‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 23 sur 407 · SILLONS DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

SILLONS DE LA MOELLE

Des sillons de la moelle, les uns sont profonds, les autres sont superficiels; ils ont été distingués en médians et latéraux, et se voient facilement sur une moelle dépouillée de la pie-mère.

Sillons médians. Ws sont au nombre de deux, l’un antérieur et

l'autre postérieur.

Le sillon médian antérieur règne dans toute la longueur de la moelle. Cette scissure , au fond de laquelle la pie-mère se réfléchit, est marquée par une ligne médiane très visible, qui indique son entrée; elle mesure le tiers de l'épaisseur de la moelle ; on trouve au fond une couche de substance nerveuse blanche criblée de trous, livrant passage à des capillaires sanguins. Cette couche blanche n’est autre que la commissure antérieure qui sert à lier l’une à l’autre chacune des deux moitiés de la moelle.

Sillon médian postérieur. Niée par Huber et Keuffel, admise avec restriction par Haller, affirmée par Chaussier, Blaes, Pourfour-Du-Petit, Vicq-d’Azir, Gall, l'existence du sillon médian postérieur est aujourd’hui acquise à la science. Parmi les anatomistes qui ont professé cette dernière opinion, Chaussier prétendit que le sillon médian postérieur était moins profond

que l’antérieur. L'opinion contraire, soutenue anciennement par Blaes et Pourfour-Du-Petit a été sanctionnée par tous les anatomistes modernes. Mais ils ne s’accordent plus sur la question de savoir si le sillon postérieur atteint la commissure grise. Meckel et M. Ollivier (d'Angers) ne le croient pas. Cette opinion, au contraire, professée par Bellingeri, MM. Calmeil, Cruveilhier et Longet, est aujourd’hui généralement adoptée. Nous avons nousmême essayé de résoudre ce point de doctrine anatomique; mais il présente de grandes difficultés. L'entrée de la scissure postérieure est beaucoup moins visible que celle de l’antérieure, et c’est tout au plus si l’on voit à la surface de la moelle une ligne médiane qui serve à l'indiquer. Si on cherche à écarter les lèvres du sillon, pour si légère que soit la pression, la pulpe qui s'épanche rend le résultat fort douteux. L'emploi du filet d’eau ne nous parait pas mériter beaucoup plus de confiance. Le moyen qui nous a le mieux réussi consiste à étendre et laisser sécher sur une lame de verre un disque très mince de la moelle coupée en travers. Par la dessiccation, les deux moitiés venant à s’écarter, dessinent toute la longueur du sillon postérieur et accusent même au-delà un ventricule de la moelle, comme nous le dirons plus loin.

De la présence des deux sillons médians, antérieur et postérieur, qui tous deux reçoivent un prolongement de la pie-mère, résulte une espèce de division de la moelle en deux parties latérales symétriques qui, au lieu d’être simplement juxtaposées, sont unies l’une à l’autre par les deux commissures blanche et grise.

Sillons latéraux. Nous venons de voir que la détermination du sillon médian postérieur avait soulevé de nombreuses discus : sions parmi les anatomistes ; leurs opinions sont peut-être encore moins arrêtées relativement aux sillons latéraux. Ainsi, Chaussier prétend qu’il existe de véritables sillons latéraux antérieurs et latéraux postérieurs indépendans des préparations qu’on fait subir à la moelle; M. Cruveilhier nie l'existence réelle de ces sillons et ne les admet que comme des solutions de continuité produites par l’arrachement des nerfs et le filet d’eau. Il établit même qu’on ne peut jamais produire artificiellement les sillons latéraux antérieurs, et que la ligne peu apparente déterminée par l’arrachement des paires antérieures n’est pas, plus que les autres points de la moelle, susceptible de céder sous le jet d’eau. Telle était aussi l'opinion de Sœmmerring et de Rolando.

Indépendamment de ces deux sillons de chaque côté, il en existe un troisième, lesillon intermédiaire postérieur (sulcus intermedius posterior Arnold), placé entre le sillon médian postérieur et le sillon collatéral du même nom.

Joignons-y, pour être complets, le sillon intermédiaire aux sillons latéraux antérieur et postérieur, admis par Bartholin, Sœmmerring et Meckel, et le sillon intermédiaire antérieur (sulcus intermedius anterior) admis par Arnold et Valentin.

Ces scissures, ou sillons latéraux de la moelle indiqués, décri-

vons-les chacun en particulier.

1° Sillon latéral postérieur. Immédiatement en dehors des racines postérieures existe une ligne ou sillon grisâtre, s'étendant sur toute la longueur de la moelle et vers laquelle se dirigent les filets radicaux des nerfs. D’après M. Cruveilhier, cette ligne est formée tout entière par la substance grise arrivant jusqu’à la surface de la moelle, Là, pour lui, elle n’est recouverte par aucune lamelle de substance médullaire blanche, et la séparation des vaisseaux de la moelle dans ce point est le résultat de la destruction de la substance grise par le jet d’eau. M. Foville,

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au contraire, et toutes nos observations concordent avec les siennes, M. Foville prétend que la substance grise n'arrive jamais au contact immédiat de la pie-mére, mais qu’elle est toujours recouverte par une couche mince de matière blanche, si peu épaisse, il est vrai, qu'on a besoin d’avoir recours aux instrumens grossissans pour la constater. Cette lamelle blanche est , selon lui, criblée de trous pour le passage des filets radicaux. C’est l’arrachement de ces filets et l’ablation d’une partie de la substance qui rendent sensible ce sillon. Telle n'était pourtant pas l'opinion de Chaussier, qui admettait un sillon réel.

2° Sillon latéral antérieur. Beaucoup moins perceptible que le précédent, puisqu'il est nié par quelques auteurs, on pourrait dire que ce sillon ou plutôt la ligne peu tranchée qui le représente, est due tout entière à l’arrachement des filets radicaux des racines antérieures. C’est plutôt une série linéaire de trous creusés dans la substance blanche, et livrant passage aux filets nerveux qui se rendent à la corne grise antérieure qu’une véritable rainure, et jamais dans ce point le filet d’eau n’a assez de prise pour séparer

la moelle en faisceaux distincts.

5° Sillon intermédiaire postérieur. Admis par tous les anatomistes modernes aux parties supérieure et moyenne de la moelle, ce sillon n’a pu être suivi par quelques-uns d’entre eux jusqu’à son extrémité terminale; M. Longet dit ne l'avoir vu, d’une manière nette et distincte, que dans la région cervicale et dans les deux tiers supérieurs de la région dorsale. MM. Cruveilhier et Foville soutiennent, et avec raison selon nous, l'avoir suivi jusqu’à la pointe de la moelle. Pour le découvrir, il suffit d’avoir une moelle fraiche et de la placer convenablement préparée sous un jet d’eau limpide: on aperçoit alors, même à la partie la plus inférieure de cet organe, à 1 millimètre et demi en dehors de la scissure médiane postérieure, une autre petite scissure qui, bien que plus rapprochée dans ce point qu’à la partie supérieure, n’en est pas moins la continuation de la scissure intermédiaire postérieure.

Considéré généralement comme superficiel, et c’est l'opinion de M. Cruveilhier, ce sillon a été regardé par Bellingeri et M. Foville, comme pénétrant à une certaine profondeur, et atteignant même la substance grise. Le fait est qu’en cherchant à écarter doucement l’un de l’autre les deux bords de ce sillon, on aperçoit au fond des trous ou fentes verticales, assez rapprochés les uns des autres, qui se prolongent jusqu’à la substance grise, et livrent passage à une série linéaire de pinceaux vasculaires qui arrivent jusqu’à cette substance, et sont assez voisins l’un de l’autre pour déterminer une espèce de scissure profonde. Ces fentes ou fissures sont pourtant séparées par de petits points de substance blanche, qu’on ne peut s'empêcher de détruire en écartant les parois du sillon, et hâtons-nous de le dire, ce sillon intermédiaire postérieur n’est pas comparable aux sillons médians, et ne pénètre pas franchement comme le sillon médian postérieur jusqu’à la substance grise.

Nous ne ferons que mentionner ici le sillon intermédiaire antérieur, dont l'existence nous paraît très douteuse, quant au sillon intermédiaire latéral (sulcus intermedius lateralis), qui correspond, suivant les auteurs qui l’admettent, à l’insertion du ligament dentelé, il est nié par M. Longet. Toutefois, nous avons vu nettement dans le point indiqué en regard de la partie inférieure de la région cervicale et supérieure de la région dorsale, plusieurs lignes dont la succession n'était pas très régulière ;

lignes aue nous n’osons regarder comme de véritables sillons, et

Le) , qui cependant, ont été considérées comme telles par Bartholin Sœmmerring et Meckel.

Terminaison des sillons. Disons, pour terminer l’étude des sillons, que tous vont jusqu’à la pointe de la moelle, et que supérieurement ils se continuent ou se terminent sur le bulbe, ainsi qu’il suit:

1° Le médian antérieur, en se prolongeant entre les pyramides antérieures du bulbe rachidien, atteint le sillon transverse qui sépare celui-ci de la protubérance.

2° Le médian postérieur, représenté au bulbe par le sillon de séparation des corps restiformes, arrive jusqu’au bec du calamus scriptorius. à

3° L’intermédiaire postérieur cesse en s’effaçant en dehors des renflemens qui bordent le bec du calamus scriptorius. Des deux sillons latéraux , antérieur et postérieur, le premier, en arrivant au bulbe, contourne le bord antérieur de l’olive, et atteint sa partie supérieure. Le second finit insensiblement à la partie moyenne des corps restiformes, et sur ces corps eux-mêmes. Il correspond aux insertions des nerfs pneumo-gastrique et glosso-pharyngien.

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