‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 88 sur 373 · DÉVELOPPEMENT DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE L'ESTOMAC

L'étude du développement de l'estomac consiste à examiner les changemens qui se manifestent dans sa forme aux divers âges. 1° Chez le fœtus il présente quelques différences avec celui de l’adulte; sa direction est beaucoup plus oblique et presque verticale, ce quitient à ce que le foie présente à cet âge un grand développement, surtout dans son lobe gauche. En outre, cet organe moins allongé, plus globuleux, est relativement plus petit que celui de l’adulte et sa grosse tubérosité moins apparente. Chez l’adulte, l’estomac offre un développement relativement plus considérable et sa forme caractéristique est mieux accusée. Quant à ses variétés entre les individus, de même qu'il acquiert un développement relativement plus grand chez les personnes qui mangent beaucoup à-la-fois, comme nous l'avons observé en parlant du volume de cet organe, de même son volume doit diminuer chez les personnes qui mangent très peu et

principalement sous l'influence de pressions habituelles telles que celles qui sont déterminées par l'usage des corsets. Le refoulement des organes digestifs par des grossesses réitérées peut également étre suivi de quelques changemens dans la forme etle volume de ce viscère. Chez les vieillards, il se présente sous le même aspect que dans l’âge adulte; mais il est plus flasque, pâle, mou et plus épais dans sa texture, en raison de la laxité de de ses deux feuillets vasculo-nerveux. L’anneau musculeux de sa valvule pylorique est un peu plus épais et plus développé. Sa membrane muqueuse, molle et grisâtre, est moins vasculaire.

Fonctions de l'estomac.

Ce viscère est l'organe essentiel de la chymification, c'est-àdire de l’acte physico-chimique par lequel les alimens et les boissons de toute sorte sont convertis uniformément en une pâte homogène, demi-fluide, de couleur grisâtre, et que l’on nomme chyme.

Des expériences sans nombre ont montré depuis longtemps, comme cela devait être, que la double influence dynamique et chimique nécessaire à la transformation des alimens en chyme, est exercée par les nerfs pneumo-gastriques. Nous avons vu plus haut le mode d’action par lequel la membrane musculaire de l’estomac, ses deux orifices et ses diverses cavités concourent à la dilution mécanique et au mélange des substances alimentaires et à la transvasion du chyme confectionné de la cavité de l'estomac dans celle du duodénum. La part d’action chimique nécessaire à la chymification est beaucoup plus complexe.

Spallanzani, le premier (1772), démontra l'existence d’un fluide stomacal ou suc gastrique, dissolvant des substances alimentaires et à l’aide duquel il parvenait à produire au dehors de l'estomac, des simulacres de chymification artificielle, Depuis, des expériences innombrables ont été faites sur le suc gastrique extrait de l'estomac. Le meilleur est celui que l’on obtient par l'ingestion naturelle des alimens dans l'estomac d’un animal qui vient de manger, c’est-à-dire chez lequel la pâte alimentaire a subi les actes préparatoires de la mastication, de la déglutition, et se trouve ainsi mêlée aux divers fluides salivaires et œsophagiens. Dans ces conditions normales de stimulation de la muqueuse stomacale, la production du suc gastrique est très prompte et son abondance extrême. En ouvrant l'estomac sur l'animal vivant, toute la surface muqueuse , turgescente et d’un rouge vif, exsude en nappe le suc digestif dont la quantité est bientôt considérable. Examiné à l’état frais, c’est un liquide limpide, incolore, de saveur acide et saline, et, s’il n’est pas filtré, montrant sous le microscope des flocons de mucus et des débris de cellules épithéliales. Soumis à l’analyse chimique, il fournit 98 centièmes d’eau, et pour les deux autres centièmes il se compose : 1° de divers acides libres, chlorhydrique, acétique, butirique (Tiedmann et Gmelin), phosphorique, sulfurique (Silliman), de mucus, d’osmazone (Thénard), de diverses substancesanimales solubles dans l’eau ou l’alcoot, et enfin de sels minéraux, chlorures, phosphates (de soudes, de potasse, de chaux, de magnésie, d’ammoniaque), de carbonates et de sulfates (de chaux, de magnésie, de fer).

Tant que les analyses du suc gastrique se sont ainsi bornées à ne faire connaître que des données générales, c’est exclusivement aux acides que Tiedmann et Gmelin, et, d’après eux, tous les physiologistes, avaient rapporté l’action dissolvante si énergique du suc gastrique. Zberle(1824)fit un pasde plus en montrant que cette propriété devait être rapportée à un mucus particulier, c’est-à-dire à une matière animale spéciale, qu’il obtenait du lavage à l’eau froide des muqueuses stomacales et plus spécialement de celle du quatrième estomac ou de la caillette du veau. Mais une découverte bien plus importante est celle de Schwann, d’une matière animale particulière, la pepsine, qui jouit au plus haut degré de la propriété décomposante, dissolvante, on pourrait presque dire chymifiable, des substances alimentaires végétales et animales. Toutefois il importe de remarquer que, dans les digestions artificielles, pour que la pepsine jouisse de toute son activité, encore faut-il qu’elle soit aidée par la présence des acides, surtout le chlorhydrique. D'où il suit que ce serait dans l’action simultanée de ces agens, la pepsine et l’acide chlorhydrique que résiderait principalement la faculté digestive du suc gastrique, d’où le nom de suc gastrique artificiel que les physiologistes allemands donnent à cette combinaison. Ce liquide filtré, témoigne dans un vase de ses propriétés disrolvantes, et les conserve sans altération pendant plusieurs mois. Quant au mode d’action propre à chacun des deux composés essentiels du suc gastrique artificiel : la pepsine seule ne dissout, au moins rapidement, que les substances animales qui ont de l’affinité avec l’albumine, comme la fibrine et la caséine. A l’état acide, elle dissout la caséine coagulée, le gluten, et on dit aussi la gélatine. Mais la question de la chymification amenée à ce point fournit-elle un résultat complet? Non, certainement ; il est encore beaucoup de substances que la pepsine acide ne dissout qu’incomplétement ou pas du tout. Ici, les physiologistes de l’école allemande font intervenir l’action des sels et des diverses matières animales encore inconnues, et au-dessus de tout domine aussi l’action nerveuse ; c’est-à-dire que la question chimique de la chymification est loin encore d'être suffisamment éclaircie; mais constatons pourtant qu’elle a fait, dans ces derniers temps, des progrès remarquables.

En somme, il est évident que le suc gastrique est un fluide particulier et jouissant de propriétés dissolvantes des substances alimentaires accommodées à l’acte de la chymification. Sa composition très complexe et les variétés de matières animales que l'on y a signalées donnent lieu d'espérer que la chimie pourra y découvrir encore de nouveaux principes doués de propriétés chimiques toutes spéciales. En 1843, M. Payen en a signalé un nouveau ; il serait donc à désirer que de nouvelles recherches fussent poursuivies dans cette direction. Maintenant pouvonsnous nous demander par quels organules est secrété le suc gastrique? Huschke qui ne connaît que les glandules tubuleuses les gratifie sans hésiter de cette importante fonction. Pour moi qui ai reconnu quatre sortes d’organules dans la couche spongieuse sous-épithéliale de la muqueuse stomacale, il me parait tomber sous le sens que chacun doit être l’organe sécréteur de quelque liquide particulier dont le mélange constitue le liquide commun, chargé de tant d’élémens divers que l’on recueille sous le nom générique de suc gastrique.

L'intestin (értestinum des Latins , Eypw des Grecs) est ainsi appelé à cause de sa situation à l’intérieur du corps où il occupe les deux tiers antéro-inférieurs de la grande cavité abdominopelvienne. Chez l’homme et les animaux supérieurs , l’intestin est un long conduit musculo-membraneux replié un grand nombre de fois sur lui-même et situé dans la cavité abdominale, constituant la partie inférieure du canal alimentaire; il commence à l'extrémité pylorique de l'estomac et se termine à l'anus, son orifice inférieur. On a divisé l'intestin d’après son calibre, en petit et en gros. Cette division fondée seulement sur le calibre, suffirait pour établir une distinction convenable entre les deux portions du tube intestinal. Mais elle s'appuie en outre sur tant d’autres considérations de texture et surtout de fonctions, que l’étude de ces deux portions de l'intestin doit se faire isolément. Nous n’avons à nous occuper ici que de l'intestin grêle qui termine la portion digestive du canal alimentaire.

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