‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 86 sur 373 · G° MEMBRANE MUQUEUSE · texte numérisé non relu

G° MEMBRANE MUQUEUSE

Pour l’estomac comme pour tout le tube digestif, c’est cette membrane, le siége des fonctions chimiques des viscères creux, qui avait été jusqu’à présent l’objet exclusif des études des micrographes. Pour ne pas faire confusion, je vais donner d’abord les résultats de leurs observations, j'y ajouterai en second lieu les faits que je crois pouvoir établir d’après mes propres recherches.

Muqueuse de l'estomac d’après les micrographes.

Les auteurs signalent dans cette membrane deux sortes d’organules des glandules, des villosités, des papilles et un épithélium.

1° Glandules stomacales. — Galeati (1731) est le premier qui les ait découvertes, en même temps que celles des intestins dont elles sont les analogues. Aujourd’hui on aide à les faire voir par diverses préparations. Purkinje conseille de laisser tremper l’estomac de onze à vingt-quatre heures dans une solution concentrée de carbonate de potasse; Wasmann fait sécher l’organe imbibé préalablement d’une solution de gomme arabique ; M. Lacauchie réussit à montrer ces glandules par ses injections hydrotomiques; Bischoff se contente d’un estomac frais, mais J'avoue n'avoir jamais pu reconnaître ces organules sans une préparation. Quoi qu’il en soit, ces petits corps que l’on a nommés des glandules tubuleuses , paraissent effectivement des tubes ou cylindres ayant un fond arrondi tourné vers la couche sous-muqueuse et un orifice ouvert dans la couche sous-épithéliale ; c’est-à-dire qu'ils ressemblent à des éprouvettes chimiques. Dressés verticalement et serrés les uns contre les autres dans l’épaisseur de la membrane muqueuse de l’estomac, ils en garnissent toute l'étendue depuis les interstices des dentelures de l’œsophage. Ces petits tubes, qui m'ont paru assez égaux entre eux, d’après Huschke, au contraire, seraient de dimensions très inégales, de 1/3 ou 2/3 de millimètre, leur longueur ordinaire, jusqu’à 1 et même 2 millimètres, assertion évidemment fort exagérée, puisque ce serait plus que l'épaisseur de la muqueuse elle-même. Leur largeur n’est que le 1/5 environ de la longueur, 1/10 à 1/15 de millimètre, le fond est rond , et l’orifice, à l’autre extrémité, légèrement évasé en dehors, surmonte un rétrécissement annulaire en forme de col ; la paroi circulaire du tube est assez épaisse pour que son calibre intérieur se trouve réduit au 1/4 de la largeur. Au reste, s’il faut en croire les hystologistes allemands, ces glandules tubuleuses ne sont pas toutes simples comme on l'avait cru. Suivant Bischoff, elles ne s'offrent ainsi que dans la région œsophagienne. Partout ailleurs il s’en trouve de multiples avec

des culs-de-sac ou des poches latérales, et dans la région pylorique en particulier où la muqueuse est plus épaisse, ces glandes plus serrées les unes contre les autres, se compliquent jusqu’à former des grappes. Intérieurement leur aspect n’est pas lisse ; elles sont garnies de cryptes cylindriques. De nombreux capillaires rampent sur leurs parois. Enfin, s'il faut croire à la réalité des observations dont elles ont été l’objet, leur cavité intérieure est remplie par un liquide contenant des granules de diverses grosseurs.

2° Willosités.— Berres, et après lui Krause et Huschke, admettent que, prés de l’orifice du pylore, les glandules s'agrandissent, leurs orifices plus vastes et béans sont environnés par un cercle de petits vaisseaux anastomotiques, et entre leurs intervalles proéminent des villosités commençantes qui disposent à l'organisation que l’on observe au delà de la valvule pylorique dans le duodénum (V. pl. 24, fig. 4). Je dirai plus loin comment ces détails diffèrent de nos observations.

3° Papilles. — C’est encore Berres qui admet l'existence de papilles sur les dentelures qui tracent la limite de l’épithélium de l’œsophage avec le commencement de celui de l'estomac. Ici le mot papille exprime bien, comme je l’entends et l’ai défini moimême, un organe nerveux tactile, puisque l’auteur suppose que leur présence rend raison de la susceptibilité propre de l’orifice œsophagien de l'estomac. A ce point de vue rationnel, je ne serais pas surpris de l’existence de papilles spéciales en ce point; mais Je n'ai jamais rien pu reconnaître de semblable et j'avoue que je ne comprends même pas comment des organules de cette sorte pourraient être reconnues distinctement sur la muqueuse stomacale.

4° Epithélium. — Cette membranule, relativement très épaisse à l’œsophage, $e termine à son orifice cardiaque par un épanouissement à bords dentelés reconnaissable par son épaisseur et son opacité plus grandes. On admet que c’est seulement la couche la plus profonde qui se continue avec l’épithélium, beaucoup plus mince de l'estomac. Celui-ci, qui tapisse toute la surface de la muqueuse gastrique, est remarquable par sa minceur et sa mollesse presque diffluente, et qui l'avait longtemps fait confondre avec du mucus. Il m'a paru se tuméfier par les liquides, dans les nombreuses injections microscopiques que nous avons faites pour étudier la structure intime de l’estomac. Suivant Huschke, il est formé, en général, de petites cellules squammiformes à noyau; mais à partir de la petite tubérosité de l'estomac on y distingue déjà des cellules cylindriques.

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