ANATOMIE MICROSCOPIQUE DE L’ESTOMAC
(PL sr," 247 26e)
Les recherches microscopiques sur la structure intime de l’estomac, poursuivies avec persévérance pendant ces dernières années, n’ont guère eu pour objet que la membrane muqueuse. Les études auxquelles je me suis livré embrassant le
viscère dans toutes ses parties, je vais l’examiner successivement dans ses quatre ou mieux ses cinq membranes, ses vaisseaux et ses nerfs. Toutefois, les détails que j'ai fait connaître dans les explications des planches me dispenseront d’entrer à cet égard dans de grands développemens.
1° Membrane péritonéale. L’enveloppe péritonéale de l’estomac se compose comme toutes les séreuses, d’après mes recherches, de trois plans de réseaux : un lymphatique , superficiel et sous-épithélial; un moyen, vasculaire sanguin, formé par les anastomoses des artérioles et des veinules; un plus profond, constitué par le réseau nerveux. Je renverrai pour ces réseaux superposés à l’anatomie microscopique de l'intestin grèle où ils sont représentés par une figure très détaillée (PI. 26
bis, fig. 1).
2° Feuillet sous-péritonéal. On a fait de cette couche un feuillet simplement cellulaire. Nous verrons plus loin qu’il est formé par des capillaires nerveux et vasculaires ; c’est-à-dire qu’il n’est autre qu'une couche intermédiaire vasculo-nerveuse.
3° Membrane musculaire. Elle est remarquable par plusieurs caractères : 1° le mode de continuité de ses fibres qui s’anastomosent ou se fondent à courtes distances les unes avec les autres, de manière à former dans leur ensemble un filet élastique continu (PI. 29 b5, fig. 1); 2° le nombre immense de ses nervules et de ses capillaires sanguins. Les filamens nerveux s'y épanouissent en nervules qui environnent les fibres musculaires et marchent longitudinalement à leur direction. Les vaisseaux sanguins, dans leur division principale, courent à plat dans l'épaisseur de la couche musculaire, et leurs ramuscules s'y ramifient de la même manière (PI. 24 bis). J'y reviendrai plus loin en suivant le mode de distribution des vaisseaux et des nerfs.
4” Membrane dite fibreuse et que j'appelle vasculo-nerveuse (PL. 21, fig. 2 et 29 bis, fig. 1). Dans tous les ouvrages des anatomistes, même les plus modernes, c'est cette membrane qui est la moins connue, puisqu'on en fait simplement un feuillet fibreux de liaison entre les membranes musculaire et muqueuse, et la couche solide du viscère. Ce n’est pas qu’il n’y ait du vrai dans cette structure et cette fonction, car l'élément fibreux y est très abondant; mais il y a aussi tout autre chose.
Si l’on étudie cette membrane mise à nu sur un estomac à l’état frais, on la voit blanche, d’un aspect natté, tomenteuse et semblable à un feutre de coton. Cette dernière comparaison que fait Huschke à propos de la tunique celluleuse de l’intestin, n'est pas moins vraie, appliquée à celle de l’estomac. Pour bien l’étudier , il faut remplir les vaisseaux par une injection très fine et laisser le viscère macérer, pendant quelques semaines, dans de l’eau acidulée. Cette dernière condition surtout est indispensable pour mettre en évidence la vraie structure de la membrane.
À mesure que la macération de la pièce se prolonge, les nerfs qui d’abord n'étaient pas visibles, peu-à-peu se dessinent nettement par leur couleur d’un blanc nacré, semblables à des cordelettes aponévrotiques, sous le péritoine devenu transparent; tandis que les vaisseaux sanguins, remplis par l'injection, se montrent d'eux-mêmes dans leurs anastomoses et leurs réseaux de couleurs différentes. Voyons d’abord la disposition générale
deces deux élémens de texture, puisque c’est eux qui vont former avec un autre élément fibreux, ce tissu prétendu cellulaire qui forme la couche sous-péritonéale de la membrane dite fibreuse.
5° Vaisseaux et nerfs des trois membranes péritonéale, musculaire et vasculo-nerveuse. — Rien de plus simple que le mode de distribution des vaisseaux sanguins. On sait qu'ils se distribuent à plat, dans leurs principales ramifications, entre les membranes péritonéale et musculaire. Cette disposition rampante des réseaux vasculaires, nécessitée par la configuration des viscères creux formés de membranes superposées, de faible épaisseur, se retrouve par conséquent à tous leurs plans. Elle s’observe donc aussi dans la membrane musculaire, qui, par cela même qu’elle est la plus épaisse, devient comme le réceptacle des vaisseaux sanguins de second ordre. Ces vaisseaux, en effet, s’y étalent horizontalement sur un grand espace par couples d’artéres et de veines satellites; chaque couple, épanoui en disque, forme la souche d’où émanent les capillaires de la muqueuse. De ces branches rayonnées procèdent aussi horizontalement par chevelu, les capillaires propres de la substance musculaire. Tous ces détails sont figurés, pl. 2r, fig. 2, et pl. 24 bis, fig: r, Voici bien comment se comportent les vaisseaux sanguins; VOyOns maintenant comment se distribuent les nerfs qui jusqu’à présent n'avaient été vus par personne.
Revenant sur ce que j'ai dit de l’estomac préalablement injecté et mis à macérer : dans cet état, la membrane péritonéale se détache facilement de la musculaire. Les nerfs alors et les vaisseaux se montrent à la surface de cette dernière ; les rameaux du pneumo-gastrique, plats, rubanés, s’étalent en membranules plexiformes qui se rejoignent par une chaine continue d’anastomoses ellipsoïdes. Sous le microscope tous ces nerfs sont formés d’une agglomération de nervules en faisceaux. À chaque bifurcation d’un filet nerveux, et à chaque jonction anastomotique de deux ou de plusieurs filets, les fascicules de ces nervules s'étalent en rayonnant, se tissent en s’entrecroisant de l’un à l’autre dans toutes les directions, pour former les membranules nerveuses qui donnent à tout l’ensemble, à l'œil nu, son aspect plexiforme. Chemin faisant, de tous ces filets nervulaires se détachent des nervules d'émission dont les uns, d’une extrême finesse, se jettent dans la membrane péritonéale, et dont les autres, en beaucoup plus grand nombre, se rendent par petits fascicules dans la membrane musculaire, dont ils environnent extérieurement les fibres, par une espèce de fourreau de nervules très déliés , parallèles à leur direction. Il en résulte que toute la surface de la membrane musculaire est recouverte par ces filets, et dans leurs intervalles, par la toile déliée que forment leurs nervules d'émission. En outre, des filets principaux se détachent des filamens de direction variée, qui viennent s’épanouir en rayonnant dans les parois des vaisseaux sanguins, Où ils se confondent avec leurs plexus nerveux propres ou splanchniques. D'autre part, ces plexus vasculaires eux-mêmes, nés du plexus cœliaque, se montrent sous le microscope formant des réseaux très fournis à la surface et dans l'épaisseur des parois des vaisseaux ; leur jonction par les filamens émanés des ellipses anastomotiques du pneumo-gastrique montre partout, dans l'épaisseur de l'estomac, la fusion, à l’état miscroscopique, des deux systèmes nerveux splanchnique et cérébro-spinal. (Voy. pour ces détails, pl. 29 bis, fig. À.
Jusqu'à présent, si l’on a bien compris ce qui précède, on voit qu'il existe entre les membranes péritonéale et musculaire
de l'estomac une couche intermédiaire formée de capillaires dont les filets et les nervules du pneumo-gastrique forment la trame essentielle servant d'appui aux ramifications des capillaires sanguins et lymphatiques. L'élément fibreux , confondu sous le nom de tissu cellulaire, qui en constitue la partie solide, y est constitué, au moins en majeure partie, comme je l’ai dit dans mon mémoire sur les nerfs des séreuses, par les enveloppes névrilématiques des nervules, ceux-ci n’étant que des tubes où la substance nerveuse est renfermée dans un fourreau fibreux.
Ces préliminaires étant posés, rien ne sera plus facile que de comprendre la structure de la {unique vasculo-nerveuse et dite
fibreuse intermédiaire, dans les viscères creux, de la membrane
musculeuse à la membrane muqueuse.
J'ai dit que sur un estomac non injecté, cette membrane blanche et tomenteuse, ressemble à un feutre de coton. Mais si l'estomac a été préalablement injecté et macéré suivant la préparation indiquée ci-dessus, cette membrane est violette et entrecoupée de filamens blanchâtres. D’un autre côté, en suivant par la dissection au travers de la couche musculaire, les filets et les rameaux nerveux plexiformes du pneumo-gastrique, on voit clairement que, sans avoir encore beaucoup perdu de leur volume, ils s'épanouissent dans cette tunique prétendue fibreuse, où ils se perdent pour l’œil nu. Mais en étudiant alors cette membrane sous le microscope, voici ce que l’on y observe (pl. 29 bis, fig. 1et21, fig. 2). 1° Quant aux nerfs. La même disposition que nous avons remarquée dans le feuillet sous-péritonéal se reproduit pour la tunique vasculo-nerveuse, mais avec plus d'abondance et de volume, c’est-à-dire que les rameaux et les filets nerveux s'y épanouissent en une succession, toujours renaissante de proche en proche, d’ellipses plexiformes dont les intervalles sont remplis par les nervules d'émission entre-croisés; 2° Quant aux vaisseaux sanguins , les artérioles et les veinules déjà, dans cette membrane, à l’état capillaire, rampent par longs rameaux peu décroissans de volume, dans l'épaisseur de la toile nerveuse qui leur sert de support et, en quelque sorte, de châssis de suspension; mais ils y présentent cette particularité nouvelle que les deux sortes de vaisseaux sanguins ne sont plus satellites les uns des autres. Les veinules, de beaucoup les plus volumineuses, et les artérioles, plus petites, cheminent indépendantes les unes des autres dans leurs parcours, et, par leurs myriades d’entrelacemens avec les filamens nerveux et les nervules, concourent, avec ceux-ci, à former le tissu de la tunique que j'ai nommé, par cela même vasculo-nerveuse. De la face libre des artérioles et des veinules procèdent, comme un quin conce microscopique, des milliers de petits arbres vasculaires, artériels et veineux, qui sont les vaisseaux propres de la membrane muqueuse.
En résumé, ce n’est que sur l'estomac frais et non injecté que la tunique vasculo-nerveuse offre l'aspect feutré du coton. A l'examen microscopique du tissu injecté, toute cette membrane parait se résoudre en capillaires nerveux et sanguins. Mais s’ensuit-il que tous les filamens d'apparence nervulaire soient effectivement des nervules, et ne se méle-t-il pas en plus ou moins grand nombre aux véritables nervules, c’est-à-dire aux tubules fibreux renfermant de la substance nerveuse des filamens purement fibreux? Loin de repousser cette opinion, c'est au contraire celle que j’adopte, le tissu fibreux qui fait ici l'office de tubes protecteurs pouvant, dans les tissus membraneux, se présenter, comme élément de renforcement, en plus ou moins grande proportion , suivant les exigences fonctionnelles de
ESTOMAC
chaque texture. Je renvoie, au reste, pour ce sujet à mes mémoires spéciaux sur la structure des membranes. Il suffit ici de constater que la tunique intermédiaire des membranes musculeuse et muqueuse des viscères creux, que l’on avait supposé jusqu’à présent de texture simplement fibreuse, ne prend ce caractère qu’accidentellement comme enveloppe protectrice des nerfs de surface d’insertion des fibres musculaires, mais qu’elle estavant tout vasculo-nerveuse, en qualité de la surface d’émission des nerfs et des vaisseaux de la membrane muqueuse, la véritable surface fonctionnelle.