‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome septième bis (volume 3)Chapitre 17 sur 68 · OPÉRATIONS DIVERSES SUR L’UTÉRUS · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DIVERSES SUR L’UTÉRUS

des applications froides ou styptiques sur l’hypogastre et sur la partie supérieure des cuisses. L’omission de ces précautions a parfois été suivie d’inflammation grave de l’utérus ou de ses annexes; ce danger existe encore pendant toute la période d’élimination de l’escharre. En employant le fer rouge contre les maladies du col, il faut se rappeler que cette escharre est rarement très-profonde; l’abaissement rapide de la température des cautères, la couche isolante que produit la surface atteinte la première, empêchent la pénétration du calorique, et pour obtenir une destruction profonde des tissus il faut faire des applications répétées; on attend pour cela la chute des escharres. Quand on veut détruire d’un seul coup une grande épaisseur de tissus, la pâte au chlorure de zinc doit être préférée au fer rouge.

Pour éviter aux malades la frayeur que cause souvent le fer rouge, on a employé d’autres agents plus faciles à dissimuler; tel sont les cylindres de charbon artificiel faits avec de la poudre de charbon de bois, de la gomme adragante et du nitrate de potasse; on les allume à une bougie après les avoir saisis avec des pinces; ils brûlent sans flamme, moins profondément que le fer rouge, et s’éteignent facilement lorsqu’on les porte sur des tissus mous, gorgés de liquides; il faut donc dessécher la surface malade avant de la cautériser: avec cette précaution ils brûlent jusqu’au bout (Bonnafond). Voici une des meilleures formules pour la confection de ces charbons :

Poudre de charbon léger 20 grammes.

Azotate de potasse. 1 gr. 5o

Gomme adragante. 5 grammes.

Eau. 24 grammes.

Les bâtons de cire d'Espagne , dont M. Scanzoni se loue beaucoup, sont un moyen simple et commode de cautériser le col, mais il ne faudrait pas croire que leur action soit trèsprofonde; sous ce rapport la cire d’Espagne est inférieure à la pâte de Canquoin.

La cautérisation électrique thermique. Pratiquée en 1844 par Heider de Vienne, essayée de nouveau par Amussat fils en 1 853 ; bien étudiée dans ses avantages et ses défectuosités, par MM. Régnault et Nélaton de i854 à i856; perfectionnée par M. Middeldorpf, qui l’emploie dans un grand nombre de cas et publie un traité de la galvano-caustique ; rendue plus pratique encore par les modifications que MM. Broca et Grenet font subir à la pile et aux cautères; simplifiée de nouveau par Middeldorpf en 1864, cette opération, après plus de vingt ans d’études intéressantes, n’est pas encore devenue d’un usage habituel; c’est presque encore une curiosité chirurgicale, malgré le zèle qu’ont mis à la propager MM. Middel. dorpf et Broca. Nous la décrirons cependant, car il y a des circonstances où elle présente une supériorité incontestable.

M. Middeldorpf emploie la pile de Grove, zinc et platine; en France, on a employé plus souvent des piles de Bunsen, et dans ces derniers temps la pile de Grenet avec l’acide chromique et le soufflet. Quel que soit l’appareil producteur d’électricité à.Courant constant, on engage les deux rhéophores dans un manche percé de deux trous séparés pour empêcher le contact des fils. L’un de ces conducteurs est brisé dans

l’intérieur même de sa gaine, et il suffit, pour rétablir la continuité, de presser avec le pouce sur un bouton que porte le manche. Les extrémités des deux conducteurs sont réunies par un fil de platine qui ferme ainsi le circuit. Quand la pile fonctionne et qu’on établit la continuité du circuit en pressant sur le bouton, les deux électricités se rencontrent dans le fil de platine qui devient incandescent, à un degré qui varie suivant qu’on fait agir tout ou partie des éléments de la pile. Si on lâche le bouton, le circuit se trouve brusquement interrompu et le fil de platine cesse d’être rouge.

Le fil de platine, dont la-grosseur varie d’ailleurs suivant l’épaisseur des parties à cautériser, a reçu de MM. Middeldorpf et Broca des formes très-variées et parfaitement appropriées à tous les besoins : celles d’un cautère, d’un stylet, d’nne anse, d’une coupole, etc. M. Grenet a fait une anse coupante dont la longueur diminue à mesure que le fil pénètre dans la tumeur; il en résulte que l’intensité du courant augmente à mesure que la section se fait : cette anse de M. Grenet a encore l’avantage de changer constamment la partie du fil qui agit sur la tumeur, ce qui en prévient la rupture.

M. de Seré a ajouté à l’anse une échelle graduée qui permet aussi d’éviter la fonte ou la rupture du fil de platine pendant l’opération. M. de Seré a en outre inventé un couteau électrique qui acquiert une température de i,5oo degrés et divise alors les tissus avec une facilité merveilleuse; nous aurons occasion d’y revenir, et nous ne voulons donner ici que des notions générales.

Les avantages de la cautérisation électrique sont nombreux. Avec elle on peut introduire profondément des instruments déliés, et les placer lentement sans être chauffés ; lorsqu’on s’est bien assuré qu’ils sont exactement au lieu convenable, une simple pression du doigt les porte à l’incandescence ; l’opération faite, on presse de nouveau le bouton, le cautère se refroidit immédiatement et on le retire sans danger pour la cavité dans laquelle on a agi. En outre ce cautère est en rapport continu avec la source de son calorique : il ne le perd pas promptement comme le cautère ordinaire ; mais si l’instrument est mal engagé, l’opérateur peut suspendre instantanément l’incandescence.

S’agit-il d’une fistule, vous y passez un fil de platine dont les deux bouts saisis avec des pinces sont mis en contact avec les rhéophores, et instantanément le trajet et les ouvertures de la fistule sont parfaitement cautérisés. S’agit-il d’un polype de l’utérus, vous entourez son pédicule d’un fil de platine comme vous le feriez d’un fil de soie et, quand vous l’avez bien saisi, vous faites passer le courant; la section est faite en un instant. Pour éviter l’hémorrhagie dans ce cas, on choisit un fil épais qu’on porte au rouge sombre et non au blanc. Vous avez ainsi respecté tous les points de l’organe autres que l’implantation du polype. Ces avantages réunis de la ligature et de la cautérisation limitée se retrouvent pour les polypes du vagin, l’amputation du col, les ulcérations, les fongosités. On peut ajouter que le cautère électrique peut être porté dans des régions où le bistouri, les ciseaux, le cautère ordinaire ne pourraient pas pénétrer, et enfin qu’avec l’anse coupante et le couteau de M. de Seré on produit une lumière très-vive qui éclaire les cavités dans lesquelles on opère. M. Middeldorpf avait avancé que la cautérisation électrique préservait de l’hémorrhagie ; mais les nombreuses déceptions qu’on a éprouvées en France et ailleurs à cet égard obligent à répé-

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ter qu’il n’est hémostatique qu’au rouge sombre, comme l’a démontré M. Bouchacourt.

Les inconvénients sont de nécessiter un appareil dispendieux, peu facile à transporter, au moins pour ce qui est des grandes piles ; d’exposer à la rupture ou à la fonte du fil de platine, de ne pouvoir pas toujours bien graduer la chaleur, ce qui fait que le fil coupe parfois comme le bistouri ; de voir ce fil s’éteindre à chaque instant quand on l’applique sur des parties gorgées de liquide ; ce dernier inconvénient peut être souvent évité en comprimant avec l’appareil d’Amussat l’organe sur lequel on veut opérer ; quant à la graduation de la température, les appareils de M. de Seré la rendent possible.

Tout ce qui vient d’être dit de la galvano-caustique s’applique à l’action thermique de la pile ; nous exposerons ailleurs son action chimique sur les tissus vivants ; elle diffère beaucoup de la première et a été utilisée pour la destruction des tumeurs dans la méthode dite électrolytique.

Dans ces derniers temps, M. Nélaton a introduit dans la chirurgie le cautère à gaz qui donne une température trèsélevée et dont le maniement est beaucoup moins compliqué que celui du cautère électrique. Le cautère à gaz se compose d’un ballon de caoutchouc plein de gaz d’éclairage ; à ce ballon est adapté un tube de caoutchouc, qui vient s’ouvrir dans un long tube de cuivre; à la base de ce tube de cuivre est un robinet que l’on ouvre plus ou moins suivant qu’on veut obtenir une flamme plus ou moins forte ; à son extrémité libre, se trouve un très-petit trou par lequel sort le gaz. Pour se servir de cet appareil on peut placer le ballon sous l’aisselle gauche et le comprimer avec le bras; ou bien le faire comprimer par un aide, ou encore le poser à terre et le comprimer avec un genou; lorsque le gaz sort par le bout du tube, on l’allume, et on obtient ainsi une flamme longue d’un demicentimètre environ ; en portant le tube dans le spéculum on cautérise le col avec précision et avec l’intensité que réclame la lésion pour laquelle on opère. Pour faire une cautérisation profonde on laisse la flamme plus longtemps sur le même point; si la combustion du col en fait jaillir des liquides qui éteignent la flamme, il est très-facile de la rallumer ; un avantage de cette flamme, c’est de dégager peu de calorique rayonnant.

La cautérisation a été pratiquée pour des lésions trèsvariées depuis les simples exulcérations, les granulations, la leucorrhée jusqu’à l’inversion, les polypes, l’hypertrophie, le cancer, les flexions, les déviations ; nous en étudierons les indications en exposant le traitement de ces maladies.

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