‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome troisième (volume 4)Chapitre 25 sur 407 · STRUCTURE DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

STRUCTURE DE LA MOELLE

En étudiant la structure de la moelle, nous examinerons d’abord ce que présente le plan de section de cet organe, soumis à des coupes transversales ; puis nous rechercherons qu’elle est la contexture de chacune des parties indiquées par ce plan.

Coupe horizontale de la moelle. Cette coupe représente un plan à-peu-près circulaire, un peu déprimé d’arrière en avant, sur lequel on aperçoit la trace d’une partie des sillons que nous avons indiqués précédemment. Le sillon médian antérieur, le mieux marqué de tous, mesure un peu moins du tiers de l’épaisseur de la moelle. Le postérieur, à peine visible, représenté par une ligne très déliée, est beaucoup plus profond que le précédent, et équivaut environ aux 3/5 de l'épaisseur de l’organe; une petite fissure peu profonde, et apparente seulement à la partie supérieure de la moelle, représente le sillon intermédiaire postérieur que nous avons décrit. La pénétration des sillons médians antérieur et postérieur, subdivise le plan circulaire de la coupe en deux autres plans, demi-circulaires, à cause de l’aplatissement interne formé par leur juxtaposition. Ces deux plans représentent les moitiés latérales de la moelle. Dans chacune de ces moitiés on voit un demi-cylindre de substance blanche, dont le milieu est occupé par de la substance grise. La surface blanche est interrompue en deux endroits par desprolongemens gris ; 1° à la partie postérieure, vers l'insertion des racines postérieures; 2° vers sa partie interne, par un autre prolongement de substance grise, appelé commissure grise, et doublé en avant par la commissure

blanche, qui sert à lier, à leur partie interne et antérieure, les deux cordons médullaires blancs. Sur chaque coupe de la moelle , on aperçoit la substance grise, représentant assez bien deux croissans, un pour chaque partie latérale; ils sont liés l'un à l’autre en H, par le plan transversal de leur commissure. Leur convexité est tournée vers l’axe de la moelle, et leur concavité regarde vers sa périphérie latérale. De leurs branches dites les cornes, les antérieures se dirigent vers les racines antérieures des nerfs spinaux; les postérieures marchent vers les racines postérieures. Les cornes antérieures ; beaucoup plus courtes , mais aussi plus épaisses, se terminent par un renflement qui n'arrive pas jusqu’à la surface de la moelle : ce renflement terminal , épais, denticulé sur ses bords , à deux ou trois pointes, est disposé de telle sorte, par rapport à la substance blanche, qu'il y a pénétration réciproque des deux substances. Les cornes postérieures, beaucoup plus allongées et beaucoup plus minces que les précédentes, arrivent, selon la plupart des auteurs, jusqu’à la superficie de la moelle, et leur extrémité terminale vient, suivant plusieurs anatomistes, par un champ sablé ou pénétré de substance grise, au contact de la pie-mère. Telle n’est pas l'opinion de M. Foville, qui admet une lamelle microscopique de substance blanche, recouvrant cette extrémité, et nie formellement l’interruption du cylindre médullaire blanc dans la ligne d'insertion des filets radiculaires postérieurs des nerfs spinaux.

Variétés de volume et de disposition de la matière grise. La matière grise présente, sous le rapport de la quantité et de la disposition, des variations qui suivent les parties de la moelle où on la considère : ainsi plus on se rapproche de la partie inférieure de l'organe, plusla proportion de la substance grise devient considérable, par rapport à la substance blanche. Envisagée d’une manière générale, la matière grise de la moelle est à sa matière blanche dans le rapport de 1 à 8. Si on considere la substance grise, dans sa disposition à diverses hauteurs, on voit que les cornes grises assez écartées supérieurement, sont réunies entre elles par une commissure grise beaucoup plus longue, mais plus mince qu’à la partie inférieure, et qu'inférieurement cette commissure se rétrécit en s’épaississant et en formant une espèce de noyau central, d’où rayonnent quatre prolongemens, disposition qui donne dans ce point, à la substance grise, la forme d’une croix. Ces variations dans la disposition de la matière grise, sont sans doute la raison des diverses formes sous lesquelles les auteurs l'ont décrite, chacun d’eux ayant fait sa coupe à des hauteurs différentes. Keuffel a établi que chez l’homme les proportions de substance grise, par rapport au cylindre blanc, sont beaucoup plus considérables que chez les animaux. Ces vues de Keuffel ont été confirmées dans ces derniers temps par de nouvelles recherches de M. Longet, qui a étudié la moelle chez le bœuf, le mouton, le cheval, etc. Si l’on admet avec Bellingeri, que la sensibilité réside dans la substance grise, on sera conduit par ces résultats

à placer l'homme sous ce rapport avant les animaux.

Coloration de la substance grise. Variable suivant l’âge des individus chez lesquels on l’étudie, la substance grise, chez le vieillard, semble perdre desa vascularité, et devient plus terne: chezle jeune sujet au contraire, les vaisseaux y paraissent plus développés, et sa teinte se rapproche de la couleur lilas. Sa coloration, chez l'adulte, est susceptible de légères variations entre ces deux extrèmes. Croyant voir sans doute, des nuances diverses dans la coloration de la substance grise des cornes antérieures et postérieures,

Rolando a voulu en admettre deux espèces : une premiere, qu'il appelait substantia cinerea spongiosa et vascularis, et qu’il rapportait à la corne antérieure; une seconde, dénommée par lui, sous le titre de substantia cinerea gelatinosa, et qui formait la corne postérieure. Il dit même avoir vu au point de réunion de ces deux substances, des dentelures qui s’engrènent entre elles et les réunissent à la manière des os du crâne. Mais les anatomistes qui se sont occupés après lui de l’étude de la structure des cylindres médullaires, n’ont confirmé par aucune assertion nouvelle les résultats obtenus par Rolando.

VenrricuLe sprnaz. C’est ici le cas de parler d’un canal ou si sa forme, telle que je la conçois, peut être démontrée, de ce qu’il faudrait appeler un ventricule, contenu dans l’intérieur de la moelle, dont je me suis abstenu de rien dire à l’avance en traitant du liquide cérébro-spinal, mais sur lequel il me paraît convenable d'appeler l’attention des anatomistes. Situé verticalement au centre du cordon rachidien, comme un dernier vestige capillaire, dans l’adulte, du canal médullaire du fœtus; impair et médian, avec deux embranchemens latéraux, continu au ventricule cérébelleux, et non, comme l’entendait Gall, double ou bi-latéral, avec prolongement de chaque côté dans l'extrémité céphalique de la moelle, ce canal déjà signalé très anciennement à la renaissance de l'anatomie, par Ch. Étienne (1536), avait depuis été reconnu successivement par les plus grands anatomistes, Colombo, Piccolomini, Bauhin, Malpighi, Lyser, Morgagni, Haller, Portal, etc.; mais nié parallèlement à diverses époques par Varoli, Monro, Sabatier, il avait été généralement rejeté de nos jours. Tiedemann (r), dont les assertions et les idées ont fait foi parmi tous les anatomistes, n’admet son existence permanente pendant toute la durée de la vie, que chez les animaux ovipares, poissons, reptiles, oiseaux. Chez les mammifères et l’homme, le canal médullaire, alors double, n'appartient, selon lui, qu'à la vieembryonaire jusqu’à son neuvième mois, et n'existe plus pendant toute la durée de la vie extra-utérine. D'où il résulterait que les cas de persistance du canal, observés par F. Meckel et Blaes chez divers mammifères adultes, chiens, chats, lapins, brebis et bœufs, et ceux reconnus chez l’homme par Tiedemann lui-même, ne seraient, comme il l’a dit, que des arrêts de développement ou des anomalies. La question étant ainsi posée, si l’opinion générale, fortifiée de la sanction de quelques auteurs anciens, repousse aujourd’hui l'existence d’un ventricule spinal, il faut convenir pourtant que les témoignages contraires des anatomistes les plus originaux, appuyés sur l’analogie de ce qui existe chez les reptiles et les oiseaux, et des cas d'anomalies ou de dilatation extraordinaire chez les mammifères et l’homme, sont bien plus forts et plus nombreux. Avec une pareille masse d’autorités, il n’y a donc rien de téméraire à revenir sur l’existence d’un ventricule normal dans la moelle, pour si étroit qu’il puisse être, exigu, filiforme et, après tout, proportionné au volume de la moelle elle-même et à celui des vaisseaux nécessaires pour la nutrition de sa substance grise. Dernièrement , M. Natalis Guillot, l’un des anatomistes les plus habiles et des observateurs les plus consciencieux de notre époque, est le premier que je sache, qui ait rappelé, concernant le canal médullaire, de cette décision négative des anatomistes de nos jours, sur laquelle je m'étais aussi proposé de revenir. En 1842, faisant des observations microscopiques sur la structure de la moelle, je remarquai sur des

(1) Anatomie du cerveau. Pages 127-134.

tranches minces ou de petits disques du cordon médullaire que j'avais étendus sur des lames de verre, que, par le retrait résultant de la dessiccation,des écartemens se formaient dans l'épaisseur de la substance grise, indiquant l'existence d’une cavité ventriculaire. Dès mes premières recherches, la forme de cette cavité me parut telle que je la crois encore. Je dirai tout-à-l’heure en quoi elle consiste. Je consignai cette observation pour m’en servir au besoin, comme je le fais aujourd’hui , et, jusqu’à ces derniers temps, je crus être le seul qui soupçonnât un ventricule spinal. Mais à la publication du beau travail de M. Guillot (1), je reconnus, quoique sans surprise, vu le talent d'investigation, à moi bien connu, de l’auteur, qu’il signale et décrit positivement, au centre de la colonne grise, un canal qui en occupe toute Ja longueur, à partir du calamus scriptorius. «Ce canal, dans lequel peut-être « pénètre du liquide céphalo-rachidien, forme une longue cavité « étroite... » Son centre est occupé par une artériole, qui « s’y « enfonce à la terminaison du calamus scriptorius, et se prolonge « jusqu’à l'extrémité de la moelle épinière, en répandant autour « d’elle de très petites ramifications; celles-ci, nées de la tige « commune centrale, vont se répandre aussitôt dans les deux par- « ties latérales de la substance grise. »

Tel est le résultat important des recherches de M. Guillot. Déjà nous y voyons constaté deux faits essentiels : l’existence d’un canal, puis le mode de la circulation sanguine, qui est tel que la substance grise reçoit, comme celle de l’encéphale, des capillaires par deux voies : directement par sa surface ventriculaire , puis indirectement par les vaisseaux qui ont traversé la substance blanche.

Voici, quant à moi, la forme que j'ai reconnue au canal médullaire, que j'appelle ventricule spinal. Dans un petit disque séché, comme je l'ai dit, sur un verre plan, un espace se dessine d’abord en travers le long de la commissure grise; puis d’autres dans les deux cornes latérales, les antérieures surtout, qui sont plus épaisses, de sorte qu’une cavité centrale apparaît partout au milieu de la substance grise dédoublée, dont l’espace ventriculaire prend la forme d’un H, comme on le dit. En arrière ce ventricule se confond avec l’écartement du sillon postérieur qui s’entr’ouvre aussi par la dessiccation. À plusieurs fois différentes, il m'a paru , sous le microscope, qu’il restait au milieu des prolongemens ventriculaires, un petit point de substance, soit qu’elle s’arrache ou qu’elle soit formée par de petites commissures grises, analogues à celle bes couches optiques dans le troisième ventricule cérébral. Je ne suis pas certain que le sillon postérieur ouvre directement dans le Centre du ventricule, car tantôt la communication m’a paru directe, tantôt je l'ai trouvée interrompue par un magma, dont l’existence normale et la nature me laissent des doutes , soit qu’il ait été formé par de la substance nerveuse ou par des débris vasculaires ou membraneux. Les personnes qui ont l’habitude des observations microscopiques comprendront cette réserve de ma part, lorsqu'il s'agit de tissus aussi mous et pâteux, dont la division ne peut jamais se faire avec assez de netteté pour conserver une signification sous les verres grossissans.

Au reste, l’insufflation, tant de fois essayée sans succès, donne pourtant des résultats assez satisfaisans. En introduisant avec lenteur par le calamus scriptorius, à la surface d’une section de la moelle à toute hauteur, derrière la commissure grise, le bec d’un tube délié, puis liant circulairement, ou au moins comprimant un peu le cordon nerveux sur le tube, il est rare que l’on

(1) Exposition anatomique de l’organisation du système nerveux dans les quatre classes d'animaux vertébrés. Paris et Bruxelles, 1844. — Page 224.

ne réussisse pas à décoller et à distendre assez une certaine étendue du ventricule spinal pour en mettre hors de doute l'existence. Mais une préparation que j'en ai faite, qui me paraît intéressante et que tout le monde peut répéter immédiatement, est celle de son déplissement. Prenant un fragment d’une certaine longueur de la moelle, dépouillée de son névrilème, ou ce qui vaut mieux, pour faciliter les tractions ultérieures, laissant la pie-mère, dont on sépare seulement les artères spinales postérieures, et incisant cette membrane longitudinalement, avec précaution, en regard du sillon postérieur; si on entr’ouvre celui-ci en y projetant un filet d’eau, et tirantensuite légèrement sur les deux lèvres de la section de la pie-mère, sans rien rompre, on ne tarde pas à entr’ouvrir le sillon postérieur , puis peu-à-peu, les deux faisceaux postérieurs s’écartant de chaque côté, en déroulant d’abord la corne postérieure, puis la corne antérieure, on ne tarde pas d’avoir la moelle tout entière étalée en une membrane à deux surfaces, l’une grise, l’autre blanche, doublée par la pie-mère, avec deux bords latéraux libres, de substance blanche, qui ne sont autres que leslèvres adjacentes du sillon postérieur. Rien de plus simple que de rouler de nouveau la membrane médullaire sur ses plis, et de lui rendre sa forme première que du reste elle tend à reprendre d’ellemême. Ses plis de jonction accusent alors très nettement le ventricule spinal et le prolongement du sillon postérieur.

Tels sont les faits d'observation sur lesquels j'appelle l'examen des anatomistes. L'existence anatomique d’un ventricule spinal rempli de liquide céphalo-rachidien , en même temps qu’elle complète la théorie de ce liquide , est un fait logique qui assimile l’une à l’autre, harmonie et rend solidaires les deux portions, cérébrale et spinale, de la grande masse nerveuse centrale encéphalo-rachidienne. Chacune de ces deux portions se trouve alors comprise entre deux surfaces vasculaires et chacune de ces surfaces , également baïgnées par le liquide cérébro-spinal, aboutit à un confluent central ou intermédiaire aux deux grandes portions de la masse nerveuse, l’encéphale et la moelle. En effet, tandis que, d’un côté, le grand espace sous-cérébelleux est bien véritablement le confluent commun du liquide cérébro-spinal extérieur ou périphérique, et, peut-être à cause de cela, est le lieu où s’en observent les dernières traces chez les poissons; d’un autre côté, le ventricule cérébelleux apparaît aussi comme le confluent commun des cavités ventriculaires cérébrales et rachidiennes, les deux confluens, extérieur et intérieur, communiquant l’un avec l’autre par le trou de M. Magendie, qui relie par conséquent un seul système solidaire, toutes les couches liquides des diverses surfaces cérébro-spinales.Enfin dans cette manière de considérer la moelle, pourvue d’une cavité ventriculaire à surface grise, continue avec celle de l’encéphale et origine des nerfs sensitifs, le cordon médullaire rachidien ne diffère essentiellement des ganglions cérébral et cérébelleux qu'en ce que ceux-ci sont doublés d’une autre couche grise périphérique, qui paraît l’organe sensitif des manifestations psychologiques chez l’homme et instinctives chez l’animal. Il serait curieux de rechercher si, dans les grands cordons nerveux des invertébrés, on n’en trouverait pas formés d’une couche blanche, intermédiaire à deux autres de substance grise, centrale et périphérique, qui représentât, dans un même organe, les deux fractions distinctes de la masse cérébro-spinale des vertébrés.

ÉTUDE DE LA MOELLE PAR Lx JEr D'EAU. Nous n’avons fait jusqu'ici qu’indiquer la conformation intérieure de la moelle et la disposition des substances grise et blanche l'une par rapport à

Ml, La dci

l'autre : nous n’avons rien dit encore de sa structure intime.

Les auteurs anciens, ignorant complétement la structure intime de la moelle, n’y voyaient point de substance grise, mais la regardaient comme une pulpe homogène, demi-fluide , renfermée dans son névrilème et maintenue par la compression légère qu'il exerçait sur elle. Plus tard, elle fut considérée par quelques-uns comme formée de fibres longitudinales. Mais ces idées ne furent alors confirmées par aucune recherche anatomique exacte. Gall, se fondant sur l’étude de l'anatomie comparée, voulut voir dans la moelle une série de ganglions nerveux ‘analogues à ceux qu’on rencontre dans les annélides, mais rapprochés et réunis de manière à former un tout continu. De nos jours les anatomistes, sans avoir d'opinion bien arrêtée sur la contexture de la substance grise, s'accordent généralement pour admettre la structure fibreuse de la substance blanche. M. Foville toutefois voit aussi dans la substance grise une texture fibreuse, mais ne donne aucune raison qui justifie une pareille assertion. La texture fibreuse de la substance blanche est mise dans tout son jour au moyen d’un filet d’eau, dont on peut faire varier à volonté la force et le volume. Si, écartant les bords du sillon médian postérieur de la moelle, on la place sous le robinet, on produit bientôt le développement de chacune de ses moitiés latérales en deux rubans blancs antérieurement, et doublés postérieurement par la substance grise qu’ils enveloppaient dans leur centre. Les deux bandes latérales blanches sont réunies à leurs bords internes par des ponts de substance de même nature dont nous étudierons plus loin la disposition, et qui constituent la commissure blanche ou antérieure. Cette commissure est doublée postérieurement par la lame de substance grise ou commissure grise, qui sert à lier entre elles les demi-lunes grises de chaque moitié latérale de la moelle. Cette dernière commissure, envisagée par la généralité des auteurs comme la commissure postérieure, n’est, pour M. Foville, qu’une commissure moyenne interposée à deux commissures blanches, l’antérieure que nous avons indiquée et une autre postérieure extrêmement mince, et d’après lui tellement facile à déchirer, qu’elle serait passée, à cause de sa fragilité même, inaperçue à tous les auteurs. Si on prolonge l'action du jet d’eau après le développement de la moelle, la matière grise, détruite par le courant, est entraïnée et laisse à nu des lames blanches verticales , uniformes, dirigées de la circonférence vers le centre, dont le bord externe épais, est à la surface de la moelle, et dont le bord interne, mince, regarde l’axe de l'organe. Chacune de ces lamelles correspond à ses deux voisines par ses faces latérales, mais en est complétement indépendante, séparée qu’elle est par un prolongement de la piemère. L'action prolongée du jet d’eau, détruisant la membrane d'enveloppe propre à chacune de ces lamelles , les subdivise en fibres ou tubes déliés, juxtaposés, tous, dit-on, indépendans les uns des autres et liés seulement entre eux par du tissu cellulaire et des vaisseaux. Rolando n’admettait point l'indépendance des diverses lames que nous venons d’étudier : considérant la moelle dans son développement, il la regardait comme primitivement formée par un cylindre de substance blanche qui, peu-à-peu , se plissait longitudinalement sur lui-même, de manière à former des saillies internes , et des cannelures extérieures verticales dans lesquelles s’engageaient des prolongemens de la pie-mère; la cavité du tube, ainsi considérablement amoindrie, était occupée par le développement de la substance grise. Mais l'isolement facile des lames au niveau de leur bord interne est venu infirmer les assertions de Rolando.

T. III

STRUCTURE DE LA COMMISSURE BLANCHE. Facile à apercevoir, quand on a écarté les bords du sillon médian antérieur, et qu'on a arraché le prolongement de la pie-mère, cette commissure est encore plus visible quand on a excisé avec des ciseaux bien tranchans toute la partie de moelle qui la déborde en avant. Sa contexture a été l’objet d'opinions diverses, de la part des auteurs qui l'ont étudiée : ainsi Cuvier, Sœmmerring, Gall et M. Foville l'ont considérée comme formée de faisceaux entrecroisés, sauf quelques légères variations dans leur manière d’expliquer l'entrecroisement. Chaussier a gardé le silence sur ce point. M. Calmeil dit, en parlant de cette commissure, qu’elle est formée d’une suite de faisceaux médullaires, alternant dans leur origine sur chacun des côtés de la moelle, et établissant entre eux un véritable échange de fibres. Pour M. Longet, la commissure blanche n’est rien autre chose qu’un pont de substance blanche, composé en apparence de fibres transverses, et criblé de trous disposés linéairement sur les parties latérales pour le passage des pinceaux vasculaires. L’alternation des trous qui forment chacune de ces séries a été fort bien indiquée par cet anatomiste. L'examen attentif que nous avons fait nous-mêmes de cette partie de la moelle nous porte à considérer comme la plus vraie de toutes, l'opinion de M. Longet. Notons d’ailleurs ici qu’elle est encore soutenue contre l’idée de l’entrecroisement, par une raison physiologique puissante, c’est que jamais les phénomènes d’entrecroisement ne se manifestent dans les lésions ou maladies de la moelle.

VAISSEAUX DE LA MOELLE. La moelle reçoit ses artères des branches spinales que nous avons décrites à la surface extérieure de la pie-mère : l’unes’étend en avant, c’est l’artère spinale antérieure; les autres en arrière, les artères spinales postérieures, déjà moins régulières dans leur disposition, et desquelles naissent deux rameaux latéraux, l’un antérieur aux paires nerveuses postérieures, l’autre postérieur à ces mêmes paires, Ces branches de la vertébrale reçoivent successivement, comme nous l’avons vu, dans toute la longueur de la moelle, des anastomoses cervicales, dorsales, lombaires, etc.; de sorte qu’elles se continuent, l’antérieure au moins, sans pour ainsi dire décroître, jusqu’à la partie inférieure de l’organe. Il résulte de la disposition de tous ces vaisseaux un lacis très marqué dans la pie-mère, qui suit ses réflexions et accompagne les prolongemens qu’elle envoie dans le tissu médullaire lui-même, prolongemens qui servent, comme nous l'avons dit, à limiter chacune des lamelles. Il est pourtant des points où les vaisseaux pénètrent en béaucoup plus grand nombre; là ils établissent, par leur série linéaire verticale, l'existence des sillons à travers lesquels ils s'engagent. C’est ainsi qu’on les voit immerger en très grande quantité dans la scissure médiane antérieure déjà très visible, puis dans les sillons médian et intermédiaire, mais surtout dans le sillon postérieur. La partie médullaire blanche de la moelle n’est point celle dans laquelle paraissent se rendre surtout les vaisseaux. Ils la traversent bien et lui fournissent de petits rameaux; mais ils semblent spécialement destinés à la substance grise dans laquelle ils vont se terminer, et qui leur doit très probablement la coloration qui la caractérise. Cette terminaison principale des artérioles dans la substance grise explique la présence du double cordon artériel vertical qui embrasse les racines postérieures par d’épais réseaux sanguins. Ces capillaires, ceux qui pénètrent par les sillons, et enfin, l’artériole centrale du ventricule spinal, signalée par M. Guillot, forment la double couche artérielle qui pénètre partout la substance grise.

Les veines de la moelle suivent un traiet inverse de celui des

branches artérielles, et vont se terminer dans des troncs veineux correspondans aux troncs artériels.

Quant aux lymphatiques, quoiqu'il en existe évidemment là comme ailleurs, jusqu’à présent aucun anatomiste n’en a décrit ou figuré dans la moelle. Ce travail, qui mériterait d’être l’objet d’une monographie particulière, n’a pas encore été fait.

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