‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 80 sur 373 · STRUCTURE GÉNÉRALE DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

STRUCTURE GÉNÉRALE DE L'ESTOMAC

Quatre membranes ou tuniques superposées composent les parois de l’estomac. Ce sont de dehors en dedans : 1° la membrane séreuse et péritonéale; 2° la membrane musculeuse ; 3° la membrane dite fibreuse, et 4° la membrane muqueuse. Ces quatre membranes diffèrent complétement les unes des autres par leur texture et leurs propriétés. Des vaisseaux, des nerfs, du tissu cellulaire et divers organules complètent l’ensemble de parties qui entrent dans l’organisation de l'estomac. Je ne par-

CR 1 LA lerai ici de la structure de cet organe que d’une manière générale etcomme on l’observe à l’œil nu réservant pour les détails de l’in-

finiment petit à en donner plus loin l’anatomie microscopique. :

1° Membrane séreuse ou péritonéale.

Cette membrane environne l'estomac en entier moins la ligne vasculaire inscrite sur la circonférence par la ceinture des épiploons. Les anciens lui donnaient le nom de membrane commune , et Chaussier celui de membrane capsulaire. Voici comment elle est disposée. Deux feuillets du péritoine réunis au niveau de la grande scissure transversale du foie, se séparent au côté droit des vaisseaux hépatiques; l’un passe au-dessus et au devant de ces vaisseaux, forme le feuillet antérieur de l’épiploon gastro-hépatique, va gagner la petite courbure de l’estomac, et tapisse la face antéro-supérieure de cet organe jusqu'à sa grande courbure ; l’autre passe devant la veine-cave inférieure, pénètre par l’hiatus de Winslow dans l’arrière cavité des épiploons, forme le feuillet postérieur de l’épiploon gastrohépatique, et va s’unir au précédent un peu au-dessus de la petite courbure de l'estomac en passant derrière lui. Après s'être réunis ces feuillets se séparent, laissant entre eux et la petite courbure de l’estomac un espace triangulaire qui loge les vaisseaux sanguins et lymphatiques coronaires stomachiques. L’un des feuillets descend sur l'estomac , tapisse sa face antérieure à laquelle il adhère intimement; l’autre passe derrière cet organe et s’unit à sa face postérieure. Alors ils parviennent ensemble à sa grande courbure au niveau de laquelle ils abandonnent les faces et se réunissent seulement un peu au-delà, en laissant entre eux et cette grande courbure, comme au niveau de la petite, un espace triangulaire vide; puis ils continuent à descendre, accolés l’un à l’autre, et vont former les deux feuillets antérieurs du grand épiploon. Sur le côté gauche de l'estomac ces feuillets péritonéaux forment , par leur adossement, l’épiploon gastro-splénique. De la disposition de ces deux feuillets à l'égard de l’estomac, il résulte qu’ils lui forment une enveloppe qui l’entoure de toute part et lui adhère partout, excepté au niveau de ces courbures, où se trouve un espace triangulaire vide destiné à recevoir l’estomac lui-même lorsqu'il est distendu par des alimens. Dans l’état de vacuité , au contraire, l’estomac se rétracte, et laisse voir toute l'étendue de ces espaces qu’on peut facilement mesurer par la distance qui existe entre ces courbures et les vaisseaux gastro-épiploiques et coronaires stomachiques. Ces vaisseaux occupent, en effet, le point le plus étroit de l’écartement qui existe entre les deux feuillets, c’est-à-dire le point où ils se réunissent, lorsque l’estomac revient sur lui-même et s'éloigne des gros vaisseaux dont la situation est fixe. Lorsqu’au contraire il se distend, il se rapproche de ces vaisseaux par l’écartement de leurs branches antérieures et postérieures , de sorte que les troncs eux-mêmes s'appliquent à sa surface.

Cette disposition de la membrane péritonéale au niveau des courbures de l’estomac a paru aux anatomistes nécessaire pour suppléer au peu d’extensibilité qu’ils attribuent au tissu séreux comparativement à celle du tissu musculaire. La dilatation étant totale et non partielle, chaque tissu, a-t-on dit, devait \ concourir à sa manière et en proportion de sa capacité élastique : le musculaire par l'allongement pur et simple de ses fibres, et le séreux au-delà de l'allongement qui lui est propre par l’augmentation d’étendue que lui procurent ces espaces triangulaires ; encore, M. Cruveilhier doute-t-il que dans les grandes

distensions de l’estomac ces espaces triangulaires puissent suffire. Dans ce cas, il lui a paru que les deux feuillets antérieurs de l’épiploon étaient eux-mêmes attirés sur cet organe. Bichat pensait que le péritoine qui revêt les faces de l'estomac, n'était pas aussi dépourvu d’extensibilité qu’on l'avait dit. Il croyait que, dans les cas d’extensibilité extrême, cet organe ne pouvait jamais dépasser ces espaces triangulaires, et que s'ils étaient insuffisans, c'était la portion adhérente de la séreuse qui s’étendait. Il se fondait sur ce que le degré de dilatation dont l’estomac est susceptible est très étendu, et sur ce que dans les cas où on l’a vu remplir une partie de l’abdomen , on ne pouvait dire qu’il se fût revêtu du péritoine aux dépens des autres viscères , puisque tous ceux-ci en étaient recouverts comme dans l’état naturel. Une observation bien simple nous paraît corroborer l'opinion de Bichat. Puisque d’une part les deux feuillets d’enveloppe adhèrent fortement sur les deux faces de l'estomac, et que d’autre part, ce viscère, dans son ampliation, se dilate à-la-fois par tous les points de sa surface, évidemment les trois autres membranes ne peuvent se distendre à un même degré sans que le péritoine y contribue pour sa part. Sans doute l’écartement des feuillets épiploiques peut venir en aide dans les cas d’extrême ampliation; mais cet écartement lui-même existe bien plus en vue des longues branches des vaisseaux qui, malgré leurs flexuosités, n’auraient pu s’arranger de la dilatation de l’estomac au même degré que l'enveloppe séreuse. Enfin si, comme nous le croyons, les feuillets séreux qui recouvrent les faces de l’estomac, cèdent et s'étendent dans les cas de dilatation de l’estomac, il nous paraït aussi probable que, dans certains cas de dilatation très prononcée, l'estomac s’étend pour une part, entre les deux lames du grand épiploon.

Au reste, l’adhérence du péritoine à l'estomac varie sur les divers points de son étendue. Nulle au niveau de l’une et de l'autre courbure, et peu prononcée dans leur voisinage, elle va en augmentant à mesure qu'on s’en éloigne, de sorte qu’elle devient intime sur ses deux faces, dont on ne peut séparer le péritoine que par une dissection tres laborieuse.

Les caractères de cette membrane sont les mêmes sur l’estomac que dans le reste de son étendue, mais elle y est beaucoup plus fine que sur les parois. D'un blanc nacré, lisse, polie, elle est lubréfiée à sa surface interne par un fluide séreux; sa transparence est telle qu’elle permet de voir à travers son épaisseur les ramifications les plus déliées des vaisseaux sanguins. On admet qu’un tissu cellulaire, d'autant plus dense et plus serré qu’on s'éloigne d’avantage des courbures, l’unit à la membrane musculeuse. Nous verrons en quoi consiste cette couche intermédiaire.

Membrane musculeuse.

Cette membrane est constituée par des fibres musculaires dont l’arrangement est très compliqué. Fallope est le premier anatomiste qui l'ait étudiée avec soin, et qui en ait donné une description convenable. Après lui Willis, Verheyen, Helvétius, Morgagni, Haller, etc., ont fait sur ce point des recherches et des observations remarquables. Depuis Haller, la plupart des anatomistes ont admis trois plans de fibres; savoir : 1° un plan superficiel de fibres longitudinales ; 2° un plan profond de fibres circulaires, dans le sens du petit diamètre de l'estomac ; et 3° un plan de fibres à anses paraboliques et que je nomme elliptiques. Cette distinction de trois espèces de bandes

ESTOMAC

variées de direction , assurément est exacte ; mais on n’a signalé que leur existence et rien de précis n’a été dit sur leur trajet, leurs modes divers de superposition ou d’entrecroisement, leur mélange et même sur leurs points d’origine et de terminaison. C'était, en un mot, tout un travail à faire. Voici le résultat de mes observations à cet égard.

Membrane musculaire de l'estomac d'après mes recherches

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