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Pour bien étudier cette membrane , dont les fibres pâles sont souvent très minces, il est nécessaire de faire choix d’un estomac épais, pris sur un sujet vigoureux. Il sera bon aussi, pour faire gonfler les fibres musculaires et en aviver la couleur, de le laisser préalablement macérer dans quelque solution minérale. Celle qui nous a le mieux réussi, pour les couches musculaires des organes splanchniques, consiste dans de l’eau alcoolisée et acidulée avec l’acide chlorhydique, dans laquelle je fais dissoudre de l’azotate de potasse.
Trois couches bien distinctes me paraissent composer la membrane musculaire de l'estomac.
COUCHE SUPERFICIELLE DES FIBRES STOMACALES. — L’estomac dépouillé soigneusement de son enveloppe péritoniale, laisse apercevoir en premier plan trois sortes de fibres, rayonnées, longitudinales et circulaires (PI. 19, fig. 1).
1° Fibres rayonnées. Celles-ci font suite à celles de l’œsophage. J'ai dit, à propos de ce canal, qu’à son extrémité inférieure les fibres longitudinales, liées avec quatre faisceaux courts, détachés des deux faces du diaphragme, s’'épanouissaient en faisceaux divergens pour se distribuer à la surface de l’estomac. C'est donc de l'extrémité de ce canal, comme centre, que procède ce premier plan de fibres. Leurs faisceaux en descendent, rayonnant dans tous les sens, et s’épanouissent sans solution de continuité à leurs extrémités, en un entonnoir représenté par la surface même de l’estomac qu’il revêt. Dans la description on peut y admettre quatre directions principales : (a) les faisceaux externes ou du côté gauche, remontent sur la grosse tubérosité, contournent leur sommet et descendent jusqu’à la partie moyenne où ils se continuent avec les fibres longitudinales de la grande courbure. (4) Deux séries de fuisceaux antérieurs et postérieurs descendent en éventail sur les faces correspondantes de l’estomac jusqu'à la ligne moyenne qui mesure l’axe de ce viscère. Comme les précédens, ils se terminent par des languettes amincies , triangulaires, qui pénètrent en formant de petites digitations entre les fibres circulaires du premier plan et se confondent avec ces dernières par une fusion de leur substance. (c) Un dernier faisceau supérieur, et c’est le plus considérable, descend directement en dedans sur la petite courbure dont il constitue le plan longitudinal qui se prolonge jusque sur l’extrémité pylorique de l'estomac. Les fibres n’ont pas toutes la même longueur. Les moyennes seules arrivent jusqu’à l’extrémité pylorique. Les autres, qui revêtent sur chaque face de l'estomac le tiers de sa hauteur, se terminent successivement en petites mèches qui se mélent avec les fibres circulaires. Evidemment c’est la tension de cette large bandelette longitudinale, faisant suite aux fibres de l’œsophage, qui fixe et détermine l’incurvation en arc de l’estomac sur sa petite courbure, Cela est si vrai que, si l’on enlève avec précaution cette bandelette
dans toute sa largeur, l'estomac se redresse ou s’alonge de luimême en un canal direct. Le premier plan, formé par l’épanouissement des fibres longitudinales œsophagiennes , est donc très étendu puisqu'il revét toute la face supérieure de l’estomac représentant le tiers de sa surface. Si on le suppose en contraction, son action succédant à la déglutition, dont il est en quelque sorte le dernier temps, il est évident qu’il tend à resserrer l’estomac sur lui-même dans ses trois diamètres, en rapprochant les unes des autres ses quatre faces et ses deux extrémités; d’où il suit qu’il agit à la manière d’une main préhensive, et malaxe, en divers sens les bols alimentaires pour en former, à l’aide des autres fibres, une pâte commune. Je rappelle à cette occasion la disposition cotelée que j'ai signalée à la voussure gauche du diaphragme, qui m'a paru devoir être un auxiliaire des contractions de la-grosse tubérosité dans l’acte de la chymification. (Tome 11, pl. 81).
° Fibres longitudinales. Nous savons déjà que celles de la petite courbure ne sont que l’épanouissement des fibres longitudinales internes de l’œsophage. Reste celles de la grande courbure. Ces fibres forment une large bande qui s'étend de la grosse à la petite tubérosité de l'estomac, et les relie l’une à l’autre en décrivant la grande circonférence de cet organe. Cette bandelette recouvre plus du tiers de la surface de l'estomac. Les fibres moyennes sont les plus longues, et les faisceaux qu’elles forment peuvent être suivies dans toute la largeur. Mais à mesure que l’on approche du bord de la bandelette longitudinale, sur l’une et l’autre face, antérieure et postérieure, les fibres, plus minces et rares, ne parcourent plus que de courts trajets, laissent entre elles des espaces linéaires où l’on aperçoit les fibres circulaires, et se mêlent à celles-ci par leurs extrémités. Dans son ensemble, la bandelette longitudinale de la grande courbure est bien synergique du faisceau œsophagien qui revêt le sommet de la grosse tubérosité , mais on ne peut dire qu’elle en soit la continuation, car la direction de leurs fibres est différente et même, sur notre figure, on voit que les fibres s'entrecroisent pour se mêler et se confondre, le plan œsophagien restant le plus superficiel. Enfin une saillie antérieure de la grosse tubérosité est exprimée par un petit faisceau musculaire (fig. 1, c) que fixe lui-même un petit renforcement fibreux.
3° Fibres circulaires. Elles apparaissent dans l’espace moyen du grand diamètre de l'estomac sur les deux faces, entre les faisceaux rayonnés de l’œsophage et les bandelettes longitudinales de ces deux courbures. Ce n’est donc que dans ces espaces que les fibres circulaires sont superficielles. Dans leur ensemble elles appartiennent à la couche moyenne.
COUCHES MOYENNE ET PROFONDE DES FIBRES STOMACALES (PI. 23, fig. 2). Je réunis dans une même description les deux couches moyenne et profonde de l'estomac parce que, mariées et superposées dans leurs intrications, il sera plus facile de les comprendre d’abord dans leur ensemble. C’est en commençant par le plan profond, d’abord le plus superficiel, qu’il conviendra de les considérer isolément.
Et d’abord, des quelques indications vagues que l’on a données des fibres circulaires, il semblerait qu’elles forment un second plan régulier : or, il n’en est pas ainsi. C’est encore l’orifice de l’œsophage qui est le point de départ des fibres moyennes et profondes, circulaires et elliptiques. Commençons par ces dernières.
1° Fibres elhptiques. Après l'enlèvement de l'infundibulum formé par les faisceaux longitudinaux de l'œsophage, au-dessous se présentent deux vastes bandelettes dont la disposition apparaît d’abord très singulière, mais à un examen attentif se montre ce qu’elle est, c’est-à-dire avec une signification très physiologique. Ces deux bandes, à ne les considérer d’abord qu’à leur origine supérieure , larges de 6 à 8 centimètres, environnent chacune, par une demi-ceinture, l’orifice de l’œsophage, de manière à l’enceindre dans leur intervalle. Elles remontent de 2 centimètres environ sur l’extrémité de l’œsophage ;, et s'étalent d’abord dans une largeur de 5 à 6 centimètres sur l'estomac, de telle sorte qu’elles forment la portion de cet organe, évasée en entonnoir, avec laquelle s’abouche l’œsophage. Ces bandes forment donc deux grandes anses interceptant un espace elliptique dans lequel s'inscrit l’orifice œsophagien. De chaque côté, de courtes fibres courbes complétives, échangées d’une bande à l’autre, achèvent de resserrer ou, en quelque sorte, d’étrangler cet orifice qui, évidemment, est fermé par l’action des deux anses lorsqu'elles se contractent. Or, ces anses, confondues à leur contour avec les fibres circulaires, vont se continuer sous ces dernières, en longues courbes elliptiques jusqu'aux extrémités de l’estomac. Ainsi la bande qui forme l’anse du côté gauche de l’orifice œsophagien va décrire, en ellipse diagonale, le contour du corps de cet organe sous les fibres circulaires, et se referme profondément en anse sur la courbe de son extrémité pylorique. Je l'appelle donc la bande elliptique prlorique. En sens contraire, la bande du côté droit de l’orifice œsophagien environne diagonalement en ellipse le contour de la grosse tubérosité pour reformer une anse à son extrémité opposée à l'orifice œsophagien. Je la nomme la bande elliptique de la grosse tubérosité. Dans leurs rapports mutuels, aux points de départ des anses œsophagiennes, il y a, d’une face à l’autre de l’estomac, échange de superposition entre les deux bandes elliptiques. La bande pylorique, sur la face antérieure, passe dessus la bande de la grosse tubérosité, si bien que ses fibres superficielles , les plus courtes, revêtent les fibres circulaires, sur lesquelles elles s’épanouissent en petites mèches comme les fibres longitudinales du premier plan. Au contraire, sur la face postérieure, c’est la bande de la grosse tubérosité qui recouvre la bande pylorique. En suivant, par une dissection soignée, ces deux bandes elliptiques dans leur trajet, on reconnaît que ce n’est que par lenr portion moyenne qu'elles décrivent une ellipse complète; mais, chemin faisant, les fibres de leurs bords, de longueur inégale, vont graduellement du milieu vers la petite et la grande courbure de l'estomac, et se mêlent aux fibres circulaires, ou s’insèrent profondément sur la membrane fibreuse.
2° Fibres circulaires. En suivant le trajet des deux grandes bandes elliptiques, d’abord superficielles à l’œsophage, on se trouve amené à avoir décrit le plan musculaire profond de l’estomac, tandis que le plan moyen formé par les fibres circulaires n'est pas encore connu. Ce plan, que l’on considère comme le plus régulier, n’est tel qu'à la droite de l'œsophage, sur le corps et l’extrémité pylorique de l’estomac. Sur la grosse tubérosité, il présente au contraire une forme très différente et motivée par l'irrégularité de cette partie. — A. Grosse tubérosité. Elles forment deux systèmes. Aux fibres courbes de l’anse pylorique , dont la concavité est tournée vers l'œsophage , succèdent quelques fibres directes, perpendiculaires au grand diamètre de l’estomac. Mais à celles-ci, qui se continuent sur la grande courbure,
succèdent, pour le sommet de la grosse tubérosité , une succession de fibres spirales dont ce sommet est le centre. Cette disposition, que nous avons fait dessiner, rappelle très bien le sommet du ventricule gauche. — B. Corps de l'estomac. Les fibres circulaires y commencent sur les anses œsophagiennes des deux bandes elliptiques. D'abord assez rares, elles s'épaississent et apparaissent graduellement de plus en plus fortes sur le corps et sur l’extrémité pylorique de l’estomac. Avec cette dernière surtout l'épaisseur des fibres circulaires augmente considérablement jusqu’au pylore, en même temps que les fibres longitudinales et elliptiques y deviennent plus rares et plus minces ; de sorte que cette portion de l'estomac se présente comme une poche contractile spéciale douée d’un mouvement de contractilité concentrique d’une grande énergie. Les fibres musculaires y sont courtes, serrées et agglomérées en petits faisceaux rentrants les uns dans les autres. Cette disposition est surtout remarquable dans les plis de flexion du petit cul-de-sac de l’estomac et de la petite cavité pylorique. Au pylore, ces fibres constituent un anneau épais, saillant en dedans, en forme de bourrelet, renforcé lui-même par un épaississe ent fibreux plus développé dans la vieillesse que dans la jeunesse et l'âge mür. Cet amas de fibres joue le rôle d’un véritable sphincter qui, lorsqu'il se contracte, empêche les alimens et les gaz de l’estomac de passer dans le duodénum.
D'après ce que nous venons de dire de la disposition des fibres musculaires de l'estomac, on peut voir qu’elles ne sont pas uniformément répandues sur toute sa surface, et qu’elles n’y forment pas une couche égale. Au contraire, elles sont accumulées en plus grand nombre en certains points que dans d’autres ; ainsi elles présentent une couche très mince, de 1 millimètre environ, sur le grand cul-de-sac de l'estomac; de 2 millimètres sur le milieu de ses faces antérieure et postérieure ; elle s’épaissit le long de ces courbures, et surtout au vosinage du pylore, où elle atteint 3 millimètres. De cette différence d'épaisseur et de la spécialité même des fonctions des deux portions extrêmes de l'estomac , il résulte, suivant la remarque de Huschke, que la tunique musculeuse, épaisse et très exercée au pylore, y tend à l’hypertrophie, et que mince et soumise à des dilatations à la grosse tubérosité, elle y est disposée à l’atrophie. L’exagération de l’une et l’autre tendance est, d’un côté, l’oblitération du pylore, et de l’autre, la rupture du grand cul-de-sac. Quant aux variétés individuelles, on a remarqué que la membrane musculaire était peu prononcée dans les estomacs volumineux, et beaucoup plus développée au contraire dans les estomacs étroits; dans certains cas d’hypertrophie morbide, on lui a vu acquérir une épaisseur de plus d’un centimètre. On peut dire, d’une manière générale, que cette membrane présente une épaisseur d'autant plus grande que les alimens introduits dans l'estomac sont plus durs, moins broyés primitivement dans la bouche , et plus réfractaires à la digestion.
La membrane musculeuse présente un aspect strié suivant la longueur de ses fibres. Ces stries sont beaucoup plus grandes dans certaines parties que dans d’autres. C’est sur le grand culde-sac, et vers le milieu des faces de l'estomac, qu’elles présentent le plus d’étendue. C’est à travers ces aréoles que pénètrent les vaisseaux et les nerfs qui vont se ramifier dans la membrane muqueuse. Sur les deux figures de la planche 19 se voient partout les orifices coupés de ces vaisseaux.
La couleur des fibres musculaires de l’estomac est remarquable par sa pâleur encore plus grande que dans celles de l’œsophage,
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ce qui tient sans doute à ce qu'elles y sont accumulées en moins grand nombre. C’est un des principaux caractères des fibres musculaires qui ne sont pas sous l’influence de la volonté. Leur décoloration est telle que des anatomistes très distingués, Helvétius, Winslow et autres, les ont prises pour des fibres aponévrotiques, et ont décrit, sous le nom de ligamens du pylore, des fibres longitudinales de l’estomac situées entre les deux courbures.
Continuité. Une dernière observation a rapport au mode de continuité des fibres stomacales. Comme dans tout le système musculaire de la vie organique, ce n’est qu’en apparence que les fibres paraissent continues avec elles-mêmes dans une grande longueur. Examinées attentivement à la loupe et en les écartant, on voit qu’une fibre longue n’est qu’une chaïne formée par la succession de fibrilles parallèles qui se rejoignent par intervalles. Mais ces fusions de fibres d’une même direction ne sont pas les seules ; des liaisons de même nature s’observent partout entre des fibres de direction différente, de sorte que chaque plan agissant à sa manière pour sa contraction spéciale, sollicite néanmoins les autres de proche en proche, comme il est sollicité par eux, à une action synergique pour les grands mouvemens de l'organe dans son ensemble.
En résumé, d’après la structure que nous venons de reconnaître à la membrane musculaire de l'estomac, on voit que cet organe est susceptible de plusieurs sortes de mouvemens parfaitement en rapport avec ses fonctions. 1° Par ses fibres œsophagiennes cet organe est soulevé en masse, en même temps que le sommet de son grand cul-de-sac, resserré, tend à faire cheminer l'aliment vers la partie moyenne ou le corps. 2° Par ses fibres longitudinales le viscére se fronce sur lui-même suivant sa longueur en rapprochant ses extrémités. 3° Par ses fibres circulaires ou annelées, l'estomac se contracte et se rétrécit sur son axe. 4° Par les deux grandes bandes elliptiques en spirale, auxiliaires à lafois des fibres longitudinales et circulaires , l'estomac se contracte suivant ses deux diagonales, de telle sorte que les matières qu’il renferme sont à-la-fois agitées, remuées et mélangées dans tous les sens. Enfin le pincement de l’orifice de l’œsophage entre les anses supérieures des deux bandes elliptiques fait que cet orifice peut être ouvert ou fermé au besoin. C’est donc à l’orifice œsophagien de l'estomac qu'existe, par une particularité de sa structure, le sphincter que tant d’anatomistes se sont efforcés en vain de méconnaitre à l’extrémité stomacale de l’œsophage.
3° Membrane fibreuse.
C’est la troisième membrane de l’estomac, intermédiaire de la musculeuse à la muqueuse. Les anciens anatomistes lui donnaient le nom de membrane nerveuse. Son existence n’a pas toujours été admise. Bichat et son continuateur Buisson n’en font aucune mention. M. Cloquet la désigne sons le nom de tissu cellulaire filamenteux, dense et serré, et la croit uniquement destinée à unir les deux membranes entre lesquelles elle est située. M. Cruveilhier, Huschke, et en général, aujourd’hui tous les anatomistes, en font une membrane propre qu'ils appellent fibreuse. I est facile de démontrer sa présence. Il suffit, en effet, d’insuffler un estomac, d’enlever les membranes séreuse et musculeuse dans une partie de son étendue, de le re-
tourner et de détacher la muqueuse dans le point correspon- Te Ve
dant; alors il ne reste plus que la membrane fibreuse, dont on peut étudier les propriétés. Quoique mince, cette membrane est trés dense, forte et résistante. Ce qui le prouve, c’est que l'estomac peut encore supporter une distension considérable dans les points où il a été dépouillé de ses autres membranes, et où celle-ci seule est conservée. Lorsqu’au contraire elle a été incisée, l’insufflation oblige les autres membranes à faire hernie à travers sa division. Elle est très extensible et très élastique, car elle se prête facilement aux dilatations et aux resserremens de l'estomac. Elle forme un réseau dense et très serré , et ne peut être confondue avec le derme ou chorion de la muqueuse qu'on en détache assez facilement, car elle ne lui adhère que par une couche très mince de tissu cellulaire lâche. Son adhérence à la membrane musculeuse est beaucoup plus grande, ce qui tient à ce qu'elle donne insertion à ses fibres profondes et envoie dans ses mailles de nombreux prolongemens. Elle est susceptible de devenir le siége d’une hypertrophie telle que dans certains cas on l’a trouvée ayant acquis plusieurs millimètres d'épaisseur. M. Cruveilhier croit qu’elle joue un rôle très important dans les maladies chroniques de l'estomac. Telles sont les particularités générales qu'offre cette membrane dans l’idée que l’on s’en est faite jusqu’à présent. J'aurai toute autre chose à en dire en traitant de l’anatomie microscopique.
&° Membrane muqueuse.
La membrane muqueuse de l'estomac n’avait point été signalée avant Fallope qui, le premier, l’a distinguée spécialement et désignée sous le nom de tunique veloutée. Riolan croyait qu'elle n’était constituée que par du mucus desséché. Déjà il avait reconnu dans les parois de l’estomac et des intestins trois membranes : une commune extérieure , une nerveuse et une musculeuse, tapissée à l'intérieur par un mucus très adhérent formé, disait-il, par la partie la plus épaisse du chyle.
Willis est le premier qui ait considéré la muqueuse comme une membrane d’une texture particulière, et c’est dans ce sens qu'il l'a décrite sous le nom de tunique glanduleuse. Plus tard , Ruysh parvint à l’injecter et à en faire de belles préparations. 11 lui donna le nom d’épithélium de l'estomac, voulant indiquer par là qu’elle tapissait les autres membranes de l'estomac comme l’épiderme tapisse la peau. Cependant ce nom fut traduit plus tard par celui d’épiderme, car on trouve encore la muqueuse appelée dans Haller membrane épidermique. Nous allons d’abord étudier la muqueuse gastrique en général, comme on le fait à l’œil nu.
La muqueuse de l'estomac présente deux surfaces : l’une adhérente, dite externe, et l’autre libre, appelée interne. La surface profonde ou adhérente ne présente rien de remarquable, elle est unie à la tunique fibreuse par une couche mince de tissu cellulaire dont nous connaïtrons plus loin la signification hystologique.
La surface libre, ou superficielle, dite interne, est couverte d’une couche plus ou moins épaisse de mucosités très adhérentes qu'on ne peut enlever qu’en la roulant ou l’essuyant avec un linge, et surtout en laissant couler à sa surface un filet d’eau. Ce dernier moyen est préférable, parce que sans altérer en rien la surface de la membrane, il permet de la débarrasser
entièrement du mucus qui la revét.
Plis de la muqueuse stomacale. — Xorsque l’estomac est vide et revenu sur lui-même, sa muqueuse présente une multitude de plis, qui s’effacent lorsque ce viscère est distendu, et reparaissent lorsque la dilatation cesse. Ce fait, que l’on produit à volonté sur un estomac retourné, qu’on distend et qu’on aïfaisse tour-à-tour, est également facile à constater sur un animal vivant dont on ouvre l’estomac distendu par les alimens. Dans cet état, aucun pli ne s’observe; mais à mesure que les alimens sont extraits, l’estomac revenant sur lui-même, les plis apparaissent de toutes parts, présentant par leur disposition quelque analogie avec les circonvolutions du cerveau. Ces plis dépendent de ce que la muqueuse, en rapport d’étendue avec l’état de dilatation de l’estomac, est dépourvue néanmoins en elle-même de la somme de contractilité organique et d’élasticité nécessaire pour se prêter à la rétraction et à la distension alternative de l’organe qu’elle tapisse. S'ils n’existaient pas, la muqueuse ne pourrait se prêter, sans se déchirer, aux mouvemens de dilatation de l’estomac. Ces plis qui sont dus au refoulement de la membrane sur elle-même, ont précisément pour usage de permettre, par leur déroulement, l’ampliation du viscère qui se fait quelquefois avec beaucoup de rapidité, surtout sous l’influence de l’accumulation des gaz. Ils sont produits comme ceux de l’œsophage par la contraction de la membrane museuleuse qui peut seule revenir spontanément sur elle-même. Dans leur aspect général, ils sont irrégulièrement disposés et affectent toutes sortes de directions, ce qui ne doit pas étonner, car on sait qu'ils doivent être dirigés perpendiculairement aux fibres musculaires, qui marchent elles-mêmes dans un grand nombre de directions différentes. Toutefois, parmi ces plis, il en est de plus prononcés que les autres. Dans la région pylorique de l'estomac, par exemple, on les trouve beaucoup plus marqués que dans la région cardiaque. Tantôt droits, tantôt flexueux, ils marchent parallèlement de l’un vers l’autre orifice de l’estomac. La direction de ces plis, parallèle au grand diamètre de l’estomac, dépend de ces deux circonstances : 1° que les fibres circulaires sont plus multipliées sur le corps et surtout dans la région pylorique de l’estomae que dans ses autres parties; et 2° que l’ampliation de cet organe se fait surtout dans le sens de son petit diamètre et aux dépens de son segment antérieur, plutôt que sur son grand diamètre, du grand cul-de-sac vers l’extrémité pylorique. Les plis longitudinaux sont beaucoup plus marqués chez les ruminans que chez l’homme, et surtout dans le compartiment de leur estomac auquel on a donné le nom de feuillet. On y trouve, en effet, des plis très saillans et qui, par la ressemblance de leur forme et de leur disposition réciproque avec celle des feuillets d’un livre, lui ont valu le nom qu’il porte.
Outre les plis longitudimaux dont il vient d’être question , la muqueuse gastrique, dans leurs intervalles, se subdivise en réseaux de plis plus petits inscrivant par leur rencontre un grand nombre de petites cellules diversement configurées ; les unes irrégulièrement circulaires, d’autres oblongues, losangiques, hexagonales, ou polygonales de toute sorte. Toutes ces formes accidentelles n’ont rien de constant et sont sur chaque point le résultat fortuit de la manière dont les plis principaux se coupent dans leur rencontre.
Chez l’homme, le plus remarquable et le plus important des replis de la muqueuse gastrique, est celui que nous avons précédemment décrit sous le nom de valvule prlorique. Cette valvule présente une face supérieure qui diffère complétement de
sa face inférieure, La première, qui appartient à l'estomac, présente tous les caractères de la muqueuse de cette cavité ; la seconde partage ceux de la muqueuse du duodenum.
Cette observation générale se confirme par la différence des organules dans la structure intime et corrobore la remarque de M. Cruveilhier, que les maladies respectent souvent la démarcation tracée par l’orifice pylorique entre les deux surfaces de sa valvule.
Aspect général de la muqueuse gastrique. — Examinée avec attention, cette membrane est molle, douce au toucher, tomenteuse, spongieuse, et présente un aspect velouté qui lui a fait donner le nom de membrane villeuse ou veloutée. C’est ainsi que Fallope l’a désignée pour la première fois. Lorsqu'on l’a débarrassée du mucus qui la recouvre, à l’aide d’un filet d’eau, elle présente un aspect granuleux. Suivant la plupart des anatomistes, ces granulations sont beaucoup plus marquées dans certains points que dans d’autres, et on ne les observe presque jamais dans la partie qui correspond au grand cul-de-sac de l'estomac. M. Cruveilhier prétend les avoir trouvées limitées à la grande courbure; cependant on en trouve aussi un grand nombre dans la portion pylorique et dans le voisinage du pylore. Certains animaux les présentent à un état de développement beaucoup plus prononcé que l’homme. C’est surtout chez le cochon qu’il est facile de les apercevoir et de les étudier. Quelques-uns ont cru y voir des grains glanduleux analogues aux glandes salivaires de la bouche. Je rapporte ces diverses opinions qui ne font que montrer l'incertitude des anatomistes. Tous ces faits s’éclairciront en traitant de l’anatomie microscopique.
Nous avons déjà fait remarquer que les divers estomacs des ruminans présentent de nombreuses différences sous le rapport de la disposition de leurs membranes constituantes : ces différences sont surtout manifestes dans leur membrane muqueuse. Celle de la panse est couverte de saillies vasculaires plus ou moins grosses; celle du bonnet présente un réseau de plis qui interceptent entre eux un grand nombre de cellules polygonales; les plis de celle du feuillet sont disposés d’une manière analogue aux feuillets d’un livre; enfin la caillette nous offre aussi quelques plis, mais beaucoup moins saillans que dans le feuillet. Ce qu’on observe chez les animaux, s’observe aussi chez l’homme, mais à un moindre degré. Ainsi la muqueuse qui tapisse la partie de l'estomac située à gauche de l'œsophage diffère sensiblement d’aspect et de caractère avec celle qui revêt la partie de ce viscère située à droite de ce conduit. Parfois une ligne circulaire établit sur la muqueuse la séparation entre ces deux parties. C’est en cet endroit qu’existe ordinairement la ligne d’étranglement dans les estomacs biloculaires dont nous avons parlé.
Dans sa portion œsophagienne, la muqueuse gastrique est très mince, très molle et présente un réseau capillaire très développé ; lorsqu'on veut la détacher, on ne peut l'enlever que par lambeaux. Après la mort, elle devient le siége d’un ramollissement pultacé que quelques médecins ont pris pour un ramollissement gélatiniforme, et que M. Cruveilhier regarde simplement comme cadavérique.
Dans sa portion pylorique, la muqueuse présente plus d'épaisseur, de densité, de résistance, et une couleur moins foncée qu'à gauche; elle est moins adhérente à la membrane fibreuse dont on peut la détacher, sinon en totalité, du moins en grande
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partie. Les médecins qui pratiquent dans les hôpitaux ont été à même d'observer souvent que les maladies de ces deux parties de la muqueuse de l'estomac different, et que l’une peut étre dans un état morbide, tandis que l’autre est intacte.
Les autres caractères de la muqueuse gastrique offrent aussi beaucoup d'intérêt. De nos jours, on considère avec raison comme très important de savoir quelles sont sa couleur, sa consistance , et même son épaisseur à l’état normal, afin de pouvoir tirer des conséquences des variations qu’elles présentent dans les maladies.
1° La couleur de la muqueuse de l’estomac dans l’état ordinaire est très variable. Pour que les observations faites sur ce point pussent avoir quelque valeur, il fallait rejeter toutes celles qui ont été recueillies sur des individus qui ont succombé à la suite d’une maladie plus ou moins longue, même étrangère aux voies digestives, et n’admettre que celles où des sujets en état de santé ont été surpris brusquement par une mort violente. Dans cet état, si la mort a eu lieu à jeun, l’estomac étant vide, la muqueuse est d’un rose pâle ou d’un blanc grisâtre, et quelquefois teinte en jaune par la bile; tandis que si l’estomac est plein, il sera d’un rouge vif, ce qui dépendra de ce que les alimens auront attiré vers sa surface une congestion sanguine. La couleur de la muqueuse gastrique, comme celle de tous les organes digestifs, varie d’après une foule de circonstances, suivant le tempérament, le genre de mort, l’âge et l’état moral dans lequel se trouve l'individu avant de succomber. Il est évident, par exemple, que la muqueuse de l'estomac présentera une couleur plus foncée, toutes choses égales d’ailleurs, chez un individu sanguin et pléthorique que chez un individu pâle, anémique, ou chlorotique. Chez un individu mort d’asphyxie par strangulation , que chez un autre qui aura succombé à la suite d’une abondante hémorrhagie. 11 doit enfin se présenter là des variations analogues à celles qui se montrent sur la peau du visage suivant les impressions diverses qu’on éprouve. Chez les vieillards, la muqueuse est quelquefois parsemée çà et là de taches plus ou moins étendues, d’une couleur d’un gris ardoise. D’autres fois, cette couleur régnant dans presque toute l’étendue de la surface, quelques personnes pensent qu’elle a son siége dans les organules et qu’elle peut résulter d’une maladie ancienne. Ce qu'il y a de certain, c’est qu’au moment où on l’examine elle constitue l’état normal, et ne résulte pas d’une maladie récente. Sur les cadavres dont la putréfaction est commencée, et surtout dans les grandes chaleurs où elle marche avec rapidité, la muqueuse gastrique présente une couleur d’un rouge foncé, lie-de-vin , ou d’un gris noirâtre, et des marbrures de même nuance. Cette coloration se rencontre surtout sur le grand cul-de-sac de l'estomac, et sur les saillies formées par les plis de la muqueuse, et résulte de la décomposition du sang, et de l'infiltration des gaz et des liquides dans son épaisseur. La bile teint souvent la muqueuse en jaune verdâtre dans le voisinage da pylore. Cette couleur, très tenace, persiste malgré les lavages et la macération.
2° L'épaisseur de la muqueuse de l'estomac varie presque autant que sa couleur; il n’y a rien de fixe sur ce point. Sous l'influence de l’inflammation, et surtout de l’inflammation chronique,comme la membrane musculeuse, la muqueuse subit une hypertrophie morbide à la suite de laquelle elle devient deux ou trois fois plus épaisse que dans l'état normal. Il y a, ainsi que
nous l’avonsdéjà dit en passant, une grande différence d'épaisseur de la portion qui tapisse le grand cul-de-sac de l'estomac, à celle qui revêt sa portion pylorique; quoique assez mince, cette dernière est deux ou trois fois plus épaisse que la première.
Consistance. — Il en est de la consistance de la muqueuse gastrique comme de sa couleur et de son épaisseur; c’est-à-dire qu'il existe à cet égard beaucoup de variétés. Dans l’état normal elle est en général molle, flasque, et se déchire assez facilement; c'est surtout dans la portion œsophagienne que cet état se rencontre. Pour peu qu'il y ait de liquide et même d’alimens dans l'estomac au moment de la mort, dit M. Cruveilhier, la muqueuse de cette portion est comme macérée et se dissout en une bouillie. Une distension un peu forte sur les parois de l'estomac la fait se fendiller, et la pulpe du doigt la détruit. Dans la région pylorique au contraire où sa texture est très serrée et son épaisseur plus grande, la muqueuse offre beaucoup plus de résistance et supporte assez bien, sans se déchirer, la traction des ongles et de la pince.
La plupart des maladies aiguës de l’estomac qui produisent une congestion sanguine dans cet organe, diminuent la consistance et la fermeté du tissu de la muqueuse. Cette membrane aussi est sujette à une espèce de ramollissement qu’on appelle gélatiniforme ; dans cet état elle devient molle, friable, et diffluente comme une solution de gélatine. Cette affection se développe plus fréquemment dans l’enfance que dans les autres âges de la vie. Chez les vieillards et chez les adultes, la muqueuse présente plus fréquemment un état contraire au précédent. M. Cruveilhier dit lavoir trouvée quelquefois si épaisse et si résistante qu’on pouvait la séparer par la dissection dans toute son étendue et l'enlever tout d’une pièce. Cet état coïncidait avec une couleur ardoisée accompagnée ou non d’inflammation chronique actuelle.