‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 8 sur 373 · EMBRYOGÉNIE · texte numérisé non relu

EMBRYOGÉNIE

L'histoire anatomique du fœtus humain et de ses enveloppes, fait naturellement suite aux organes génitaux de la femme, et, du même coup, termine avec ce volume l'anatomie descriptive.

Voici encore une branche toute nouvelle de la science de l'organisme due aux efforts des anatomistes de nos jours. Bien m'en a pris, il y a dix-sept ans, de ne pas avoir adopté un autre ordre qui nous permit de débuter par l'embryogénie, suivant le conseil que m’en avaient donné quelques anatomistes, séduits par l'éclat des découvertes en ostéogénie dont on s’occupait alors. Sans avoir prévu tout le temps que nous demanderait l'exécution de cet ouvrage tel que je l’avais conçu, mais sachant bien qu'il exigerait une suite d'années, ce n'est pas seulement pour suivre la marche ordinaire des études, en procédant du simple au composé, que j'en avais commencé la publication par les sujets les plus faciles, l’ostéologie, la myologie, l’angéiologie, etc., et que j'ai suspendu ensuite l’anatomie descriptive pour faire tout d’un trait l'anatomie chirurgicale, accompagnée de la médecine opératoire. En reléguant ainsi à la fin les appareils splanchniques, le système nerveux et l’histologie, c'était nous assurer le moyen de bénéficier de toutes les découvertes que nous avions espérées de l'essor imprimé à la science. Mais si, comme on a pu le voir à l'endroit des viscères, les résultats ont surpassé notre attente dans tout ce qui concerne l’histologie, notre chance a été encore bien plus heureuse pour l’embryogénie. Car qu'était-ce que cette partie de la science il y a vingt ans? un amas énorme d'observations éparses, les unes, à la vérité en plus grand nombre, très bien faites , les autres douteuses ou fautives, et du reste sans lucidité dans l’ensemble , sans lien qui les réunit, entremélées qu’elles étaient d’assertions contradictoires et de théories erronées.

Pourtant aucune branche de l’anatomie n'avait été mieux et plus constamment cultivée. À Fabrice d’Aquapendente et G. Har-

DISCORUS PRÉLIMINAIRE. 17

vey, les premiers embryogénistes du xvrr' siècle, avaient succédé, sur les divers points de l'anatomie de l'œuf et du fœtus, une suite non interrompue, d'observateurs en nombre immense, et parmi lesquels se pressent, à toute époque, les plus beaux noms de la science : Malpighi, Leeuwenhoeck, Needham, Ruysch, Albinus, Vallisnieri, Boerhaave, Wolf, Haller, Buffon, Bonnet, Spallanzani, les deux Hunter, Wrisberg, Blumenbach, et tant d’autres, sans compter tous les accoucheurs célèbres. Dans cette longue période, l’histoire de l’incubation et de la grossesse, l'anatomie de l'utérus, et celle du fœtus et de ses enveloppes avaient déjà été très avancées. Avant 1830, les recherches sur l’ostéogénie avaient donné à cette partie de la science un nouvel essor. Ce serait en quelque sorte donner la liste des anatomistes distingués du premier tiers de notre siècle que de vouloir citer les noms de tous ceux qui ont pris part à ce mouvement scientifique, depuis Cuvier, Chaussier et Béclard, jusqu’à Meckel, Breschet et M. Velpeau. C’était dans notre temps comme une période préparatoireaux travaux décisifs qui devaient s’ensuivre. Jusque-là l’embryogénie s'était enrichie rapidement d’un grand nombre de découvertes partielles qui venaient chaque jour s'ajouter à la masse. Mais les observations n'étant faites qu’à l’œil nu, et sur des fœtus ou des embryons déjà trop âgés, la science manquait d’un point de départ qui montrât l’origine et le mode de développement de chaque système organique. Les recherches de Doœllinger et Pander sur la fécondation et les premiers développemens du poulet, avaient commencé à soulever le voile; MM. Prévost et Dumas avaient été plus loin ; mais c’est de Baer qui devait ouvrir la voie nouvelle.

En 1827, de Baer découvrit l'ovule microscopique des mammifères, et successivement, en alliant ses observations à celles de Pander et de MM. Prévost et Dumas, parvint à déterminer le mode d'apparition et de développement des parties principales de l'embryon et de ses enveloppes. Dans cette suite de travaux éminens, la nature, le premier siége et les connexions de l’ovule, les changemens qu’il éprouve par la fécondation, la distinction de ses feuillets générateurs, la formation des premiers linéamens de l'embryon, celle de l’amnios et du chorion; en un mot tout ce qui montre l’origine de l’être vivant et le point de départ des formations secondaires, se trouvait tout d’un coup parfaitement élucidé. Une fois l'élan imprimé par Baer, les découvertes se sont succédé de toutes parts avec une rapidité merveilleuse, et ont témoigné d’un accord entre les savans de toute l'Europe, dont la chimie seule avait donné l’exemple après Lavoisier. À ne citer que en quelques années, M. Coste reconnaissait dans l’ovule des mammifères la vésicule germinative trouvée par Purkinje dans les oiseaux, et Wagner y

les découvertes les plus remarquables :

T, Ve

ajoutait sa tache germinative, qui s’est multipliée bientôt par d’autres observations. MM. Serres, Barry et Bischoff poursuivaient les phases de la fécondation. M. Coste reprenait après Baer l’histoire du chorion, qu'il montrait constitué à diverses époques par la substitution de trois enveloppes différentes, et démontrait l'existence et le mode de formation de l’allantoïde dans les mammifères et dans l’homme. Un certain nombre d’observateurs, Baër, E. H. Weber, Sharpey,Coste, etc., prouvaient quela caduque n’est autre chose que la membrane muqueuse utérine qui s’hypertrophie pour former l’enveloppe extérieure de l’œuf. M. Négrier signalait la menstruation comme une ponte périodique de l'ovule non fécondé. E. H. Weber et Bischoff recherchaient la structure intime du placenta dont la formation, par le développement de l’allantoïde, était démontrée par M. Coste. Enfin les évolutions du fœtus et le développement de ses divers systèmes organiques, éclairés dans leurs origines par tant de faitsnouveaux, étaient repris , dans toute la série animale , avec autant de succès que d’ardeur, et poursuivis en même temps dans leur portée philosophique par un grand nombre d’anatomistes, parmi lesquels se distinguent MM. Geoffroy Saint-Hilaire, de Blainville, Serres, Bischoff, Rathke, J. Muller, Reichert, Coste, Flourens, etc.

D'un autre côté, les travaux sur le fœtus et ses enveloppes en avaient entrainé d’autres en grand nombre sur les organes génitaux, l'ovaire, la trompe, l'utérus, le testicule, le fluide spermatique. Enfin, toutes ces recherhes se mélaient avec celles que l’on poursuivait de tout côté sur l’histologie.

De tant d'efforts, il est résulté que l’embryogénie, la branche la plus nouvelle de l'anatomie, née pour ainsi dire chaque jour sous nos yeux, et contemporaine de notre ouvrage, a pris, en moins de vingt années un tel accroissement, qu’elle est devenue tout-à-coup la plus complète en même temps que la plus vaste des sections de la science de l’organisme. Dès aujourd’hui elle constitue une science tout entière, ayant ses traités spéciaux, à part des autres, et elle suffit à employer l’activité d’un certain nombre de savans qui en ont fait exclusivement l’objet de leurs études. Son importance est telle, qu’elle forme le double nœud de jonction entre l'anatomie de l’homme et celle des animaux, entre l’histologie normale avec laquelle elle s’unit partout, et l'histologie pathologique dont elle éclaire partout l’étiologie. C'est donc bien véritablement, comme elle se trouve ici dans notre ouvrage, le point intermédiaire ou detransition entre l’anatomie descriptive qu'elle termine, et les deux espèces d'anatomie générale et philosophique dont elle est aussi l’une des branches les plus fécondes. ;

| COUP-D'OŒIL GÉNÉRAL

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