’hémorrhagie en rend l'injection beaucoup plus facile, comme en sens contraire, l'engorgement des tissus malades est la première cause qui fait que l'injection y réussit bien plus rarement.

3° Lorsque la pièce à injecter a été bien débarrassée de ses fluides, et amenée partout à une température uniforme, la fixer dans son bain de manière à ce qu’elle surnage partout. Cette condition de faire flotter les organes que l’on injecte est d'autant plus indispensable, que l’organe lui-même est plus pesant. Un viscère plein, par exemple, ne peut pas s’injecter facilement appuyé sur une place solide où il s’affaisse sur lui-même par son poids.

4° Quand la pièce est bien fixée dans l’eau, adapter à chaque vaisseau un tube à injection disposé suivant son axe el fixé dans cette position. Ces tubes doivent être maintenus chauds pour que l'injection ne s’y fige pas au passage. Ceux qu’emploie M. Hyrtl sont pourvus de petits ailerons qui permettent de les fixer immédiatement au bec de la seringue sans changer leur position.

5 L’injection doit être pratiquée avec une extrême lenteur et une pression

2, ve

de Ruysch d’abord, puis dans celle de Malpighi. Il était naturel d’essayer de pénétrer dans la structure intime par les vaisseaux capillaires de toute sorte. C’est du Nord, où l’on avait conservé précieusement dans les musées les pièces anatomiques de Ruysch et de ses imitateurs, que devait partir le mouvement. Des essais ont été faits de tous côtés en Allemagne pour retrouver des procédés d'injection qui permissent de remplir les réseaux capillaires dans l’infiniment petit. Les résultats ont bientôt dépassé tout ce que l’on avait pu prévoir. Tous les musées de l’Europe possèdent aujourd’hui de ces pièces injectées par les micrographes allemands. MM. Berres, Doœllinger, Wagner, Retzius, Hyrtl, Gruby, Burgræve, etc., où les capillaires miscroscopiques sont tellement remplis, qu’il y a excès en réalité, en ce qu'ils masquent tout et ne permettent plus d'étudier les autres élémens de la texture. À voir avec quelle profusion fourmillent, dans ces pièces, les réseaux capillaires par plans superposés, il est évident que les fameuses injections de Ruysch qui, du reste, n'avaient point subi l'épreuve du microscope, ne pouvaient rien fournir de plus. C’est donc aujourd’huiun art retrouvé. Il est ficheux que quelques préparateurs, imitant l’égoisme de l’anatomiste hollandais, croient devoir faire, à leur profit, un secret de procédés d’injection dont ils ne sont même pas les inventeurs , comme si aujourd’hui un odieux monopole était encore permis et possible dans la science. Heureusement que tous ne sont pas de même. M. Berres a publié, dans son ouvrage, ses formules d’injection. L'ancien préparateur du célèbre professeur de Vienne, M. Hyrt], aujourd’hui professeur à Prague, dont les admirables injections sont connues dans toute l’Europe, ne fait à personne mystère de ses procédés, et a eu la généreuse complaisance de nous les enseigner lui-même (1). Ajoutons que la plupart des anatomistes qui essaient de faire des injections fines, avec les soins conve-

soutenue, mais pas trop forte. Cette manœuvre est facile mais délicate, et demande beaucoup d’attention et de patience de la part de opérateur. Toute précipitation est funeste. Il est telle injection qui, pour être bien faite, exige une pression continuée d’une demi-heure ou trois quarts d'heure.

Pour exercer une pression constante et régulière, le mode d’injection le plus avantageux et dont l’usage commence à s'établir, consiste à remplacer la seringue par la pression atmosphérique. L'appareil est très simple. Il se compose d’une cloche pneumatique en verre, d’une capacité suffisante sous laquelle on place l’organe à injecter. Au sommet de la cloche existe une tubulure à robinet, à laquelle s’adapte une pompe aspirante à air, semblable à celle des ventouses. Au bas de la cloche sont plusieurs autres tubulures semblables, par lesquelles pénètrent des tubes qui baignent au dehors dans les malières à injection, et sont fixés au dedans sur les ajutages adaptés aux vaisseaux. Ces tubes sont maintenus échauffés d’une manière quelconque. Ici la suspension de l’organe dans un bain n’est plus aussi nécessaire, et l’évaporation de l’eau aurait l'inconvénient de rétablir sous l’appareil l'équilibre de pression avec l’air extérieur. Il suffit donc que l’organe, préalablement échauffé, soit placé sur un plan mou de linge ou de coton. L'appareil étant ainsi disposé, il suffit de soutirer, avec la pompe, un peu d’air de l’intérieur de la cloche, pour que la matière à injection se précipite dans les vaisseaux de l’organe. Rien de plus simple que de graduer cette pression dont on voit au travers de la cloche les effets. L’injection se fait ainsi beaucoup plus vite, en même temps qu'elle est plus complète. Aucun procédé n’est aussi sûr et ne donne de meilleurs résultats que celui-là, et il n’en peut être autrement ; car C’est le seul qui opère sans secousses, sans déplacement, et d’une manière continue et uniforme sur tous les points. Je l'avais déjà expérimenté avec succès il y a quelques années ; mais tout le monde y a songé. Quelques anatomistes y ont eu recours en Allemagne, et on fait aujourd’hui de petits appareils de ce genre. Il est fâcheux, pourtant, qu’il n’en existe pas dans les grands établissemens d’assez considérables pour injecter d’un seul coup une grande masse d'organes. La science aurait beaucoup à y gagner.

6° Enfin, comme il est nécessaire que la matière d'injection reste fluide pendant tout le temps que dure l'opération, il faut que, par sa composition, elle soït fusible à la température assez basse, à laquelle on peut, sans inconvénient, élever les organes à injecter.

nables y réussissent. Sans s'inquiéter des formules connues ailleurs, M. N. Guillot, parmi nous, est parvenu à faire, sur tous les organes, des injections microscopiques qui ne le cèdent à aucune des plus riches que j'ai jamais vues; et en ce qui me concerne, il y a déjà quelques années, j'y avais assez bien réussi pour qu'aucune injection n’eût pu m'en apprendre davantage sur le secret des textures dont j'avais fait l’objet de mes recher-

ches.

Dans toute masse à injection il faut distinguer deux sortes de substances, Pexcipient et la couleur destinée à le faire voir dans les tissus.

1° Zreipient ou masse à injection.

Quelles que soient les substances que l’on emploie, la première condition, pour des injections microscopiques est de ne se servir que de matières bien pures, que lon fond au bain-marie dans des vases très propres.

Voici la formule de la meilleure pâte à injection donnée par M. J. Berres dans son grand ouvrage, et dont il assure que se servait son préparateur, le docteur Hyrtl.

Prenez : 1° Vernis de copal ;

à quoi on ajoute dans la proportion de un sixième de son poids. 2° Mastic (résine du lentisque), fondu au bain-marie avec un peu d’esprit de thérébenthine.

« Le tout, ajoute l’auteur, est mélangé jusqu’à ce que la masse entière ait « pris la consistance nécessaire à linjection. On se rend compte de cette « dernière circonstance en laissant tomber une goutte de la masse sur une « pierre plate, puis on en observe le refroidissement, et la manière dont elle «se coagule et s’épaissit. Si elle se présente à la fin sous la forme d’une goutte « de miel, filant entre les doigts, c’est le point convenable pour injecter. »

A la composition de la masse à injection, indiquée par M. Berres, ajoutons celle dont nous devons la connaissance à M. Hyrtl lui-même, qui l’a préparée devant nous (juillet 1843). Cette pâte, dont la formule est simple et facile, se compose des deux substances suivantes :

1° Cire vierge, la plus pure et la plus blanche;

2° Térébenthine molle du Canada, ou térébenthine de Venise très pure.

Faites fondre ces deux substances en quantité à-peu-près égale, dans un vase de porcelaine, au bain de sable, ou mieux, au bain-marie, pour éviter une trop forte chaleur. Quand la masse est fondue et bien mélangée, on s’assure, comme l’indique M. Berres, si la pâte est d’une consistance conuvenabie, et on ajoute soit un peu de cire, soit un peu de térébenthine, suivant qu’elle est trop molle ou trop épaisse pour bien filer entre les doigts.

2° Couleurs à injection.

Le cinabre chinois est, de toutes les couleurs, celle qui pénètre le mieux et le plus loin dans les réseaux capillaires microscopiques. « On le broie, dit « M. Berres, avec le plus grand soin, dans de l’essence de térébenthine, et on « le mêle à la masse résineuse en assez grande quantité pour que celle-ci soit « bien saturée de couleur. Quand les deux portions sont bien mélangées, on « filtre le tout dans un vase bien propre et chauffé. Cela fait, il faut encore « chauffer la masse sur un bain de sable, de manière, pourtant, à ne pas pro- « duire de bulles à sa surface. Après on met le tout dans une seringue à in- « jection, chauffée; on pousse avec force et méthode, jusqu’à ce qu’une résis- «tance plus grande vous indique la plénitude des vaisseaux. — Si on veut « injecter les veines et les artères, commencer par les veines. — L’injection « finie, tremper de suite la pièce dans de l’eau froide, pour coaguler la ma- « tière injectée. »

C’est de cette unique manière qu’avaient été injectées d’abord les pièces de M. Berres et de la plupart des micrographes allemands, où tout était uniformément rouge. Depuis, pour des vaisseaux différens, on a eu recours à des couleurs variées. Celles qui ont le mieux réussi à M. Hyrtl, sont le h/anc de céruse {carbonate de plomb ); le jaune de chrôme (chromate de plomb), pourvu qu’il soit très pur et non falsifié, ce qui est rare; enfin le noir d'ivoire. En somme, quatre couleurs avec le cinabre. Le bleu de Prusse et l’indigo, ne pénètrent pas très loin. Pourtant, nous nous sommes assuré qu’on peut obtenir une couleur assez diffusible en mélant à du blanc de céruse un peu de bleu de Prusse ou d’indigo. Ce mélange, où domine la céruse, pénètre bien dans les capillaires, et fournit une couleur d’un joli bleu d’azur, d'autant plus favorable qu’elle se distingue bien de toutes les autres dans les tissus. Enfin, il en est de même du bleu mélangé au jaune de chrôme, et qui donne une belle couleur verte.

A celte occasion, disons que le point essentiel dans les injections, et auquel on manquait presque toujours dans l'école de Paris, c’est d’y mettre une quantité suffisante de couleur bien broyée. Les matières d'injection, quand elles sont pures, pénètrent toujours beaucoup plus loin qu’on ne croit; et si néanmoins on n’obtenait pas des réseaux capillaires visibles, c’est que presque

C'était comme un moyen d'utiliser le microscope, que l'histologie moderne avait tâché de retrouver le secret des injections très fines. Une fois en possession de ce moyen, les recherches dans cette direction ont été poursuivies avec une ardeur extrême, entretenue de prime abord parle grand nombre:et l'intérêt croissant des découvertes de chaque jour. Les travaux de Ruysch avaient été assez complets et ses injections assez bien étudiées pour qu’il eüt pu y reconnaitre que les extrémités des artères

toujours la couleur que l’on employait était impure, en poudre Wrop grossière, mal mélangée avec son excipient, et en quantité trop insuffisante. Les meilleures injections microscopiques que nous ayons obtenues dans nos recherches, sur la rate et les poumons, ne se composaient que de vernis à tableau, et de ces petites vessies de couleur que l’on prépare pour la peinture à lhuile. C’est le moyen d’avoir des couleurs suffisamment porphyrisées el qui se mêlent bien avec les corps gras. Seulement dans cette manière d'opérer il faut beaucoup de couleur, parce que c’est elle qui forme la matière solide de l'injection. Depuis, ayant communiqué ces recherches à M. N. Guillot, il a pu faire, rien qu’avec de la térébenthine molle et de la couleur en vessies, des injections microscopiques admirables.

M. de Lignerolles, et nous aussi, à son exemple, avons obtenu de très belles injections avec la solution alcoolique de gomme laque, bien chargée de couleur. Elle pénètre très loin et fournit abondamment dans les réseaux microscopiques. Pour emplir les plus gros capillaires, nous chassons derrière une injection de cire à cacheter, de la même couleur, dont la gomme laque est aussi la base. Ajoutons que la cire à cacheter, fine et molle, étendue à Chaud dans l'alcool, forme par elle-même la matière toute prête d’une très belle injection, dont on peut se servir seule quand on ne tient pas à pénétrer jusque dans les derniers capillaires,

En somme, la réussite dans ces injections microscopiques avec des matières résineuses, dépend donc de plusieurs conditions : 1°la pureté des matières employées; 2° le choix et la bonne préparation des couleurs; 3° l’attention à ce que la pièce soit maintenue à la température de l'injection, elle-même très fusible; 4° surtout une lenteur extrême et bien graduée pour l'injection; 5° enfin des soins, de la patience etun peu (habitude dans les manœuvres. Avec toutes ces conditions réunies, pourtant, del’aveu detousles micrographes, beaucoup d’essais sont perdus ; on ne réussit qu’une fois sur un certain nombre; on n’injecte bien que certains points d’un organe et non les autres ; mais enfin on arrive, el il suffit de quelques fragmens complétement injectés, pour dévoiler les secrets d’une texture; or c’est tout ce qu’il en faut.

Mais les injections de matières grasses et résineuses ne sont pas les ‘eules que l’on emploie. On tire aussi un très grand parti des injections aqueuses.

On sait que Malpighi a fait presque toutes ses découvertes tout simplement avec des injections aqueuses colorées, l’encre en particulier. Cette ressource n'est point à dédaigner. Les injections où la couleur est dissoute, l'encre, lindigo, l’orcanette, etc., sont celles qni pénètrent le plus loin, mais elles ne sont pas toujours assez colorées pour bien voir les très petits capillaires. Celles où la couleur n'est qu’en suspension sont plus visibles, mais aussi d’une réussite moins sûre. C’est, au reste, à ce résultat qu’on arrive par la méthode des doubles décompositions, dont il est parlé plus loin.

De tout temps on a employé en injections la gélatine et Pichthyocolle. Plusieurs anatomistes, et en particulier M. N. Guillot, et nous-même, avons obtenu des injections microscopiques fournies, avec une solution épaisse de belle gélatine et de couleurs broyées à l'eau, en ayant soin de bien filtrer l'injection à chaud avant de s’en servir.

La gomme arabique, avec les mêmes précautions, est employée aussi avec succès. M. J. Berres, prescrit de la mélanger avec injection résineuse cidessus pour l'injection de certains vaisseaux réfractaires à l’introdnction de celle-ci. Voici ce qu’il en dit : « J’ai coutume de verser d’abord, dans la se- « ringue, la matière résineuse, puis la dissolution de gomme arabique, pour « finir tout d’un coup. De cette manière, l'injection de gomme est poussée en «avant la première, et suivie immédiatement par la préparation résineuse « qui semble s’introduire alors beaucoup mieux dans les dernières ramifi- « cations capillaires.

« Certains vaisseaux de l’économie offrent un plus beau résultat avec des «injections ainsi mélangées. l'els sont : les vaisseaux des diverses membranes « de l'œil, des membranes de la vésicule biliaire, des membranes muqueuses «et des tuniques des intestins, et enfin les vaisseaux qui parcourent le « derme.

«Au contraire, avec une matière résineuse pure (l'injection indiquée ci- « dessus), on obtient de plus beaux résultats avec lesorganes parenchymateux, « les tissus cellulaire et fibreux, les muscles, les glandes et les nerfs.

«M. Lambron a obtenu de très belles injections avec la solution de gomme

affectent dans les divers organes des formes variées (1). Mais cette observation fondamentale, si féconde pour la physiologie avait été perdue pendant un siècle avec tant d’autres; car on n'utilise, à toute époque dans les sciences, que les faits que l'on a vuset avec lesquels on est familier. Tout naturellement cette remarque généralede Ruysch, qui ressort inévitablement del’aspectdesinjections microscopiques, est la première qui ait frappé les observateurs modernes. Aussi de toutes parts s’est-on empressé de décalquer, au microscope, et de faire dessiner avec le plus grand soin et l’exactitude la plus sévère, les réseaux capillaires de toute sorte, sans y épargner ni soins ni dépense. Les dessinateurs allemands, sous ce rapport, ont rivalisé de zèle, de patience et d’habileté avec les auteurs micrographes. Leurs planches, disons-le, sont des modèles de finesse, de précision et d’exactitude; et il n’y a rien de trop dans cet éloge, comme on peut s’en assurer en parcourant les figures de MM. Wagner, Arnold, etc., et celles surtout du magnifique ouvrage de M. J. Berres.

Le premier effet de ces recherches a été l’'étonnement de voir l'excessive abondance et la richesse de détails des capillaires circulatoires. On était loin de croire à un nombre aussi considérable de vaisseaux de toute sorte, même dans les tissus membraneux les plus minces où ils sont superposés à plusieurs plans. Les formes aussi de ces réseaux, d’un aspect si varié, ont vivement appelé l’attention. Rationnellement, c’est surtout à ce point de vue qu'ils sont présentés dans le bel ouvrage de M. Berres, et si même je pouvais me permettre de faire, à cet égard, une critique sur l'aperçu le plus général que l’illustre micrographe à déduit de son travail, ce serait d’avoir trop fait prédominer l'intérêt graphique sur la signification physiologique, ou en d’autres termes, de s'être trop préoccupé d'appliquer à des ressemblances plus ou moins éloignées, entre les réseaux capillaires de tissus différens, des classifications qui auraient eu plus de portée, envisagées sous le point de vue des analogies de fonctions. Enfin les injections, poussées jusque dans des capillaires microscopiques d’un calibre inférieur à celui des globules de sang, comme j’en ai vu et fait dessiner dans la membrane d’enveloppe des vésicules spléniques, ont appris qu’il existait dans l’infiniment petit, des réseaux vasculaires différens des lympathiques, en communication avec l'appareil sanguin, mais incapables de donner passage au sang en nature, et par conséquent ne pouvant charrier qu’un plasma,

« arabique, pesant, à l’aréomètre de Baumé, 10 degrés pour linjection du « foie, et 5 à 6 degrés pour injecter des mollusques. — La solution de gomme «est colorée en bleu par lindigo; en rouge par le carmin ou le vermillon; «en jaune par le chromate de plomb; en blanc par la céruse. — L’injection «est faite à froid, mais ne se coagule pas. Toulefois, le dépôt de la matière « colorante suffit presque à remplir les capillaires. Pour une injection « complète, injecter d’abord à froid les capillaires avec l’injection de gomme « colorée; laisser écouler le liquide pour vider les gros vaisseaux, puis in- « jecter en arrière avec la gélatine colorée. »

Enfin, il est encore un autre mode d'injection aqueuse, due à M. Doyère, qui peut se faire à chaud et à froid, et qu’il est bon de connaître parce qu’elle est très pénétrante et réussit toujours à coup sûr. Elle est fondée sur la loi chimique des doubles décompositions, qui veut que deux dissolutions étant mélangées, il y ait échange de bases entre les acides, s’il doit en résuller un précipité insoluble. C’est ce précipité dont le dépôt dans les capillaires, sert à les faire voir.

M. Doyère avait fait ainsi une injection jaune de chromate de plomb, en injectant d’abord une dissolution d'acétate de plomb, puis une autre de chromate neutre de potasse. J'ai faitavec M. Gannal, de très belles injections capillaires detoutesorte, à plusieurs couleurs pour des vaisseaux différens, en ajoutant à ce précipité jaune de chromate de plomb, le précipité blanc desulfate de plomb, fourni par Pacétate de plomb et le sulfate d’alumine ; le précipité de bleu de Prusse, obtenu par le cyanhydrate de potasse ferrugineux, et le protosulfate de fer ; le précipité rouge d’iodure de murcure, qui résulte de la réac-

probablement d’une composition chimique différente dans les divers tissus.

Un autre résultat est ressorti de ces études à la manière de Ruysch. Avec les réseaux capillaires microscopiques, les injections avaient aussi montré les organules qu’ils forment par leurs entrelacemens. Mais ces réseaux, trop uniformément remplis, ne donnaient que des vues artificielles exagérées, l'appareil capillaire, turgide et opaque, ayant souvent pour effet de dissimuler ou d’altérer l’organule ou le tissu spécial dans sa forme, son volume et sa consistance variée, et en lui faisant perdre sa transparence, de masquer tous les autres élémens de texture par un seul. Il a donc fallu reprendre les observations au plus près de la texture, c’està-dire dans leur état naturel, en comparant avec les injections artificielles, les vaisseaux injectés de leurs propres fluides ou à l’état d'hyperhémie pathologique. C'était, par le fait, rentrer dans la voie de Malpighi dont les études avaient toujours été faites sur les tissus dans leur état normal cadavérique, ou tout au plus injectés seulement avec des liquides aqueux colorés, le lait, l’encre, etc.

Ces recherches, suivies dans tous les tissus chez l’homme à divers âges, et où l'anatomie comparée et l’anatomie pathologique microscopique venaient corroborer l’histologie humaine, ont eu pour résultat essentiel! de montrer qu’il existe dans chaque organe ou tissu, avec une structure propre, une circulation partielle distincte de la circulation générale.

De l’ensemble de ces travaux, poursuivis à l’exemple des micrographes allemands dans toute l'Europe, il est ressorti en quelques années une anatomie microscopique nouvelle, aussi vaste qu'inattendue, et dans laquelle les viscères, en raison de l’extrême diversité de leurs textures, envahissent la plus grande part.

Comme on le conçoit facilement, les premières études fructueuses ont été faites sur les viscères membraneux, minces, perméables, transparens, et par cela même plus faciles à injecter et à observer au microscope. Aussi, dans les ouvrages modernes iconographiques, les figures des membranes muqueuses, séreuses, des enveloppes de l'œil, etc., sont-elles les plus satisfaisantes et celles qui donnent le mieux l’idée d’une texture complète. Toutefois les études sur les viscères pleins, quoique moins parfaites encore aujourd’hui que celles des membranes, ont marché cependant plus vite que l’on n'aurait pu le prévoir. On en trouve la raison

tion du cyanhydrate de potasse sur le nitrate de mercure. On peut aussi obtenir un précipité rouge de chromate de mercure avec le nitrate de mercure et le chromate nentre de potasse, mais le rouge en est moins beau et foisonne moins qu’avec l’iodure.

J’indique ces précipités colorés, mais il est clair qu’on pourrait en obtenir ainsi beaucoup d’autres. ‘

Ajoutons un dernier mot à ce sujet. La difficulté que présentent quelquefois ces injections, c’est quand un premier liquide a rempli partout les capillaires, Pobstacle qu’il offre à l'introduction du second. Au lieu de forcer, il faut laisser écouler au dehors le plus qu’on peut, et attendre qu’une partie du liquide s'échappe des vaisseaux par imbibition dans leurs parois. On peut ainsi suspendre quelques heures. Mais un autre moyen très simple et qui m'a réussi, Cest d’injecter d’abord celui des deux liquides qui doit fournir la base du précipité (fer, plomb, mercure); puis couper et préparer la pièce encore incolore, comme si l’on n’eût rien fait. Il suffit, après quelque temps, de la tremper dans l’autre sel pour qu'immédiatement ellese colore par le précipité qui s’y forme. Les capillaires alors se montrent partout au microscope. Toutefois ce procédé ne réussit bien qu'après un temps assez court, et lorsque le premier liquide est encore dans les vaisseaux. Si l’on a trop altendu, avec certaines substances, le bleu de Prusse, par exemple, la pièce plutôt teinte qu’injectée ne donne qu’un résultat confus.

(1) Diversilatem extremitatum arteriosarum, in variis partibus variam exhibent J.F, ScnRer8er. Historia vitæ F. Ruyscn. — Opera omnia. Amstelodami. Tome 1, page 7.

dans la doubleinfluencedemoyens d’expérimentation plus parfaits et plus étendus, et dela réhabilitation des anciens travaux si longtemps oubliés. En même temps que les histologistes ont combiné avec l'emploi du microscope perfectionné, les ressources de la chimie moderne, les lumières de l’anatomie comparée et les contre-preuves fournies par l'anatomie pathologique; ils ont aussi consulté les recherches de Ruysch, Malpighi et leurs élèves, dont on sent partout l’influence dans les auteurs modernes, lors même qu'ils ne les nomment pas. Toutes les grandes questions qui avaient occupé ces illustres anatomistes et leurs écoles, ont reparu d’elles-mêmes, et ont pu être reprises où ils les avaient laissées. Les recherches sur les glandes, en éclairant leur texture et leurs fonctions, ont permis de les systématiser plus complétement qu’on ne l'avait fait jusqu'alors. On a pu immédiatement reconnaître la structure granuleuse et les canaux excréteurs de quelques-unes, telles que la prostate et les glandes de Cowper, dont la détermination histologique était douteuse. C’est aussi une idée heureuse d’avoir assimilé aux organes glandulaires, sous le nom de glandes sanguines, d’autres viscères; la rate, la capsule surrénale, le corps thyroïde, dépourvus de canaux excréteurs, mais dont la structure, si elle n’est pas identique avec celle des glandes proprement dites, semble du moins s’en rapprocher sous le double point de vue anatomique et physiologique, en méme temps qu’elle s'en distingue par une dénomination spéciale.

Jusque-là tout est bien et acceptable. Mais pour s’être laissé entrainer par l'esprit de généralisation, les savans en Allemagne (Berres, Burdach, Huschke, etc.) ont été trop loin. A force d’étendre l’idée systématique de la fonction glandulaire plutôt que celle delatexture, on a fini par faire des glandes d'organes qui évidemment n’en sont pas, le placenta, l'ovaire, le poumon. Avec de pareilles classifications il n’y a plus moyen des’entendre; car, qu'’estce qu'une glande? C’est un organe chargé de la sécrétion d'un liquide animal spécial, ou plutôt c’est un organe formé de l’agglomération, en une seule masse, de petits organules qui sont les véritables agens sécréteurs ou formateurs deson liquide, et quel’on nomme assez vaguement ses acini, car on ne s'entend même pas sur la valeur que l'on doit attacher à cette expression métaphorique. Mais qu'y a-t-il dans le placenta qui puisse y faire voir une glande? Rien assurément dans sa texture toute vasculaire; c’est donc seulement, dans sa fonction, la supposition assez gratuite que c’est lui qui fait subir au sang de la mère la modification par laquelle il se transforme en sang fœtal. Et l'ovaire, que produit-il ? que sort-il de l’ovaire? Rien autre chose que des ovules. Or, les ovules sont-ils un liquide animal sécrété? Non, sans doute. L’ovule, outre qu’il n’est point un liquide, non-seulement n’est pas sécrété, mais ne semble même pas produit par l'ovaire qui n’en paraît que le réceptacle. L’ovule, on le sait, est préexistant. La vésicule de De Graaf n’est donc point un acinus ; l’ovaire n’est donc point une glande. Nous en dirons autant du poumon. Le canal aérien labyrinthique, l’ancienne vésicule aérienne de Malpighi, est-ce un acinus ? Le poumon est-il un organe sécréteur d’un liquide animal spécial? Pas le moins du monde. Bien au contraire. Le canal aérien microscopique est une surface alimentaire et dépuratoire, sous ce double rapport mi-partie analogue à l'intestin et au rein. Il absorbe un gaz et en émet d’autres. Ce qu'il fournit ce n’est donc point un liquide animal, mais, au contraire, la matière animale brûlée qu’il rend au réservoir commun à l’état d'acide carbonique et de vapeur d’eau, c’est-à-dire à l'état de matière brute. Si, malgré ces objections, on veut persis-

ter à reconnaître des glandes dans le placenta, l'ovaire et le poumon, je demanderai alors de nouveau qu'est-ce qu'une glande? Sans doute nous sommes de ceux qui désirent l'avancement des sciences, qui ne veulent pas les voir rester stationnaires. Nous aimons les aperçus nouveaux, mais quand ils sont justes et rationnels. Or, à notre avis, ce n’est pas faire avancer la science, c’est la faire reculer, que d’y mêler des aperçus illusoires, qui sous prétexte de généraliser, confondent les choses les plus disparates, et, au lieu d’éclaircir ce qui était obscur, obscurcissent ce qui était clair. Rappelons-nous que dans la nature les choses sont ce qu’elles sont pour une destination précise, et qu'il faut les accepter tout simplement comme elles s'offrent; tandis que les classifications ne sont que des artifices de notre esprit pour s’aider lui-même, de simples abstractions arbitraires, par conséquent d’une valeur douteuse, d’une portée très restreinte et dont il faut se défier.

Au reste, quoi qu'il en soit de ces idées théoriques, que l’on peut modifier, accepter ou refuser, les faits anatomiques du moins, et c’est là l’essentiel, conservent toute leur valeur. Or, ces faits sont nombreux et généralement bien observés.

Un autre sujet de recherches qui a beaucoup contribué, dans ces derniers temps, aux progrès de l'anatomie microscopique des organes splanchniques, a pour objet les épithéliums. La découverte de ces membranules sur toutes les surfaces libres, de leur structure cellulaire et de leurs usages entrevus jusque dans l’état de vie, qui a signalé les recherches d’un grand nombre de micrographes, et en particulier celle de MM. Henle, Schwann et Goodsir, promet déjà de jeter le plus grand jour sur le secret des textures les plus intimes, et sur le mécanisme de leurs fonctions.

En réunissant sur chaque organe les recherches de toute sorte qui le concernent, on reconnait, comme nous l’avons dit, que la connaissance de la structure intime des viscères est déjà très avancée, mais en laissant des lacunes. L’injection des capillaires sanguins ayant été jusqu’à présent le principal moyen d'exploration microscopique, indique par cela même quels sont, parmi les travaux déjà publiés, les élémens anatomiques de texture les mieux connus et ceux qui le sont le moins. Ainsi, les réseaux capillaires sanguins et les organules qu'ils forment sont les parties qui ont été le plus étudiées. Les lymphatiques, au contraire, et surtout les nerfs, n’avaient été poursuivis anatomiquement par personne dans l’infiniment petit. Nous espérons combler cette lacune sur quelques points pour les lymphatiques, et comme distribution graphique au moins, presque partout pour les nerfs.

Un coup-d'œil général sur les organes splanchniques va nous montrer, à cet égard, l’état de la science et la part pour laquelle nos recherches pourront y figurer dans ce volume.

L'APPAREIL DIGESTIF, bien étudié dans toutes ses parties, fournit une masse immense de travaux bien en proportion avec le nombre considérable des organes qu'il embrasse, et la variété infinie des tissus et des organules qui entrent dans la composition de ces organes.

La cavité buccale, le voile du palais, le pharynx et l'æsophage, ont donné lieu à une foule de recherches partielles sur les glandes de toute sorte, salivaires, mucipares, les amygdales, etc. ; sur les dents, le tissu gengival, mais surtout sur les réseaux ca- Pillaires des membranes muqueuses et des organules qu'elles renferment. Là, comme ailleurs, ce sont les nervules microsco-

piques dont la connaissance fait défaut. Néanmoins, dans ces derniers temps, des recherches ont été faites sur le mode de distribution et les anastomoses des nerfs si nombreux et si variés de ces parties. Nous y avons beaucoup ajouté nous-même, surtout à l'endroit des nerfs microscopiques. La physiologie expérimentale, de son côté, a aussi beaucoup aidé dans cette direction. Toutefois, là où les fonctions sont si nombreuses et si différentes, et où les influences nerveuses de toute sorte, mélangées dans un même organe, exigeraient des notions si précises sur les nerfs qui en sont les agens, disons que ce qui est fait ne sert qu’à montrer d'autant plus l'importance de tout ce qu’il y aurait encore à faire.

L'estomac et les intestins, au point où en sont les recherches, semblent laisser peu à désirer. Les quatre tuniques en sont aujourd’hui assez bien connues : leur tunique péritonéale avait été étudiée, avec le tissu séreux, dans ses réseaux capillaires, par M. Berres, et dans son épithélium, par M. Henle; leur tunique musculaire était déjà la mieux connue, et a servi de type au tissu musculaire splanchnique dans ses distinctions avec les muscles de la vie animale; la tunique fibro-celluleuse, assez bien vue, dans son aspect physique, par M. Huschke, n’a pas été reconnue dans son caractère essentiel. On n’y a vu, comme par le passé, qu’une couche fibro-celluleuse de liaison entre les tuniques musculaire et muqueuse, ou le squelette flexible du viscére creux, tandis que, outre cet usage qui est réel, la texture de cette tunique en fait surtout un organe nerveux, comme il résulte clairement de nos propres études.

C’est donc plus spécialement sur la membrane muqueuse des voies digestives qu'ont porté presque toutes les recherches des histologistes. C’est ici surtout que se montre l’enchaîinement des travaux modernes avec ceux des deux derniers siècles. M. Berres, sur les traces de Ruysch et de Lieberkuhn, avait montré, d’après ses injections et celles de ses compatriotes, l’excessive vascularité de la muqueuse gastro-intestinale. Mais ce n’était là que le prélude des recherches qui devaient s’ensuivre sur les organes microscopiques de cette membrane. En Allemagne, MM. Berres, Hyrtl, Purkinje,E.Weber, Bischoff, Bæœhm, Wasman, Krause, etc., par divers procédés; en France, MM. Flourens, Gruby et Delafond, mais surtout M. N. Guillot par ses recherches sur la muqueuse gastro-intestinale, dans les états physiologique et pathologique , et M. Lacauchie par ses observations hydrotomiques, en ont fait connaître les organules de toute sorte, et en ont singuliérement éclairé la structure intime.

D'après ces travaux, l'estomac pourvu seulement de glandules tubuliformes et sur certains points d’aréoles et de papilles en petit nombre, a montré, dans sa composition histologique, une texture assez simple adaptée à sa fonction spécialement chimique. Cette simplicité de structure même engage à reporter sur le mode d'action chimique de ses nerfs essentiels, les pneumogastriques, bien plutôt que sur le mécanisme de ses organules, les importantes propriétés de chimie vivante du suc gastrique qui résultent des expériences de Réaumur, Spallanzani, puis de Beaumont , Eberle, et enfin tout récemment de celles de MM. Blondlot, Payen et C. Bernard.

L’intestin, chargé d’une double fonction physique et chimique, comme organe double, absorbant et sécréteur, a montré une texture plus complexe. Aux valvules conniventes s'ajoutent, sur divers points pour des fonctions multiples, quatre sortes d’orga-

LE

nules : glandules tubuliformes de Lieberkuhn, et glandes solitaires dans toute la longueur des deux intestins; glandes agminées de Brunner dans le duodénum, et de Peyer dans l’iléum; enfin villosités sur toute la longueur de l'intestin grêle. La structure de ces diverses sortes d’organules est déjà bien connue. Celle des villosités surtout est remarquable. Grâce aux recherches de MM. Berres, N. Guillot, Lacauchie, Gruby et Delafond, leur structure fait parfaitement comprendre le mécanisme par lequel elles opèrent l'absorption. Pour que l’image en soit complète, il ne manque plus que de vérifier, avec certitude, les observations de MM. Schwann et Goodsir sur la reproduction et le mode d’action de la couche superficielle des cellules épithéliales, qui seraient le point de départ de cette importante fonction.

Comme on le voit, l'anatomie microscopique du tube digestif, avant nos propres travaux, était déjà presque complète, eu égard à l’ensemble des textures et à l'appareil circulatoire; car ici les capillaires lymphatiques chylifères étaient à-peu-près aussi bien connus que les capillaires sanguins. Ce qui manquait donc c’était l'appareil capillaire nerveux. Si nous ne nous faisons pas illusion, nos recherches personnelles ont assez bien comblé cette lacune pour que l'appareil nerveux microscopique du tube digestif se présente désormais de pair avec son appareil circulatoire.

Les nervules microscopiques de l'estomac et de l'intestin ne semblent pas autant différer d'aspect que leurs nerfs d’origine, les pneumo-gastriques et les nerfs mésentériques (pl. 29 bis). Nos figures les montrent dans leur distribution aux diverses membranes. Leur caractère essentiel est de fournir, par leurs anastomoses en réseaux, deux couches sous-péritonéale et sousmuqueuse, que l’on a prises simplement pour des toiles fibrocelluleuses, et qui sont les surfaces d'émission des nervules des membranes qu’elles tapissent.

Des travaux très nombreux ont été faits sur le foie. C’est depuis Glisson et Malpighi l’organe sur lequel les recherches ont été le moins interrompues; témoin la succession des travaux de Santorini, Bianchi, Morgagni, Gunz, Ferrein, Portal, Lobstein, Walther, Autenrieth, etc., qui ont rempli le cours du dernier siècle. Depuis MM. Muller et Kiernan, qui ont recommencé à entrer sérieusement dans la structure intime de ce viscère, un grand nombre de micrographes s’en sont occupés sans relâche, parmi lesquels se distinguent MM. Dujardin et Verger, E.-H. Weber, Krukenberg, J. Muller, Berres, Hallmann, Purkinje, Henle, N. Guillot. Le grand nombre même de ces savans prouve l’impossibilité de s'entendre, et montre, avec la diversité des opinions, l’extrême difficulté du sujet. Il est donc très embarrassant parmi ces travaux de faire un choix. Des pièces de ces divers anatomistes que nous avons vues, celles de M. N. Guillot, qui appartiennent à toute la série des vertébrés, nous ont paru aussi les plus complètes par la belle réussite des injections et l'évidence des détails. Cela nous suffit quant à la texture; car pour les fonctions, cet habile et modeste histologiste nous avoue lui-même ne savoir que penser de la structure intime du foie. À notre avis, c’est que l'anatomie microscopique, à l'endroit de cet organe, se trouve plus avancée que la physiologie positive, qui pourtant soupçonne, mais sans pouvoir le démontrer, que le foie doit avoir au moins une autre fonction que la sécrétion de la bile.

La rate dont Malpighi seul avait cherché à dévoiler la structure intime, avait paru dédaignée depuis le travail d’Assolant, non moins peut-être par l’insignifiance que lui fait attribuer l’innocuité

de son extirpation, que par la très grande difficulté de son étude. Nos recherches sur la structure intime de la rate ont montré dans ce viscère une vaste glande lymphatico-sanguine à laquelle il serait absurde de refuser une haute importance. C’est à la physiologie expérimentale à montrer en quoi elle consiste. Ce viscére est le premier dans lequel l’appareil lymphatique microscopique se dévoile complétement.

Le pancréas n’a guère été étudié que par M. J. Muller, et, par la simplicité de sa structure, ne semble pas devoir promettre beaucoup pour de nouvelles recherches.

On ignore ce que c’est que la capsule surrénale ; si elle appartient à l’un des appareils du bas-ventre, ou si elle constitue un organe doué d’une fonction spéciale. Ce n’est donc que par raison de voisinage qu'on la décrit habituellement après le rein. Sa structure intime a été étudiée par MM. Berres, J. Muller et Pappenheim; mais on n’en peut rien déduire pour ses usages. Dans notre mémoire sur la rate, nous avions déjà exprimé le soupçon d’une fonction importante de ce petit organe, en raison du grand nombre et des origines variées de ses nerfs. La même observation à frappé MM. Bergmann, Henle et Pappenheim, qui ont fait une étude microscopique des nerfs de la capsule surrénale. C’est à la physiologie expérimentale à suppléer ici l’insuffisance de l’anatomie de texture.

L'APPAREIL URINAIRE n’est pas moins avancé que l'appareil digestif pour la connaissance de la structure intime.

Le rein est l’un des organes les mieux connus. Bellini, Malpighi, puis Ferrein et Schumlansky, en avaient déjà reconnu très loin la texture. Mais dans ces dernières années, les recherches sur cet organe, à l’aide des injections fines, poursuivies avec persévérance, ont été couronnées d’un si brillant succès, qu’il ne semble pas que désormais il y ait beaucoup à connaître sur les appareils sanguins et urinifères du rein, après les travaux de MM. Huschke, Retzius, J. Muller, Berres, E.-H. Weber, Hyrtl, Bowman, Krause, etc. Le bassinet même et l’uretère sont bien connus dans leur texture intime. Ici ce sont donc encore les lymphatiques et les nerfs microscopiques qui sont restés en arrière.

La vessie, malgré sa haute importance physiologique et pathologique, surtout en chirurgie, est celui des organes splanchniques dont l'étude à été le plus négligée. Les recherches des micrographes n’ont guère porté que sur l'appareil capillaire sanguin et les follicules de sa membrane muqueuse et sur son épithélium. Mais, du reste, il y a encore beaucoup à voir dans les appareils microscopiques, lymphatique et nerveux; et même, sans sortir du cercle de l’anatomie ordinaire, ses lacis veineux, la texture de sa membrane musculaire et de son col, ses attaches, ses membranes dites fibro-celluleuses, tout, jusqu’à sa forme, n'avait été qu’incomplétement étudié. C’est sur ces divers points que porteront les observations nouvelles que nous avons à faire connaitre sur cet organe.

L + L'APPAREIL GÉNITAL, dans les deux sexes, sans avoir un volume considérable est très complexe par le nombre et la variété des é :

petits organes qu'il renferme, et, sous ce rapport, a été pour

l'histologie moderne le sujet de beaucoup de travaux partiels.

1° Après Camerer et Leeuwenhoek, les premiers qui aient examiné la structure intime du testicule dans ses vaisseaux séminifères, sanguins et lymphatiques, les recherches continuées dans le cours du xvurr siècle par des anatomistes du plus grand mérite, Albinus, Haller, Fontana, Monro, Prochaska, etc., avaient beaucoup ajouté à sa structure générale; mais n'ayant été faites qu’à l’œil nu ou à la loupe, elles n’avaient pas beaucoup éclairci la question de la texture intime. A. Cooper, dans ces derniers temps, a montré sur l’histologie du testicule tout ce que l’on pouvait en connaître avant l’emploi des forts grossissemens. Mais c'est à MM. E.-A. Lauth, J. Berres, E.-H. Weber et Krause, que l’on doit les détails les plus précis sur l’anatomie microscopique de cet organe.

2° Le canal déférent a été bien étudié par Leeuwenhoek, 1.-F. Meckel et E.-H. Weber, dans sa couche musculaire, et par Henle dans son épithélium. Ces deux derniers observateurs et MM. Andral, Lampferhoff et Valentin, ont aussi éclairé la structure microscopique des vésicules séminales dans leurs deux membranes, leur canal inflexe à diverticules cellulaires, et leur épithélium.

3° Le liquide spermatique lui-même que, vu sa densité, sa composition organique si complexe, sa haute vitalité propre, et sa qualité prolifique, on peut jusqu’à un certain point considérer comme un organe, et un organe d’une importance première, a été étudié, dès l’origine du microscope, avec un intérêt et une vive curiosité bien justifiés par l'importance des questions qui s'y rattachent. Aussi, depuis les premières recherches de Hartsæker et Leeuwenhoek, les observations sur la liqueur spermatique si bien favorisées d’ailleurs par sa transparence et sa fluidité, n’ontelles point été abandonnées pendant le cours du xvin° siècle, comme le témoignent les travaux de Asch, Gleichen, et surtout ceux si importans de Spallanzani. Mais, à notre époque, ces recherches poursuivies avec le plus grand soin chez tous les animaux, et plus spécialement chez l’homme, par un grand nombre de micrographes, MM. Prévost et Dumas, Wagner, Donné,J. Davy, Dujardin, Koælliker, Lallemand, J. Muller, Valentin, Schwann, Henle, etc., ont porté l'analyse microscopique du sperme si loin, qu'il n’y a pas de question d’histologie qui soit plus avancée.

4° Ta prostate et les glandes de Cowper ont été démontrées, dans leur structure glandulaire avec leurs canaux excréteurs, par les travaux de MM. E.-H. Weber et Krause.

5 Le pénis bien connu dans ses enveloppes et ses réseaux cutanés lymphatiques, exigeait, sous d’autres rapports, de nouvelles recherches. La structure du corps caverneux qui a tant exercé les anatomistes depuis les temps de Vésale et de Malpighi, a été singulièrement élucidée, dans notre époque, par les découvertes de MM. J. Muller, Valentin, Berres, Krause, Hyrtl, Henle, etc., sur les artères hélicines, les ampoules sanguines et les réseaux veineux du tissu érectile du pénis. Ces recherches Pourtant sont encore incomplètes, puisque leurs auteurs ne sont pas d’accord sur le mode de terminaison des artères. Mais il ya d’autres sujets de travaux beaucoup moins avancés; telles sont la structure de la muqueuse urétrale, celle des papilles du gland, et, en général, tout l'appareil nerveux microscopique du pénis.

CHEZ LA FEMME

1° La structure de l'ovaire, déjà bien entrevue au xvir' siècle par de Graaf, après des travaux assez nombreux, mais sans signification bien précise, a été tout-à-coup portée à une grande précision dans ces dernières années, par les recherches des embryogénistes, MM. Baer, Purkinje, Valentin, Wagner, Carus, Coste, Warthon Jones, Barry, Bischoff, R. Lee, Négrier, Krause, et tant d’autres savans qui se sont occupés de l’histoire de l'œuf des vertébrés. L’ovaire anatomiquement est aujourd’hui l’un des organes les mieux connus. Il en est de même de la trompe utérine, étudiée dans sa tunique musculaire par M. Huschke, et dans son épithélium par M. Henle.

2° L’utérus, dans ses deux états de vacuité et de grossesse, sur la texture- duquel on a tant écrit depuis Swammerdam et Malpighi, a été aussi l’objet d'un certain nombre de travaux modernes. Mais, à ce qu’il nous semble, leur nombre n’est peut-être pas en proportion avec l’importance de cet organe, et aucun, à notre avis, n’en a assez complétement élucidé la structure. Les recherches les plus fructueuses ont eu pour objet la membrane muqueuse utérine. Non-seulement son existence, si long-temps mise en doute, est aujourd’hui constatée; mais sa texture aussi a été déterminée, avec les organules qui la composent, par MM. Krause et Berres. Une découverte encore plus brillante est celle de ses usages pendant la grossesse où, d’après la plupart des embryogénistes, MM. Baer, Weber, Sharpey, Coste, Huschke, etc., il paraît bien que, suivant la première opinion de W. Hunter, elle s’hypertrophie pour former la membrane caduque, et se détache en entier avec l'œuf à chaque parturition pour se reformer ensuite de toutes pièces et avec toutes ses propriétés. M. Hausmann à fait de bonnes observations sur les vaisseaux de l’utérus, et M. Jacquemier sur les vaisseaux utéro-placentaires. Le ligament rond a été déterminé dans sa texture; mais tout le reste de la structure de l’utérus est encore vague et douteux. Les travaux les plus récens sur le tissu de l'utérus, ceux de MM. Lauth et Casper, ne donnent point encore une idée bien nette des fibres musculaires, et aucun travail ne montre leurs rapports avec le tissu fibreux et les vaisseaux, et la part que prennent les uns et les autres à l’ampliation de l’utérus dans la grossesse. Tous ces sujets exigeraient de nouvelles recherches.

3° Le vagin et le pudendum, que leur texture, éminemment vasculaire, rend si accessibles aux injections, ont été étudiés dans leurs réseaux capillaires par plusieurs anatomistes, et dans leurs follicules par M. Huschke. Mais ces recherches sont encore très incomplètes, d'autant plus qu’on manque de notions précises sur les lymphatiques et sur l'appareil nerveux microscopique, qui jouent un rôle si important dans des organes si perméables et doués d’une aussi vive sensibilité.

4° Enfin, la mamelle, comme toutes les glandes, a été bien explorée par les micrographes, comme il résulte des recherches de MM. Meckel, E. H. Weber et Huschke, sur ses vaisseaux galactophores; et de celles de MM. Burkhard, Berres, Pappenheim et Henle sur son appareil circulatoire, ses utricules et son épithélium.

En somme, on voit que l'anatomie normale microscopique des organes splanchniques, constitue déjà une science tout entière, quoique, dans les ouvrages déjà publiés, elle n’embrasse pas

encore tous les élémens de la texture. Si on ajoute à ces recherches celles qui ont eu pour objet les tissus généraux, et dont on trouvera l'exposition dans l’histologie, il en résulte que c’est le système nerveux qui est la partie de l'anatomie la moins connue, et malgré le nombre immense d'ouvrages qu'il a fournis dans ces derniers temps, ajoutons aussi que c’est la partie la moins complétement étudiée. Effectivement, presque tout encore est à faire sur les centres nerveux céphalo-rachidiens et ganglionaires; car ce que l’on en sait se borne à des notions de texture la plus intime sur les substances qui les composent, mais sans lien entre les parties, sans distinction d'organes spéciaux, et par conséquent sans délimitation ni connexions entre eux. C’est tout au plus l’histologie commencée de la substance nerveuse, mais ce n’est assurément pas ce que l’on peut nommer l'anatomie précise des organes nerveux. Or, ce que je dis des centres nerveux, il faut le dire aussi du système nerveux tout entier. On a fait la texture intime des nerfs, mais non leur anatomie graphique microscopique.

La tâche que j'avais à remplir dans ce volume était donc très difficile et très étendue. Tous ces travaux dont je viens de tracer la longue énumération, pour être au niveau de la science il faut en donner non-seulement les descriptions, mais les figures. Et cependant à tout ce que l’on avait dit de ces organes déjà tant étudiés, j'ai eu moi-même à ajouter encore un grand nombre de faits tant d'anatomie à l’œil nu que d'anatomie microscopique. Nous avons vu que les formes et les connexions des viscères ont été mal connues; qu’il faut en dire autant des arbres vasculaires de la plupart des organes, de la tunique musculaire, et en général de toutes les tuniques des viscères creux moins la muqueuse. Il en est de même de proche en proche sur toutes les textures. Mais, comme je l'ai dit, c'est surtout sur les appareils nerveux splanchniques, s’offrant tout d’un ensemble, que je donnerai le plus de recherches nouvelles qui me soient propres.

J'ai dit plus haut que je décrirai et ferai figurer pour chaque organe, son appareil nerveux jusque dans l’infiniment petit, et jai indiqué en même temps la manière de mettre partout en évidence les nervulesmicroscopiques; nous n’y reviendrons pas. En suivant cette méthode chacun pourra, comme je l’ai fait, étudier et poursuivre les nerfs dans tous les tissus, jusque dans l’infiniment petit, et s'assurer qu’il n’y a rien d’exagéré dans la proposition que j'ai émise que, comme élément de texture, ils ne le cèdent en abondance à aucun autre. Les figures exactes des réseaux nerveux microscopiques des divers organes, répandus dans ce volume, et que chacun peut maintenant reconnaître sur la nature, ne laissent aucun doute à cet égard. Or, si l’on se rappelle en quoi a consisté jusqu’à ce moment la connaissance anatomique des nerfs, que l'on perdait tout de suite de vue dans les organes de l'appareil locomoteur, et que l’on ne suivait même pas dans les viscères, on voit comment l'emploi de moyens très simples, élargit tout-àcoup la portée de l'horizon anatomique. En pénétrant si loin, de prime saut, dans l'intimité des tissus, ce n’est pas moins que décupler tout d’un coup ce que l’on savait anatomiquement sur la névrologie. Mais ce qui est encore plus important, c’est que ces acquisitions nouvelles de l’anatomie étendent singulièrement la sphère de la physiologie et de ses applications à la médecine.

En effet, si l'on veut bien le remarquer, la névrologie, telle qu'on l’a connue jusqu’à présent, c’est-à-dire bornée à la dissection des gros nerfs à l'œil nu, c’est l’analogue de l’angéiologie étudiée aussi de la même manière. Ce sont deux fractions de la science parallèles et parfaitement semblables dans leur nature et leur objet; c’est-à-dire, pour les nerfs comme pour les vaisseaux,

l'étude des deux grands courans centrifuge et centripète, ou des canaux d'apport et de retour du centre à la circonférence, et de la circonférence au centre. On ne connaissait donc, en un mot, sur les nerfs, que ce que l’on me permettra d’appeler la zévrologie générale , en ne faisant que suivre l’analogie évidente, ou plutôt l’exacte conformité qu’elle offre avec ce que, pour les vaisseaux sanguins et lympathiques, on à nommé la circulation générale.

Or, ce qu'il s'agissait d'étudier, ce que j’ai essayé de montrer dans ce volume, c'est, dans chaque organe, son appareil nerveux partiel, parallèlement à sa circulation partielle. Ce sont là les deux élémens spéciaux essentiels de la texture, qui dominent tout le reste, mais non à titre égal. Car, suivant cetteidée générale que j'ai consignée ailleurs (t. m1, disc. prélim., p. 30), que c’est la destination physiologique ou la fonction qui exige l’organe dans son ensemble et sa texture: c'est parconséquent l’appareilnerveux, agent de la fonction qui commande l'appareil circulatoire, son moyen. Ce n’est donc que secondairement qu’à l'appareil circulatoire se subordonnent ultérieurement tous les autres, tant les organules qu'il constitue presque entièrement, que les tissus inférieurs qui le logent et lui servent de moyen d'appui, avec leurs qualités physiques de forme, de volume, de nombre, de résistance, etc., et leur mode d’arrangement et de contexture variables dans chaque organe, et dans la moyenne proportionnelle qui est nécessaire pour l’accomplissement de sa fonction.

C’est sur ces considérations, ajoutées à ce que j'ai dit ci-dessus à propos des nerfs viscéraux, que se motive la proposition que j'ai émise en commençant, de la distinction des organes splanchniques en autant de petits organismes spéciaux, dont toutes les parties, sous leur système nerveux spécial, sont inséparables entre elles, en même temps qu’elles relient, par les plexus extraviscéraux, les organes entre eux; et qu’elles unissent, par le grand sympathique, tout l'appareil viscéral avec l'appareil cérébro-spinal en un seul organisme.

En résumé, de l’état actuel de la science d’après tout ce qui précède, et comme il résultera encore bien plus clairement par la suite de toutes les descriptions de détail, il me parait que l’on peut déduire ces formules générales :

1° Les vaisseaux sanguins et lympathiques, qui entrentou sortent des viscères, d’un volume assez considérable pour étre visibles encore à l'œil nu, ne sont en fait que des aqueduecs ou des canaux de transport appartenant à la circulation générale. Jusqu'à un certain degré il en est de méme des grands plexus extra-viscéraux qui semblent appartenir plus spécialement à l'ensemble de l'appareil nerveux Splanchnique, et par celui-ci à la névrologie générale. Les uns et les autres ne font point partie du tissu propre dont ils servent seulement à relier l’innervation et la circulation partielles avec l'innervation et la circulation de l'ensemble de l'organisme.

2° Les -capillaires circulatoires diffèrent les uns les autres dans tous les organes et les tissus, et prennent, dans chacun d'eux, une organisation spéciale. Avec cette organisation coïncide le caractère fonctionnel du tissu lui-méme. Ce sont ces capillaires qui sont le siége des circulations partielles des organes.

3° Les capillaires, véritables filtres, variés de forme, de volume, d'agencement, de perméabilité, de sensibilité, etc., constituent des amas, dans un mode Particulier d’enroulement et d’intrication, de petits vaisseaux rudimentaires remplis de divers liquides. Or,

ce sont ces amas de capillaires microscopiques, mélangés suivant

les exigences de chaque fonction, dans des proportions convenables avec les autres élémens de texture, qui forment les organules de toute sorte, dont l'agglomération constitue les organes

eux-mémes.

4° Mais le capillaire et tous les autres élémens de texture de l’organule fonctionnel, sont soumis, dans chaque organe, à son appareil nerveux spécial. Le nerf est l'expression et l'agent de toute modification organique. C’est parce que la fonction est différente que le nerf est modifié ou différent; et c'est parce que le nerf est différent que la texture, ou, en d’autres termes, que la nature, le nombre, la qualité, la forme et le mode d'association des capillaires et des divers élémens organiques et, par eux, des divers organules, diffèrent et composent un autre organe par leur

harmonie et leur mode d'association.

5° Par conséquent, chaque organe ou tissu distinct, unique ou multiple, est un organisme à part, ayant son innervation propre; et, par celle-ci, sa circulation spéciale, fondée sur une forme et une disposition particulières des capillaires fonctionnels. D'une part les dissemblances des viscères entre eux n’expriment que les différences anatomiques des systèmes capillaires dont ils sont le produit; et d'autre part les dissemblances des systèmes capillaires euxmémes, ne font que traduire les différences physiologiques de leurs appareils nerveux.

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