CANAL ALIMENTAIRE
quelle se rapportent les glandes annexes auxiliaires de l’acte digestif : le foie, le pancréas, et, ajoutons , même la rate.
DE L'ESTOMAC
(PI"79, 10, 10, 20, 20 DS, u1, 29, 23 2 0
Dérinirion. L'estomac (yasrm des Grecs ; ventriculus des latins ), la plus volumineuse des dilatations du tube digestif, est une vaste poche musculo-membraneuse, intermédiaire de l’œsophage à l'intestin grele. Réservoir actif de l’aliment qu'il reçoit du tube ingestif à l’état de bol alimentaire, l’estomac lui fait subir une élaboration complexe physico-chimique, la chymification pour le transformer en une pâte homogène, le chyme, qu'il transmet au tube intestinal.
SITUATION, MODE DE FIXATION. L’estomac est situé à la partie supérieure de l’abdomen, sous la voussure gauche et le centre phrénique du diaphragme, où il occupe l’hypochondre gauche en son entier, moins l’épaisseur de la rate, la plus grande partie de la région médiane épigastrique, et se termine en s’incurvant vers la limite interne de l’hypochondre droit rempli par le foie. A raison de la mollesse de sa texture membraneuse, flottant à l’état de vacuité dans l’espace qu’il occupe, l’estomac néanmoins est solidement fixé dans sa situation, en haut et sur les côtés par l’œsophage , auquel il append , et par les ligamens péritonéaux qui l’unissent au diaphragme, au foie et à la rate ( PI. 5o. ) Cette demi-ceinture membraneuse extensible, élastique , en même temps qu'elle se prête, comme une charnière molle, aux divers mouvemens de quart de cercle de ce viscère suivant son épaisseur, et à ses contractions suivant sa longueur , présente néanmoins par sa densité, ses points d’appui et son peu de longueur, assez de résistance pour s'opposer habituellement à des déplacemens très considérables. Dans son contour l'estomac est circonscriten haut par la surface inférieure du diaphragme et du foie, en bas par les colons et le méso-colon transverse, en avant par les fausses côtes et la paroi antérieure de l’abdomen , et en arrière par la paroi postérieure de cette cavité et les parties qui y sont contenues. Ses limites, du reste , sont très variables et, en général, subordonnées à son volume, sujet lui-même à de nombreuses différences d’après les variétés individuelles, mais surtout dans ses divers états de plénitude ou de vacuité.
Dmecriox. L’estomac dans son état de vacuité ou de demiréplétion, est oblique de haut en bas, de gauche à droite et un peu d’arrière en avant. Dans cette situation l’obliquité de l’estomac se rapproche beaucoup plus du plan horizontal que du vertical. Suivant Bichat et Buisson, cette obliquité augmente
dans l’état de plénitude, et quelquefois à tel point que ce viscère paraît presque perpendiculaire. C’est à l’obliquité moyenne de ce viscère qu’on attribue l’obligation où l’on est généralement de se tenir un peu incliné sur le côté droit pendant le sommeil, qui serait troublé, ainsi que la digestion, si l’on se couchait sur le côté gauche.
Dans la grande majorité des cas , comme nous l’avons dit ci-dessus, il est maintenu dans ses limites et dans sa direction par l’œsophage , le duodénum et les replis du péritoine qui le fixent au diaphragme, au foie et à la rate. Cependant, malgré ces moyens d’union , les limites de ce viscère et sa direction sont sujets à des changemens très remarquables. On l’a vu, soit par l'effet d’une distention extraordinaire , soit à la longue, par suite de tractions exercées par l'intestin grele ou par l’épiploon déplacé, se prolonger fort loin dansla cavité abdominale, jusqu’à la région iliaque gauche ou droite, et même faire partie des viscères contenus dans une hernie. Le même effet est produit par l’augmentation de volume des organes circonvoisins, du foie, de la rate et même des viscères éloignés tels que la matrice qui, dans l’état de grossesse avancée , le refoule tout-à-fait dans la partie supérieure et postérieure de l’abdomen. M. Cruveilhier pense que l’usage de corsets trop serrés doit nécessairement influer sur la direction de ce viscère ; aussi , dit-il , les changemens de situation et de direction de l’estomac sont-ils plus fréquens chez les femmes que chez les hommes. Sœmmering avait observé, sans en indiquer la cause, que chez l’homme l’estomac était plus allongé et plus oblong chez la femme. M. Cruveilhier croit que c'est encore à l’usage des corsets qu’il faut attribuer cette différence.
Nomgre. Chez l’homme, de même au reste que chez un grand nombre d'animaux , l'estomac est simple et uni-loculaire. Si l’on a cité des exemples d’estomacs doubles ou triples dans l'espèce humaine, cet état multiple n’était qu’apparent, et tenait à ce qu'il existait en un ou deux points de la surface stomacale, un rétrécissement circulaire déterminé par la rétraction de quelques fibres musculaires. Mais dans aucun cas ce rétrécissement n'était porté au point d'’intercepter la communication entre les deux cavités, car alors la nutrition n’eût pas pu continuer à s’accomplir. Il n’est pas très rare de rencontrer des esto-
macs à deux loges communiquant ensemble ; mais ce n’est pas
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là ce qu’on doit entendre par estomacs multiples. À proprement parler , il n’en existe pas chez l’homme, on ne les rencontre que parmi les animaux, dans la classe des rwminans, qui ont un quadruple estomac composé de quatre poches communiquant deux à deux ; d’une part la panseet le bonnet ; d’autre part, le feuillet et la caillette. Ces deux couples de cavités sont affectées au mode particulier de chymification qui appartient aux ruminans.
ConriGuraTION. La torme de l'estomac est celle d’un cône aplati, recourbé sur lui-même, d’avant en arrière, dans le sens de sa longueur. On l’a comparé à une cornemuse. Son plus grand diamètre est dirigé de gauche à droite; les deux autres , de haut en bas et d’avant en arrière, sont moins étendus. Dans tous trois le volume diminue progressivement en allant de gauche à droite, comme il est facile de le voir en faisant des coupes transversales sur un estomac insufflé et desséché, ou mieux encore sur cet organe injecté avec une matière solide par l’œsophage, avant d’avoir ouvert l’abdomen , comme il est représenté dans presque toutes nos figures ( Joy. pl. 19, 23, etc.)
Dans cet état, qui est celui de la réplétion complète, l'estomac présente une forme générale et des particularités locales très précises, mais difficiles à décrire à cause de leur irrégularité. En somme, le cône recourbé que figure l'estomac se compose de trois portions essentielles de volume inégal. r° L’une située à gauche de l’orifice œsophagien , ou la portion splénique, constituant un renflement considérable ou un vaste cul-de-sac à plusieurs enfoncemens et que l’on nomme sa grosse tubérosité, dont la direction générale, dans l’état de réplétion , est oblique à 60°. 2° Une portion médiane ou le corps de l'estomac, de moindre volume, la plus régulièrement conique et presque horizontale, qui fait suite à la précédente en décroissant. Supérieurement entre ces deux portions est l’infundibulum de l’orifice œsophagien qui en établit la démarcation. 3° La dernière portion , située à droite et dite pylorique à cause de l’orifice qui la termine, se distingue de tout le reste de l'estomac par sa forme et sa direction. Elle se contourne brusquement en arrire en décrivant un coude ou une sorte de pli de flexion en dedans, sur le corps de l’estomac, de manière à former un éperon saillant à l’intérieur. En elle-même elle forme une petite cavité conique et sinueuse à deux courbures en $ ; c’est-à-dire qu’elle se subdivise elle-même en deux cavités successives, séparées par un second pli de flexion en sens contraire du premier, ou en dehors, avec un nouvel éperon saillant en dedans. La première cavité, incurvée à gauche , a 6 centimètres environ de longueur et de diamètre à l’état de réplétion ; la seconde a 2 centimètres de longueur sur 3 de diamètre, et se termine par le rétrécissement qui forme l’orifice pylorique. J'insiste sur cette conformation déjà bien vue par Willis, parce que la succession de ces deux petites cavités faisant suite à la seconde cavité viscérale, et qui se cèdent de l’une à l’autre la pâte chymeuse, semble bien avoir pour objet d'en retarder graduellement la marche, et par conséquent d’en perfectionner l'élaboration stomacale avant d’en permettre la sortie dans le duodénum.
Vorume. En général, dans la série animale, le yolume de l’estomac est d’autant plus considérable que l'aliment doit y faire un plus long séjour; et d'autre part, ce travail de la digestion stomacale est d’autant plus long que la nourriture est moins assimilable. Aussi chez les herbivores et surtout chez les rumi-
nans , le volume de l'estomac est-il considérablement amplifié en même temps que sa fonction se complique jusqu’à nécessiter sa division en quatre poches spéciales. C’est le contraire chez les carnivores , où l'estomac simple se rétrécit en outre beaucoup dans ses dimensions. Chez l'homme, dont la nourriture est mixte, à-la-fois animale et végétale, le volume de l'estomac est intermédiaire, c’est-à-dire moins grand que celui des herbivores et plus grand que celui des carnassiers. Toutefois, même dans l'espèce humaine, une foule de causes empruntées de la constitution, du régime, des habitudes , etc. , peuvent, sans entrer encore dans l’état morbide, faire varier le volume de l’estomac dans des limites telles qu’on l’a rencontré quelquefois rétréci à ce point qu'il surpassait à peine celui de l’intestin grèle; que chez d’autres sujets il est tellement développé qu'il remplissait la moitié ou la presque totalité de la cavité abdominale. Entre ces deux extrêmes existent un grand nombre d’intermédiaires. Toutes les variations peuvent être rapportées à la distension plus ou moins grande que l’estomac a subie pendant un long temps par les substances introduites dans son intérieur, d’où résulte une altération de continuité et une diminution de rétractilité plus ou moins marquées de la tunique musculeuse qui ne lui permettent plus de revenir que jusqu’à un moindre degré sur elle-même. Ainsi l'habitude de faire des repas copieux et à de longs intervalles, produit une dilatation considérable de l'estomac qui finit par devenir permanente. Par un autre motif, le rétrécissement du pylore, qui oblige les alimens à séjourner long-temps dans l'estomac, amène le même effet, tandis que l’abstinence et l'habitude de manger peu et fréquemment, déterminent un resserrement qui, à la longue, peut être porté très loin. En pathologie l’inflammation de l’estomac et l’ingestion de substances capables de la produire, telles que l’acide sulfurique, produisent le même état, et même quelquefois un raccornissement considérable. Chez une femme observée par M. Cruveilhier, et qui avait saccombé un mois après avoir avalé une petite quantité d’acide sulfurique, l’estomac était raccorni et n'avait pas plus de capacité qu’une vésicule biliaire de moyenne grandeur.
L'âge exerce une influence assez marquée sur le développement de l'estomac. Ainsi, chez les enfans, cet organe offre le plus souvent un volume proportionnel plus petit que chez les adultes; cela tient probablement à ce que les fibres musculaires moins fréquemment dilatées, ont conservé toute leur élasticité.
Enfin, si la direction, la forme et le volume de l'estomac sont en rapport avec la durée du séjour que doit y faire la nourriture , il existe en outre un autre rapport général entre ces trois états et la place que l'animal occupe dans la série par son organisation. Ainsi l'estomac se rapproche plus de l'intestin pour le volume, offre moins de courbure et est plus direct chez les animaux inférieurs que dans ceux des classes supérieures.
Drmexstoxs. On ne peut établir d'estimation à cet égard que dans l’état de réplétion. Rempli avec une substance solide, l'estomac nous a donné sur l’homme adulte les mesures suivantes (PI. 19, 23.) : Le grand diamètre, ou le diamètre transverse mesure de 25 à 30 centimètres, de la grosse tubérosité au pylore. Le diamètre vertical est environ de 20 centimètres, suivant l’axe oblique du grand cul-de-sac qui en donne la hauteur de son sommet à sa grande courbure. Ce même diamètre vertical est de 10 à 12 centimètres sur le milieu du corps de l'estomac, et de 6 à 7 à la naissance de la petite tubérosité de
l'estomac. Le diamètre antéro-postérieur, le plus régulièrement décroissant, offre 15 à 16 centimètres au plus large de la grosse tubérosité ; 14 centimètres sur le plan de l'orifice œsophagien ; 12 centimètres au milieu du corps de l’estomac; 8 centimètres à la petite tubérosité, d'où il résulte que celle-ci est presque cylindrique. La petite cavité prépylorique donne 3 centimètres en hauteur et largeur pour 3 et 2 en longueur.
La capacrré de l'estomac peut être estimée en moyenne d’'environ 3 litres dans une réplétion modérée , c’est-à dire physiologique. Elle peut en acquérir bien davantage par une distention exagérée, surtout dans le cadavre ; mais on ne peut pas prendre pour état normal une ampliation forcée qui menace de rupture. L'évaluation de Huschke de 5 à 11 livres d’eau, c’est-à-dire de moitié ou double, manque par cela même d’une précision suffisante. Avouons aussi qu'il est bien difficile de statuer quelque chose de positif sur cette question, tous les sujets présentant des différences très considérables entre les quantités d’alimens et de boissons qu'ils peuvent déglutir dans un repas simple et un repas trop copieux.
Pois. La pesanteur absolue de l'estomac chez l’adulte est évaluée par Huschke de 170 à 232 grammes. Clendinning la porte à 26/4 grammes chez l’homme et un peu moins chez la femme.
SURFACES , CONNEXIONS. On considère à l'estomac deux surfaces libres, l’une péritoniale et l’autre muqueuse. J'ai eu déjà l’occasion de critiquer la dénomination vicieuse par laquelle on appelle externe la surface correspondant à la cavité séreuse abdominale et interne la surface muqueuse ( Foy. considérations générales, p. 52). J'ai fait observer que la prétendue surface externe ne se présente telle qu’après l’ouverture de l’abdomen , mais que dans l’état de vie, où elle fait partie de la cavité intérieure , c'est bien, au contraire, la surface interne. Par opposition aussi la surface dite interne n’apparaït avec cette désignation que comparée à la peau , mais rapprochée de la surface péritoniale, comme elle est le tégument , la peau interne en rapport avec les corps étrangers venus du dehors, elle se déclare par cela même la surface extérieure. La même observation s'appliquant à tous les viscères qui ont deux surfaces muqueuse et séreuse ( tube digestif, poumons, etc. ), une fois cette réserve prise, je n’y reviendrai plus, et lorsque j'emploierai les expressions de surface externe et interne comme elles sont admises partout, il est bien entendu que c’est seulement pour être compris sans hésitation que je me conformerai à ces dénominations établies.