‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 15 sur 407 · SURFACE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

SURFACE EXTÉRIEURE

Légérement rugeuse et comme tomenteuse , elle emprunte son aspect de la réunion de trois particularités anatomiques : 1° deux sortes de prolongemens fibreux qui émanent de la membrane elle-même; 2° des plis transverses et obliques dont elle est ridée ; 3° la pénétration, dans l'épaisseur de la pie-mère des vaisseaux capillaires en grand nombre dont elle est criblée.

Les prolongemens fibro-cellulaires, moyens d’attache et de fixité de la pie-mére, et, parelle, de la moelle elle-même avec ses enveloppes, sont de deux sortes : 1° des filamens très déliés qui hérissent la membrane par milliers, et constituent des attaches celluleuses avec le feuillet médullaire de l’arachnoïde. Ces filamens qui traversent l'espace sous-arachnoïdien et baignent dans le liquide cérébro-spinal, sont faciles à voir dans ce liquide ou, à son défaut, en distendant l’espace sous-arachnoïdien , soit par une injection d’eau, soit par l'insufflation ; 2° les autres prolongemens constituent trois bandelettes fibreuses, le ligament dentelé, latéral et double, et le ligament coccygien ou terminal, qui forment les attaches de la pie-mère rachidienne ou du névrilème médullaire , à la dure-mère spinale.

Ligament dentelé (Ligamentum denticulatum , S. serratum medullæ spinalis). C'est le nom donné à une bandelette fibreuse, mince et très résistante, aplatie d'avant en arrière, située de chaque côté de la moelle dans toute sa hauteur où elle fixe, dans ses diverses zones, par autant d’attaches dentelées , son névrilème à la dure-mère. C’est un point d’histologie débattu entre les auteurs, de décider si le ligament dentelé doit être considéré avec Bichat, comme un organe fibreux particulier, distinct des enveloppes rachidiennes; avec Bonn et Chaussier , comme un prolongement fibreux de l’arachnoïde intermédiaire à ses deux feuillets; avec Meckel et M. Valentin, comme une production de la dure-mère; ou enfin d’après l'opinion de Cuvier, Keuffel, Bellingeri, M. Longet, etc., comme une expansion de la piemère rachidienne. C’est à ce dernier avis que se rangent aujourd’hui la plupart des anatomistes. Il nous semble d'autant mieux motivé que c'est à la pie-mèére rachidienne, comme son organe de suspension, que se rapporte évidemment le ligament dentelé, dont la structure n’est qu'une application plus prononcée des renforcemens fibreux que subit la pie-mère dans les divers points où il est nécessaire qu’elle offre plus de résistance, en particulier dans l'enveloppe même de la moelle.

Dans son ensemble, le ligament dentelé forme de chaque côté, dans les régions cervicale et dorsale, une bandelette continue adhérente à la pie-mère rachidienne, dans toute la hauteur de son bord interne, et offrant en sens opposé de 18 à 22 ou 23

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dentelures, en saillie sur son bord externe. De sorte que ce ligament forme dans l’espace sous-arachnoïdien une cloison incomplète, à deux faces, antérieure et postérieure, de 2 à 3 millimètres de largeur, dansles intervalles moyens des dentelures, à 4 ou 5 millimètres à leur base. Du sommet de chacune de ces dentelures procède un prolongement fibreux filiforme, sorte de petit tendon d'insertion qui traverse le reste de l’espace sousarachnoïdien, puis les deux feuillets de l’arachnoïde dans un canal très court que lui forme cette membrane, et vient se fixer par une extrémité simple ou bifide, sur la face interne de la dure-mère, d'avant en arrière, dans l’écartement des racines antérieure et postérieure du nerf spinal correspondant, et de hant en bas, dans l’espace intermédiaire aux canaux de sortie des deux nerfs rachidiens situés au-dessus et au-dessous. La première dentelure s’insère sur le feuillet fibreux de revêtement du bord du trou occipital et se trouve située, avec celle qui lui fait suite, derrière l'artère vertébrale et au-devant du nerf spinal. Sa dentelure la plus inférieure, suivant que le ligament dentelé descend plus ou moins bas, est fixée en regard de la douzième vertèbre dorsale, de la première ou même de la seconde vertèbre lombaire. Dans la succession des dentelures, en général la direction de leurs petits tendons est telle que ceux de la portion moyenne étant droits, les supérieurs sont inclinés en haut et les inférieurs en bas. Cette disposition, du reste, n’est pas si constante qu’elle n'offre des variétés entre les individus ou entre les deux côtés d’un même sujet. Le nombre et le volume des dentelures et de leurs petits tendons aussi n’est pas constant ; parfois il n'existe point d’attache sur une zone vertébrale, entre deux paires spinales, tandis qu’il y en aura deux sur un autre point.

La fonction du ligament dentelé, comme l’indiquent sa situation, sa texture, ses rapports et même la direction rayonnée de ses petits tendons, cette fonction, disons-nous , parait être de maintenir fixées dans leur position relative et comme suspendues dans le liquide cérébro-spinal la moelle épinière et chacune de ses zones vertébrales, en les préservant de tout choc comme de toute pression contre les parois du canal ostéo-fibreux, et en empéchant la substance nerveuse de s’affaisser par sa pression sur elle-même.

Ligament coccygien où caudal (filum terminale). C’est le nom que l’on donne à un mince cordon rubané médian, décrit par Huber, qui, du sommet anguleux de la moelle, où il est intermédiaire aux gaines des deux dernières paires sacrées, descend, accompagné d’une veinule, entre les faisceaux des racines des nerfs lombaires et sacrés jusqu’au sommet du sacrum ou à la base du coccyx où il s'implante sur le périoste de l’os. Ce petit ligament, d’une grande résistance malgré son peu de volume, et tendu entre ses attaches, est considéré comme l'insertion inférieure fibreuse de la pie-mère spinale, dont il empêche la rétraction longitudinale, et forme le complément des deux bandelettes latérales d'insertion multiple, qui constituent de chaque côté le ligament dentelé. Quelques auteurs avaient cru reconnaître dans le ligament caudal un dernier nerf médian coccygien. Ce quia pu donner lieu à cette erreur, c’est que fréquemment, à sa partie supérieure, on le trouve creusé dans l'étendue de quelques centimètres, d’un canal imperforé au-delà, et qui est rempli par une substance grisâtre, molle et demi-fluide.

Les plis transverses de la pie-mère, entrecoupés par d’autres, obliques en divers sens, et comparés par Huber à ceux du tégu-

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ment du ver à soie, paraissent évidemment , comme ceux de la peau des articulations dorsales de la main, le résultat de lallongement et de la rétraction de la moelle dans les mouvemens du rachis, car ils s’effacent par l'extension du cylindre médullaire et se reproduisent en le relächant, précisément à la manière des rides de la peau et, comme pour cette dernière, pas si complétement que leur empreinte ne soit indélébile et ne se voie encore assez bien au microscope, même dans l’état d’élongation exagérée. Les plis transversaux les plus considérables, et qui coupent toute la largeur de la moelle, sont écartés de 5 à 10 millimètres. Ils sont plus prononcés à la région dorsale que dans les autres, et sur la face antérieure que sur la face postérieure. Leurs intervalles sont entrecoupés par les rides obliques, inscrivant des polyèdres irréguliers qui, sur la face antérieure de la région dorsale, dessinent des espèces de dentelures alternes convergeant vers le sillon médian antérieur. Les intervalles des rides forment de très légères saillies qui sembleraient indiquer que, dans la flexion du tronc, la moelle, comme étranglée dans la pie-mère, tendrait à faire hernie au travers de cette membrane. Cette plissure de la moelle qui, outre ses propres inconvéniens, doit avoir celui de gêner la circulation sanguine, semblerait être une cause lente de compression qui rendrait raison des engorgemens hémorrhoïdaux, des caries des vertèbres, et des paraplégies si communes chez les gens que leur profession oblige à vivre dans un état de flexion habituelle du tronc. Au reste, ces plis paraissent bien dépendre de la pie-mère elle-même. Je me suis assuré que les nombreux capillaires sanguins transverses qui établissent les anastomoses avec les grands vaisseaux longitudinaux des trois sillons n’y sont pour rien; car loin que ces capillaires, obliques ou horizontaux, suivent le fond des rides, presque toujours au contraire , ils passent en diagonale sur les petites bosselures de leurs intervalles. Toutefois, dans l’état de congestion de la moelle il est possible qu’ils fassent étranglement, car dans une moelleremplie par une injection très pénétrante, ils forment des brides entre lesquelles la moelle, en saillie, dessine des bosselures,.

SURFACE INTÉRIEURE. Lisse et polie, elle est immédiatement appliquée sur la substance nerveuse qu’elle contient et dont elle limite partout le contour. La gaîne, formée par la pie-mère ou le névrilème rachidien, a si bien pour effet de soutenir la moelle et de l’empécher de s'étendre ou de s’affaisser sur elle-même, que celle-ci fait aussitôt hernie et, sur le cadavre, s'écoule au-dehors, en quelque sorte, à travers la moindre piqüre faite à son enveloppe. Cette compression nécessaire exercée par la gaine fibreuse explique à-la-fois, comme le fait observer M. Cruveilhier, la rareté des épanchemens de la moelle et l’extrême gravité de la moindre collection liquide dans son épaisseur.

En dedans, l’adhérence de la pie-mère avec la pulpe nerveuse, comme celle de toutes les enveloppes névrilématiques, n'est point directe de surface à surface, mais n’a lieu que par la pénétration de nombreux prolongemens entre les faisceaux et les fascicules du cordon médullaire. En opérant soit sur la moelle de l'adulte que l’on a préalablement fait durcir dans de l’eau acidulée avec l'acide azotique, soit sur la moelle fraîche des enfans, où cet organe nerveux a le plus de consistance, si, comme l'indique M. Longet, après avoir coupé latéralement les racines spinales au niveau des trous de conjugaison, on incise circulairement la pie-mère, à la hauteur du bulbe rachidien, et qu’on j'arrache avec précaution de haut en bas, de manière à la

retourner comme un doigt de gant, on voit se rompre successivement les cloisons qui pénètrent dans son épaisseur, et on obtient ainsi la gaine entière rachidienne avec les gaines partielles des nerfs. En liant ces derniers ainsi que la gaine elle-même par leurs extrémités on peut lui rendre sa forme première par l'insufflation. Sur sa surface interne se présentent, dans une succession régulière, les fragmens déchirés de ses cloisons.

Les prolongemens fibreux de la moelle, moyens de supports des ramifications vasculaires qui pénètrent dans sa substance, sont proportionnés au volume et à l’écartement des sillons par lesquels ils s’insinuent. Les deux principaux correspondent aux deux grands sillons antérieur et postérieur. Le prolongement

fibro-vasculaire antérieur pénètre jusqu’à la commissure blanche transversale; le postérieur, plus mince, jusqu’à la commissure grise. Mais en outre, des divers points du contour procèdent d’autres cloisons cellulo-vasculaires d’une extrême ténuité, qui subdivisent en fascicules secondaires les grands faisceaux de la moelle. Une préparation de Keuffel rend cette disposition très évidente. Coupant un tronçon de la moelle épinière, renfermé dans son enveloppe, il le mettait à macérer pendant quelques jours dans une forte solution alcaline, soude ou potasse, puis le laissait digérer à plusieurs fois dans de l’eau pure, pour enlever peu-à-peu la substance nerveuse dissoute par l’alcali. Dès que le dégorgement commence à s’en opérer, il suffit de mettre le tronçon dans de l’eau bien limpide, sur un fond noir, pour voir flotter dans le liquide l'enveloppe circulaire de la pie-mére et ses prolongemens rayonnés qui, se succédant à-peu-près sur les mêmes plans verticaux, représentent, à la manière d’une section d'orange, autant de cloisons incomplètes, de la pie-mére, comme circonférence, vers les masses centrales de la moelle.

STRUCTURE DE LA PIE-MÈRE RACHIDIENNE. Elle est formée par un tissu fibreux recouvert extérieurement par la couche des vaisseaux sanguins qui sy rainifient comme une surface de support. Les adhérences de l'une et l’autre sont déterminées par les petits vaisseaux en grand nombre qui traversent l'enveloppe fibreuse pour entrer dans la moelle ou en sortir. Couche vasculaire. La disposition des artères et des veines n’est pas la même. Les artères proviennent d’abord des spinales antérieure et postérieures, nées elles-mêmes des vertébrales; l'antérieure (PI. 1} des troncs vertébraux, des deux côtés, avant leur jonction pour former le tronc basilaire. Les postérieures (PI. 2) de l’anse postérieure que les vertébrales forment dans les gouttières de l’atlas. Ces artères dont Haller a donné une bonne figure, descendent verticalement sur l’une et l’autre face de la pie-mère rachidienne dans toute sa hauteur. T’artère spirale antérieure est simple et médiane. Les spinales postérieures sont triplées par deux chaïnes d’anastomoses latérales qui courent verticalement , par autant d’anneaux, autour du sillon d’origine des racines nerveuses postérieures. Il en résulte qu’il existe en fait plusieurs courans artériels verticaux sur la face postérieure. Quoique originairement assez faible, chacune des artères spinales conserve son volume et descend sous la forme d’un long fil très flexueux, perpétuellement coudé en S suivant son trajet vertical, de sorte que sa longueur est au moins trois fois celle de la moelle ou de la gaîne de la pie-mère sur laquelle elle s’applique. Les postérieures même se distinguent par l'augmentation de leur volume en regard des renflemens brachial et lombaire. La raison de cette persistance du volume des artères rachidiennes tient à ce qu'ilest rétabli à mesure dans toute la hauteur par les artérioles

anastomotiques que leur envoient successivement, parles trous de conjugaison , les artères vertébrales et intercostales. Les rameaux antérieurs d’anastomoses vont se jeter directement dans l’artére spinale médiane. Les rameaux postérieurs se rendent dans les artérioles verticales des racines postérieures. Des deux côtés les rameaux transverses et obliques forment de nombreuses anastomoses. À l’extrémité de la moelle épinière chacune des longues gaines des doubles racines des nerfs de la queue de cheval possède aussi une artériole filiforme émanée successivement des artères lombaires, ilio-lombaires et sacrées latérales, qui remonte avec l'enveloppe névrilématique jusque sur la moelle où elle s’anastomose, en avant avec le tronc médian, en arrière, avec une arcade de jonction terminale que forment les deux artères rachidiennes. Considérées duns leur ensemble, les artères rachidiennes forment donc sur chaque face de la moelle, un système, et, les postérieures, une ellipse par la continuité de vaisseaux flexueux d’un volume à-peu-près égal, anastomosés dans toute la hauteur par des rameaux sinueux et plus ou moins obliques , et continuellement renouvelés par l’'adjonction des nouvelles artérioles qui entrent par les trous de conjugaison. Des rameaux, anastomosés en réseaux dans toute la hauteur, partent les capillaires qui traversent la piemère pour pénétrer dans la moelle, dans un volume et une abondance proportionnés avec l'épaisseur des cloisons cellulo-vasculaires qui s’y insinuent. Conséquemment les plus volumineux etles plus nombreux de ces capillaires sont ceux qui entrent par les deux grands sillons l’antérieur, et surtoutle postérieur, par lesquelsils viennent s’'anastomoser avec l’artère centrale ventriculaire de M. N. Guillot. D’autres capillaires plus petits s’insinuent par les sillons latéraux et les interstices des fascicules médullaires au contour.

Les veinules en beaucoup plus grand nombre et plus volumineuses que les artérioles, forment un réseau superficiel d’où se dégagent, en regard de chacun des trous de conjugaison, les rameaux de volume inégal et en nombre variable, qui vont se jeter dans la vaste chaîne des sinus vertébraux. Cest en raison de ce dégorgement latéral à toute hauteur que le réseau veineux médullaire diminue au lieu d'augmenter de volume et d'épaisseur à mesure que l’on remonte vers l'extrémité supérieure. Tout ce réseau veineux est plat, et semble dépourvu de valvules comme l’a remarqué M. Breschet. Cette condition anatomique est en rapport avec la disposition générale de ce système veineux intrarachidien, également aplati dans toute la chaîne anastomotique des sinus vertébraux, où le sang veineux se trouvant renfermé dans des canaux les moins épais possible, pour ne pas gêner par leur volume, et s’ouvrant partout les uns dansles autres, se répand pour ainsi dire en une nappe continue, qui se dégorge partout avec facilité par les trous de conjugaison et les intervalles des lames vertébrales dans le vaste appareil veineux extra-rachidien. En somme, tout l'appareil sanguin de la moelle avec ses nombreuses artérioles atténuées dans leurs battemens par l’exiguité de leur volume, et son mince réseau veineux débouchant facilement sur tous les points à l’extérieur, semble merveilleusement disposé pour ne permettre qu'avec précaution l’abord d’une suffisante quantité de sang ronge et faciliter, au contraire, par de larges voies l'expulsion du sang noir.

Les /ymphatiques de la pie-mère rachidienne, n’ont pas encore été le sujet d’un travail spécial. On n'y connait pas de nerfs.

Nous avons dit plus haut que la pie-mère quoique formant

une enveloppe continue aux centres nerveux, offrait néanmoins

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une structure assez différente dans ses deux portions spinale et cränienne. Naturellement comme on pouvait le prévoir, la transition s’en opère par degrés sur le prolongement céphalique de l'axe cérébro-spinal, la portion des centres nerveux intermédiaire de la moelle à l’'encéphale proprement dit. A partir du bulbe rachidien , l'élément fibreux diminue graduellement de proportion sur ce bulbe et sur la protubérance, tandis que le réseau vasculaire augmentant dans le même rapport, aux caractères atténués de la pie-mère rachidienne, a succédé complétement , sur les pédoncules cérébraux, celui de la pie-mère crànienne.

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