‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 94 sur 373 · VAISSEAUX SANGUINS ET LYMPHATIQUES DU GROS INTESTIN COECUM ET COLON · texte numérisé non relu

VAISSEAUX SANGUINS ET LYMPHATIQUES DU GROS INTESTIN COECUM ET COLON

(a) Artères du cœcum et du colon. Ces artères viennent de l'artère mésentérique supérieure et de la mésentérique inférieure : elles se nomment coliques droites et gauches.

Pour bien voir ces vaisseaux, il faut faire la préparation qui est représentée sur la planche 31. Cette figure représente le gros intestin dans toute sa longueur, excepté le rectum. Le gros intestin, légèrement insufflé, est écarté en dehors par des fils ou des érignes, de manière à développer largement les arcades vasculaires dans toute la continuité du bord de l'intestin, sans toutefois opérer des tractions capables de déchirer les replis péritonéaux qui les soutiennent et les fixent. L’intestin grêle est complétement enlevé, ainsi qu’une grande partie du mésentère qui est coupé à quatre centimètres de la ligne d’adossement de ses feuillets; il ne reste que l’origine des vaisseaux mésentériques supérieurs. L'enlèvement de ces deux parties permet de voir la vaste surface péritonéale formée au milieu et en bas par le feuillet pariétal postérieur, et au contour par les replis des méso-cœcum et méso-colon. Pour montrer avec plus d’évidence les vaisseaux sanguins, le feuillet mésentérique droit qui formait revêtement, a été enlevé jusqu’à l’origine des vaisseaux mésentériques supérieurs. Partout , sur le trajet des vaisseaux coliques et de leurs

arcades anastomotiques, le péritoine divisé et rejeté sur les bords laisse voir les vaisseaux à nu.

1° Les artères fournies par lu mésentérique supérieure sont au nombre de trois; on les désigne sous le nom d’artères coliques droites, et on les distingue en supérieure, moyenne et inférieure. Quelquefois il n’y en a que deux, et alors c’est la supérieure qui se divise en deux branches qui sont : les coliques moyenne et supérieure; toutes naissent de la concavité de la mésentérique supérieure, et sont contenues entre les deux feuillets du mésentère à leur origine.

La branche colique droite supérieure correspond à la lettre a sur la planche 31; c’est la premiere que fournit la mésentérique supérieure après celles du duodénum ; elle nait au niveau du point où s’unit cet intestin avec l'intestin gréle. Immédiatement après son origine elle monte, s'engage entre les deux lames du mésocolon transverse et se porte en devant jusque auprés de la partie moyenne du colon; plus ou moins longtemps avant d'y parvenir, elle se divise en deux rameaux, dont l’un se dirige en avant et à gauche, et l’autre en avant et à droite ; cette séparation se fait sous un angle plus ou moins aigu; le premier suit le bord postérieur du colon transverse, parvient au voisinage de la rate près de l'origine du colon descendant, et se termine en s'anastomosant avec le rameau ascendant de lartère colique gauche supérieure; le second suit aussi le bord postérieur du colon transverse et s'anastomose promptement avec la branche ascendante de la colique droite moyenne; l’une et l’autre forment par leurs anastomoses des arcades qui fournissent par leur convexité des rameaux qui se distribuent au colon transverse.

La branche colique droite moyenne naît, dans les cas ordinaires, un peu au-dessous de la colique droite supérieure et quelquefois par un tronc commun ; c’est ce qui avait lieu sur le sujet de la planche 31. Dans tous les cas, immédiatement après sa naissance, elle se dirige obliquement à droite et en avant entre les deux feuillets du mésocolon et se partage, avant d'arriver à sa concavité, en deux rameaux, dont l’un se recourbe de droite à gauche, marche le long du bord concave de cet intestin et s’anastomose avec la branche droite de l’artère colique droite supérieure, l’autre se recourbe de haut en bas, côtoie le bord interne du colon lombaire droit et se termine en s’anastomosant avec la branche ascendante de l'artère colique droite inférieure.

L'artère colique droite inférieure, qu'on nomme aussi é/éo-colique, naît à deux ou trois centimètres de la moyenne, toujours de la concavité de la mésentérique supérieure. Son volume est plus considérable que celui des deux autres, prises séparément, et au moins aussi considérable que leurs deux troncs réunis. Sur la planche 31, cette artère correspond à la lettre d; immédiatement après sa naissance, elle se dirige de haut en bas etde gauche à droite, en passant, soit derrière, soit devant la veine mésentériqué supérieure, et en côtoyant tantôt le bord supérieur, tantôt le bord inférieur de la veine colique inférieure droite (77. planches 27 et 31). Les sujets présentaient chacun une de ces variétés; parvenue au niveau du point où l'intestin grêle s’abouche avec le cœcum, elle décrit une courbe concentrique à la concavité de l’iléon, en s’en tenant à la distance de un ou

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deux centimètres, et se termine en s’anastomosant avec l’extrémité inférieure de la mésentérique supérieure. Dans son trajet, la colique droite inférieure fournit trois branches principales ; la première s’en sépare à peu près à l'union de son tiers supérieur avec son tiers moyen, marche transversalement et se partage en deux rameaux, dont l’un monte, suit le bord interne du colon ascendant et s’unit au rameau descendant de la colique droite moyenne; l’autre descend en côtoyant le côté interne du cœcum, et s’anastomose avec la seconde branche qui se sépare du tronc principal à l'union de son tiers inférieur et de ses deux tiers supérieurs, et se contourne aussitôt de bas en haut ; enfin la troisième branche n’est autre chose que la 1erminaison de la colique droite inférieure.

La description qui précède nous montre les trois artères coliques droites, formant par leurs anastomoses entre elles, avec la colique supérieure gauche et avec l'extrémité inférieure de la mésentérique supérieure des arcades dont la convexité est tournée du côté de l'intestin et la concavité vers le centre; elles ne fournissent aucun rameau par leur concavité, mais par leur convexité elles en fournissent une multitude, encore plus nombreux dans les angles rentrants qui les séparent que dans les autres endroits; beaucoup de ces rameaux s’anastomosent avec leurs voisins sans se bifurquer, ou bien après s’être bifurqués, et forment une seconde série d’arcades plus petites que les premières, mais disposées de la même façon, et émettant par leur convexité de nouveaux rameaux qui marchent jusqu’au bord concave du gros intestin. Cette seconde série d’arcades n'existe pas partout; elles sont assez manifestes dans la région du coœcum, et surtout dans le point où l’iléon s’unit à cet intestin (Y. planche 27). On en rencontre encore quelques-unes dans les autres points où les artères coliques droites se distribuent, mais le plus grand nombre des artérioles qui partent de la convexité de la première série d’arcades, parviennent jusqu'au bord concave de l'intestin sans se diviser ; c’est là seulement qu'elles se bifurquent et vont se répandre sur les deux faces du colon et du cœcum, où elles se subdivisent en ramuscules ténus dont les uns, superficiels, viennent s’anastomoser sur le bord convexe de l'intestin avec les analogues de la face opposée, et les autres pénètrent à travers les tuniques musculeuse, fibreuse et muqueuse, et s’y terminent par un réseau très abondant.

Dans toute la région du colon, les rameaux fournis par les ar cades que forment les artères coliques, sont séparés par d’assez larges espaces, tandis que, dans la région du cœcum, ces rameaux sont beaucoup plus rapprochés et beaucoup plus multipliés, mais aussi, ils sont beaucoup plus petits.

2° Les artères fournies au colon par la mésentérique inférieure sont au nombre de trois, connues sous le nom de coliques gauches , distinguées en supérieure, moyenne et inférieure. Toutes trois naissent de la convexité et du côté gauche de la mésentérique.

La branche colique gauche supérieure qui est la plus longue et la plus volumineuse, se sépare de la mésentérique à quatre ou cinq centimètres de son origine; elle répond à la lettre k sur la planche 31; immédiatement après sa naissance elle se dirige obliquement de bas en haut et à gauche, et, parvenue vers la moitié de son trajet, elle se divise en deux branches, l’une supérieure et l’autre inférieure. La branche supérieure ou ascendante continue le trajet du tronc principal, parvient à l’extré-

mité gauche du colon transverse, se recourbe de dehors en dedans et suit le bord concave de cet intestin jusqu’au moment où elle s’anastomose avec la branche gauche de la colique droite supérieure; la branche inférieure où descendante marche obliquement de haut en bas, parvient au côté interne du colon lombaire, le cotoie jusque auprès du point où il s’unit avec VS iliaque, et se termine en s’anastomosant avec le rameau ascendant de la colique gauche moyenne. Dans l'intervalle considérable qui sépare la branche ascendante de la branche descendante, plusieurs rameaux s’en détachent, et forment, en s’unissant entre eux, des arcades dont la convexité est tournée du côté de l'intestin.

La branche colique gauche moyenne et inférieure. Ces branches présentent beaucoup de variétés dans leur origine et leur disposition. Tantôt elles naissent par un tronc commun; tantôt, au contraire, la colique moyenne naît de la supérieure, après quelques centimètres de trajet ; c'était ce qui avait lieu sur le sujet de la planche 31, où la colique gauche moyenne répond à la lettre :; d’autres fois enfin, on trouve deux ou trois artères coliques inférieures qui ont des origines très distinctes.

Quoi qu’il en soit, dans les cas ordinaires, lorsque l'artère colique gauche moyenne naît séparément , elle se dirige transversalement à gauche , et se divise, un peu avant d'arriver au bord interne du colon iliaque, en deux rameaux, l’un ascendant et l’autre descendant : le premier s’unit à la branche descendante de la colique gauche supérieure, et le second avec le rameau ascendant de la colique gauche inférieure. Enfin, la colique gauche inférieure, née un peu au-dessous de la précédente, se porte verticalement en bas et se divise près de l'intestin en deux rameaux : l’un se porte à gauche, le long du bord interne de l'S iliaque, et s’unit avec le rameau descendant de la colique gauche moyenne; l’autre se porte aussi le long du bord interne du colon iliaque, dans le sens opposé à la précédente, et se termine souvent en retournant s’anastomoser avec le tronc d’où il émane. D’autres fois il se porte sur la face postérieure du rectum, où il se ramifie et s’'anastomose avec les rameaux de l’hémorrhoïdale.

Dans leur trajet, les artères coliques gauches moyenne et inférieure marchent entre les deux lames du mésocolon iliaque, et forment par leursanastomoses, comme les coliques droites, des arcades à convexité externe, desquelles partent une foule de rameaux qui tantôt vont droit à l’intestin sans s’anastomoser entre eux, et tantôt, au contraire, s’anastomosent avant d'y arriver, et forment ainsi une seconde série d’arcades comprises entre le colon et la première série. Les arcades de la seconde série sont plus nombreuses dans la région iliaque du colon que le long du colon descendant. Elles émettent , par leur convexité, un grand nombre de rameaux qui, parvenus au bord interne de l'intestin, se bifurquent, envoient un ramuscule sur sa paroi antérieure et un autre sur sa paroi postérieure, entre le péritoine et la membrane musculeuse. Les ramuscules antérieur et postérieur vont s’anastomoser sur le bord convexe de l'intestin, se divisent dans leur trajet à l’infini, et se terminent comme nous l'avons dit en parlant des artères coliques droites.

(b) V’eines du cœcum et du colon. Les veines du gros intestin se comportent exactement comme les artères qu’elles accompagnent, et sont comme elles appelées veines coliques droites et veines coliques gauches. Toutes naissent des parois intestinales par deux ordres de rameaux : les uns, superficiels et placés sous

le péritoine, partent de la convexité de l'intestin, entourent toute sa circonférence; ceux de la paroi postérieure se réunissent sur la concavité de cet organe avec ceux de la paroi antérieure ; les autres profonds forment le réseau profond qui part de la muqueuse et vont se réunir aux précédens. Les nouveaux rameaux qui en résultent vont aboutir à la convexité des arcades veineuses qui régnent le long du bord interne du gros intestin, et qui, en se réunissant deux à deux, vont constituer les veines coliques elles-mêmes ; celles-ci vont se jeter, savoir : les trois coliques droites dans la veine mésentérique supérieure, et les trois coliques gauches dans la mésentérique inférieure.

(c) Faisseaux lymphatiques du cœcum et du colon. Pour étudier convenablement ces vaisseaux, il faut, après les avoir injectés au mercure, faire une préparation analogue à celle que nous avons décrite pour les artères, et qui est représentée sur Ja planche 32. De plus, il est important d'enlever le péritoine pariétal postérieur de haut en bas, entre le duodénum et la cavité du grand bassin; et en travers, entre les deux gouttières lombaires, pour démasquer l'aorte, la veine cave inférieure, et les chapelets de vaisseaux lymphatiques lombaires appliqués sur ces vaisseaux et sur les muscles psoas.

Les vaisseaux lymphatiques du gros intestin naissent, comme ses veines, sous la membrane péritonéale et dans la profondeur des tissus qui constituent ses parois. (7. pl. 32, 1 #4 — 3.) Ces vaisseaux, qui forment dans la muqueuse un réseau très compliqué, viennent se réunir aux lymphatiques qui serpentent sur les faces du gros intestin; de la réunion des lymphatiques superficiels et profonds, résultent des lymphatiques plus gros qui vont se jeter dans de petits ganglions lymphatiques situés tout le long du bord interne du gros intestin, immédiatement au-dessous du péritoine. Ces ganglions sont plus multipliés dans certains endroits que dans d’autres, mais il n'y a rien de fixe sur ce point. En second lieu, de ces ganglions lymphatiques partent plusieurs ordres de vaisseaux; les uns servent à unir ces ganglions entre eux, et à en former une chaîne non interrompue ; d’autres suivent le trajet des vaisseaux sanguins, et par des anastomoses successives constituent des arcades analogues, dont la convexité regarde en dehors, et vont aboutir à des ganglions situés sur le trajet des vaisseaux coliques droits et gauches.

En troisieme lieu, c’est de ces derniers ganglions que naissent d’abord des vaisseaux qui vont de l’un à l’autre, en suivant le trajet des artères coliques pour établir entre eux une communication. Ensuite il en émane d’autres vaisseaux qui se comportent différemment, et que Mascagni a distingués, relativement aux ganglions auxquels ils aboutissent, 1° en ceux du cœcum, du colon ascendant et du colon transverse, qui tous vont se rendre aux ganglions mésentériques ; 2° en ceux du colon descendant de PS iliaque et du rectum, qui vont dans les ganglions lombaires au-devant de l'aorte, et dans les gouttières lombaires.

Nerfs du gros intestin.

Ces nerfs sont fournis par le plexus mésentérique supérieur et le plexus mésentérique inférieur. Ainsi la moitié droite du gros intestin reçoit ses filets nerveux du premier plexus, et la moitié gauche du second plexus. (7. planche 33.) A la lettre à correspondent des rameaux nerveux plexiformes, qui accompagnent les vaisseaux coliques supérieurs droits. Ces rameaux s’anastomosent à gauche, le long de l’arcade vasculaire,

avec ceux des vaisseaux coliques supérieurs gauches fournis par le plexus mésentérique supérieur. Aux lettres cc répondent les rameaux nerveux plexiformes qui accompagnent les vaisseaux coliques moyens droits , et qui vont se répandre en partie sur le colon ascendant, et en partie sur la moitié droite du colon transverse. Enfin, en d règne un plexus secondaire assez considérable qui accompagne les vaisseaux inférieurs droits, pour le distribuer au cœcum et à la moitié inférieure du colon ascendant.

Le plexus mésentérique supérieur se distribue presque en totalité à la moitié gauche du gros intestin et au rectum. Sur la planche 33, ce plexus n’est visible qu’au-dessous du duodénum, et du bord coupé du mésentère ; il se dissémine sous le péritoine pariétal postérieur, le long de la veine mésentérique inférieure et sur l'artère du même nom, avant leur réunion, puis au delà sur le faisceau de ces vaisseaux, à gauche, il se confond par de nombreuses anastomoses avec le plexus aortique. Ces deux plexus réunis fournissent en € des rameaux plexiformes qui accompagnent les vaisseaux coliques supérieurs gauches: les derniers s’anastomosent en haut sur l’arcade du colon transverse avec les rameaux du plexus mésentérique supérieur. En J sont les rameaux plexiformes mésocoliques moyens, et en g de nombreux rameaux qui s’anastomosent entre eux un grand nombre de fois, et accompagnent les vaisseaux mésocoliques iliaques.

Il n’est pas sans intérêt de remarquer que les nerfs qui se rendent à l’S iliaque sont beaucoup plus multipliés que dans les autres régions.

Ces filets nerveux forment de nombreuses arcades anastomotiques; aux lettres , #, ë, ë, de la planche 33, répondent un grand nombre de ces plexus ; sur chacune des arcades anastomotiques vasculaires s’enlace un petit plexus quaternaire qui forme au milieu de l’arcade une anastomose entre les rameaux des plexus ternaires sur les vaisseaux coliques.

C'est de l’arcade la plus rapprochée de l’intestin que partent les filets nerveux qui vont se répandre à sa surface et dans l'épaisseur de ses parois. Les premiers accompagnent les vaisseaux, pénètrent sous le péritoine par le bord adhérent de l'intestin, et parviennent jusque sur son bord convexe, où ils s’anastomosent avec ceux du côté opposé dans leur trajet; ils fournissent un grand nombre de rameaux qui s’anastomosent entre eux sur la surface externe de l'intestin; plusieurs se jettent dans les ganglions du mésentère, les seconds traversent la tunique musculeuse après un certain trajet, lui laissent quelques filets, rampent dans la tunique fibreuse et vont se terminer dans la muqueuse; sur la planche 33, ces filets répondent aux lettres

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