SUR LA
SPLANCHNOLO |
D'après ce que nous avons vu dans le discours préliminaire, la splanchnologie est la section de l'anatomie qui a pour objet la description des organes chargés plus spécialement de l’élaboration des liquides, soit formateurs, soit dépurateurs des élémens nutritifs du corps animal ; ces organes sont ce que l’on nomme les viscères et leurs annexes. Dans son acception la plus étendue, la splanchnologie renferme donc tous les appareils qui servent à la nutrition de l'individu et à la reproduction de l'espèce : les appareils respiratoire, digestif, urinaire, génital, et, comme nous l'avons dit, toutes les fractions spéciales des appareils circulatoire et nerveux qui entrent dans la composition de chaque viscère et de ses annexes.
D'après cette définition, le domaine de la splanchnologie offre une délimitation précise, en ce sens qu’il renferme uniquement les organes de la vie organique ou végétative, tant ceux situés au dehors des cavités splanchniques, que ceux qui s’y trouvent contenus. À la splanchnologie ne sauraient donc se rapporter le larynx et les organes des sens, à moins que, suivant l'exemple de M. Huschke, on n’établisse dans cette branche de l'anatomie deux divisions appartenant, l’une à la vie physique, et l’autre à la vie morale (1).
Les motifs sur lesquels il fonde, cette classification, à l’endroit des organes des sens, ne sont pas sans intérêt, ne füt-ce que pour montrer les écarts auxquels peut entrainer l’inconvénient de trop généraliser dans une science purement d'observation physique, telle que l'anatomie descriptive. Ces motifs sont :
1° La situation des organes sensoriels dans des cavités, comme les véritables viscères.
Mais un accident de situation, basé sur un besoin commun de protection, ne suffit pas à notre avis pour établir une conformité qui ne peut être rationnellement fondée que sur la structure et les fonctions. Ajoutons que sous ce rapport même, la conformité est loin d’être complète, car, d’un côté, il y a un grand nombre d’organes, muscles, vaisseaux, nerfs, etc., situés dans les cavités qui n'ont aucun rapport avec les viscères et appartiennent à des fractions différentes de l'anatomie; tandis que, d’un autre côté, il y a quelques viscères, la mamelle, le testicule, les glandes thyroïdes, etc., qui ne sont point logés dans des cavités.
(1 Encyclopedie anatomique, tome v. — Traité de splanchnologie, page 1, traduit en français par J. L. Jourdan. Paris, 1845,
2° La complication de la texture des organes des sens.
Mais ce caractère anatomique, loin de rapprocher les organes des sens et le larynx des viscères, est ce qui les en sépare le plus complétement; car dans ces appareils, pour leurs fonctions de relation, on trouve des organes de toute sorte, des surfaces osseuses et cartilagineuses, des membranes fibreuses, des muscles de la vie animale, nombreux et bien séparés, des vaisseaux sanguins et lympbhatiques, des nerfs spéciaux : c’est-à-dire qu’il y a de tout, excepté ce tissu propre, ces organules élaborateurs qui sont précisément le caractère essentiel des viscères. Evidemment pour les organes sensoriels et le larynx, ce sont les nerfs spéciaux, en rapport avec les centres nerveux céphalo-rachidiens, les organes essentiels, pour la fonction desquels tous les autres élémens de la texture sont disposés. Sous tous ces rapports les organes des sens et le larynx, appareils de la vie animale, au même titre que les membres et même bien avant eux, se distinguent d’autant plus des appareils de la vie organique.
3° La considération que les organes des sens et le larynx, comme les viscères, procèdent des membranes muqueuses.
Ce point de vue serait le mieux fondé, s’il était, comme il le semble d’abord, rigoureusement anatomique, tandis qu’il n’est, au fond, que philosophique. Anatomiquement la membrane muqueuse ne peut être considérée comme le fondement essentiel des organes des sens et du larynx, puisqu'elle n’est, en réalité, que le tégument de protection des uns et la surface d’épanouissement des autres. En anatomie comme en physiologie, c’est le nerf spécial qui se montre, dans les appareils sensoriels et vocal, la partie essentielle à laquelle se subordonnent toutes les autres, et par conséquent les organes eux-mêmes appartiennent à la névrologie.
4° Une dernière considération, et la plus singulière, c’est que les organes des sens fournissent à l'intelligence ses matériaux, comme les viscères fournissent les élémens nutritifs à tout le corps.
Voilà le but et le dernier mot de la théorie : une idée subtile de physiologie philosophique qui n’a rien d’anatomique. Assurément on ne peut nier qu'iln’y ait là un rapprochement ingénieux entre les appareils de la vie cérébrale ou intellectuelle, et ceux de la vie organique ou matérielle. Ilest bon d’en tenir compte, mais ailleurs que dans une classification anatomique. Si par des considérations purement philosophiques d'harmonie fonctionnelle
entre les divers appareils de l'organisme, on pouvait assimiler les organes des sens et le larynx aux viscères, il ne faudrait pas un grand effort d'esprit, en allant un peu plus loin, pour yfaire entrer aussi, de proche en proche, les membres et tout l’appareil locomoteur; car ils forment, par la superposition de leurs organes, des cavités à leur manière; leur texture est aussi très complexe, et ils fournissent leur part aux matériaux de l’intelligence. Au point de vue de l'anatomie transcendante, ils procèdent de la peau, si analogue aux membranes muqueuses, et qui contribue avec cellesci à former les organes des sens ; ajoutons enfin, et c’est bien plus, ils concourent à la formation des élémens nutritifs et dépurateurs, puisque aucune partie de l'organisme n’est étrangère au travail commun de formation et de dépuration des élémens de l’ensemble.
À plus forte raison l'appareil circulatoire viendrait-il aussi réclamer sa place dans la splanchnologie, lui dont les fonctions n’ont trait qu’à la vie organique. C'est-à-dire que, par suite de ce travail de synthèse, après avoir élagué toutes les différences matérielles, tout ce qui se voit, tout ce qui est anatomique, et en ne tenant compte que des analogies rationnelles, de ce qui ne se voit pas, de ce qui n’est point anatomique, il n’y aurait point d’organes alors qui n’appartint à la splanchnologie. On aurait ainsi tout confondu en anatomie en effaçant les divisions qui en font la clarté. Le mieux assurément est de s’en tenir à l’ancienne classification, où l’on ne trouve au moins, sous le nom de splanchnologie, que les organes qui appartiennent à la vie végétative et dépendent du système nerveux splanchnique.