CATHÉTÉRISME DES TROMPES DE FALLOPE
Si l’histoire de la chirurgie ne nous avait transmis les preuves de l’incrédulité et des dédains qui accueillirent les premières tentatives du cathétérisme de la trompe d’Eustache et de la caisse du tympan ; si, de nos jours même, nous n’avions entendu nier formellement la possibilité de faire pénétrer, et surtout tolérer, des sondes dans le larynx, la trachée et les bronches, nous partagerions peut-être le sentiment général et nous traiterions de rêverie l’opération proposée par Tyler Smith. Mais nous savons combien le temps et l’expérience modifient les premières impressions, dans la chirurgie comme dans les autres arts, et, tout en reconnaissant que le cathétérisme des trompes de Fallope présente de très-grandes difficultés , que l’étroitesse des orifices peut même souvent le rendre impossible,nous pensons qu’avèc des perfectionnements dans le procédé, cette opération n’est pas impraticable, surtout lorsque la maladie a produit un élargissement des trompes et de leurs orifices utérins. L’idée, à notre sens, ne doit pas être perdue; nous l’enregistrons ici.
De deux mémoires publiés par Tyler Smith, sous ce titre : On a new Melhod of treating sterility bj the removal of obstructions of the Fallopian tubes [in the Lancet, 1849, ma J an d june), nous extrayons ce qui suit :
Prenant un utérus avec ses annexes provenant d’une femme qui n’avait pas eu d’enfants, je le divisai verticalement en deux moitiés égales; puis je donnai à un très-petit tube d’argent flexible une forme telle, qu’en l’introduisant à travers l’orifice du col de l’utérus, il venait se présenter exactement à l’orifice de la trompe de Fallope d’un côté. Il fallut alors disposer ce tube de telle sorte qu’il pût franchir les orifices interne et externe d’un col utérin non divisé, et qu’il pût en outre conduire dans la direction de la trompe une fine bougie passée dans ce tube. La forme la plus convenable pour ce but me parut être une flexion brusque à l’extrémité de la sonde. Après m’être assuré sur un utérus intact que la sonde, ainsi courbée à son extrémité, pouvait traverser la cavité utérine, être dirigée vers l’orifice de la trompe et être enfin facilement retirée de l’utérus, je mesurai le calibre exact de la trompe à l’aide de fils métalliques de grosseur variée et je préparai une bougie de baleine aussi fine qu’il était nécessaire. L’expérience me montra qu’elle pouvait être dirigée avec la plus grande précision vers l’ouverture, et poussée ensuite dans la trompe. L’angle de Fallope de la cavité utérine est si aigu, et sa face interne est si lisse et si ferme en cet endroit, qu’il est impossible à la bougie de baleine de manquer la trompe. La facilité du passage de la bougie est encore rendue plus grande par la disposition de la cavité utérine ; en effet, vers le milieu de la cavité triangulaire qu’on trouve en
haut de l’utérus, les parois antérieure et postérieure proéminent presque au point de se toucher; mais depuis l’orifice supérieur du col jusqu’aux trompes il y a deux sillons latéraux ou deux rainures, et il y a aussi une troisième rainure au fond de l’utérus, allant d’une trompe à l’autre; ces sillons neutralisent la difficulté qui résulte du rapprochement des parois ; le sillon du fond de l’utérus en particulier est très-utile pour diriger le bec de la sonde vers l’orifice de la trompe. Il est bon d’avoir deux cathéters, un pour chaque côté.
Après avoir fait ces études sur le cadavre, je ne trouvai qu’une modification nécessaire pour approprier l’instrument au sujet vivant : ce fut de lui donner la courbe que décrivent le vagin et l’utérus. Ainsi complété, cet instrument n’était pas aussi gros qu’une sonde utérine; toute la partie intra-utérine fut graduée de manière à pouvoir mesurer la profondeur de l’utérus; je fis faire aussi de fines bougies de baleine, graduées aussi du côté du manche, comme la bougie de Gairal pour la trompe d’Eustache, de manière à pouvoir me rendre compte du degré de pénétration dans la trompe utérine.
Tyler Smith eut bientôt l’occasion d’essayer son instrument sur une femme de vingt ans qui n’avait pas eu d’enfant; la facilité qu’il trouva dans l’exécution de ce nouveau cathétérisme dépassa ses espérances; la patiente n’eut pas conscience de l’exploration qu’on faisait et n’éprouva d’autre désagrément que celui qui est causé par l’introduction du spéculum, préliminaire indispensable ; il fut possible de faire pénétrer une bougie plus grosse sur le vivant que sur la pièce anatomique. Depuis, il répéta cette opération un grand nombre de fois sur d’autres malades et acquit la certitude que le canal de la trompe est réellement plus grand sur le vivant que sur le cadavre ; il ne remarqua aucun accident produit par ce cathétérisme. Pour qu’il soit d’une exécution facile, il faut que l’orifice utérin soit bien en vue dans le spéculum et que l’utérus n’ait subi aucun déplacement ; les difficultés qu’on rencontre ne tiennent pas aux orifices des trompes, mais aux organes qui les précèdent, le vagin, le museau de tanche, le canal cervical ; il faut les avoir guéris des maladies dont ils sont le siège avant de pratiquer le cathétérisme des trompes. L’auteur de ce mémoire avait eu surtout pour but de remédier à la stérilité causée par l’obstruction des trompes.