‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 87 sur 373 · MUQUEUSE DE L'ESTOMAC D'APRÈS NOS RECHERCHES · texte numérisé non relu

MUQUEUSE DE L'ESTOMAC D'APRÈS NOS RECHERCHES

Les faits nouveaux sur lesquels je vais ici appeler l'attention des histologistes sont de deux sortes : 1° La disposition et les particularités si remarquables des deux appareils capillaires circulatoire et nerveux; 2° l’existence de petites cavités lagéniformes et de glandules microscopiques globuleuses, c’est-à-dire, par cela même, différentes des glandules tubuleuses décrites ci-dessous.

1° Appareils capillaires circulatoire et nerveux de la muqueuse stomacale.

Appareil capillaire circulatoire. Je lai fait figurer avec soin

dans trois planches (21, 24, 24 bis). Des vaisseaux qui rampent par de longs ramuscules comme des pampres sur un treillage, dans la membrane nervulaire, dite fibreuse , procèdent de petits troncs, artérioles et veinules, qui s’érigent perpendiculairement vers la surface libre. Observés au microscope, sur un plan bien injecté, ces troncules sont disposés assez régulièrement par rangées alternes, en quinconces ; les artérioles plus faibles, plus petites et plus basses, les veinules au moins trois fois plus volumineuses et plus saillantes, et recouvrant complétement les artérioles par leur développement. Si je puis me permettre ici une comparaison qui donne une image très juste de cet aspect microscopique, soit, par exemple, l'aspect d’un verger que l’on domine, vu d’un point élevé, et qui serait formé de rangées alternatives de pommiers et de châtaigniers; supposez ces rangées d’arbres serrés les uns contre les autres de telle sorte que les châtaigniers, par leur hauteur et le vaste couronnement de leur feuillage, se rejoindraient en une surface mamelonnée en recouvrant complétement les pommiers situés au-dessous. C’est là positivement l’aspect qu'offrent, sous le microscope, les artérioles et les veinules de la muqueuse stomacale. Les troncs de ces artérioles, du tiers à peine de la hauteur de ceux des veinules, se terminent par un nombre plus où moins considérable, six, huit ou dix rameaux rampans, qui s’'abouchent avec les branches basses des veinules. C’est là le mode de terminaison des artérioles. Au-dessus d’elles les troncs des veinules, demeurés seuls, s’'épanouissent dans les deux tiers excédans de l’épaisseur de la muqueuse, en une vaste arborisation vasculaire qui forme la surface sous-épithéliale. Ces petits arbres veineux formeñt autant de sommets arrondis et les capillicules qui les forment, s’anostomosant partout au contour entre les arbres voisins, donnent à toute la surface l’aspect de mamelons juxtaposés sur lesquels s'ouvrent de petites cavités lagéniformes, et séparés par des dépressions circulaires continues de l’une à l’autre.

(1) L’injection la plus fine que nous ayons trouvée est des plus simples. Elle ne consiste quedans l’huile delin dans laquelle on broie intimement jusqu’à consistance suffisante,la malière colorante qui est ainsi la seule substance solide destinée à remplir et montrer les capillicules.

Pour une injection artérielle à l’huile de lin, on ajoute simplement du vermillon bien broyé. Il faut toujours injecter par la circulation générale, par exemple lartère carotide. Deux ou trois litres de cette injection sont employés d’abord, et on chasse derrière une injection plus solide pour emplir les gros vaisseaux. C’est ainsi qu'ont été injectées toutes les pièces si belles que nous avons déposées dans le musée de la Faculté de médecine

Pour les injections veineuses nous employons fréquemment le carbonate de plomb (céruse, blanc de plomb) que nous colorons par l’indigo en quantité suffisante pour obtenir un beau bleu clair. Toutefois pour des tissus très putrescibles et, par exemple, les organes digestifs, le cerveau, elc., l'injection avec la céruse, altaquée par le soufre, passe facilement au noir. Pour les pièces que je voulais conserver, j'ai obvié à cet inconvénient en convertissant par l'acide sulfurique la céruse en sulfate de plomb, qui forme également un beau précipité blanc, facile à teindre en bleu par l’indigo,el qui conserve sa couleur.

Ce mode si simple d’injection offre de grands avantages et produit les meilleurs résultats : 1° On injecte à froid et aussi longtemps que l’on veut en s’y reprenant à plusieurs jours de distance. Nous avons ainsi injecté tout le système veineux, par une seule petite veinule mésentérique d’un millimètre, de diamètre et cette injection, pour être complète, a employé trois jours consécutifs à six heures par jour.

2° L’injection très facile à faire, pénètre aisément dans tous les tissus, ne les remplit que modérément et les laisse mous, dans leurs formes et leurs rapports, Comme on conçoit qu’ils doivent être dans l’état de vie. Sous ce rapport elles sont bien préférables aux injections Ruyschiennes de l’école allemande, où les capillaires turgidesmasquent tout, et, en ne montrant que des vaisseaux, dissimulent tous les autres caractères de Porganisation.

Voici bien pour l'aspect général, mais, quant à l’arrangement, les petits arbres veineux sont constitués par un lacis de ramuscules divergens, entrecoupés par de perpétuelles anastomoses obliques et transversales à tous les plans, entre lesquelles sont interposées deux sortes de glandules et d'innombrables aréoles. Toute la surface est ainsi formée par ces aréoles , environnées de cercles vasculaires, et sur les coupes pratiquées au travers du tissu (pl. 24 bis) comme aussi sur les parois des petites cavités lagéniformes (pl. 24) se présentent ces mêmes aréoles ; d’où il suit que les petits arbres veineux semblent constituer comme une sorte d'éponge, creusée par des myriades de petites cavités vasculaires.

Mesurés au micromètre les capillicules aréolaires de 1/80 de millim. de diamètre, s'étendent en un réseau anastomotique sur toute la surface libre. Mais une particularité, digne de remarque et que J'ai fait figurer (pl. 24), c’est que ces capillicules ne se terminent pas seulement par des anneaux vasculaires à plat. De ces anneaux procèdent de petits tubes de continuation, de même volume et de 1/15 à 1/20 de millim. de longueur, qui hérissent la surface et se terminent par une extrémité libre et flottante. Or, cette extrémité est percée d’un très petit orifice et J'ai dit, à propos de la figure pl. 24, que l’orifice s’en voit trés bien sur une pièce remplie par une injection très fine(r), en ce qu'il donne issue, sous vos yeux, à la matière de l’in- Jection. L'aspect de ces milliers de pertuis dont on voit sourdre, sur une surface de quelques millimètres carrés, autant de bulles microscopiques d’un liquide opaque, est même un spectacle fort curieux au point de vue physiologique, en ce qu'il peint à l'œil, point par point, dans l’infiniment petit, l’exhalation du suc gastrique, si prompte et si abondante, mais que l’on ne voit qu'en masse à l’œil nu, sur la surface muqueuse à l’état turgide de l'estomac d’un animal vivant, mis à découvert pendant l'acte de la digestion.

Un autre fait sur lequel j'appelle l'attention et qui m'avait

3° l'injection avec l'huile seule, par sa perméabilité, pénètre partout et, en pleuvant sur les surfaces, nous a appris l'existence d’orifices libres à la surface de certains organules et nous lesa montrés sous le microscope, comme ici dans les appendices vasculaires de la surface de l'estomac. C’est là une notion importante à connaître et que cette seule injection pouvait faire découvrir. Mais de cette perméabilité même il résulte pour les observations subséquentes cet inconvénient,que la pièce ne gardant pas l’injection, les capillaires se vident, s’affaissent et disparaissent. Heureusement que le palliatif est facile. Pour que l'injection huileuse ne transsude pas, il suffit d’y ajouter un peu de thérébentine molle de Venise (une à deux cuillerées par litre d’huile de lin). Tous les systèmes de capillicules fonctionnels des divers organes se remplissent alors également bien, mais conservent intérieurement leur injection.

En somme, on voit que ces deux variétés d’injections huileuses sont également utiles. L’injection huileuse avec addition de thérébentine permet de préparer, tant qu’on le voudra, des injections microscopiques pour l’étude el les cabinets d’anatomie. Mais l'injection d’huile seule m’a été encore plus utile, car elle m’a fait connaître deux faits d'anatomie qui, par leur portée, constituent deux grandes découvertes au profit de la physiologie et de la médecine : L’une est la démonstration, tant cherchée par Hewson, d'orifices béans par lesquels se terminent un grand nombre de capillicules fonctionnelles sur les surfaces libres. L'autre consiste dans la communication par des myriades d’orifices microscopiques des capillaires veineux et lymphatiques dans linfiniment petit. (Voy. Mémoires à l’Académie des sciences sur le système capillaire dit intermédiaire des artères aux veines).

Je termine cette digression. J'avais promis, dans le discours préliminaire de ce volume, d'indiquer nos meilleurs procédés d'injection. Je remplis cette promesse. J’ai cru cette note ulile. J'ai cherché dix ans le secret des injections fiens sans lesquelles il faut renoncer à étudier sérieusement, l’anatomie de texture. En voici la formule en peu de mots. Pour plus de détails on peut consulter la thèse inaugurale où mon préparateur, M. le docteur Ludovic Hirschfeld, a consigné nos principales observations à ce sujet.

ESTOMAC

échappé lorsque j'ai fait dessiner, il y a deux ans (1847), les figures microscopiques de l'estomac, c’est la présence de linéamens blancs d’une grande finesse, sur et autour des capillaires veineux ou réseaux de la surface libre. Par une observation plus récente de ces linéamens ,» formant çà et là des réseaux blancs sur les capillicules bleus » Je crois que ce sont des lymphaticules colorés seulement par la céruse, comme j’en ai observé avec la plus grande évidence de moins ténus sur tant d’autres surfaces. D'où il résulterait que, dans la muqueuse stomacale comme dans toutes les autres, le réseau organulaire sous-épithélial serait formé par le système capillaire veinolymphatique.

Appareil capillaire nerveux (pl. 21, 29 bés). A l’estomac les deux nerfs Pneumogastriques ont revêtu positivement les caractères des nerfs proprement splanchniques. C’est-à-dire que leurs rameaux s’étalent en rubans très minces, composés de nervules tissés ou nattés en divers sens, qui s’étalent pour se rejoindre en décrivant des arcades plexiformes répandues sur la surface de la membrane musculaire en une sorte de filet irrégulier, et interceptant des espaces aréolaires arrondis ou ellipsoïdes, entre lesquels se dispersent les nervules d'émission. Sur la membrane musculaire les filets des pneumogastriques forment ainsi une sorte de membrane nerveuse que l’on avait dit un feuillet fbreux. Cette membrane (pl. 29 bis) fournit des nervules au péritoine stomacal, des filets nervulaires à la membrane musculaire, puis forme au-dessous d'elle, par ses entrecroisemens avec les vaisseaux, la membrane nerveuse propre de l'es. tomac, celle que l’on a nommée Jusqu'à présent la tunique fibreuse. De cette membrane sous-jacente à la muqueuse, procédent les nervules d’une excessive ténuité qui rampent sur les arbres vasculaires formés par les artérioles et les veinules (pl. 24 Ds) et que nous avons décrits ci-dessus.

Les nombreux détails figurés et décrits dans les planches citées et leurs explications, me dispensent d’insister ici plus longuement. Mais une particularité de l'appareil nerveux de l'estomac qu'il est bon de rappeler pour fixer l'attention, c’est le fait de l'émission des nervules péritonéaux des épiploons aux dépens de la membrane nerveuse sous-muqueuse. (Voy. pl. 21 ett. viir, Mémoire sur les nerfs des séreuses.)

Glandules et cavités aréolaires de la muqueuse stomacale.

1° Les glandules tubuleuses de Galéati sont situées verticalement dans les intervalles des petits troncs vasculaires des artérioles et des veinules, et se terminent par un orifice libre audessous de la surface libre (pl. 24 bis).

2° J'ai dit qu’il existait aussi, au-dessus des glandules tubuleuses et sous la surface sous-épithéliale, de petits corpuscules sphéroïdes dont la présence est surtout facile à reconnaître dans un estomac sain et non injecté. Ils s'y présentent agglomérés en masses ou en traînées , sur la grosse tubérosité, le long des deux courbureset principalement vers l’extrémité Pylorique; c’est-à-dire qu'il s’en présente presque partout. Le volume de ces corpuscules est d’environ l'épaisseur des glandes tubuleuses.

3° Les .fréoles environnées de capillicules s'offrent partout. Ce sont celles qui remplissent tous les intervalles des ramus-

cules des arbres veineux qu’elles transforment, pour ainsi dire, en une coque multiloculaire. Leur diamètre est, en général, le triple de celui des capillicules de leurs parois, ou d’environ 1/30 de millim.

4 Cryptes lagéniformes. Ces petites cavités se présentent partout sur la surface de la muqueuse stomacale principalement dans la portion Pylorique et vers la grande courbure. Elles occupent assez régulièrement le sommet des petits mamelons formés par les arbres veineux microscopiques , et il en est peu qui n’en présentent. Ces cryptes sont, après les mamelons veineux, les organules les plus considérables de l’estomac, aussi serait-on en droit de s'étonner qu'ils n'aient encore été VUS par aucun anatomiste, si cette circonstance ne s’expliquait d'elle-même en ce qu'ils ne sont bien visibles qu’à l’état d’injection microscopique. Mais alors aussi ils sont si nets et si visibles qu'on ne peut pas ne les point voir, Comment donc ont-ils échappé à l’investigation des hystologistes allemands si riches de belles injections, et qui cependant n’ont pas reconnu même les arbres vasculaires visibles à l'œil nu? À mon avis, sur ce point comme sur tant d’autres, les insuccès de leurs recherches tiennent à leur habitude de n’étudier que sur des pièces sèches où il n’existe plus d’autre caractère d'organisation que les réseaux vasculaires eux-mêmes, viciés toutefois dans leurs formes par les rétractions qu'entraine la dessication.

Quoi qu'il en soit, les cryptes lagéniformes sont des organules d’une étendue assez considérable car ils sont visibles même à l’œil nu et faciles à observer à la loupe. Ils s'ouvrent à la surface des sommets mamelonés des arboricules veineux par des orifices arrondis de 1/5 de millim. environ de diamètre, simulant à l’œil de petits points noirs, dont semble ainsi criblée toute la surface de l'estomac. Cà et là nombre de ces cryptes se présentent fermés, sous forme d’une fente ellipsoide. Dilatés au-dessous en ampoules, leur profondeur et leur largeur sont d'environ 1/2 millim (pl. 24, 24 bis). Toute leur cavité est formée par des capillicules veino-lymphatiques et par les petites cavités aréolaires décrites ci-dessus. Leur orifice, assez mince, offre la même organisation vasculaire et poreuse. Y a-t-il une membrane autre que l’épithélium très mince qui tapisse les ca Pillicules sur la paroi intérieure de la cavité de ces cryptes ? Je serais tenté de croire à l’existence d’un tégument de ce genre, mais je n’ai pu en reconnaitre la moindre trace, même sous les plus forts grossissemens. ;

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