‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome septième bis (volume 3)Chapitre 16 sur 68 · DE LA CAUTÉRISATION DU COL · texte numérisé non relu

DE LA CAUTÉRISATION DU COL

Ce qu’il y a de plus important dans l’exécution de cette opération a été dit à la page 333 du second volume de cet ouvrage ; nous y ajouterons seulement quelques remarques pratiques et la description des procédés employés récemment.

La cautérisation du col n’est pas toujours une opération légère; il est certain qu’elle a déterminé la mort soit immédiatement, soit en produisant des lésions qui sont devenues morcelles au bout de quelque temps. Dans beaucoup de cas, faite intempestivement, elle a aggravé beaucoup la maladie qu’on voulait guérir. (Rigby dans Medical Times and Gazette, 5 avril i85f>.) Il faut donc se tenir en garde contre les éloges exagérés dont elle a été l’objet dans ces derniers temps, et se rappeler qu’elle est contre-indiquée lorsqu’il y a une inflammation de l’utérus ou de ses annexes; ainsi l’ovarite, la péritonite pelvienne , le phlegmon périutérin doivent faire renoncer à la cautérisation ; la métrite parenchymateuse, aiguë ou subaiguë, est aussi le plus souvent très-aggravée par ce traitement : mais la métrite chronique, limitée au col, et ne présentant plus de retours temporaires à l’état aigu, peut au contraire en éprouver de très-heureux effets. La congestion utérine, morbide ou physiologique, est une contre-indication pour presque tous les chirurgiens. Pendant longtemps il en a été de même de la grossesse ; de nos jours on a cautérisé l’utérus même au fer rouge, du premier au sixième mois de la grossesse, sans provoquer l’avortement et sans que l’accouchement ait rien présenté d’anormal. Il est bien entendu que ces cautérisations n’ont été faites qu’à la surface du col et non dans l’intérieur de la cavité.

La cautérisation du col peut-elle produire un tissu modulaire qui rétrécisse ou même oblitère son canal? Il est certain que ce résultat a été bien rarement constaté, M. Courty, dans un fort bon chapitre sur ce sujet, cherche même à établir que non-seulement il ne se forme pas de cicatrice sur le col après la cautérisation, mais encore qu’un col cautérisé et guéri devient mou, d’induré qu’il était. Il y a donc, ajoute-t-il, un travail de résorption, peut-être production d’éléments nouveaux; mais pas, à proprement parler, formation de tissu cicatriciel. On peut même s'assurer qu’il y a souvent régénération d’une partie de la muqueuse. Ces faits sont généralement exacts; mais il faut pourtant reconnaître qu’une brûlure du col peut se convertir en ulcération, surtout quand elle est faite par des caustiques liquides, et que cette ulcération peut être suivie d’adhérence et de rétrécissement. On peut en avoir la preuve dans une observation du D r Rigby ( Medical Times and Gazette, 12 sept. 1 856, p. 257 ). La malade dont il raconte l’histoire fut cautérisée avec un acide très-fort, une vio. lente inflammation s’ensuivit; 1 mois après elle se crut enceinte; l’orifice utérin était dur, noueux, le col très-court,

l’utérus globuleux, très-gros. M. Rigby dilata, puis incisa le col; ces opérations donnèrent issue à une grande quantité de sang noirâtre qui était retenu dans l’utérus; les règles se rétablirent et la malade guérit.

La teinture d’iode, le perchlorure de fer à 3o°, l’acide chromique, ont été ajoutés dans ces dernières années à la liste des caustiques liquides; le caustique de Filhos, qui n’est autre que la poudre de Vienne solidifiée et renfermée dans des tubes de plomb, a été extrêmement employé pour cautériser le col ; il est en effet très-commode, pénètre d’autant plus profondément que le contact est plus prolongé; mais, comme la potasse et la poudre de Vienne, c’est un caustique déliquescent malgré la gaine de plomb qui l’enveloppe, et l’escharre qu’il produit est molle ; son emploi est donc moins bien indiqué que celui des caustiques coagulants sur des tissus qui saignent très-facilement.

La pâte au chlorure de zinc, ou caustique de Canquoin, se prête, par les formes variées qu’on peut lui donner, à toutes les applications superficielles ou profondes de la cautérisation au col de l’utérus. On peut l’appliquer en couches plus ou moins épaisses à la surface du col, en cylindres dans la cavité de ce col, la faire pénétrer sous forme de flèches dans l’épaisseur du col après lui avoir frayé la voie par une ponction à l’aide du bistouri. On a même étendu ce caustique sur une toile en couches d’épaisseur variable; ce sparadrap se taille comme on veut, se roule en cylindres, en cônes, en boules au gré du chirurgien, sans avoir besoin de faire sécher la pâte comme on le fait quand elle n’a pas de support. Le caustique au chlorure de zinc ne prend pas sur une surface qui n’est pas dénudée. Lorsqu’on l’a placé, on le maintient à l’aide de boulettes de coton ; au bout de vingt-quatre heures, il a épuisé son action et on le retire avec précaution; il n’est pas toujours nécessaire de le laisser aussi longtemps. Il ne faut pas négliger d’appliquer du coton mouillé sur le col jusqu’à ce que l’escharre soit détachée.

La cautérisation actuelle a acquis dans ces dernières années une importance considérable dans la thérapeutique des maladies utérines. L’agent le plus ordinaire de cette cautérisation est le fer rouge, dont l’emploi a été bien réglé par Larrey, mais dont la puissance et les nombreuses applications ont été mises en lumière par le professeur Jobert. La forme des instruments doit être très-variée pour se prêter à toutes les applications. La planche 17 du premier volume donne à cet égard des notions suffisantes ; il faut seulement remarquer que les cautères pour l’utérus sont droits au lieu d’être coudés, et que leurs extrémités sont d’un volume plus petit que celles des cautères ordinaires. On n’oubliera pas de verser aussitôt après la cautérisation, plusieurs verres d’eau froide dans le spéculum maintenu en place et de faire rester les malades au lit dans le décubitus dorsal et l’immobilité complète; il est utile, si la cautérisation a été étendue ou profonde, de faire

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