DÉVELOPPEMENT DE LA MOELLE
1° Ordre de développement. La question de l’ordre du développement des parties du système nerveux a soulevé de nombreuses discussions parmi les anatomistes, et loin que la solution du problème soit obtenue, il règne encore à ce sujet dans la science des opinions diverses. Malpighi, trouvant sur un embryon encore peu développé, une fibrille centrale, qu'il a dénommée en l'appelant quille, et dont l'apparition lui parut préexister à tout le reste du système nerveux, considéra cette fibrille comme la moelle spinale à l’état rudimentaire. Meckel, étudiant la moelle épinière dans le poulet, a trouvé aussi que cette partie est celle qui se développe la première, et la regarde comme la matrice du système nerveux. Cette vue de Meckel est d’ailleurs basée sur l'anatomie anormale et appuyée sur cette considération, que jamais le cerveau n’existe sans la moelle épinière, pas plus chez les animaux que chez l’homme; tandis que chez tous la moelle épinière peut fort bien exister avec l'absence congéniale du cerveau. Pour Ackermann, dont les idées sont plutôt théoriques que fondées sur l’observation réelle, la moelle serait la dernière à se développer; avant elle viendraient toutes les parties de l’axe nerveux contenues dans la boîte crânienne, parties dont le développement serait soumis lui-même à l’action du grand sympathique, qui préexisterait ainsi à tout le reste du système nerveux. M. Serres, peu satisfait des travaux de ses devanciers, a voulu revoir d’une manière toute spéciale l’étude du développement du système nerveux. Il est arrivé à des conclusions diamétralement opposées à toutes celles qu’on avait tirées avant lui. Ainsi, conformément à la théorie de l'épigénèse, dont ce professeur est aujourd’hui l’un des plus zélés soutiens , le système nerveux, dans son développement, ne rayonne pas du centre à la circonférence, mais converge, au contraire, de la circonférence vers le centre. Les nerfs, dit-il, préexistant dans leur formation à la moelle et au cerveau lui-même, ont acquis déjà tout leur développement lorsque l’axe cérébro-spinal est encore liquide. Cette opinion, qui n’est pas admise par tous les auteurs, n’est pourtant infirmée, dit M. Longet, par aucune observation directe. Rolando prétend que la moelle allongée est la partie du système nerveux qui se développe tout d’abord. Il voit en elle un centre, d’où émergent et l’encéphale et ia moelle épinière, qui va, selon lui, se développant progressivement de haut
en bas.
2 Mode de développement. Dans le premier mois de la vie intra-utérine, la moelle est encore à un tel état de fluidité et ses parties présentent si peu de consistance, qu’elle est, pour ainsi dire, amorphe et impossible à étudier dans sa disposition. Ce n’est que plus tard, à la fin du premier mois, et dans la cinquième semaine, qu’on peut y découvrir, à l’aide de la coagulation par l’alcool, quelques rudimens de la forme qu'elle affectera. À cette époque, le durcissement, ou mieux, la coagulation, laisse voir deux lamelles longitudinales, promptement réunies par leurs bords internes pour former les commissures, et dont les bords
externes , en s’incurvant en arrière, déterminent une gouttière postérieure. Cette espèce de gouttière médullaire s'étend alors de la partie supérieure à la partie la plus inférieure du rachis, et présente déjà de légers renflemens au point d’où émergeront chacune des racines congénères. Rolando admettait que les premiers rudimens apparens de la moelle sont représentés par quatre faisceaux, deux antérieurs et deux postérieurs; ces deux derniers apparaissant un peu plus tard que les précédens. Mais l'opinion de Rolando tombe devant les recherches plus exactes de MM. Serres, Ollivier (d'Angers), Tiedemann, qui n’ont jamais pu, malgré tous les soins qu'ils ont apportés dans leurs investigations, constater que la présence des deux cordons primitifs antérieurs. A cette époque la moelle est formée tout entière de substance blanche; à mesure que l’âge avance, la moelle fait son évolution. Tiedemann, qui l’a étudiée aux divers âges de Pembryon, dit que, à la septième semaine, on peut, à l’aide du durcissement, voir que son volume s’est considérablement agrandi, comparativement à celui du cerveau et du reste du corps. Elle mesure àpeu-près la longueur du tronc; la gouttière postérieure qu’elle présentait va en s'amoindrissant, par le relèvement des bords externes, qui se rapprochent peu-à-peu , de maniere à ne laisser plus entre eux qu’un espace vertical rétréci ou un sillon médian postérieur à bords très minces, qu’on peut écarter, et entre lesquels on voit s'engager un prolongement de la pie-mère. Ces bords cessant de se porter l’un vers l’autre à la partie tout-à fait supérieure, forment ainsi le calamus scriptorius, qui n’est autre chose qu’un vestige de la gouttière postérieure dela moelle. A cette époque, cette gouttière postérieure est convertie en un véritable cylindre, étendu dans toute la hauteur de la moelleet se continuant avec le quatrième ventricule. Cette évolution s’accomplit graduellement de bas en haut de l’extrémité coccygienne à l’extrémité céphalique. Jusqu’alors on ne reconnait dans la moelle aucune trace de la substance grise, que plus tard nous verrons remplir les vides du cylindre médullaire. Au troisième mois, la moelle occupe encore toute la hauteur du canal vertébral; elle présente déjà les renflemens cervical et lombaire d’une manière assez tranchée; son canal intérieur, étranglé par le prolongement vertical que la pie-mère envoie à sa partie moyenne d’arrière en avant, se trouve ainsi partagé en deux autres canaux secondaires et latéraux, qui, comme lui, parcourent toute la longueur de la moelle. Ces canaux, dans l'opinion générale, ne sont que transitoires, et cessent d'exister à jamais avant la vie extra-utérine. Pour nous, au contraire, si les doutes que nous avons émis plus haut se transforment, avec l’assentiment général, en une certitude acquise, ces canaux effacés, mais remplis par les capillaires émanés de l’artériole centrale et baignés par le liquide cérébro-spinal , persisteraient néanmoins, sous forme d’un espace bifide de chaque côté, constituant le ventricule spinal, dont nous avons proposé la vérification à l'examen des anatomistes.
La texture fibreuse de la moelle a été reconnue par Tiedemann au quatrième mois de la vie intra-utérine; il est parvenu, à l’aide du durcissement dans l'alcool, à y constater l’existence de fibres longitudinales. Au cinquième mois, la moelle, toujours creusée de son double canal, présente un accroissement assez marqué dans ses renflemens; elle subit vers cette époque un mouvement d’ascension progressive et n'arrive plus jusque dans la cavité du sacrum. Les moyens d'union dans ce point existent pourtant toujours, et sont représentés par le ligament coccygien. Cette disproportion entre l’élongation du canal vertébral et celle de la moelle tient, d’après Tiedemann, à ce que l'accroissement en