‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 82 sur 373 · VAISSEAUX SANGUINS ET LYMPHATIQUES DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

VAISSEAUX SANGUINS ET LYMPHATIQUES DE L'ESTOMAC

(a). ARTÈRES DE L’EsromAc. — Cet organe est pourvu d’un système circulatoire très développé qui a non-seulement pour usage de lui apporter les élémens nécessaires à sa nutrition, mais encore de sécréter le suc gastrique. Ces artères sont : 1° l'artère coronaire stomachique ; 2° la pylorique ; 3° la gastroépiploique droite; 4° la gastro-épiploique gauche, et les artères fournies par la splénique connues, avec leurs veines satellites, sous le nom de vaisseaux courts. Toutes viennent des trois branches du tronc cœliaque. Voyons comment elles se comportent. Les planches 20 et 20 bis du tome v, montrent la distribution complète de ces vaisseaux.

1° Artère coronaire stomachique. On la nomme aussi gastrique supérieure. C’est la moins volumineuse des branches fournies par le tronc cœliaque. Immédiatement après sa naissance, qui a lieu derrière et un peu au-dessous de la petite courbure, elle se porte en haut à gauche vers le point où l’œsophage s’abouche avec l'estomac. Arrivée en ce lieu elle se réfléchit brusquement sur elle-même, se divise en deux branches qui forment une ellipse de gauche à droite en suivant la petite courbure de l’estomac, et se termine en s’anastomosant ensemble et avec l'artère pylorique qui vient de l’hépatique.

Dans le cours de son étendue, l'artère coronaire stomachique fournit plusieurs rameaux dont voici les principaux : 1° Rameaux

œsophagiens ascendans. On les distingue en antérieurs et en postérieurs. Les premiers (pl. 20, n. 1, et 20 bis, n. 15, 6), naissent de la convexité de la coronaire, montent sur l’œsophage, traversent l'ouverture œæsophagienne du diaphragme, s’'anastomosent ensemble et se terminent sur le conduit qu'ils entourent. 2° Rameaux cardiaques. Ts naissent le plus souvent des précédens ou de la convexité de l'artère coronaire à côté d’eux, se portent transversalement autour du cardia sur lequel ils forment un cercle vasculaire complet, et de là sur la grosse tubérosité de l’estomac où ils s’anastomosent avec les vaisseaux voisins. 3° Rameaux antérieurs et postérieurs du grand cul-de-sac (pl. 20). Ils naissent encore de la convexité de la coronaire, se dirigent transversalement et fournissent dans leur trajetun grand nombre de rameaux dont les uns montent et les autres descendent ; les premiers vont s’'anastomoser avec les précédens sur la grosse tubérosité, et les seconds avec les rameaux des faces antérieures et postérieures en formant des figures géométriques de diverses formes. 4° Rameaux gastriques ou intermédiaires. Ts naissent de l’artère coronaire stomachique le long de la petite courbure, descendent plus ou moins obliquement sur les faces antérieure et postérieure du corps de l’estomac et se ramifient dans leur épaisseur en se divisant en une multitude de rameaux et de ramuscules qui s’anastomosent entre eux et avec des rameaux semblables qui émanent des vaisseaux courts et des artères gastro-épiploïques. 5° Rameaux terminaux. Ces rameaux très nombreux et plus petits que les précédents, naissent aussi de la convexité de l’artère coronaire, se dirigent transversalement et à droite, garnissent l'extrémité pylorique de l'estomac sans presque décroître de volume, et s’abouchent directement avec des rameaux semblables des vaisseaux gastro-épiploïques droits. Ces rameaux ainsi réunis se ramifient dans l'épaisseur des parois de la portion dé l’estomac sur laquelle ils sont répandus. L’artère coronaire stomachique fournit quelquefois une artère qui va se répandre dans le foie, et quelquefois aussi l’artère diaphragmatique inférieure ;

2° Artère pylorique. Branche terminale de la petite courbure, cette artère naît de la branche hépatique du tronc cœliaque près de son origine et du pylore; de là elle se dirige d’arrière en avant, se contourne sur elle-même de droite à gauche le long du pylore et va s’anastomoser avec la coronaire stomachique.

3° Artère gastro-épiploique droite; c’est une des branches collattrales de l’artère hépatique. Elle s’en sépare au niveau de sa partie inférieure, à peu de distance de son origine, au devant de la veine-cave inférieure, entre le sillon du foie qui reçoit cette veine, et la petite cavité pylorique de l'estomac. Longue et volumineuse, l’artère gastro-épiploïque droite contourne de haut en bas la petite cavité pylorique, puis le petit cul-desac de l’estomac, en inscrivant un demi-cercle à demi-diamètrede l'estomac, à l'extrémité droite de sa grande courbure, sous la face concave du foie (pl. 22 bis). Parvenue au niveau de l’union de la seconde partie du duodénum avec la troisième, elle pénètre entre cet intestin et l'estomac, puis continuant sa direction de droite à gauche, le long dela grande courbure de l'estomac, vers le milieu de l'organe, elle s’anastomose par abouchement direct avec l’artère gastro-épiploïque gauche. Dans son trajet, elle est en rapport avec la face postérieure de la portion pylorique de l’estomac, et passe au-devant du duodénum; le pancréas est situé audessus. Le long de la grande courbure de l'estomac dont elle

inscrit toute la moitié droite : elle est logée entre les deux feuillets des épiploons qui s’y réunissent. Cet artère fournit : 1° dans sa portion verticale des rameaux en nombre indéterminé et peu volumineux qui se jettent dans les parois du duodénum, et une petite branche qui suit transversalement la longueur de la face postérieure du pancréas dans lequel elle se termine en s’anastomosant avec les branches pancréatiques de la splénique. 2° Par sa partie horizontale le long de la grande courbure de l'estomac, l’artère dont il s’agit émet des rameaux ascendans et descendans.Les rameaux ascendans ou rameaux gastriques, d’un volume considérable et très nombreux, remontent sur les deux faces de l’estomac, et s’y anastomosent avec ceux qui sont fournis par les artères pylorique et coronaire stomachique (pl. 20 et 20 bis). Les rameaux descendans, qu'on nomme rameaux épiploïques, très petits et remarquables par leur longueur, descendent verticalement entre les deux feuillets antérieurs du grand épiploon où ils forment des arcades anostomotiques entre eux et avec les vaisseaux épiploïques du côté gauche. Inférieurement ils se jettent dans une grande arcade transversale fournie par l'artère gastro-épiploïque gauche (pl. 2), et de cette arcade, comme d’une nouvelle origine, procèdent d’autres rameaux qui descendent et se réfléchissent de bas en haut entre les deux feuillets postérieurs du grand épiploon, et gagnent avec eux le bord inférieur du colon transverse où ils s’anastomosent avec les rameaux émanés des artères coliques.

4° Arière gastro-épiploïque gauche (pl. 20 bis). Elle naît tantôt du tronc de l'artère splénique elle-même, tantôt d’une de ses branches de terminaison, à-peu-près vers la partie moyenne de la face postérieure du grand cul-de-sac de l’estomac. Son volume, très variable, est ordinairement égal à celui de la gastro-épiploïque droite; parfois il est plus considérable, d’autres fois aussi il est plus petit, mais dans ces deux cas il se présente en raison inverse de celui de la gastro-épiploique droite. Quoi qu’il en soit, la gastro-épiploïque gauche descend verticalement et un peu à gauche derrière le grand cul-de-sac de l'estomac, en suivant dans son cours flexueux les bords interne et inférieur de la rate, se réfléchit de gauche à droite, et parcourt la grande courbure jusque vers sa partie moyenne où elle s’abouche avec la gastro-épiploïque droite. Dans son trajet elle fournit : 1° tout près de son origine plusieurs branches qui vont dans le pancréas, et quelques-unes des artères qui constituent les vaisseaux courts; 2° le long de la grande courbure elle envoie en haut sur les deux faces de l’estomac de forts rameaux ascendans antérieurs et postérieurs, et en bas, dans le grand épiploon, des rameaux plus faibles descendans qui se comportent exactement comme ceux de l'artère gastroépiploïque droite que nous venons de décrire précédemment.

5° Vaisseaux courts (Vasa breviora, pl. 20 bis, 22bis).On appelle ainsi les branches artérielles et veineuses d’un grand volume qui proviennent des branches de terminaison de l'artère splénique avant leur entrée dans la rate.

Ce n’est que par rapport à leur trajet libre entre les feuillets de l’épiploon gastro-splénique qu'on leur a donné le nom si impropre de vaisseaux courts, car, du reste, leur trajet sur l’estomac est très long. Les vaisseaux destinés à toute la moitié postérieure de la grosse tubérosité sont espacés au nombre de six à sept ou huit. Les deux internes, plus considérables, sont fournis d’abord par le tronc de l'artère splénique dans

ESTOMAC

l'intervalle de l’épiploon gastro-splénique et gagnent la grosse extrémité de l'estomac. Leurs rameaux internes parviennent jusqu'au cardia, d’où ils se répandent jusque sur la face antérieure de la partie supérieure de la grosse tubérosité. Là, ils s’'anastomosent entre eux et avec les rameaux œsophagiens transverses de l'artère coronaire stomachique et ‘remontent en commun sur l’œsophage. Ainsi, outre leur ramification sur la partie supérieure du grand cul-de-sac, ils servent à compléter le cercle artériel qui enveloppe le cardia. Les branches externes, au nombre de quatre , cinq ou six, sont fournies de haut en bas, à des intervalles de deux à trois centimètres, par les deux branches spléniques ascendante et descendante du tronc du même nom; le dernier rameau inférieur provient de l’artère gastro-épiploïque gauche à son origine. Toutes ces artères, accompagnées de leurs veines, ont une disposition commune et se dirigent en rayonnant en dehors, sur la face postérieure de la grosse tubérosité de l'estomac dont elles contournent la saillie dans l’hypocondre gauche, pour aller s’anastomoser sur la face antérieure avec les branches de l’artère coronaire stomachique, et en bas avec celles de la gastroépiploique gauche.

V’eines de l'estomac. Toutes les veines de l'estomac portent le même nom que les artères et suivent exactement la même direction; il n’est donc pas nécessaire d’en faire une description spéciale. Par un caractère commun à toutes les veines des organes splanchniques, il n’y a qu’une veine pour chaque artère. Toutes se jettent dans la veine splénique qui reçoit en outre les veines duodénales, pancréatiques et petite mésentérique, et va s’aboucher elle-même dans la veine porte. Ainsi, par l’intermédiaire de la veine splénique, les veines de l'estomac concourent à la formation du système veineux du foie.

On trouve quelquefois des variations dans les anastomoses de ces veines. Ainsi Schmiedel (Jariet. vasorum, p. 26, n° 19), a vu la veine coronaire stomachique s’anastomoser avec la veine rénale, et la veine pylorique communiquer avec la veine azygos.

Résumé général et rapports des gros vaisseaux sanguins de l'estomac. De tous les organes membraneux, l’estomac, en raison de sa grande étendue, est celui sur lequel on saisit le mieux l’ensemble de la circulation si abondante des viscères creux. En somme, 1° au milieu, de l’ellipse qu'ils forment sur la petite courbure, les vaisseaux coronaires stomachiques plus spécialement destinés au corps de l'estomac, fournissent à ses faces antérieure et supérieure jusqu’à son milieu où ils sont suppléés par les vaisseaux ascendans des deux gastro-épiploïques sur la grande courbure. 2° 4 droite, le cercle vasculaire est complété par les vaisseaux pyloriques continus aux coronaires stomachiques vers la petite courbure et par les vaisseaux gastro-épiploïques droits sur la grande courbure. Les anastomoses de ces vaisseaux garnissent l’une et l’autre face de l’extrémité pylorique de l’estomac. 3° 4 gauche, la plus grande masse circulatoire est fournie par les vaisseaux courts embrassant le sommet de la grosse tubérosité, et la circulation de cette partie est complétée en bas par les branches ascendantes des vaisseaux gastro-épiploïques gauches , en haut, en avant et en arrière par les branches des coronaires stomachiques.

La circulation sanguine de l’estomac est remarquable par le volume considérable et peu décroissant des branches de toute provenance qui parcourent sa surface, de sorte que leurs abou-

chemens mutuels ont lieu sur toute l'étendue entre des vais-

seaux d’un grand volume. Ainsi, des branches rayonnées des vaisseaux Coronaires stomachiques, après cinq à six centimètres de parcours sur les deux faces, procèdent des branches ou arcades transversales d’anastomoses mutuelles presque aussi volumineuses que celles d’origine, formant un second cercle vasculaire concentrique à la petite courbure La même disposition s’observe aussi sur les deux faces par les anastomoses en arcades transversales des branches ascendantes des gastroépiploïques, de manière à tripler leur cercle vasculaire. En outre, ces deux grandes arcades anastomotiques sont reliées ellesmêmes par de gros vaisseaux. Il est à peine nécessaire d’ajouter que ces mêmes anastomoses se remarquent aussi sur toute la surface de la grosse tubérosité entre les vaisseaux courts et les branches gastro -épiploïques gauches et coronaires stoma chiques. Enfin, je ne ferai que mentionner l'extrémité pylorique où la disposition annulaire des vaisseaux, très rapprochés et fréquemment anastomosés, montre une circulation analogue à celle de l’intestin et encore plus active. De ces faits il résulte donc que toute la surface de l’estomac est entièrement parcourue par un filet ou réseau continu d’anastomoses d’un très grand calibre, de sorte que la circulation de ce viscère est à-lafois très abondante et solidaire entre tous les points de son étendue. Cette déduction qui se tire de l’ensemble se corrobore aussi de l'observation de chacun des polyèdres inscrits par les grandes anastomoses principales ; car ces polyèdres se recoupent en plusieurs autres par des anastomoses de second ordre, ceux-ci en un troisième ordre encore plus petit et ainsi de suite, comme nous le verrons, jusque dans la capillarité. Avant de traiter de la structure intime, et pour disposer à la faire comprendre, j'ai cru bon de consigner ici ces observations qui montrent du même coup la libre communication , l'extrême promptitude , la grande abondance et la solidarité de la circulation sanguine dans toutes les parties de l'estomac.

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